Les miscellanées d'Usva

Actualités littéraires sans frontières

« Macadam » de Jean-Paul Didierlaurent (Gallimard, 2018) — juin 19, 2018

« Macadam » de Jean-Paul Didierlaurent (Gallimard, 2018)

Initialement paru en 2015 aux éditions du Diable Vauvert, ce recueil rassemble des nouvelles primées ou finalistes de prix littéraires. En achetant ce livre, j’attendais donc beaucoup de Jean-Paul Didierlaurent, que je n’avais encore jamais lu. J’avais failli craquer en début d’année avec le Liseur du 6h27, mais j’ai toujours un peu peur de la littérature qui semble être feel good. Ce que j’aime, ce sont les claques dans la tronche, c’est comme ça. *Tout va bien*

A46869_Macadam.indd« Pour tromper l’ennui lors des confessions, un prêtre s’adonne à un penchant secret. Une jeune femme trouve l’amour aux caisses d’un péage. Pendant la guerre, un bouleau blanc sauve un soldat. Un vieux graphologue se met en quête de l’écriture la plus noire. Une fois l’an, une dame pipi déverrouille la cabine numéro huit.

Onze nouvelles primées à travers la France, qui ont révélé l’univers noir, drôle et poétique de Jean-Paul Didierlaurent, et ont donné naissance aux personnages du Liseur du 6 h 27. »

Pour le coup, je me suis pris quelques claques en lisant ce recueil. Quelques mains dans le dos, posées avec benveillance aussi. Mais Jean-Paul Didierlaurent sait parler de l’horreur de l’absurdité humaine sous couvert d’une innocence qui rend le tout parfois assez violent. Cela a notamment été le cas avec la nouvelle Rose sparadrap qui m’a juste retourné le bide.

Chaque nouvelle se distingue par son sujet ou son positionnement, toujours faussement banal pour devenir carrément original ou fort, et parfois une vraie poésie s’installe. J’ai notamment beaucoup aimé la douceur et la candeur du Jardin des étoiles qui parle d’un enfant dont le père est mort mais qui a du mal à comprendre où il est parti. Parfois encore, s’invite l’humour noir, comme dans Mosquito qui pourrait être un très chouette court-métrage.

Les sujets se focalisent sur les hommes, les femmes, les regards d’enfants sur la vie et ce qui les entoure, ce dont ils peuvent être victimes. Les nouvelles parlent de drames, de deuils et de reconstructions, mais également de personnes qui peuvent partir en vrille. C’est simple, ça se lit comme ça vient, chaque nouvelle a une construction vraiment équilibrée, la longueur parfaite, juste ce qu’il faut pour entrer dans l’histoire et être surpris. Car l’effet de surprise sur des textes aussi courts, il faut quand même le faire !

Étant donné que je lis souvent sur la Shoah, je fais l’effort (salué par mon conjoint) de changer un peu de sujet de lecture. Il m’arrive cependant sans m’y attendre, de croiser l’ombre de ce drame dans des lectures n’ayant pas de lien de prime abord. Eh bien il y a une référence dans ce recueil. Si cela vous intéresse, elle concerne la nouvelle Temps mort. Elle invite à tirer des leçons du passé pour ne plus laisser la haine prendre le dessus.

Je ressors de cette lecture avec l’envie d’en découvrir plus sur les écrits de Jean-Paul Didierlaurent et en vous recommandant ce recueil qui, malgré une nouvelle particulièrement difficile, est un moment de lecture agréable.

Pour en savoir plus

 

Et vous, avez-vous aimé des livres de cet auteur ?

