« Au soleil couchant » de Hwang Sok-yong (Picquier poche, 2019)

Je continue ma découverte de Hwang Sok-yong dans un mélange de passion et de fébrilité. La passion car je trouve qu’il est difficile de se détacher de ses romans, fébrilité car je redoute la déception. Pas de coup de coeur cette fois-ci, mais une belle lecture malgré tout, riche en sujets de société.

Quatrième de couverture : « Au soir de sa vie, un homme riche et comblé se demande s’il n’est pas passé à côté de l’essentiel.

Park Minwoo, directeur d’une grande agence d’architecture, a la satisfaction d’avoir réussi sa vie et contribué efficacement à la modernisation de son pays. Né dans un quartier misérable de Séoul, il s’est, grâce à ses talents, arraché à son milieu. L’homme célèbre et sûr de lui qu’il est devenu reçoit un jour un message d’une amie d’enfance qui l’a aimé. Les souvenirs du passé ressurgissent, l’invitant à replonger dans un monde qu’il avait oublié, peut-être renié, et à redécouvrir ce que la vie des gens dont il s’était détourné avait de dur mais aussi de chaleureux. C’est l’occasion pour lui de s’interroger sur son métier, sur la corruption qui règne dans la construction immobilière, sur sa responsabilité dans l’enlaidissement du paysage urbain, sur la violence faite aux expropriés. »

Alors que Park Minwoo termine une conférence sur l’architecture, il est abordé par une jeune femme qui lui tend un morceau de papier. Sur celui-ci, le nom et le contact d’une de ses anciennes connaissances : Cha Soona. Cette jeune fille qui hante ses souvenirs d’enfance et d’adolescence va se réancrer dans les pensées de l’homme mûr qu’il est devenu, au mariage qui n’a de mariage que le nom. En parallèle, Jeong Uhee est une jeune femme qui travaille dans le milieu théâtral sans pouvoir en vivre et se retrouve ainsi forcée d’enchaîner les petits boulots de nuit. Que peut bien lier ces deux personnages ?

A travers des vies croisées, Hwang Sok-yong fait le portrait en même temps que la critique d’une société coréenne qui a vu exploser les plans d’urbanisation, les construction éclairs (ne respectant, pour la plupart, que peu de normes), les magouilles en tous genres et la perte d’idéaux et de morale là où argent et pouvoir dictent les lois. Un modèle de modernité repoussant toujours plus loin les populations les plus pauvres, défigurant des quartiers, détruisant murs, fondations et êtres.

Avec Park Minwoo, il construit un personnage qui a gravi les échelons et a atteint une très confortable situation. Alors qu’il venait des quartiers pauvres, il a peu à peu changé pour finir par ne plus avoir de lien avec son milieu d’origine, de la même manière que son village d’enfance n’est désormais plus reconnaissable. Que reste-t-il ? Qu’est-ce qui s’efface et n’existe plus que dans nos souvenirs comme si cela n’avait jamais existé ? J’ai aimé la psychologie de ce personnage qui voulait fuir la misère et qui, en même temps, s’est un peu perdu lui-même. Il représente l’ironie de la société et un visage de son impassible violence.

Avec Cha Soona, l’auteur évoque une femme qui s’est battue toute sa vie pour survivre, qui a fait des choix et a fait face aux drames qui se sont imposés à elle. Il aborde également – bien que rapidement – le sujet des violences faites aux femmes ainsi que l’existence des camps de rééducation mis en place sous la dictature de Park Chung-hee.

Avec Jeong Uhee, c’est l’histoire d’une jeunesse qui n’arrive pas à se sortir de la pauvreté, qui a du mal à avancer dans une solitude qui ronge au quotidien. C’est une auteure de théâtre qui a décidé de donner de la voix à celles et ceux qui n’en ont plus, pour ne pas se noyer dans ses remords ou ses regrets.

Enfin, avec Kim Minwoo, Hwang Sok-yong parle des vies brisées, des destins frappés par la violence d’un monde parfois difficile à affronter. Des êtres au coeur doux, inadaptés à un monde de loups. Un personnage présent-absent fort.

Hwang Sok-yong a réussi à me perdre et à me faire poser des tonnes de questions sur le lien possible entre les deux narrateurs, j’ai formulé beaucoup d’hypothèses comme si, à l’image de Jeong Uhee, j’étais en train d’élaborer un feuilleton. Petit à petit l’auteur égraine des indices et la révélation se fait à la fois avec émotion et douceur.

La seule chose qui n’a pas fait basculer ce beau roman dans mes coups de cœur est la fin que j’ai trouvée intéressante mais abrupte. Je ne cours pas après les fins heureuses, car j’estime que ça manque souvent de crédibilité (mais je suis une personne optimiste, je vous le jure) malgré ça, j’ai trouvé qu’il manquait quand même un petit dénouement, ou du moins une installation un peu plus longue de la finalisation du récit.

Une nouvelle fois j’ai apprécié la façon qu’à Hwang Sok-yong de travailler des personnages qui ont de l’épaisseur et une réelle histoire, les histoires personnelles s’inscrivant dans l’histoire de la Corée du Sud, soulevant des sujets de société passionnants.

Il est désormais impossible de m’arrêter dans ma découverte de Hwang Sok-yong : j’ai commencé Toutes les choses de notre de vie (Picquier poche, 2018). Il m’a déjà brisé le cœur, j’attends de voir comment il recollera les morceaux.

Cette lecture entre dans le cadre du Challenge coréen organisé par le blog Depuis le cadre de ma fenêtre.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chroniques trouvées pour le moment.

Et vous, quel(s) sujet(s) de société vous intéresse(nt) en particulier ?

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7 commentaires

  1. Je viens d’acheter, suite à tes superbes chroniques, mes deux premiers livres de Hwang Sok-yong, La route de sampo et Shim Chong, fille vendue, ce dernier titre car j’aimais bien la couverture et ses 500 pages… j’avais envie d’un roman ou m’installer… J’ai hâte de m’y mettre !

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    1. Oh j’en suis infiniment touchée et j’espère de tout coeur que ces lectures te plairont ! J’ai aussi prévu de lire « Shim Chong, fille vendue » dans l’année (il faut que je le trouve en grand format, qui n’est plus disponible neuf). 🙂 Je te souhaite de très bonnes lectures et je lirai avec plaisir tes retours ! Mille mercis pour ton gentil mot sur mes chroniques !

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      1. Pour te faire un retour personnalisé car je te dois bien cela tellement la découverte de cet auteur m’a apporté ! Je viens de poster ma chronique sur la route de Sampo. La prochaine sera sur Shim Chong, fille vendue. Quel plaisir de faire des chroniques sur de tels livres. Et je n’en ai pas fini avec cet auteur ! Une vraie et forte rencontre dont je te remercie infiniment… Bonne journée à toi. Alain « Bibliofeel »

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        1. Ton commentaire est un soleil dans ma journée, je suis vraiment heureuse d’avoir pu partager cette découverte marquante et qu’à ton tour tu sois conquis par Hwang Sok-yong ! Merci beaucoup pour ton retour, je cours lire ta chronique et je découvrirai aussi avec plaisir celle sur « Shim Chong, fille vendue » que je n’ai pas encore lu. Merci et très belle journée également ! 🌸

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