« Le show de la vie » de Chi Li (Actes Sud, 2011 ; Babel, 2019)

Pour une première rencontre avec Chi Li j’ai choisi ce roman car Wuhan est estampillé depuis plus d’un an comme la ville d’origine du virus qui s’est depuis mondialement répandu. Or, parler de Wuhan pour en dire autre chose est une idée qui me plaît bien. J’ai été impressionnée par l’énergie et les rythmes que dégage Chi Li par son écriture tantôt poétique et mélancolique, tantôt crue et vigoureuse.

Quatrième de couverture : « Chaque soir, dans la rue animée du Bon-Augure, au cœur de la grande ville de Wuhan, Célébrité tient son étal de cous de canard. Originaire de ce quartier populaire qu’elle n’a jamais renié, dotée d’une intelligence qui lui a permis de sortir du lot, Célébrité est le pilier de sa famille : elle porte à bout de bras son jeune frère drogué et se dépense sans compter pour assurer l’avenir de son unique neveu, négligé par une mère frivole. Courageuse, persévérante, dure à la tâche, mais aussi, à l’occasion, impitoyable et rusée, Célébrité est une de ces figures de femmes fortes qu’affectionne Chi Li. À travers elle, c’est le petit peuple de Wuhan, pragmatique et pugnace, qui s’exprime par le biais d’une écriture imagée et efficace.

L’histoire, adaptée sous de multiples formes, a connu un tel succès en Chine que les cous de canard sortis tout droit de l’imagination de la romancière sont devenus la spécialité du lieu, et qu’on vient désormais les déguster des quatre coins du pays. »

Célébrité est un sacré personnage, je ne risque pas de l’oublier, pour le meilleur et pour le pire ! Si elle est devenue la femme qu’elle est c’est notamment du fait de son passé : une mère décédée en donnant naissance au petit frère, un père qui abandonne ses enfants pour s’investir dans une deuxième noce, une belle-mère qui n’accepte pas ces enfants nés du premier mariage, la perte d’un enfant, un jeune frère qui se tue à petit feu avec une addiction à la drogue, un commerce qui demande de ne pas montrer de faiblesses, un neveu qu’elle aime comme une mère et pour qui elle doit garder le cap et ne rien lâcher. Une vie faite d’adversité et de conflits, avec la famille ainsi qu’avec le système en place.

Chi Li nous propose des passages inoubliables, qu’ils soient satiriques, drôles, dramatiques ou pathétiques. Mélangeant parfois les tons. Le show de la vie est une histoire de femme prise dans les difficultés de la vie et qui ne recule devant rien pour obtenir ce qu’elle considère comme nécessaire ou juste. Parfois le·la lecteur·trice se rangera de son côté, parfois non. A travers cette tranche de vie, c’est aussi celle de la rue Bon-Augure qui se dévoile, avec ses rituels et ses règles culturelles. La vie de cette rue nous montre aussi des mœurs, souvent impitoyables envers les femmes. Célébrité y est connue comme personne d’autre : crainte ou respectée, souvent un peu les deux à la fois.

Alors qu’un nouveau rebondissement familial a lieu, Célébrité va devoir mener de front plusieurs combats. Et pour capturer le loup, il faut parfois sacrifier l’enfant… Mais tout ce qu’elle fera, que ce soit moral ou immoral, n’aura qu’une finalité : permettre à son neveu de faire des études et de s’extirper d’une condition incertaine.

Si j’ai été peu captivée par le début du roman et que je craignais une déception, mon intérêt n’a fait que grandir jusqu’à réaliser, au moment où je tournais la dernière page, que j’aurais pu suivre Célébrité encore un bon moment malgré ses choix et ses paroles qui m’ont parfois fait froid dans le dos. Quelques considérations un peu à l’emporte-pièce présentes tout au long du roman m’ont cependant quelque peu interrogée : ironie que je n’ai pas saisie ou convictions ? Je n’ai pas la réponse. J’en ressors avec une héroïne singulière en tête et la curiosité de découvrir un autre roman de Chi Li. Mon choix se portera certainement sur Une ville à soi qui m’emmènera de nouveau à Wuhan.

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Et vous, quel·le auteur·trice chinois·e avez-vous envie de découvrir ?

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« Les bâtardes » d’Arelis Uribe (Quidam, 2021)

Ce recueil de nouvelles a été victime de ma surinterprétation de sa quatrième de couverture et cela a malheureusement joué sur mon ressenti final. Je n’avais pas compris que j’étais face à des nouvelles donc je me suis tordu les neurones pour faire rentrer différents personnages dans une seule et même enveloppe, perdant un peu le fil – évidemment – parfois. Foutu faux départ qui a, malgré mon enthousiasme pour cette publication, impacté ma lecture.

Quatrième de couverture : « Des cousines que sépare une dispute familiale, deux jeunes femmes que tout oppose éprises l’une de l’autre, le désastre d’un amour virtuel, une visite sordide dans une école défavorisée… Ce pourrait être les vies de femmes banales, mais elles sont quiltras. Avant tout des sans race, sans classe, des chiennes bâtardes.

Arelis Uribe écrit ce que la littérature chilienne a eu l’habitude de taire. Style incisif, écriture dépouillée, je intime, son recueil se fait aussi le porte-parole de celles que le Chili méprise et discrimine. »

Je pense ne pas avoir saisi toute la portée de ce livre du fait de mon manque de connaissances sur la société et la littérature chiliennes. Je suis entrée dans les mots et les situations que dépeint Arelis Uribe sans maîtriser les discriminations ayant cours dans le pays, sans comprendre les tensions à l’oeuvre et sans savoir que les textes chiliens ne se concentrent généralement peu (ou pas) sur ces familles modestes, sur ces quartiers populaires. Cela a indéniablement desservi ma lecture et m’a empêchée de sentir l’exception littéraire qui se jouait sous mes yeux. Impossible de faire porter la responsabilité de ce sentiment tiède sur l’auteure qui a une langue vive et précise, que j’ai par ailleurs beaucoup appréciée.

Chaque nouvelle nous fait découvrir une tranche de vie de jeune fille ou de jeune femme dans le Chili contemporain. Chacune d’entre elles est très réaliste et montre des difficultés quotidiennes, qu’elles soient familiales, amicales, amoureuses ou encore sociales (la question de la couleur de la peau apparaît à plusieurs reprises, ainsi que les différents moyens financiers des foyers qui peuvent isoler). Avec ces difficultés, les questions de la honte, de l’amour de soi à travers le regard de l’autre et de l’émancipation ne sont jamais loin. J’ai été particulièrement touchée par la proximité entre les réflexions et émotions de certaines des jeunes filles avec mon propre vécu et ma propre sensibilité. Nous n’avons pas du tout la même situation, nous sommes séparées par des milliers de kilomètres et pourtant, nous avons eu des expériences similaires.

Mené par une écriture à la fois chaude (cette chaleur qui fait passer de la langueur à la tension) et percutante, ce recueil saura séduire sans aucun doute nombre de lecteur•trice•s. Il se révélera davantage puissant en ayant des connaissances préalables sur le Chili, sa situation et son histoire littéraire. En général, j’aime que les protagonistes les plus modestes façonnent la littérature et c’est le cas ici, en ayant en plus l’épaisseur et la complexité de personnages féminins qui se construisent et cherchent leur chemin dans un mélange de détermination et de doute.

En conclusion c’est une lecture qui m’a intéressée mais qui ne m’a pas entièrement séduite, du fait de mes propres connaissances lacunaires et d’attentes, de projections biaisées, dont j’ai eu du mal à me défaire. Malgré tout, j’ai dévoré ce recueil du début à la fin sans le poser, d’où mon envie de souligner une dernière fois le style d’Arelis Uribe et sa justesse dans l’analyse et la description des émotions qui est vraiment remarquable.

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Et vous, connaissez-vous bien la littérature chilienne ?

