« Ma vie en prison. Le récit d’un cri pour la démocratie ! » de Kim Hong-mo (Kana, 2020)

Dans le cadre de mes lectures liées au soulèvement pro-démocratiques de Gwangju, je me suis dirigée vers ce roman graphique autobiographique dans lequel l’auteur revient sur son expérience d’enfermement dans une maison d’arrêt (1996-1997) du fait de ses activités politiques dans une association étudiante. Quel lien me direz-vous ? La découverte de la répression sanglante de mai 1980 est source d’engagement pour le jeune Yongmin, alter ego de l’auteur.

Quatrième de couverture : « Corée du Sud, mai 1980. En pleine période d’instabilité politique, des manifestations d’étudiants et de syndicats réclament la fin de la corruption et la révélation des malversations de l’Etat. Le gouvernement militaire sud-coréen leur oppose une répression violente. À Gwangju, 6e plus grande ville de Corée du Sud, l’armée avec le soutien de la loi martiale perpètre un véritable massacre : 163 morts, 166 disparus et plus de 3 000 blessés. 17 ans plus tard, révolté quand il se rend compte de la gravité de ces faits et de l’impunité de leurs responsables, Yongmin, jeune dessinateur et étudiant à l’université de Hongik, délaisse ses études pour rejoindre les mouvements étudiants de protestation, réclamant justice. Lors d’une manifestation, il est arrêté par la police et incarcéré. Il rejoint alors une cellule où il va devoir se familiariser avec les gangsters, meurtriers et autres détenus de droit commun ! L’auteur nous offre une plongée dans l’histoire contemporaine de la Corée du Sud. Mais c’est surtout une saine piqûre de rappel : la liberté d’expression est un droit chèrement acquis et qui n’est jamais irrévocable ! »

Réalisé dans un premier temps en feuilletons, l’intégralité de ce témoignage a été rassemblé pour être publié en un volume unique, notamment en français. Cela se ressent dans certaines redites qui ne sont pas particulièrement agréables à la lecture : le•la lecteur•trice n’oubliant pas l’information en tournant une simple page, certains passages auraient peut-être mérité un petit travail d’adaptation.

La chronique ne commence pas sur un point positif et malheureusement ça risque de durer encore un peu… La préface d’Alain Delissen annonçait une lecture passionnante sur divers aspects et finalement je n’ai pas trouvé ce que je cherchais et les réflexions que je souhaitais alimenter.

Dans la préface, Alain Delissen présente ce livre et le travail de Kim Hong-mo comme important dans la réflexion sur la mémoire et la représentation de l’histoire contemporaine de la Corée, citant à cette occasion Park Kun-woong. Je suis amatrice de l’œuvre de Park Kun-woong dans ce qu’elle montre et dans sa manière de montrer les faits, même si parfois la lecture est éprouvante. J’ai donc été déçue en découvrant que Kim Hong-mo avait adapté son témoignage notamment pour éviter l’ennui des lecteurs•lectrices. Je peux être assez sévère et je m’en excuse, mais, dans une démarche de témoignage, de sensibilisation et de mémoire, j’ai tendance à préférer les œuvres les plus justes possibles. De fait, cette œuvre interroge ce que l’on choisit de dire et de ne pas dire en pensant à l’attention et à la réception du lectorat (ici adulte). Un souci pertinent ou pas ?

Ce témoignage est visuellement agréable et expressif mais je déplore certains choix de l’auteur : minimiser l’impact de l’enfermement et les conditions de détention, ne représenter que des co-détenus qui ont été sympathiques et/ou lui ont laissé un bon souvenir et donc ne pas faire apparaître ceux qui étaient plus malveillants.

Pour revenir sur l’histoire, nous suivons Yongmin qui a été arrêté et attend d’être jugé pour son activisme politique au sein d’une association étudiante. La Corée du Sud est en pleine transition démocratique, des affaires politiques éclaboussent des membres du gouvernement et certaines violences d’Etat persistent, ce que dénoncent les étudiants. Contraint à l’enfermement dans une maison d’arrêt durant huit mois, Kim Hong-mo transmet ses souvenirs et montre, derrière les murs, ce que normalement la population ne voit pas, n’entend pas, ne sait pas. Il montre aussi comment la lutte s’est poursuivie malgré l’isolement des étudiants (séparés entre les cellules, les étages et les bâtiments), la détermination de Yongmin à ne pas renier son engagement.