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Ils me font envie, vous les avez lus ! #01 —

Ils me font envie, vous les avez lus ! #01

Voici une nouvelle catégorie d’articles ! Ce qui me sert de cerveau veut partir dans tous les sens et je n’arrive pas le canaliser alors je le suis ! Vous retrouverez toutes les semaines une liste de chroniques d’autres blogs (peu importe la plateforme d’hébergement) ayant parlé de cinq livres qui me font envie mais que je n’ai pas encore eu le plaisir de découvrir. Alors, en attendant, j’ai le plaisir de vous lire, c’est un bon compromis vous ne trouvez pas ? *Canalise, canalise…*

Les cinq livres de cette semaine sont :

« Charogne » de Borris et Benoit Vidal (Glénat, 2018) — juin 18, 2018

« Charogne » de Borris et Benoit Vidal (Glénat, 2018)

On m’avait promis de la lourdeur, j’ai eu de la lourdeur. Ce one-shot était pour ma part très attendu, alors aussitôt acheté, aussitôt lu !

41o5b3nI67L« Sa mort va leur faire vivre un enfer.

Dans ce petit village des Pyrénées, le curé ne viendra plus célébrer l’office, tant que l’église ne sera pas réparée. Monter jusqu’à mi-pente pour les grands événements, il veut bien, mais pas plus loin ! Malheureusement, Joseph, le maire, homme bienfaiteur et aimé de tous, meurt brutalement. Il va falloir descendre le cercueil à dos d’hommes pour une dernière bénédiction en suivant un chemin de montagne escarpé. Et ça ne sera pas une partie de plaisir car, en plus du poids du mort, le cortège funèbre trimballe son lot de rancœurs familiales et de lourds secrets. Pour finir, les éléments s’en mêlent et la tension déjà palpable devient électrique lorsque l’orage survient. Le dernier voyage de Joseph pourrait bien être aussi le leur…

Ce thriller rural, haletant comme Le salaire de la peur et âpre comme un roman de Giono, nous emmène dans un périple où la mort et le poids de la culpabilité n’épargnent personne. Borris, talent plus que prometteur, impressionne par sa maîtrise narrative et son dessin d’une grande maturité, incarnant à merveille ces gueules et ces dialogues ciselés coécrits avec Benoit Vidal. »

Décidément, j’aime beaucoup les éditions Glénat ! Je ne me suis mise à la bande-dessinée que très récemment et ce mastodonte du monde de l’édition (c’est l’image que j’en ai) fait paraître des ouvrages variés qui me plaisent souvent ! J’ai prévu d’explorer davantage les parutions d’éditeurs indépendants dans les mois à venir, mais il me faut avancer pas à pas.

Avec Charogne, nous entrons dans un univers sombre, lugubre, un peu humide et délavé, qui va mettre en place une tension idéale pour faire exploser des secrest enfouis. Le maire du village, tellement bon et serviable va être à la source mais aussi au climax de cette explosion, révélant un visage complexe qui tendra vers une ambiance digne d’un thriller.

La forêt et la tâche des quatre jeunes gens qui doivent descendre le lourd cadavre du maire pour qu’il reçoive sa dernière bénédiction est une situation qui permettra de comprendre les tensions et les désaccords entre les familles, de voir se lier des liens surprenants et de décortiquer, parfois entre les lignes, des passifs qui ne sont pas encore guéris. Le fils du maire viendra s’ajouter à la petite troupe, mais peut-être pas pour le meilleur… L’histoire se passe donc à la fois dans le présent mais aussi dans un passé commun que nous découvrons peu à peu. Pour cela, le rythme et le scénario sont vraiment très bien construits, je me suis complètement laissée embarquer.

Le contexte de l’histoire n’est pas anodin. Il vient d’un lieu qui existe réellement, La Pause des Morts, qui servait à laisser les corps à mi-chemin entre le haut de la montagne et les villages plus bas, permettant ainsi au curé de les bénir avant de remonter les corps au village et de les enterrer. Descendre les cadavres permettait aussi de les répartir dans d’autres cimetières quand ceux du haut étaient surchargés (notamment au cours l’épidémie de choléra de 1854). Il y a donc une ambiance macabre palpable tout au long du récit, qui fait écho à du réel et, selon moi, donne encore plus de force à l’histoire. Les dessins monochromes renforcent encore cette force et l’ambiance générale du récit.