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« Mon père couleur de nuit » de Carl Friedman (Folio Gallimard, 2003)

Ce roman avait, jusqu’à présent, échappé à mon radar et pourtant il est recommandé en lecture scolaire, édité également dans la collection Étonnant classiques chez Flammarion. Positionné du point de vue d’une enfant, et vous savez probablement que j’ai un faible pour ce procédé narratif, je n’ai pu résister et je vous le conseille dès à présent.

Quatrième de couverture : « Le père d’Hannah est un survivant des camps de concentration. Il fait partager chaque jour à sa famille sa souffrance et les atrocités qu’il a vécues : les baraquements, la faim, les tortures, les maladies, le travail forcé… Peu à peu, cet univers de mort et de douleur s’empare de la vie de la jeune Hannah qui tente de dire l’indicible avec ses mots d’enfant, légers comme des bulles.

Hannah parviendra-t-elle à arracher son père à la nuit de ses souvenirs ? La tendresse et l’innocence pourront-elles le sauver de la barbarie et le ramener à la vie ?

Un roman d’une force étonnante. »

Publié à la fois chez Gallimard, pour un public adulte, et chez Flammarion, pour une lecture en classe de 3ème, je pense qu’il est effectivement adapté à une lecture à partir de 15 ans. Si certains chapitres peuvent peut-être se lire avant cet âge, la plupart demandent une certaine matûrité ainsi que des connaissances sur la Seconde Guerre mondiale, la déportation et les camps. Mais l’une de ses forces se situe dans le fait que sans avoir des connaissances exhaustives il replace des moments, des situations marquantes qui témoignent de la vie dans les camps. Une œuvre littéraire qui se positionne très bien comme outil pédagogique mais aussi comme roman de sensibilisation et de mémoire pour les publics qui ne sont plus sur les bancs de l’école. Et ça, c’est déjà un point très positif !

Une enfant nous parle de son père, Jochel, qui a le camp. Avec ses deux frères et sa mère, elle reçoit au quotidien le témoignage d’un père qui a connu la déportation et dont les souvenirs débordent, ont besoin d’être exprimés. Si les enfants comprennent plus de choses qu’on ne peut le penser, comment comprendre ce qui est parfois indicible ? La beauté de ce texte réside dans ce qu’il transmet au lecteur et dans l’imagination des enfants à tordre le sens en essayant de se représenter ce qu’ils n’arrivent pas à saisir (et à ne rien oublier pour, un jour, comprendre complètement en remettant toutes les pièces du puzzle à leur place).

Positionné dans les années 60 (le procès Eichmann se déroule au cours du récit), après des années de silence sur la Shoah dans les sociétés européennes, la parole se libère au sein du foyer familial, quand il est possible de dire.

Chaque chapitre se concentre sur un moment de vie quotidienne au cours duquel Jochel va se livrer à sa famille. Deux à trois pages maximum à chaque fois, pour un ensemble de souvenirs qui relate à la fois la vie d’un père et la vie de la famille qui se construit, dans un passé-présent, car il n’est pas toujours facile pour les enfants de faire face aux souvenirs qui leur sont confiés.

En liant les souvenirs traumatiques d’un père et l’innocence de sa fille, Carl Friedman mêle le poids de l’histoire qui ne doit être oubliée et l’espoir dans les futures générations. Elle nous parle aussi de la responsabilité de chacun à être gardien de la mémoire : familiale mais aussi de l’humanité.

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Et vous, connaissiez-vous ce livre ?

 

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« Ce qu’il faut de nuit » de Laurent Petitmangin (La manufacture de livres, 2020)

A l’origine, ce roman ne faisait pas partie de ma sélection de la rentrée littéraire, mais les avis ont été si positifs dès sa parution que je me suis laissée tenter. Je dois reconnaître qu’il m’a été impossible de le fermer une fois commencé (pourquoi ai-je attendu qu’il soit si tard pour le commencer ?) et ce sont les yeux rougis et l’esprit troublé que je me suis rendue au travail quelques heures après sa lecture.

Quatrième de couverture : « C’est l’histoire d’un père qui élève seul ses deux fils. Les années passent et les enfants grandissent. Ils choississent ce qui a de l’importance à leurs yeux, ceux qu’ils sont en train de devenir. Ils agissent comme des hommes. Et pourtant, ce ne sont encore que des gosses. C’est une histoire de famille et de convictions, de choix et de sentiments ébranlés, une plongée dans le cœur de trois hommes.

Laurent Petitmangin, dans ce premier roman fulgurant, dénoue avec une sensibilité et une finesse infinies le fil des destinées d’hommes en devenir. »

Indéniablement, ce premier roman est annonciateur de prochains livres que je suis déjà impatiente de découvrir. Même si parfois la langue courante me semblait paradoxalement un peu trop ficelée, je me suis attachée à ce père qui nous parle de ses garçons, de sa famille qui fait, page après page, face à des vagues imprévisibles, violentes, dévastatrices.

Laurent Petitmangin nous parle de ce que l’on peut faire, de ce que l’on n’ose pas faire, des émotions qui nous renferment et nous blessent, nous éloignent alors même qu’elles sont liées aux êtres les plus proches de nous. Il nous parle d’un père qui a fait en sorte de transmettre des valeurs à ses enfants et qui se confronte à leur passage à l’âge adulte, au moment où ils font leurs propres choix et se façonnent leur propre monde. Et parfois ce monde en construction est très éloigné de ses idéaux. Qu’a t-il manqué ? Où a t-il commis une erreur ? Oui, le décès de la maman a été un immense séisme dont chacun a eu du mal à se relever, lui le premier. Mais est-ce la seule raison ?

Car il est aussi question d’un espace de détresse sociale, un monde où les usines ferment, où l’emploi est difficile à trouver, où les études ne sont pas faciles à continuer. Comme si tout était joué d’avance et que les cartes te désignaient perdant par principe, car il est terriblement difficile de quitter ces terres gorgées de détresse et de colère. Entre le sentiment d’injustice et la haine, il y a quelques pas, quelques nuits.

L’auteur, en plus d’entrer doucement dans l’intimité d’une famille, montre aussi la facilité avec laquelle nous pouvons emprunter un chemin, la séduction à l’œuvre dans certains milieux, la violence aveugle qui conduit à l’irréversible. Il nous propose aussi le regard d’un homme qui voit grandir ses fils, encore petits et innocents hier, désormais adultes et responsables de leurs actes qui ne sont plus des jeux.

Plus fort encore, il exprime l’amour. Cet amour inconditionnel qui se dévoile petit à petit, qui connait des remous mais qui fait comprendre que quoi que fasse un homme, ses parents ont le droit de continuer à l’aimer comme leur fils, et on ne pourrait les condamner pour cela.

Un texte qui absorbe, surprend, émeut. Un texte qui vous fera garder les yeux et le cœur ouverts. Un texte qui parle de la complexité des émotions humaines et des nuits qu’il faut, aussi, pour pardonner et se pardonner.

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Et vous, quel premier roman avez-vous découvert avec enthousiasme en cette rentrée ?

 

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❤ « Vivants » de Mehdi Charef (Hors d’atteinte, 2020)

Ce livre a été pour moi la source de plusieurs découvertes : celle, marquante, d’un auteur, d’une voix, d’une colère et d’une douceur. Celle d’une maison d’édition marseillaise dont je vais suivre de près les publications. Celle d’une période, d’une responsabilité d’État dont ce dernier se garde bien de parler.

Quatrième de couverture : « J’apprends à mon père à écrire son nom. Il tient bien le stylo entre ses trois doigts, il ne tremble pas. Est-il épaté ou troublé d’écrire pour la première fois de sa vie, à trente-six ans ?

Mon père est de cette génération qu’on a fait venir en France après la Seconde Guerre mondiale, pour reconstruire ce que les Américains et les Allemands avaient bombardé. Que de temps perdu, depuis les années qu’il est là. On aurait pu proposer aux ouvriers algériens des cours du soir, leur montrer ainsi un peu d’estime. Ils devraient tous savoir lire et écrire.

