« Haïkus de Sibérie » de Jurga Vilé et Lina Itagaki (Sarbacane, 2019)

L’histoire de la Lituanie, voilà un sacré programme ! En 1940-1941 s’organise une reconquête territoriale par l’URSS, dont le contre-pied est une lutte pour l’indépendance des lituaniens, ces deux positionnements étant surplombés par l’appétit nazi. Un pays, deux appétits de conquête et d’expansion. En 1940, l’URSS croit encore pouvoir récupérer ces terres perdues suite à la Première Guerre mondiale. La Lituanie est devenue indépendante, il faut donc la reprendre et la soviétiser. Après plusieurs ultimatums adressés à la présidence lituanienne, l’URSS prend le contrôle du pays et va déporter plusieurs milliers de personnes dans des camps, notamment en Sibérie. L’objectif ? Épurer la population de tous ses éléments qui viendraient déranger la soviétisation en cours. C’est ce voyage auquel va survivre Algis, déporté avec sa famille en 1941.


Quatrième de couverture : « Un roman graphique mêlant narration, collages et haïkus : incroyablement dépaysant !

La vie est belle. Lituanie, 1941. Algis est encore un enfant quand il est déporté dans un camp sibérien. Il raconte son quotidien où l’on croise le fantôme de son jars domestique, une chorale, des Russes impitoyables, et même des soldats japonais ! Avec son regard pur comme l’azur et sa fantaisie d’enfant, Algis nous fait rire, nous surprend et nous émeut. »


Je dois dire que j’ai été très émue par les traits, par la délicatesse apportée à la fois aux textes et aux images, par la technique de collage qui apporte une sorte d’authenticité à l’ensemble. J’aime ce côté trésors rassemblés, que l’on pouvait également découvrir avec force dans le roman graphique de Nora Krug, Heimat.

Un autre point fort de ce livre est sa narration par Algis, jeune garçon, qui va interpréter le quotidien avec l’espoir inépuisable et l’imagination libératrice de l’enfance. Les conditions de détention sont extrêmement difficiles, indignes, inhumaines. La maladie s’invite avec le froid, l’humidité et la malnutrition. L’épuisement est encore alourdi par l’absence d’humanité et de compassion des gardes. Mais, malgré tout cela, Algis va réussir à puiser en lui-même pour ne pas perdre pied.

Ce voyage en terres de glaces et de mémoires oubliées est porté par les deux auteures pour raviver avec force l’histoire. Une histoire dans laquelle des familles entières ont été envoyées à l’extrémité du monde, dans laquelle l’humanité a essayé de résister. Et ici, la résistance passe par l’imagination, le chant, le fait d’être ensemble et de se tenir les uns les autres, l’amour, mais aussi les messages imaginaires envoyés en Lituanie par le fantôme d’un jars assassiné. Des pensées, des souvenirs, des mots qui forment, au fil des pages et par-dessus les murs, des Haïkus de Sibérie. Qui reviendra (et quand) de cette région où vivre, en l’occurrence, se résume à survivre ?

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Les lectures d’Antigone


 

Et vous, quel livre sur la Lituanie conseilleriez-vous ?

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