Je vous laisse dans cette ambiance un peu morbide et ne peux que vous inviter à découvrir ce roman graphique qui vous fera passer un moment plein de suspens et de jurons occitans ! Macarel !

Pour en savoir plus

 

Et vous, avez-vous envie de marcher vers La Pause des Morts avec les personnages ?

Humeur | 17 juin 2018 —

Humeur | 17 juin 2018

Je suis hyper contente de publier cet article qui vient fêter
le cap des cent articles sur ce blog !

 

En commençant ce projet je n’avais qu’une crainte : que tout cela s’essouffle et que je finisse par laisser tomber. Bon, le blog est encore jeune (très jeune) mais je sens que plus les jours passent plus j’ai envie de l’alimenter. Et cela, je vous le dois, chers lecteurs et lectrices, car comme pour tout le monde c’est l’échange qui motive l’envie de partager et de découvrir !

 

Je vous remercie donc de tout mon cœur et de tout mon clavier
et vous dis à très vite, pour attaquer les cent articles suivants !

« La Note américaine » de David Grann (Globe, 2018) — juin 17, 2018

« La Note américaine » de David Grann (Globe, 2018)

Cette lecture s’est imposée d’elle-même dans le cadre de ma thématique sur la culture Indienne. Après avoir lu des ouvrages sur les guerres du 19ème siècle, sur la culture ancestrale des peuples d’Amérique du Nord, sur une affaire contemporaine au Canada, je souhaitais revenir dans les terres américaines et sur un autre type de crime, plus sournois, qui s’avère purement effroyable.

noteamericainewp« 1921. Les guerres indiennes sont loin. Leurs survivants ont, pour la plupart, été parqués dans des réserves où ils végètent, misérables, abandonnés à leur sort.

Une exception à cette règle : le peuple osage. Il s’est vu attribuer un territoire minéral aux confins de l’Oklahoma. Or ces rochers recouvrent le plus grand gisement de pétrole des États-Unis. Les Osages sont millionnaires, roulent en voitures de luxe, envoient leurs enfants dans les plus prestigieuses universités et se font servir par des domestiques blancs. Le monde à l’envers.

Un jour, deux membres de la tribu disparaissent. Un corps est retrouvé, une balle dans la tête. Puis une femme meurt empoisonnée. Et une autre. Plus tard, une maison explose. Trois morts. Qui commet ces assassinats ? Qui a intérêt à terroriser les riches Osages ? Les premières enquêtes, locales, sont bâclées, elles piétinent. C’est pourquoi, après une nouvelle série noire, ce dossier brûlant est confié au BOI (Bureau of Investigation, qui deviendra le FBI en 1935). À sa tête, un très jeune homme. Son nom est Hoover, Edgar J. Hoover. Il veut deux choses. La première : faire toute la lumière sur cette sombre affaire, et il s’en donne les moyens, enquêteurs hors pair, méthodes rigoureuses de police scientifique, mise en fiche de la moindre information. La seconde : le pouvoir. Surtout le pouvoir. Et ce premier coup d’éclat va le lui offrir sur un plateau. »

David Grann est journaliste. Il s’est intéressé à l’affaire des Osages et a accumulé multitude de documents d’archives sur le sujet afin d’écrire ce livre extrêmement documenté. Il a également rencontré des descendants de victimes qui lui ont permis de réaliser l’ampleur de l’affaire, bien plus grande que les compte-rendus judiciaires des tabloïds.