Mon père sourit, ses yeux brillent. Il est là, surpris, ému, parce qu’il voit bien que ce n’est pas si difficile que ça de se servir d’un stylo. À côté de lui, j’entends sa respiration, son souffle.

À quoi pense-t-il ce soir dans notre baraque ? Se dit-il qu’analphabète, il est une proie facile pour ses employeurs, un animal en captivité ?

La colère monte en moi.

Vivants est le sixième roman de Mehdi Charef, qui a notamment publié Le Thé au harem d’Archi Ahmed (1983) et réalisé onze films. Entre souvenirs d’une Algérie qui s’éloigne et expériences d’une France pas toujours accueillante, dans une cité de transit où le provisoire s’éternise, des enfants, des femmes et des hommes fêtent des naissances et des mariages, s’équipent en télévisions et en machines à laver, découvrent la contraception et les ambulances, rient, pleurent, s’organisent, s’entraident… et vivent. »

Mehdi Charef poursuit avec ce récit un voyage dans son enfance, périple mémoriel commencé dans un précédent livre : Rue des Pâquerettes, publié chez le même éditeur en 2019 et qui a reçu le Prix de la Porte Dorée cette année.

Son enfance est marquée par le départ d’Algérie, par l’arrivée en France. Et, comme le dit si bien Kery James : quand on est pauvre, on n’est pas naïf longtemps. Pauvre, oui, mais aussi discriminé, mis de côté, parqué dans une cité de transit qui te fait comprendre que tu n’es pas vraiment accueilli, que tu n’es pas l’égal des autres, en termes de vie quotidienne comme en termes de chances, et que ton destin est tout tracé.

Je ne connaissais pas Mehdi Charef et je suis désormais convaincue que je passerai d’autres soirées en sa compagnie. Son regard sur les choses est doux sans être naïf, il interroge les lecteurs•trices en visant juste, il propose son regard empli d’humanité afin de réveiller la nôtre. Il veut aussi offrir une place aux siens et à ceux qui ont eu un parcours similaire, aux vies courageuses dont on ne parle pas. Mais avec un livre, avec des lecteurs•trices, ces vies laissent une trace, elles sont bien réelles, entendez-les. L’homme a fait un long chemin, s’est battu et a combattu la place que la société française lui avait assignée et il a réussi, avec talent, à retrouver cet enfant en lui, à lui donner la parole.

Vivants est un ensemble de courts chapitres qui revient sur la vie en France, sur les souvenirs d’Algérie, sur ce que Mehdi Charef a quitté et ce qu’il découvre de l’autre côté de la Méditerranée. Il nous parle de son père qui a donné de longues années de sa vie à un pays qui n’a jamais été à la hauteur dès lors qu’il était question de considération et de reconnaissance. Il nous parle de sa mère, du quotidien des femmes, de la barrière de la langue, des plaisirs simples qui relèvent parfois du luxe. Il m’a parlé de sa vie, de la vie et j’ai aimé l’écouter. J’ai eu honte, aussi. Une honte de mon pays, une honte précieuse car elle est de celles qui permettent de remettre les choses en question et d’interroger le présent et l’avenir, de celles qui demandent pardon, de celles qui disent merci.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.


Et vous, connaissez-vous cet auteur (qui est également réalisateur) ?

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👁 « Au nom du père » de Balla (Editions do, 2019)

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Voilà un roman bien particulier. J’ai été très surprise à sa découverte et j’ai retrouvé ce même sentiment, entre yeux ronds et petit sourire, à sa relecture. Car en bonne tragicomédie, il fait appel à des sentiments partagés.

Quatrième de couverture : « Au nom du père met en scène un vieil homme aigri, égocentrique, qui réfléchit sur sa vie, triste et solitaire. Il cherche quelqu’un d’autre à blâmer pour sa relation ratée avec ses parents, ses deux fils adultes, la rupture de son mariage et la chute de sa femme dans la folie. Son récit est motivé par la vente de la maison où il a vécu avec sa famille, maison construite par un frère mystérieux. Et même si ce narrateur insupportable essaie d’aliéner le lecteur par son nihilisme et son auto-analyse névrotique, il ne parvient pas à le repousser parce que l’écriture est intense et perturbante. Dans cette quête existentielle, elle parvient à donner un sens à cette vie qui en manque absurdement et à transformer le texte en tragicomédie. Je m’inquiète pour les gens qui aiment mon écriture. Parce qu’il y a généralement quelque chose qui ne va pas chez eux. Il y a manifestement quelque chose qui ne va pas chez un grand nombre d’entre nous. Ces réflexions sont aussi de Balla. »

Le narrateur nous emmène dans ses souvenirs après avoir appris que l’un de ses fils souhaitait vendre la maison familiale. Cette maison est sortie de terre grâce à son frère et lui, dans une démarche créative singulière et presque mystique, puis elle a accueilli une vie de famille très particulière. Car entre le mari et la femme, rien ne va. Car entre le père et les fils, rien ne va. Car, en fait, le narrateur est un personnage qui fuit ses responsabilités dans les échecs de sa vie. Mais la vieillesse arrivée, cet événement va le pousser à régler ses comptes en compagnie du lecteur.

C’est donc une promenade sur les chemins de l’égoïsme et de la mauvaise foi que nous propose Balla. Un voyage parfois drôle par l’absurde, souvent tragique. Parmi les saillies qui rendent le personnage tout simplement méprisable, l’auteur lui fait pourtant dire quelques mots qui tombent juste. C’est déstabilisant et montre bien le combat qui se joue  en lui : il n’est pas sympathique, il a eu des comportements bas et il tente de le justifier de façon caricaturale. Quoi qu’il ait fait ou dit, il avait de bonnes raisons même s’il sait (selon moi) qu’il a tort. Mais justifier c’est dire, à l’heure du bilan, que la vie a eu un sens et qu’on ne l’a pas ratée.

Si globalement j’ai été séduite par ce roman, j’ai eu plus de mal à suivre les passages mystiques ou proches de la folie (mais qui croire et que croire ?). Je me dis que je suis quand même passée à côté d’une partie du sens, mais j’en ai tiré malgré tout une découverte littéraire notable.

De page en page, nous découvrons un personnage très singulier en même temps qu’un auteur qui utilise avec talent plusieurs tons, qui entraîne le lecteur dans différentes émotions avec intensité : d’une ligne à l’autre le bouleversement peut survenir. Puissant, perturbant, unique. A quand d’autres traductions ?

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Cornelia


 

Et vous, quel roman avec un personnage principal antipathique conseilleriez-vous ?

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❤ 👁 « L’âge du fer » d’Arja Kajermo, illustré par Susanna Kajermo (Editions do, 2019)

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Ce roman est celui qui m’a fait m’intéresser de très près aux Editions do. J’aime les récits d’enfance car ils sont le berceau de toute une vie, car ils sont aussi souvent emprunts de mélancolie, car ils nous invitent à retrouver un regard parfois perdu. Arja Kajermo m’a beaucoup émue et je n’attends qu’une chose : un autre roman pour lequel je serai au rendez-vous dès le jour de sa sortie.

Quatrième de couverture : « L’Âge du fer est à la fois un conte et un roman du passage à l’âge adulte. Une histoire racontée du point de vue d’une enfant qui a grandi dans la Finlande, puis la Suède, des années 50. L’Âge du fer, parce que la vie dans la ferme familiale est rudimentaire et difficile mais aussi en référence aux éclats d’obus entrés dans les jambes du père. L’Âge du fer, parce que la petite fille pense que ce fer a affecté non seulement les jambes de son père, mais son coeur aussi. Et même celui de toute la famille. Dans L’Âge du fer, l’apparente simplicité du style contraste avec la force d’une histoire qui oblige doucement mais inexorablement à reconnaître, sous le paysage magique et les fables populaires, l’impact psychologique de la pauvreté, de la violence domestique, de la marginalisation et de l’immigration. »

S’il s’agit d’un roman de fiction, l’histoire reprend néanmoins des éléments que l’auteure a connus. La naissance et la petite enfance en Finlande, la vie dans une petite ferme rurale, le départ pour la Suède avec sa famille alors qu’elle n’était pas bien grande. La fiction puise ici clairement dans le réel et ajoute de la force au propos.

