« La Seine était rouge » de Leïla Sebbar (Thierry Magnier, 1999 ; Actes Sud-Babel, 2009)

Afin de commémorer les 60 ans du 17 octobre 1961, jour de honte dans l’histoire française, j’ai choisi de vous parler de deux romans. Hier faisait place à un inédit en français de William Gardner Smith, aujourd’hui je partage un roman de Leïla Sebbar, autrice que j’apprécie profondément. Un roman frontal et sans équivoque sur cette soirée sanglante, publié dès 1999.

Quatrième de couverture : « Paris, 17 octobre 1961. La fin de la guerre d’Algérie est proche. En réponse au couvre-feu imposé aux Algériens par Maurice Papon, alors préfet de police, le FLN organise à Paris une manifestation pacifi que. La police charge : violences, arrestations massives, matraquages, meurtres, Algériens jetés dans la Seine. Nanterre, 1996. Amel a seize ans. Elle entend parfois sa mère et sa grand-mère discuter de choses graves dans une langue, l’arabe, qu’elle comprend mal. Quand elle pose des questions, les femmes se dérobent. Avec Omer, journaliste algérien réfugié, et grâce au film documentaire de Louis, fils d’une Française ayant adopté la cause algérienne, elle cherche à comprendre.

Roman polyphonique dense, essentiel, poignant, La Seine était rouge lève le voile de l’oubli sur l’une des pages les plus douloureuses de l’histoire de la France contemporaine. »

Ce n’est pas la première fois que je remarque qu’un roman publié initialement en littérature adolescente se trouve réédité pour le public adulte. Cela a notamment déjà été le cas avec un texte d’Hubert Mingarelli qui, en effet, peut s’adresser aux deux publics, chacun le lisant à sa hauteur.

Polyphonique et presque pensé avec une logique de montage cinématographique, ce roman nous emmène en quête de la mémoire du 17 octobre 1961 aux côté d’Amel. La jeune femme a éperdument besoin de réponses aux silences familiaux, aux échanges qu’ont sa mère et sa grand-mère en arabe, langue qu’elle ne comprend pas. Quel événement s’est dont passé pour que l’on en parle que de cette façon, presque cachée ? Que s’est-il passé dans ce pays qui est le sien ?

Louis, l’un de ses amis dont la mère a fait partie de la résistance à la guerre d’Algérie en tant que française, a pour projet de réaliser un film documentaire sur les porteurs de valises. Un film qui va libérer la parole de la mère d’Amel. Un film qu’Amel va voir et qui va l’emmener, avec son nouvel ami Omer, dans différentes rues parisiennes…

A la fois puissant et didactique, ce roman parle de la nécessité de la mémoire, de la douleur de celle-ci aussi, tout en mettant en avant les actualités politiques et algériennes d’alors. Nous sommes en 1996, l’Algérie souffre des années noires, de la répression de la population, des assassinats des intellectuels et résistants au régime islamiste. Nous sommes en 1996, en pleine Affaire Papon, à la veille de son procès, qui réveille différentes douleurs et révèlent des dossiers jusqu’alors maintenus fermés.

Lire ce roman aujourd’hui c’est aussi découvrir ce que fut l’écriture de la mémoire de l’histoire contemporaine dans la littérature des années 1990. Vingt-deux ans après, ce roman est toujours remarquable.

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Et vous, quel·s roman·s de Leïla Sebbar conseillez-vous ?

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