Ce récit, de non fiction donc, revient sur une série d’assassinats sur le territoire des Osages, dans l’Oklahoma. Cette tribu est arrivée sur ces terres après avoir été chassée des siennes et par malheur pour les américains suprémacistes, elles recouvrent de grandes richesses. C’est ainsi que les membres de la tribu vont louer des terres pour l’exploitation pétrolière et vont devenir riches. Cette richesse, qui s’accumule sur de nombreuses années, n’est cependant pas à la disposition des familles propriétaires des terrains. Non, chaque Osage dépend d’un curateur qui gère son argent. L’ambiance est posée, la colère est montée dès le début de ce livre.

Des corps sont peu à peu découverts, les héritages se déplacent. Seuls peuvent hériter la famille du défunt jusqu’au jour où il n’y a plus de famille. Vous me suivez ? C’est un environnement noyé sous les complots et la corruption que nous allons découvrir, à chaque fois plus étonnés et outrés par les rouages de cette machine à broyer. Le récit se construit en trois temps : les assassinats et les premières recherches locales de coupables, l’arrivée du Bureau (avant d’être appelé FBI) pour reprendre le dossier et amener les coupables devant la justice, l’auteur qui revient en 2012 sur ces terres ensanglantées.

« Un éminent membre de la tribu dit les choses encore plus franchement : Je me demande si ce jury considère qu’il s’agit bien ici de meurtres et non de maltraitance sur des animaux. »

La machination est tellement bien construite qu’il n’est en rien difficile pour David Grann de nous faire emprunter de fausses pistes et de nous accrocher à de faux espoirs, tout comme les familles à l’époque. Les trois parties du livres révèlent chacune un aspect de cette tragédie, de ce massacre passé sous silence pour la plus grande partie. En 2012, des corps ressortent encore des placards.

Le livre est passionnant, captivant, riche de photographies d’archives qui nous emmènent dans ces terres arides et éloignées. Il est aussi terrifiant dans sa conclusion (que je vous laisse découvrir) que dans son constat actuel : cette histoire est oubliée, elle ne subsiste que dans la descendance des familles qui ont été touchées, pour le dire simplement : toutes les familles osages de ce territoire.

« Elle se tut un instant puis me rappela ce que Dieu avait dit à Caïn après le meurtre d’Abel : La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. »

C’est pour moi un vrai coup de cœur, un livre fort, qui décrit les nombreux protagonistes avec une plume plus que vraie (j’ai absolument adoré la personnalité de Tom White et la dignité de —), qui remet les choses à leur place, refusant que le temps efface les preuves et formate les mémoires.

Pour finir, Martin Scorsese devrait adapter ce film pour le cinéma, autant dire que je trépigne d’impatience ! ♥

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Lire dit-elle • Actu Du Noir • Bonnes feuilles et mauvaise herbe • Garoupe • Action-suspenseEncore du noir !


 

Et vous, avez-vous envie de découvrir cette histoire ?

#jaimemonlibraire | 16 juin 2018 — juin 16, 2018

#jaimemonlibraire | 16 juin 2018

Je vous retrouve comme chaque semaine pour faire un point sur les nouveautés qui ont rejoint ma bibliothèque. Mon objectif : rester fidèle à mes sujets de prédilection mais me pousser aussi un peu hors de ma zone de confort.

 

  • Charogne de Borris et Benpît Vidal, paru aux éditions Glénat (collection Treize étrange) le 13 juin 2018 :

41o5b3nI67L« Sa mort va leur faire vivre un enfer.

Dans ce petit village des Pyrénées, le curé ne viendra plus célébrer l’office, tant que l’église ne sera pas réparée. Monter jusqu’à mi-pente pour les grands événements, il veut bien, mais pas plus loin ! Malheureusement, Joseph, le maire, homme bienfaiteur et aimé de tous, meurt brutalement. Il va falloir descendre le cercueil à dos d’hommes pour une dernière bénédiction en suivant un chemin de montagne escarpé. Et ça ne sera pas une partie de plaisir car, en plus du poids du mort, le cortège funèbre trimballe son lot de rancœurs familiales et de lourds secrets. Pour finir, les éléments s’en mêlent et la tension déjà palpable devient électrique lorsque l’orage survient. Le dernier voyage de Joseph pourrait bien être aussi le leur…