Arja Kajermo nous emporte dans un voyage dans le temps, direction la Finlande rurale des années 50, dans une famille qui n’a pas beaucoup de moyens, ne vit pas dans un grand confort et n’a pas non plus un cadre familial rassurant et sécurisant. Mais la petite fille affronte les jours et les difficultés. Sauf que dans la ferme où le confort est rudimentaire, les tensions familiales et économiques auront des conséquences par-delà les frontières, sur les liens qui les unissent. Du jour au lendemain, tout ce que l’enfant aura connu sera bouleversé.

Il est question de conditions sociales, d’ambitions qui nous portent plus loin au risque de perdre ce que l’on a, de la figure d’un père dur et intimidant, de séparations, d’exil, d’intégration alors que les autres vous regardent de biais. La pauvreté est aussi présente que les espoirs et la langue d’Arja Kajermo adoucit les jours et les nuits de la petite au fil des jours, des mois.

Je ne veux pas vous en dire plus pour vous laisser le plaisir de découvrir cette histoire d’enfance qui, personnellement, m’a émue autant qu’elle m’a fait voyager dans le temps et dans l’espace. Une magnifique découverte.

Cette chronique est enfin l’occasion de souligner le plaisir que l’on peut prendre à voir apparaître des illustrations au fil du récit. Je n’ai pu que constater, dans des groupes de discussions littéraires, des remarques violentes et méprisantes à l’encontre de la littérature graphique/illustrée. Ce mépris, je leur laisse. A mes yeux le dessin porte aussi un propos et vient en complémentarité du texte et le travail de Susanna Kajermo le démontre avec talent et sensibilité. La littérature générale mériterait de proposer plus de textes qui proposent cette complémentarité texte-image.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.


 

Et vous, quels romans illustrés recommandez-vous absolument de lire ?

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« Khalat » de Giulia Pex d’après Davide Coltri (Presque Lune, 2020)

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Une partie de ma bibliothèque est consacrée aux migrations, aux récits d’exils. C’est donc naturellement que j’ai impatiemment attendu cette parution de début d’année.

Quatrième de couverture : « Qu’emporteriez-vous si, une nuit, vous étiez contraints de quitter votre maison pour toujours ? A quels compromis seriez-vous disposés à vous résoudre et où finiraient vos ambitions, les rêves et l’amour ? Inspiré d’une histoire vraie, Khalat raconte ce qui se cache derrière l’un des nombreux visages qui peuplent nos villes, celui d’une femme et de sa marche forcée, de la naïveté au désenchantement, de la Syrie à l’Europe. »

Je m’attendais à un récit touchant, ce fut le cas, mais j’ai été en plus éblouie par les illustrations de Giulia Pex. Leur réalisme et les choix stylistiques de l’auteure-illustratrice apportent une grande force aux propos. Surtout, si vous le croisez, feuilletez-le pour découvrir ces illustrations qui font entrer dans l’intime tout en gardant une juste pudeur.

Khalat est une jeune femme, étudiante, vivant en Syrie. Appartenant à la communauté kurde, dans une zone en tension politique et civile, dans une zone où le conflit va exploser. Entre tradition et modernité, Khalat suit des études en littérature et rêve d’un amour foudroyant. Dans ce quotidien plein de promesses, la violence va frapper, va tuer et pousser sur les routes de très nombreuses familles. Celle de Khalat sera parmi elles.

Une grande part du récit se passe sur les routes de l’exil, sur les camps de réfugiés, sur les peurs et les risques, sur les rencontres, sur la fatigue qui affaiblit les parents, sur les choix à faire malgré les différents risques, sur l’attente et la conscience de ce qui a été perdu, sur le deuil et l’espoir confié aux lendemains.

Ce témoignage complet vient s’ajouter à ceux entendus ou lus précédemment et qui seront entendus ou lus prochainement. Il dit des similitudes et des différences, mais clame surtout trois nécessités pour la survie des hommes, des femmes et des enfants : la possibilité de quitter des zones de danger, la sécurité sur la route, la décence des pays d’accueil. Des nécessités qui sont encore aujourd’hui des combats quotidiens. Chaque témoignage compte car chaque vie compte.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Notes avis critiques clés bibliofeel


Et vous, ferez-vous la connaissance de Khalat ?

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❤ 👁 « Comment j’ai rencontré les poissons » d’Ota Pavel (Editions do, 2016)

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Cette chronique est le résultat d’un voyage aussi doux qu’intense, au bord des rivières tchèques et en compagnie d’un enfant attachant. Cela faisait longtemps que je devais m’y engager et, à peine fini, j’ai commencé à faire la liste des personnes à qui j’ai envie de l’offrir. C’est un livre comme ça, que l’on aime et que l’on veut faire découvrir.

Quatrième de couverture : « Les poignantes histoires de ce livre, classique de la littérature tchèque, composent la tendre chronique d’un homme qui se souvient de son père, géant captivant et charmeur aux yeux de l’enfant qu’il était. En apparence elles reconstituent la vie de sa famille, avec en arrière-plan l’histoire de l’Europe centrale au XXe siècle, mais elles sont en réalité beaucoup plus que cela : ce sont des méditations sur la vie et la survie, la mort et la mémoire, l’humour, la justice et la compassion. »

Le petit Otto Popper (nom de naissance de l’auteur) nous parle de son enfance dans la région de Prague avec une langue qui rappelle la force de l’instant et avec un ton parfois espiègle. En quelques mots, ce livre est une superbe évocation de l’enfance, de l’admiration d’un garçon pour son père, de l’amour des poissons, de l’impact de la guerre et de l’antisémitisme sur une famille qui traverse le XXe siècle. Mais le talent de l’auteur c’est de nous parler de fragments de mémoire qui l’ont marqués en nous émouvant autant qu’en nous faisant rire.

J’ai eu un immense attachement pour ce narrateur, à la fois enfant et adulte, qui nous parle de son père, personne au caractère exhalté et vendeur hors-pair qu’il admire énormément, de sa mère et de sa patience infinie, de son oncle Prosek, grand tendre réfugié derrière une attitude distante, du peintre Nechleba et d’autres encore. Car ce récit kaléidoscopique nous fait croiser le chemin de personnes qui ont marqué Ota Pavel et ils nous marquent à notre tour.

Ces rencontres se produisent souvent en lien avec la pêche. On nous parle des rivières, des différents poissons qui la peuplent, des rêves de pêches miraculeuses, du courant et des pluies, des déceptions et des victoires. Ces moments ont suivi l’auteur à chaque étape de sa vie – et l’enfance est riche en étapes. Ils ont été des moments de partage avec le père, des blessures mais aussi des opportunités de survie.

Ota Pavel a été un journaliste sportif reconnu mais va peu à peu développer des symptomes dépressifs et paranoïaques. L’écriture lui a été vivement conseillée pour améliorer son état, alors qu’il était en hôpital psychiatrique. La beauté qui ressort de ce texte traduit une immense sensibilité. Pour citer le préfacier, Mariusz Szczygiel : « Seul un grand dépressif pouvait écrire le livre le plus antidépressif du monde. » Après cela, comment ne pas se plonger dans la lecture ?

Ce roman est sorti en poche dans la collection Folio chez Gallimard début mars. Vous avez donc le choix entre les deux formats si vous voulez vous faire plaisir ou l’offrir.

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Et vous, allez-vous rejoindre la rivière et son flot de souvenirs ?