Si ce roman graphique revêt sans aucun doute un intérêt socio-historique et littéraire, je dois bien dire qu’il ne m’a pas particulièrement convaincue. J’ai justement ressenti l’absence de certains faits, de certaines tensions et/ou difficultés ce qui a rendu l’ensemble finalement assez lisse. Et ce qui me dérange, au fond, c’est que cette volonté d’alléger le témoignage et de l’aérer avec des touches plutôt amusantes en pensant aux lecteurs•trices. Je pense que cela peut avoir le biais de donner l’impression de minimiser l’épreuve vécue, de dédramatiser le dramatique et ce ne sont pas des choix qui ont répondu à mes attentes.

Cependant, le parcours de l’auteur force l’admiration par sa détermination et sa droiture, dans son choix de rester fidèle à ses convictions malgré les risques d’emprisonnement encourus. J’ai également été émue par la représentation du père de Yongmin, infiniment attachant. De même, l’histoire de l’engagement de Yongmin permet d’approcher l’histoire socio-politique de la Corée du Sud contemporaine, ce qui est très instructif. Il y a donc aussi du positif, je ne peux tout de même pas dire l’inverse même si ce fut un rendez-vous un peu manqué.

Cette lecture entre dans le cadre du Challenge coréen organisé par le blog Depuis le cadre de ma fenêtre.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Kuchiha CollectionChroniques d’un VagabondLes voyages de Ly

Et vous, préférez-vous les témoignages adaptés ou fidèles* ?
*Dans la limite de ce qui peut être exprimé/dicible.

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14 commentaires

  1. Très intéressant la façon dont tu étudie le dit et le non dit. C’est effectivement un bon angle d’approche pour déceler des biais influençant le jugement du lecteur. Un roman graphique intéressant malgré tout car dévoilant des faits peu connus du grand public.

    Aimé par 2 personnes

    1. C’est quelque chose qui m’a vraiment frappée, je pense qu’il y a un réel impact sur la perception des faits. Après, l’avantage c’est que ça peut rendre le contenu plus accessible, mais du coup je ne suis pas le public cible. Tout à fait, il est malgré tout intéressant et j’ai appris des choses sur l’histoire contemporaine donc je ne regrette pas de l’avoir lu (par contre, en achat numérique, ça a été un peu l’horreur de lire le format protégé LCP). 🙂

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      1. Voilà tu as tout compris tout ce qui touche à l enfermement ou 1 pandémie… actuellement je ne peux pas… mais ca ne veut pas dire pour toujours toujours 🤩

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    1. Mais si jamais tu y repenses dans quelques temps, il reste abordable, justement car l’auteur a passé sous silence certains faits lourds et difficiles. Un choix que je questionne mais qui peut faciliter la lecture pour les personnes particulièrement sensibles sur ce sujet. 🙂

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  2. Merci pour la mention.

    Perso je connaissais rien ou presque sur cette période et ces faits donc ce titre a été une bonne porte d’entrée sur la chose. J’y ai appris pas mal de trucs.

    Mais je comprends que si on connais le sujet, ca peux sembler un peu vide ou creux, comme souvent avec ce genre de récits…

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    1. En y réfléchissant, je pense en effet que ça rend le livre abordable, que ce soit pour les personnes qui connaissent peu le contexte mais aussi celles qui ne peuvent soutenir des récits trop violents.

      De rien pour la mention (et même avec plaisir !), j’aime proposer des liens vers d’autres chroniques, d’autant plus quand j’ai un avis mitigé et que d’autres lecteurs et lectrices ont beaucoup aimé. 🙂

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  3. Je lis très peu de témoignages mais aussi difficile soit-elle, je préfère quand la lecture est fidèle au faits lorsqu’il est question d’une histoire vraie. Si j’ai envie de rire je me tourne vers des romans ou des bandes dessinées adaptés, mais pour les témoignages, je trouve ça dommage d’adoucir les textes. Belle chronique, merci ! Bonne soirée ✨

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    1. Je suis d’accord avec toi. Pour un public jeunesse je comprends complètement et c’est bien normal d’adapter aussi, mais pour un public adulte ça me fait tiquer, même si ça rend le sujet abordable pour un maximum de personnes. Merci à toi et très bonne soirée également ! 🌸

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