Ce thriller rural, haletant comme Le salaire de la peur et âpre comme un roman de Giono, nous emmène dans un périple où la mort et le poids de la culpabilité n’épargnent personne. Borris, talent plus que prometteur, impressionne par sa maîtrise narrative et son dessin d’une grande maturité, incarnant à merveille ces gueules et ces dialogues ciselés coécrits avec Benoit Vidal. »

 

  • Des nouvelles du monde de Paulette Jiles, paru aux éditions Quai Voltaire / La Table Ronde le 17 mai 2018, finaliste du National Book Award en 2016 :

41FH1V4fZiL« Hiver 1870, le capitaine Jefferson Kyle Kidd parcourt le nord du Texas et lit à voix haute des articles de journaux devant un public avide des nouvelles du monde : les Irlandais migrent à New York ; une ligne de chemin de fer traverse désormais le Nebraska ; le Popocatepetl, près de Mexico, est entré en éruption. Un soir, après une de ses lectures à Wichita Falls, on propose au Capitaine de ramener dans sa famille, près de San Antonio, la jeune Johanna Leonberger. Quatre ans plus tôt, la fillette a assisté au massacre de ses parents et de sa sœur par les Kiowas qui l’ont épargnée, elle, et élevée comme une des leurs. Le vieil homme, veuf, qui vivait jadis de son métier d’imprimeur, profite de sa liberté pour sillonner les routes, mais l’argent se fait rare. Il accepte cette mission, en échange d’une pièce d’or, sachant qu’il devra se méfier des voleurs, des Comanches et des Kiowas autant que de l’armée fédérale. Sachant aussi qu’il devra apprivoiser cette enfant devenue sauvage qui guette la première occasion de s’échapper. Pourtant, au fil des kilomètres, ces deux survivants solitaires tisseront un lien qui fera leur force.

Dans ce splendide roman aux allures de western, Paulette Jiles aborde avec pudeur des sujets aussi universels que les origines, le devoir, l’honneur et la confiance. »

 

  • Pour mémoire d’Alain Genestar, paru aux éditions Grasset le 13 juin 2018 :

9782246818601-001-T« Là-bas, je n’ai jamais pleuré, c’était au-delà des larmes.

Décembre 2004. Pour la première fois, Simone Veil retourne à Auschwitz-Birkenau entourée des siens. Elle a jugé qu’il était temps de partager son histoire avec ses petits-enfants, là où un million de Juifs furent assassinés. Alain Genestar, alors directeur de Paris Match, l’accompagne.

Dans ce court récit, il livre les coulisses de cette journée hors du temps, la marche dans la neige, le froid, l’émotion, la douleur et restitue l’intégralité de leur long entretien. Les mots de Simone Veil, un an après sa disparition, touchent par leur sobriété.

Un document pour l’Histoire et un hommage à une femme d’exception qui, avant d’entrer au Panthéon, est entrée dans le cœur des français. »

 

  • La littérature française en 100 romans d’Yves Stalloni, paru aux éditions du Chêne le 31 janvier 2018 :

9782812316852-001-T« Faire le tour de la littérature française en 100 romans, telle est la gageure de ce livre.

Outil idéal pour tous ceux qui préparent un examen, c’est aussi un formidable guide pour approfondir sa culture générale ou choisir une prochaine lecture…

Accessible et documenté, le propos d’Yves Stalloni est celui d’un professeur, certes, mais aussi d’un amoureux de la littérature française. »

 

Et vous, quelles sont vos nouvelles trouvailles ?

« L’Oasis » de Xavier-Laurent Petit (L’École des Loisirs, 1997) —

« L’Oasis » de Xavier-Laurent Petit (L’École des Loisirs, 1997)

Réédité en mai 2018, ce livre est initialement paru en 1997. Et ce qui saute aux yeux et aux neurones c’est que ce texte n’a pas pris une seule ride !