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« Le retour » de Benjamin Dickson (Actes Sud, 2020)

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Des dessins bruts pour une histoire qui va briser les attentes d’un enfant au retour de son père de la guerre. Un récit qui exprime la violence rapportée du front jusque dans le salon élaboré à hauteur d’un enfant qui va être amené à grandir d’un coup, trop vite. Une découverte marquante.

Quatrième de couverture : « 1945. Dans Bristol dévastée, un gamin retrouve son père rentré du front. La nouvelle vie espérée tourne rapidement au drame. Un récit poignant sur la difficulté du retour à la vie civile quand on a connu les atrocités de la guerre. »

Benjamin Dickson nous parle de plusieurs choses ici : de l’après-guerre aux blessures encoe vives, de l’état des villes détruites par les bombardements, des familles qui vivent encore dans ces villes, de l’absence des hommes partis avec l’armée, d’un enfant qui rêve du retour de son père pour que la vie familiale recommence comme avant, d’un homme qui rentre hanté par ce qu’il a vu et ce qu’il a fait, qui n’est plus le même. Il y a aussi la question des hommes qui reviennent, et de ceux qui ne rentreront jamais.

De nombreux sujets très bien liés dans ce roman graphique historique qui prend, page après page, le chemin du drame domestique du fait des névroses post-traumatiques. Sa force ? Entrer dans un foyer et montrer les conséquences des conflits – quels qu’ils soient – sur les hommes qui se répercutent sur les familles. La fin d’une guerre n’est jamais la fin et un traumatisme peut en engendrer un autre.

Les illustrations sont parfaitement adaptées au ton du récit, le noir et blanc renforce encore son ambiance oppressante. Un point de vue touchant, une construction narrative saisissante, cela donne une réussite qui remue.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.


 

Et vous, quel livre sur la guerre vue par des enfants conseillez-vous ?

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❤ « Le lièvre et les lapins » de Timothée Le Véel (L’Ecole des Loisirs, 2019)

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Une des choses qui me définissent est que j’adore les lapins et tout ce qui a un petit museau hyperactif, de grandes oreilles et un petit pompon en guise de queue. C’est un peu mon animal totem (non, ne prenez pas peur). Donc quand j’ai croisé cet album je n’ai pas pu résister, j’ai pris appui sur mes pattes arrières et j’ai sauté dessus, avec une grâce (contestable) qui m’est propre.

Quatrième de couverture : « Adopté par une garenne de lapins à la mort de sa mère, un jeune lièvre grandit entouré d’affection mais avec des envies de liberté. Lorsqu’il croise le chemin d’un de ses congénères, il se laisse facilement convaincre de partir à l’aventure. Mais une fois cernés par les loups, parviendront-ils à se tirer de ce mauvais pas ? Pas tout seuls… »

J’ai déjà eu l’occasion de dire que les albums pour la jeunesse peuvent aussi s’adresser aux adultes et ça a été le cas de celui-ci car son message dépasse clairement les âges. Il est question du respect des besoins de l’autre et du fait que l’on projette parfois sur les personnes qui nous entourent des attentes et des réactions similaires aux nôtres, sans prendre conscience que ce qui nous convient ne leur convient pas toujours.

Bien entendu, ce n’est pas fait avec malveillance, mais on peut vite aborder le monde et les relations aux autres par notre unique prisme personnel et cet album nous invite à nous questionner sur ce dont les autres ont besoin et l’acceptation de ceux-ci, que nous les comprenions ou pas. C’est la sincérité des sentiments qui prône sur le fait de tout partager ou de tout comprendre.

Un message plein d’amour qui, je pense, saura trouver un écho auprès des plus jeunes mais aussi de toute la famille. En tout cas, j’ai reçu son message en pleine poire et il m’a fait réfléchir un bon moment. Le petit plus à cet album déjà magnifique dans son texte : des illustrations à couper le souffle, comme si nous aussi, aux côtés du beau lièvre, nous filions aussi vite que le vent.

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Et vous, quel album qui traverse les âges adorez-vous ?

❤ 👁 « La dernière neige » d’Hubert Mingarelli (Seuil, 2000 ; Points, 2002)

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Ce roman est l’un des premiers écrits par l’auteur à l’attention du public adulte et son écriture n’en est que plus émouvante. On sent ce pied encore dans les émotions de la jeunesse et ce passage à l’âge adulte, avec ses espoirs perdus, ses deuils et sa confrontation à la réalité. Une lecture qui a fait baisser mon stock de mouchoirs mais qui a aussi gonflé la taille de mon cœur.

Quatrième de couverture : « Un fils est prêt à tout pour adoucir les derniers jours de son père malade. Tous les soirs, il lui tient compagnie, lui parle du splendide milan qu’il a vu dans un magasin et qu’il désire ardemment posséder. Lorsque la neige commence à tomber, lorsque la mort se met à rôder, le garçon prend peur : et si son père partait avant d’avoir pu admirer le milan ? »

Un fils travaille tous les jours dans une maison de retraite afin d’amasser de l’argent : une partie revient au foyer et l’autre est mise de côté pour pouvoir s’offrir un milan qu’il a croisé, prisonnier de sa cage sur un trottoir de la ville, et qu’il n’arrive pas à oublier. Ce milan va être le départ de l’histoire, une histoire mêlant réalité et fiction dans l’esprit du personnage principal, une histoire menant toujours à la chambre de son père malade, dans laquelle il parle de l’oiseau, de sa beauté, de sa force, de sa capture.

L’oiseau devient une obsession, jour et nuit, semaines après semaines, mois après mois et pour l’avoir, des choix devront être faits. Des choix qui vont interroger le bien et le mal, qui vont laisser une marque sur le jeune homme qui lutte entre la finalité de sa démarche et les actions entreprises pour l’atteindre. Mais la dernière neige approche, le temps presse…

Si la construction du récit est moins complexe que pour d’autres romans d’Hubert Mingarelli, je me suis faite mener par le bout du nez du début à la fin. Trouvant dans un premier temps le personnage principal égoïste et têtu, j’ai fini par comprendre le propos dans un bris de cœur (celui-ci succédant à d’autres). Beau et humain, ce roman est tout simplement un coup de cœur que je ne peux que vous recommander, en cette saison qui attend sa première neige.

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Et vous, avez-vous une lecture enneigée à recommander ?

❤ « Ce qu’on entend quand on écoute chanter les rivières » de Barney Norris (Seuil, 2017)

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J’ai beau avoir beaucoup aimé ce roman, je sens que la chronique ne vas pas être aisée car je l’ai adoré et j’ai vraiment envie de vous donner envie de le découvrir. A Salisbury, cinq rivières se rejoignaient jadis et se rencontraient avec chacune les éléments drainés par son courant. Et dans la ville, cinq vies vont être liées par un événement tragique.

Quatrième de couverture : « Le monde s’achève sans cesse autour de nous. Chaque mesure de notre partition appartient déjà au souvenir et à l’imagination au moment où nous la jouons. Autant l’écouter.

C’est une soirée paisible à Salisbury. Quand soudain, non loin de la majestueuse cathédrale, un fracas de tôle froissée déchire le silence. Autour d’un banal et tragique accident de la route, cinq vies vont entrer en collision. Il y a Rita, gouailleuse et paumée, qui vend des fleurs au marché – et un peu d’herbe pour arrondir ses fins de mois. Il y a Sam, un garçon timide en proie aux affres des premières amours tandis que son père tombe gravement malade. George, qui vient de perdre sa femme après quarante ans d’une passion simple. Alison, femme de soldat esseulée qui sombre dans la dépression et se raccroche à ses rêves inassouvis. Et puis il y a Liam, qui du haut des remparts observe toute la scène.

