❤ « De nos frères blessés » de Joseph Andras (Actes Sud, 2016)

Ce roman est monumental ! Il prend aux tripes autant qu’aux neurones et aborde autant les questions d’engagement pour une cause que l’on juge juste que le caractère abject de la peine de mort. Paru en format poche chez Actes Sud (collection Babel) le 22 août dernier, je ne peux que vous en recommander la lecture.

denosfreresblesses.png« Alger, 1956. Fernand Iveton a trente ans quand il pose une bombe dans son usine. Ouvrier indépendantiste, il a choisi un local à l’écart des ateliers pour cet acte symbolique : il s’agit de marquer les esprits, pas les corps. Il est arrêté avant que l’engin n’explose, n’a tué ni blessé personne, n’est coupable que d’une intention de sabotage, le voilà pourtant condamné à la peine capitale.

Si le roman relate l’interrogatoire, la détention, le procès d’Iveton, il évoque également l’enfance de Fernand dans son pays, l’Algérie, et s’attarde sur sa rencontre avec celle qu’il épousa. Car avant d’être le héros ou le terroriste que l’opinion publique verra en lui, Fernand fut simplement un homme, un idéaliste qui aima sa terre, sa femme, ses amis, la vie – et la liberté, qu’il espéra pour tous les frères humains.

Quand la Justice s’est montrée indigne, la littérature peut demander réparation. Lyrique et habité, Joseph Andras questionne les angles morts du récit national et signe un fulgurant exercice d’admiration. »

L’histoire de Fernand Iveton est une histoire malheureusement oubliée mais magistrale de démonstration sur la justice punitive pour l’exemple durant la guerre d’Algérie qui ne dit cependant pas encore son nom. Ce livre est le portrait d’un homme qui lutte pour l’indépendance de son pays natal, c’est également le portrait d’Hélène, sa femme, écrit avec une grande puissance.

Fernand Iveton a tenté de faire exploser une bombe. C’est un fait. Mais le positionnement de celle-ci avait été pensé pour ne faire aucun mort, aucun blessé et elle n’en aurait fait aucun. Le but était de déclencher une alarme dans l’opinion publique, pas de tuer. Elle n’explosera pas. Fernand sera arrêté et torturé afin de lui soustraire des informations et des noms.

Petit à petit, l’étau va se resserrer et Fernand finira par lâcher quelques bribes, des pistes, en tentant au maximum d’être sur la retenue, espérant avoir laissé assez de temps à ses compagnons de se cacher. Mais, s’ils seront aussi arrêtés, le cœur du récit se concentre sur les différents jugements de Fernand Iveton puis sur l’attente de la sentence et son application.

La bombe n’a fait aucun mort, elle n’a même pas fonctionné. La peine ne peut donc être la peine de mort. Impossible. Et pourtant. Entre des séquences du passé avec Hélène et le huis clos de la cellule des condamnés à mort, nous vivons avec le personnage central des moments qui font naître la révolte.

Avec ce livre, je découvre Joseph Andras et je ne peux que le conseiller aux amateurs d’Eric Vuillard. Pas tant sur le ton mais sur le focus historique qu’il nous propose. Une réussite qui laisse, bien entendu, un goût amer.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Culturellement vôtre! par Jason


 

Et vous, connaissez-vous un autre livre de Joseph Andras à recommander ?

Commentaires

6 comments on “❤ « De nos frères blessés » de Joseph Andras (Actes Sud, 2016)”
  1. Ingannmic dit :

    Je me demandais si ce titre allait faire partie de ta sélection dans le cadre de ta thématique sur la guerre d’Algérie… j’avais beaucoup aimé ce titre, Andras fait passer son message avec sobriété.

    Aimé par 1 personne

    1. Usva K. dit :

      J’ai été emportée par ce livre ! Que ce soit pour son sujet ou pour le style de Joseph Andras. Je suis tout à fait d’accord avec toi : la sobriété est là et la force des faits se suffit à elle-même pour toucher et impliquer le lecteur.

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  2. Lux dit :

    Ta chronique est très belle, moi qui m’intéresse beaucoup à la peine de mort, il me faut ce livre 🙂
    Merci ❤

    Aimé par 1 personne

    1. Usva K. dit :

      Je ne pensais pas aimer à ce point ce livre, et il traite en effet de la guerre d’Algérie et de la peine de mort. Peut-être même plus de cette dernière, d’ailleurs.

      Je te souhaite une magnifique lecture de mémoire ! 🙂 Et merci à toi !

      Si tu accroches à l’écriture de l’auteur, il a publié le 5 septembre, toujours chez Actes Sud : « Kanaky : Sur les traces d’Alphonse Dianou ». 😉

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