9782211236317« Il y a quelques jours encore, la vie d’Elmir était une vie normale. Le matin, dans le tramway qui l’emmenait au collège, il faisait du troc avec son meilleur ami, Ismène. Ensemble, ils allaient manger les beignets de la vieille Nourrédia. Le soir, il jouait avec Naïa, la fille des voisins.

Et puis les attentats ont commencé, et bientôt la ville s’est trouvée prise dans un étau entre la terreur que font régner les Combattants de l’ombre, le couvre-feu, les contrôles permanents. Elmir n’a plus le droit d’aller seul au collège. Son père, qui est journaliste à La liberté est menacé. La bibliothèque où travaillait sa mère a été incendiée… »

Elmir est un petit garçon comme les autres, insouciant et qui veut vivre libre. Il va découvrir la violence des hommes et la haine irrationnelle, dans l’Algérie de son enfance, ce pays qu’il ne va plus reconnaître. Les attentats se multiplient, les menaces sont de plus en plus proches, c’est une période de vie en résistance qui s’annonce. Ce livre parcourt les rues et les histoires, les relations et les incompréhensions, le courage aussi.

Ce roman se lit vite, je ne veux donc pas trop en dire, mais sa force est aussi dans le fait qu’il dépasse les années de plomb qu’à connu l’Algérie, il dépasse un pays et une époque pour trouver du sens dans le présent et dans le futur. Il expose le danger des extrêmismes et montre la valeur de la liberté de chacun.

La peur, presque permanente prend la place vide laissée par l’insouciance. Elle passe des sueurs froides du garçon à nos tripes, car en ce qui me concerne, il n’y a rien de plus sacré et de plus fragile que l’enfance. Rééditer un ouvrage qui porte un tel appel à la liberté de penser et d’être est un acte bienvenu. Les enfants comprennent les injustices, n’est-ce pas eux qui les soulignent le plus au quotidien ?

Ce livre est aussi un livre d’amitié et d’amour. L’amitié, qui transcende aussi les générations, sera salvatrice pour Elmir et sa famille. Elle pourra aussi être source d’angoisse et d’incompréhension, de rupture. L’amour, c’est celui qu’Elmir porte à ses parents, qui risquent leur vie et leur santé au quotidien pour ne pas laisser la menace gagner. Et parfois, comme avec Naïa, l’amitié et l’amour se rencontrent à la croisée des chemins.

En conclusion, c’est un très beau livre qui sera peut-être encore réédité en 2038, en espérant qu’alors son message sera plus lié au passé qu’au présent ou au futur. Oui, je suis un peu naïve parfois, mais une partie de moi veut vraiment y croire.

Pour en savoir plus

 

Et vous, avez-vous un livre sur ce sujet à conseiller ?

La parole aux lecteurs ! #01 — juin 15, 2018

La parole aux lecteurs ! #01

Je n’ai rien vu venir mais voilà que la moitié de l’année est presque déjà passée ! *Si si, j’vous jure !* L’occasion de revenir sur les coups de cœur de ces six premiers mois. J’ai décidé, pour cela, de vous donner la parole.

 

Alors, quels ont été vos coups de coeur de 2018
et quels sont les livres que vous recommandez absolument de lire ?

 

Pour ma part, je vous recommande chaudement Cette nuit de Joachim Schnerf, Cinq branches de coton noir de Steve Cuzor et Yves Sente, Taqawan d’Eric Plamondon, Entrez dans la danse de Jean Teulé, Souviens-toi de nos enfants de Samuel Sandler, Les Obus jouaient à pigeon vole de Raphaël Jerusalmy, The Hate U Give d’Angie Thomas et La Note américaine de David Grann (chronique à venir).