Cinq personnages, comme les cinq rivières qui jadis se rencontrèrent à l’endroit où se dresse aujourd’hui la ville. Cinq destins, chacun à sa manière infléchi par le drame. Cinq vies minuscules, qui tour à tour prennent corps et voix pour se hisser au-delà de l’ordinaire et toucher au miraculeux. »

Je me suis régalée et très fort émue à la lecture de ce livre car Barney Norris sait donner de la voix à ses personnages qu’ils soient homme ou femme, au printemps ou à l’automne de leur vie. Chacun d’eux est confronté aux regrets, à la culpabilité et à la solitude. Ils ont tous des blessures à guérir et ils sont tous dans des situations très différentes. Mais un accident va lier leurs vies.

J’ai été touchée par le réalisme et l’humanité qui se dégagent de ce roman car il n’est pas question d’exemplarité et de morale, il est question de ce que l’on n’ose pas dire, de ce que l’on rumine parfois à se rendre fou, de ce que l’on a laissé derrière nous, de ceux qui nous ont abandonnés. Chaque portrait est écrit de façon très différente et c’est vraiment remarquable de la part de l’auteur. On lit, on s’émeut, on comprend, on est d’accord, on ne l’est pas, mais qu’importe nous ne sommes pas là pour juger mais pour écouter le chant de ces cinq rivières humaines, avec leurs flots de pensées. Nous sommes confrontés à des introspections et cela rend l’ensemble immensément humain.

Si vous souhaitez passer quelques heures de lecture pleines de délicatesse et dessinant des tranches de vies mêlées malgré elles, vous pouvez vous plonger dans celui-ci. Magnifique.

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Et vous, voulez-vous prêter l’oreille aux rivières ?

❤ « Mutafukaz’Loba Loca – Tomes 1 à 3 » de Run et Guillaume Singelin (Ankama/619 Label, 2019)

Lorsque je suis tombée sur ces éditions limitées au travail je savais qu’il fallait que je les trouve rapidement. Et malgré ça, j’ai failli passer à côté du premier volume qui, si je ne dis pas de bêtise, n’est quasiment plus trouvable aujourd’hui. J’ai échappé au pire et j’en suis bien contente ! Car c’est un grosse découverte et un gros coup de coeur pour moi !

Quatrième de couverture : « Élevée par sa mère et en manque de repères, Guada accumule les frustrations et cherche sa voie dans la mégalopole crasseuse de Dark Meat City. Un road trip surprenant qui conduira la jeune fille sur le chemin de son avenir, et sur les traces de son passé, quitte à rencontrer des personnages aussi insolites qu’infréquentables… »

Je ne connaissais pas du tout la série Mutafukaz et quant j’ai compris qu’il s’agissait ici d’un spin-off (parce que je suis parfois un peu à la masse) j’ai eu peur de ne pas pouvoir vraiment suivre le récit. Mais, heureusement ça n’a pas été le cas. Alors bien sûr je n’ai sûrement pas eu la même lecture qu’un connaisseur de la série initiale et des autres spin-off qui en ont été tirés, mais vraiment, ça a été un immense plaisir !

Guada est une adolescente qui est pleine de doutes et de colère et qui va être victime de harcèlement. Cela sera un déclencheur fort de l’histoire car, en se laissant exploser, elle va aussi chercher une solution pour tirer parti de cet aspect de son caractère mais aussi chercher à explorer le mystère de sa naissance, à savoir son père qu’elle n’a jamais connu. Et ces deux quêtes personnelles ont un point commun : le catch.

D’injustices en révoltes, de rencontres aussi étonnantes qu’attachantes, de situations singulières en rebondissements, voilà un comics bien pimenté, touchant et avec des touches d’humour qui rendent l’ensemble absolument addictif. Je n’ai qu’un conseil à vous donner : ne passez surtout pas à côté ! Si vous pouvez les emprunter, jetez-vous dessus, sinon vous pouvez attendre la sortie de l’intégrale (toujours à cause du premier volume difficile à dénicher). De mon côté le rendez-vous est pris en février pour la sortie du quatrième volume et je ne manquerai pas de me pencher sur un autre spin-off directement lié à celui-ci : Puta madre.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.


 

Et vous, êtes-vous prêt•es à monter sur le ring ?

« La danse du temps » d’Anne Tyler (Phébus, 2019)

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Plus je découvre les parutions des éditions Phébus, plus je suis convaincue que les choix de cette maison correspondent à ma sensibilité. Ce roman ne fait pas exception. Je ne connaissais absolument pas cette auteure et son style m’a beaucoup plu, son analyse des émotions et des frustrations aussi. Une très agréable découverte !

Quatrième de couverture : « À soixante et un ans, Willa Drake mène une existence réglée comme du papier à musique en Arizona. Jusqu’à un coup de fil venu de l’autre bout du pays lui apprenant que la compagne de son fils s’est fait tirer dessus. Sa petite-fille a besoin d’elle ! Tant pis s’il s’agit d’une erreur de numéro, Willa abandonne tout et file à Baltimore devenir grand-mère.

Dans La danse du temps, Anne Tyler nous rappelle avec humour et tendresse qu’il n’est jamais trop tard pour choisir sa vie. »

Nous faisons la connaissance de Willa à plusieurs périodes de sa vie de fille, de jeune femme, de mère et de femme à l’automne de sa vie. Nous découvrons les épreuves qu’elle a dû affronter à chacune de ces périodes et son évolution construite sur le souvenir d’une mère insécurisante et qui pouvait se révéler violente, sur l’admiration envers un père doux et toujours conciliant. Des deux modèles elle optera pour le moins destructeur au risque d’oublier ses besoins.

Après un premier mariage auquel elle sacrifia ses études et ses projets, terminé de façon brutale, nous la retrouvons mariée à un homme qui, à nouveau, l’enferme dans un modèle de domination masculine, dans un modèle d’infantilisation de l’épouse. Mais le hasard de la vie va amener Willa à faire ses propres choix par amour.

J’ai vraiment apprécié ce portrait de femme dépeint sans jugement et que plusieurs époques ont moulé. J’ai admiré la capacité de ce personnage à s’émanciper aux côtés de la petite Cheryl et des nombreux personnages qui composent le voisinage de Baltimore. Un roman tout en douceur, dans un réalisme coloré d’un rayon de soleil doré, comme partagé entre hier et demain. Je prends dès à présent un nouveau billet pour Baltimore en compagnie d’Anne Tyler, reste à savoir avec lequel de ses nombreux romans…

Si vous souhaitez une lecture qui fait du bien sans que ce soit pour autant du pur feel good je vous recommande ce roman. Vous en ressortirez apaisés et le cœur plus léger car celui de Willa se sera un peu libéré mais aussi car la complicité intergénérationnelle qui se construit est très touchante.

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Et vous, prenez-vous aussi un vol pour Baltimore ?

« Andrew est plus beau que toi » d’Arnaud Cathrine et The anonymous project (Flammarion, 2019)

Aujourd’hui je vais vous parler d’un roman paru dans une toute nouvelle collection de chez Flammarion. Ce beau format riche en illustrations porte un concept qui m’a tout de suite intéressée car j’avais eu la même idée (qui n’a pas encore pris forme car cela demande un gros travail de documentation) il y a de nombreux mois : à partir de photographies de particuliers anonymes, penser une histoire dans l’Histoire.


Quatrième de couverture : « Qui peut se permettre de dire qu’un frère est plus beau que l’autre ? En l’occurrence, un membre de la famille. Et cette famille, c’est celle d’Andrew et Ryan Tucker, nés dans les années 1940 à Los Angeles. Une famille américaine, middle class. Les trajectoires croisées des deux frères se déploient sous la plume aussi concise qu’intense d’Arnaud Cathrine, qui revisite, à travers ces photographies d’époque, un univers mythique et fascinant : la Californie des années 1940 à 1980. »


Faire de chacun la source de l’histoire contemporaine. c’est ce que nous propose Arnaud Cathrine, en collaboration avec The anonymous project, qui collecte et conserve des photographies de particuliers et les a mis à disposition pour ce projet littéraire.

