👁 « AlgĂ©riennes : 1954-1962 » de Deloupy et Swann Meralli (Marabout, 2018)

DĂ©cidĂ©ment, j’aime beaucoup les romans graphiques des Ă©ditions Marabout ! DocumentĂ©s, esthĂ©tiques, engagĂ©s, que demander de plus si ce n’est de pouvoir tous les lire ? Aujourd’hui c’est du point de vue des femmes que je souhaite aborder la guerre d’AlgĂ©rie. Un point de vue que je trouve peu abordĂ© de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, peu importe le conflit.


QuatriĂšme de couverture : « La guerre d’AlgĂ©rie, cette guerre qui n’Ă©tait pas nommĂ©e comme telle, est un Ă©vĂ©nement traumatisant des deux cĂŽtĂ©s de la MĂ©diterranĂ©e. Ce rĂ©cit raconte la guerre des femmes dans la grande guerre des hommes…

BĂ©atrice 50 ans, dĂ©couvre qu’elle est une enfant d’appelĂ© et comprend qu’elle a hĂ©ritĂ© d’un tabou inconsciemment enfoui : elle interroge sa mĂšre et son pĂšre, ancien soldat français en AlgĂ©rie, brisant un silence de cinquante ans. Elle se met alors en quĂȘte de ce passĂ© au travers d’histoires de femmes pendant la guerre d’AlgĂ©rie : Moudjahidates rĂ©sistantes, AlgĂ©riennes victimes d’attentat, Françaises pieds noirs ou Ă  la mĂ©tropole… Ces histoires, toutes issues de tĂ©moignages avĂ©rĂ©s, s’entrecroisent et se rĂ©pondent. Elles nous prĂ©sentent des femmes de tout horizon, portĂ©es par des sentiments variĂ©s : perte d’un proche, entraide, exil, amour
 »


Lire ce livre dans le cadre de la thĂ©matique du mois Ă©tait, non seulement pour parler de la place des femmes dans le conflit mais aussi et surtout de parler de femmes avant tout ! C’est avec les yeux de BĂ©atrice, dont le pĂšre a fait la guerre d’AlgĂ©rie, que nous allons dĂ©couvrir ces diffĂ©rents parcours. D’oĂč vient cette volontĂ© de savoir ? Principalement du fait que son pĂšre ne veut justement pas parler. Le vide dans l’histoire familiale va ĂȘtre comblĂ© avec les paroles d’autres personnes.

Ce que j’ai beaucoup aimĂ© c’est le fait que l’on ne soit pas face Ă  des responsabilitĂ©s tranchĂ©es. Dans une guerre, tous les partis sont amenĂ©s Ă  faire des choses humainement non recevables. Mais si les regrets et les remords existent les auteurs abordent ces histoires, ces tĂ©moignages, avec une immense dĂ©licatesse et sans porter de jugement hĂątif. J’ai vraiment apprĂ©ciĂ© ce ton qui nous laisse recevoir les Ă©pisodes historiques et nous les approprier Ă  notre façon.

Ensuite, au niveau de la construction du scĂ©nario, j’ai Ă©galement apprĂ©ciĂ© le fait que les histoires se croisent et s’entrecroisent, que l’on puisse ainsi considĂ©rer d’une certaine maniĂšre les incidences d’actes dans la vie de tiers. C’est d’une grande justesse et permet d’adopter diffĂ©rents positionnements au cours du rĂ©cit.

Les tĂ©moignages de la mĂšre de BĂ©atrice, de SaĂŻda, de Djamila, de Bernadette et de Malika sont lĂ  pour dĂ©nouer les langues, pour aider Ă  faire le deuil. Car la guerre d’AlgĂ©rie, comme toute guerre, a Ă©tĂ© traumatisante : physiquement et psychologiquement, toujours.

Un roman graphique intelligent, documentĂ©, bien construit et visuellement trĂšs beau, qui vient encourager les tĂ©moins Ă  transmettre ce qu’ils ont en eux de leur passĂ©, pour que les gĂ©nĂ©rations futures sachent. Une sacrĂ© rĂ©ussite !

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniquĂ© : Sab’s pleasures ‱ The unchained ‱ L’étagĂšre imaginaire


 

Et vous, connaissez-vous un livre sur un conflit construit du point de vue des femmes ?

1 commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icÎne pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte WordPress.com. DĂ©connexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte Google. DĂ©connexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte Twitter. DĂ©connexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez Ă  l’aide de votre compte Facebook. DĂ©connexion /  Changer )

Connexion Ă  %s