« L’Atelier des gueules cassées » de Sybille Titeux de la Croix et Amazing Ameziane (Marabout, 2018) —

« L’Atelier des gueules cassées » de Sybille Titeux de la Croix et Amazing Ameziane (Marabout, 2018)

Cette bande-dessinée me faisait de l’œil depuis le début de l’année et j’ai enfin pu la découvrir ! Une très belle découverte, que ce soit au niveau du scénario, de la construction des personnages ou encore du dessin.

81RorhU3wkL« Anna Coleman, sculpteur, va mettre au point des prothèses faciales pour les gueules cassées de la grande guerre. Le récit se déroule pendant la première guerre mondiale. Dans les tranchées en 1917 et à Paris en 1919.

Anna Coleman est une américaine marié à un médecin de Boston. Passionnée par la sculpture qu’elle a étudié avec Rodin, elle va revenir à Paris lors que la première guerre éclate. Elle accompagne son mari lorsqu’il se porte volontaire pour diriger un hôpital militaire. Elle découvre l’horreur de la guerre et les mutilations des soldats.

À Londres, elle visite le Tin nose shop un magasin de nez d’étain. Elle a trouvé sa vocation  : créer un procédé de reconstruction faciale pour permettre aux gueules cassées de retrouver leur dignité et de continuer tant bien que mal à avoir une vie sociale et amoureuse. »

Si au départ je n’ai pas vraiment accroché au dessin, je me suis très vite habituée et imprégnée de l’ambiance graphique. Finalement, j’ai aimé ce coup de crayon qui sait se faire rugueux ou doux quand le propos le requiert. Ce qui en soit, est une grande qualité car le ton des différents passages du livre s’est très bien installé.

Nous suivons trois personnages, trois tranches de vie. Si le propos de départ est l’installation du cabinet de création de masques pour les gueules cassées, à l’initiative d’Anna Coleman, nous découvrons aussi la vie d’Antonin de Mussan et de Félix Bontarel. Ils ont des grades différents lors de leur passage au front et des vies différentes aussi. Mais l’épreuve de la mutilation leur fait un point commun qui va les lier et les entraîner sur des chemins dangereux. La folie n’est jamais loin quand le malheur est grand, quand on a perdu une partie de soi et qu’on ne se reconnait plus.

Ce livre est une histoire sur la guerre, sur l’engagement ainsi que sur la reconstruction physique comme psychologique. Je n’ai aucun doute sur le fait qu’il touche un grand nombre de lecteurs car, outre son positionnement historique, il peut avoir une portée qui ne se résume pas à ce conflit. Mais la question des gueules cassées, c’est vrai, est très liée à la Première Guerre mondiale et j’ai aimé que ces hommes soient au cœur d’une histoire et pas laissés au banc de la société.

« Les défigurés de la guerre avaient comme consigne de l’État de rester cachés le jour pour ne pas démoraliser le peuple qui ne voulait voir de son armée qu’un visage conquérant. Aussi, c’est la nuit que ces hommes surgissaient de partout et que Maynard avait pu les voir arpenter les rues comme des êtres d’un autre monde. »

Le dénouement est peut-être un peu rapide. Il est positif, ce qu’il faut souligner étant donné le sujet, les pathologies psychiatriques liées à la Première Guerre mondiale ayant été vraiment très lourdes. Une fin plutôt lumineuse et emprunte d’espoir qui clôt en beauté ce roman graphique qui ne nous épargne cependant pas la réalité de ce conflit. Un biopic bienvenu sur cette histoire méconnue, quelques photographies d’archives à la fin du livre viennent sceller son impact sur le lecteur.

Pour en savoir plus

 

Et vous, avez-vous une bande-dessinée à partager ?

« Soudain dans la forêt profonde » d’Amos Oz (Gallimard, 2006) — juin 14, 2018

« Soudain dans la forêt profonde » d’Amos Oz (Gallimard, 2006)

Je ne suis pas une grande lectrice de littérature israélienne (mais j’ai bien l’intention d’y remédier) et c’est avec des yeux d’enfants que j’ai voulu entrer dans ce conte d’Amos Oz, dont le sujet m’a immédiatement séduite.