A la frontière du roman, du roman-photos et du commentaire d’album de famille, ce livre-concept est un ovni qui s’aborde avec une facilité déconcertante. Très vite, nous trouvons notre place dans cette famille dont le père est traumatisé par sa participation à la Seconde Guerre mondiale, qui est devenu père sans avoir le temps de s’y préparer et qui sera marqué à vie par la disparition de son frère. Un père mutique et secret, un père fantôme qui sera craint et sera aimé, aussi, même si cet amour s’avère parfois douloureux. La mère, aimante et forte, qui écorchera parfois l’image de la famille idéale américaine qui aura su faire face aux épreuves, cette mère prête à remettre en question sa vision des choses pour ne pas perdre un fils. Un portrait admirable dans sa force et dans ses failles.

Et enfin, les enfants : trois garçons. Les liens qui unissent, les conseils qui accompagnent jusqu’à l’adolescence, la vie qui éloigne. C’est Andrew que nous suivons sur une grande partie du récit et avec qui nous cherchons notre place dans cette société qui se perd elle-même sur plusieurs décennies : entre la guerre en Europe, la guerre du Vietnam, la lutte pour les droits civiques, le summer of love, la libération des moeurs pour la nouvelle génération et le monstre du sida qui montre pour la première fois ses crocs. Andrew, à force de se chercher, va se trouver. Mais cette révélation à soi-même aura un prix familial. Ryan reprendra le récit, pour un final extrêmement émouvant et infiniment humain.

Arnaud Cathrine signe un très beau récit, il prouve que l’histoire collective est portée à sa façon par chaque famille, que la famille parfaite est un mythe et une façade (notamment aux États-Unis) et nous rend le passé extrêmement proche. Peut-être car certains combats ont évolué mais n’ont pas disparu. Je pense aussi qu’il nous invite à penser autrement notre propre collections d’instantanés un peu fanés. Le choix des photographies est remarquable, tout fonctionne et j’ai cru entendre des rires derrière certaines photos comme on peut en avoir quand on croise certains clichés familiers qui nous sont familiers ou qui nous surprennent. En conclusion, cette collection est une très belle initiative et j’ai hâte de me plonger dans le second volume paru à ce jour (qui est déjà sur ma table de nuit) !

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.


 

Et vous, est-ce un concept qui retient votre attention ?

« Bye-Bye, vitamines » de Rachel Khong (Les Escales, 2018)

C’est à nouveau lors de déambulations entre les rayonnages fabuleux d’Emmaüs que je suis tombée sur ce livre qui me faisait de l’œil depuis plusieurs mois. Un roman qui annonçait l’approche de la maladie d’Alzheimer et le soutien familial loin d’un ton froid comme une blouse blanche et qui a su répondre à cette attente. Pour celles et ceux qui voudraient le découvrir et qui ne sont pas des incorrigibles du grand format comme moi, il est sorti en poche en juin de cette année (c’est ici que ça se passe).


Quatrième de couverture : « Après avoir fait preuve d’un comportement pour le moins étrange, Howard Young, éminent professeur d’histoire, vient d’être diagnostiqué comme souffrant de la maladie d’Alzheimer.

Quand sa femme demande l’aide de leur fille Ruth, celle-ci s’installe dans la maison parentale pour une année. À trente ans, en proie à ses propres doutes et confrontée à une vie qui ne ressemble pas à ce qu’elle avait imaginé, Ruth se retrouve plongée dans le joyeux chaos qui règne au sein de la famille : entre les rares moments de lucidité de son père et le comportement erratique de sa mère, la situation s’annonce plus compliquée que prévu.

Un premier roman aussi frais qu’original, parsemé d’anecdotes loufoques, d’humour et d’humanité »


Je ne m’attendais pas à aimer autant ce roman. Preuve qu’il faut savoir sortir de ses habitudes de lecture pour ressentir des émotions différentes même si elles sont toutes filles du cerveau et du coeur. Bref, ce fut une belle découverte et j’ai apprécié accompagner Ruth dans son quotidien à reconstruire après un échec amoureux et la recherche du sens de sa vie, mais aussi et surtout durant l’accompagnement de son père atteint de la maladie d’Alzheimer. Cette maladie qui fait que la personne est là sans être vraiment là, qu’elle est elle sans l’être vraiment non plus. Parfois, puis jamais. Un chemin qui s’emprunte sans en avoir le choix, parfumé d’infusions et de recettes à base de vitamines et de choux sensés reculer l’échéance.

Ruth a eu affaire à un sacré con et ça s’est terminé douloureusement. Après des années a avoir été un fantôme pour sa famille avec toujours une priorité à gérer ailleurs, l’annonce de la maladie de son père la fait revenir au foyer pour une année. Mais ça ne peut pas être si simple. Son père sait qu’elle est revenue pour lui et ne supporte pas de la savoir obligée d’être là, ce n’est juste pour personne. Sautes d’humeurs et colères, puis résignation temporaire du paternel qui vient de perdre son poste à l’université dans laquelle il enseignait. Ce poste qui le faisait tenir debout n’est plus là. Rien ne semble s’arranger et pourtant, chaque situation problématique devra trouver une résolution, qu’elle soit légale ou pas.

J’ai été profondément émue par les habitudes d’Howard, alors que Ruth était petite, de noter quotidiennement les anecdotes en lien avec sa fille. C’est une preuve d’amour incroyablement belle. Ce sont souvent ces anecdotes au regard de la situation présente qui m’ont fait sortir les mouchoirs. Les mots qu’un enfant cherchait et façonnait hier face à ceux d’un parent qui les perd et les tord aujourd’hui.

Il est ici question de doutes, de faux-pas, d’espoirs déçus, de liens à reconstruire, de préparation au deuil, de lutte contre les symptômes d’une maladie qui éradique la personnalité, de résistance mais aussi de lendemains porteurs de promesses, même si ce ne sont pas celles espérées quelques années plus tôt. De personnages attachants en situations touchantes, Rachel Khong nous offre une tranche de vie familiale humaine, entre rires et larmes, qui aborde des sujets graves et universels. Un premier roman qui ne saurait rester enfant unique.

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Et vous, avez-vous envie de faire le plein de vitamines littéraires ?

« Mikado d’enfance » de Gilles Rozier (L’Antilope, 2019) #RL2019

Cette parution avait retenu mon attention pour deux raisons : car ce sont les éditions de l’Antilope (que je collectionne et dont j’admire le travail éditorial de Gilles Rozier) mais aussi et surtout pour le questionnement que ce livre expose : comment un garçon en arrive-t-il à être accusé d’antisémitisme ? Comment a-t-il pris ce chemin et pourquoi ? Qu’est-ce qui se trouve derrière cette accusation ? Les réponses en appellent aux souvenirs, non seulement de l’auteur mais aussi de sa famille.


Quatrième de couverture : « Cher Gilles, je viens d’apprendre qu’en 1975 vous avez dû quitter votre collège pour une affaire d’antisémitisme concernant un ‘vieux Juif’. Quelle surprise ! Jacques

Quarante ans après les faits, le narrateur revient sur un épisode de son enfance : l’exclusion de son collège pour avoir adressé, avec deux camarades, une lettre antisémite à leur professeur d’anglais. Quelques années plus tard, il deviendra spécialiste de culture juive. Que s’est-il passé entre ces deux moments de son histoire ?

Dans Mikado d’enfance, Gilles Rozier convoque les souvenirs refoulés d’un garçon aux yeux bleus en quête d’identité, soucieux de plaire et d’être aimé. Pour réparer l’enfant abîmé, il décortique malaises familiaux et conflits politiques des années 1970. »


Le petit Gilles se révèle être enfant d’ingénieur parmi une majorité d’enfants d’ouvriers alors que les tensions sociales menacent d’aller jusqu’à la rupture. Minorité aisée dans un groupe modeste. Ni particulièrement beau, ni particulièrement laid, un peu invisible surtout. Et dans ce contexte, alors que d’autres sont incroyablement solaires, l’envie d’être aimé et intégré prend des proportions que les nombreux enfants que nous étions peuvent comprendre. Et c’est ce besoin de plaire qui va conduire à l’envoi d’une lettre antisémite à l’un des enseignants. Une adresse, un service rendu, le sentiment d’entrer dans le groupe et de ne plus être le fils de l’ingénieur qui dirige les parents des autres élèves de sa classe. Un égal, cherchant la chaleur de quelques rayons de soleil.