A77696« Un village au bout du monde, triste et gris, encerclé par des forêts épaisses et sombres. Un village maudit : toutes les bêtes, tous les oiseaux et même les poissons de la rivière l’ont déserté. Depuis, ses habitants se barricadent chez eux dès la nuit tombée, terrorisés par la créature mystérieuse nommée Nehi, et interdisent aux enfants de pénétrer dans la forêt. Mais surtout, ils gardent le silence. Personne ne veut se souvenir des animaux ni évoquer la vie d’avant. Seule Emanuela, l’institutrice du village, tente d’enseigner aux élèves à quoi ressemblaient ces animaux disparus.

Deux enfants de sa classe, Matti et Maya, décident alors d’élucider le mystère et s’aventurent dans la forêt en dépit de l’interdit…

Soudain dans la forêt profonde est un conte pour enfants et adultes. Au carrefour de la tradition biblique, du folklore yiddish et du conte européen, il nous offre une magnifique parabole sur la tolérance. »

C’est un très beau conte que nous livre Amos Oz, qui interroge les certitudes, les réactions du quotidien face à la différence, qui prône la tolérance. Le livre est court je ne veux surtout pas en dévoiler trop, je vais donc peut-être davantage en parler à partir du prisme de l’enfance et de l’espoir dont il est porteur.

Car dans ce conte, les adultes et les parents portent un mythe qui enferme les enfants dans un monde qui les arrange, sans affronter la réalité et le poids de leurs actes. Seuls des enfants, avec leur curiosité et leur liberté d’esprit parviendront à toucher la vérité liée à ce village déserté par tous les animaux et insectes vivants.

Les enfants peuvent être cruels, mais la cruauté trouve sa source dans les exemples donnés par les personnes qui constituent la société. L’adulte est un exemple et si un adulte moque ou violente, alors c’est que c’est normal, non ? La masse fait bloc et dicte sa loi. Qui va à l’encontre de ce qu’elle dicte est fou ou un peu allumé, les railleries vont alors bon train. Seuls les enfants peuvent faire face, car l’orgueil et l’ego se construisent avec l’âge. La mise à l’écart ne peut qu’engendrer le conflit ou l’esprit de revanche, si ce n’est de vengeance. À partir de quand ou de quoi attribuons-nous le qualificatif de différent ? Quand glissons-nous vers l’acharnement et la mise à l’écart de certaines personnes qui n’ont pas le masque de la masse ?

« La dérision est peut-être un rempart contre la solitude. En effet, les moqueurs veulent un public, et celui qui en est la victime est toujours seul. »

Le prisme des animaux est aussi fort et important. Ce livre porte une grande bienveillance envers le monde animal et un profond respect envers la nature et ce qu’elle crée. En poursuivant la rélfexion, le pouvoir de l’homme sur les animaux et la nature est ainsi également questionné. Qu’elle est donc cette étrange supériorité qu’il s’est attribuée ? Croît-il vraiment en être digne ?

« Certains animaux ont des mots pareils à des prières : des remerciements au soleil, au vent, à la pluie, à la terre, la végétation, la lumière, la chaleur, la nourriture, les odeurs et l’eau. Et il y a aussi des mots pour exprimer la nostalgie. Mais il n’existe aucun mot pour humilier ou offenser. Non. »

Ce livre est un appel à la tolérance et à l’acceptation de chacun et il donne à l’enfance la qualité de l’innocence qui peut voir au-delà des apparences, qui sait et aime remettre en question la parole des adultes. Les générations à venir auront décidément pas mal de travail pour rattraper nos erreurs et ce livre est dès à présent à partager autour de soi.

Pour en savoir plus

 

Et vous, avez-vous un livre humaniste à partager ?