Plusieurs dizaines d’années plus tard, presque dans une autre vie, cet évènement refait surface contre toute attente. Un fait difficile et encore emprunt de honte raconté sur le ton de l’anecdote et qui va le pousser à remonter le temps. Secret dévoilé, bulle percée. Que s’est-il vraiment passé ? Quelle responsabilité a-t-il eu dans les faits ? Jusqu’où allait la complicité ? Et si… Et si le contenu de la lettre n’avait pas été connu ? Ni compris du petit Gilles ? Et s’il s’agissait de l’expression du besoin de parole au sein de sa propre famille ? Et s’il avait enfin besoin d’entendre davantage l’histoire de sa famille, son histoire ? Incompréhension des proches. Honte. Isolement.

Parmi les mikados étalés dans sa mémoire, Gilles Rozier se questionne, cherche une ouverture, en saisi un et fait bouger les autres, fait avancer sa réflexion tour après tour. C’est le lui d’aujourd’hui face au lui d’hier, deux regards qui vont tenter de se retrouver. Un roman qui interroge aussi, plus largement, les actes antisémites parmi les plus jeunes et leurs motivations. Car s’il y a des convaincus il y a aussi des jeunes influençables, des jeunes qui ignorent et d’autres qui sont à la recherche de provocations de bas niveau. Alors, il faut savoir parler.

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Et vous, êtes-vous aussi sensibles aux éditions de l’Antilope ?

❤ « Sale gosse » de Mathieu Palain (L’Iconoclaste, 2019) #RL2019

Voici une nouvelle voix française à découvrir de toute urgence ! Un gros coup de coeur en ce qui me concerne. Mathieu Palain nous met face à un jeune homme qui, cherchant l’amour en confiance, se révoltant contre une situation qu’il n’a pas choisie, va faire des choix qui ne seront pas toujours les bons. Trouvera-t-il son chemin dans le dédale social, juridique et de la violence contemporaine ?


Quatrième de couverture : « Wilfried naît du mauvais côté de la vie. Sa mère, trop jeune et trop perdue, l’abandonne. Il est placé dans une famille d’accueil aimante. À quinze ans, son monde, c’est le foot. Il grandit balle au pied dans un centre de formation. Mais une colère gronde en lui. Wilfried ne sait pas d’où il vient, ni qui il est. Un jour sa rage explose; il frappe un joueur. Exclusion définitive. Retour à la case départ. Il retrouve les tours de sa cité, et sombre dans la délinquance. C’est là qu’il rencontre Nina, éducatrice de la Protection judiciaire de la jeunesse. Pour elle, chaque jour est une course contre la montre ; il faut sortir ces ados de l’engrenage. Avec Wilfried, un lien particulier se noue.

D’une plume hyper-réaliste, Mathieu Palain signe un roman percutant. Il nous plonge dans le quotidien de ces héros anonymes et raconte avec empathie une histoire d’aujourd’hui, vraie, urbaine, bouleversante d’humanité. »


Abandonné alors qu’il n’avait que quelques mois, Wilfried est placé dans une famille d’accueil. Malgré l’amour sincère qu’il reçoit jusqu’à l’adolescence, savoir que sa famille est payée pour s’occuper de lui fait qu’il perd toute confiance. Quelques phrases par-ci par-là et le doute se transforme en colère. Déjà mal aimé à la naissance, comment s’en sentir digne ? Et une insulte va venir faire basculer son monde. La colère s’epxrime, un coup est donné à un adversaire sur le terrain. Exclusion du club qui lui promettait l’avenir dont il rêvait. Petit à petit, les repères vont voler en éclats et l’instinct de survie va le conduire sur des chemins dangereux, pour certaines personnes qui croiseront son chemin par hasard, pour lui.

Des hommes et des femmes travaillent tous les jours pour que ces jeunes mineurs ne soient pas condamnés à la délinquance et de fait à la case prison. Nous croisons les vies de ces personnes, leurs combats, leurs carburants. Mathieu Palain n’idéalise rien mais cela n’enlève pas l’admiration qui naît pour ces acteurs qui font beaucoup avec peu de moyens. Il souligne les limites, des dysfonctionnements, l’amertume aussi de voir que malgré le travail quotidien de la Protection judiciaire de la jeunesse, rien ne change. Un travail sans fin pour des jeunes qui sont chaque fois unique. Pour en sauver combien ?

Immensément humain, ce roman de société nous fait nous attacher incroyablement fort à Wilfried et à certains de ses compagnons de route, trop jeunes pour leurs délits mais assez âgés pour avoir un casier judiciaire. Le rapport franc entre Nina et Wilfried permettra-t-il un autre demain ? La langue vive de Mathieu Palain nous fait passer d’une émotion à une autre sans jamais pouvoir poser son premier roman, qui j’espère ne sera pas le seul.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire : annuler vos rendez-vous, courir l’acheter et hop, sous la couette de la première à la dernière page ! Un très grand merci aux éditions L’Iconoclaste pour l’envoi du livre en avant-première et pour leur confiance !

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Et vous, quel est votre première révélation de la rentrée littéraire ?

❤ « Un chien formidable » de Davide Cali et Miguel Tanco (Gallimard jeunesse, 2019)

En commandant ce livre je n’ai pas été très attentive. Je m’attendais à un roman pour enfant et en fait il s’agit d’un magnifique album avec rabats. Autant dire que dans ce cas, la méprise a été un excellente surprise ! Les couleurs sont magnifiques, le style des illustrations m’a fait fondre, le texte est doux et amusant, la morale de l’histoire est très belle et rassurante pour les jeunes lecteurs. Rien que ça. ♥


Quatrième de couverture : « Quand on est un jeune chien, que rêve-t-on de devenir en regardant les portraits de famille ? Un policier au flair imparable comme oncle Angus, un pompier très courageux comme tante Doris ou une peintre de renom comme tante Frida ? Et si finalement on devenait un chien formidable, tout simplement ?

Dans cette histoire d’amour et d’acceptation de soi, certains chiens sont formidables et d’autres… un peu moins. Alors, qui est un chien formidable ? La réponse pourrait bien vous surprendre ! »


Reprenons depuis le début : le livre est déjà magnifique dans son édition. Couverture cartonnée aux couleurs qui attirent, sur-couverture qui donne un côté précieux au tout, papier épais avec rabats à l’intérieur : l’objet en lui-même est beau et ne demande qu’à être feuilleté.

L’histoire ensuite : un petit chien regarde les portraits de famille avec son père. Il adore écouter les histoires des anciens de la famille car ils ont tous eu des vies incroyables et ont tous été des chiens formidables. Il y a ce que l’on raconte, ce que l’on croit comprendre et ce qui est. Les rabats vont sans aucun doute faire beaucoup rire les enfants (et les adultes) car ils montrent que ce ne sont pas les grandes choses ou les victoires qui donnent ou non le droit de se sentir comme quelqu’un de bien. Chacun est et chacun a droit au respect.

Nous nous retrouvons donc avec ce père et ce fils et nous découvrons les histoires de famille. Les introductions et les rabats sont très efficaces pour comprendre que peu importe ce qui arrive, d’où nous partons et où nous allons, nous pouvons être ce que nous souhaitons. Un très beau message qui saura rassurer les enfants, notamment les plus anxieux. Sois qui tu veux, nous t’aimons tel que tu es.

Mention spéciale à Miguel Tanco et ses illustrations, j’aurais aimé avoir le pouvoir de plonger dedans tellement elles sont magnifiques !

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.


 

Et vous, quels livres sur la confiance en soi conseillez-vous pour les enfants ?