Ce roman graphique me faisait de l’œil depuis un bon moment et j’ai profité des vacances pour le dévorer. Une claque bien lourde et des illustrations puissantes qui n’épargnent pas le lecteur.

51mGcRy8L0L« Adapté d’une nouvelle, inédite en français, de l’écrivain coréen Choi Yong-tak, Mémoires d’un frêne dépeint un moment dramatique et violent de l’histoire contemporaine de la Corée, connu comme « le massacre de la ligue Bodo ». Au cours de l’été 1950, tout au début de la guerre de Corée, les autorités organisent la liquidation physique de dizaines de milliers de civils, opposants politiques déclarés ou simples sympathisants, par crainte de la contagion communiste. Ce massacre de masse, mis en oeuvre par l’armée et la police coréennes, a fait entre 100 000 et 200 000 morts, y compris des femmes et des enfants. Par la suite, il a été délibérément occulté par l’histoire officielle de la Corée du Sud. Ce n’est qu’à partir des années 1990 que des charniers ont été retrouvés et que certains exécutants de la tuerie ont été amenés à témoigner.

Auteur virtuose et engagé, Park Kun-woong poursuit ici un travail de longue haleine visant à exorciser les errements des gouvernements coréens depuis l’indépendance de 1945. Dans ce récit, dont le narrateur est un arbre peuplant l’une des vallées où se sont déroulés les massacres, il mobilise des moyens graphiques exceptionnels, à travers un ensemble d’images d’une beauté sombre et saisissante. »

Le récit débute sur une tranche de vie : deux frères coupent et ramassent du bois pour le foyer. L’un des deux a obtenu une carte de membre d’un parti, lui permettant d’obtenir de l’aide pour le riz et l’engrais. Nous n’en savons pas plus. Nous suivons ensuite le récit des événements du point de vue d’un jeune frêne, dont la vie humaine et son inhumanité lui sont inconnus.

Des centaines de civils seront exécutés sous ses feuilles, devant son tronc. Le hommes assassinés ne comprennent pas le sort qui les attend, le frêne observe, naïf et ignorant, un peu comme le lecteur. Seuls les bourreaux ont connaissance des actes qu’ils vont commettre.

Épisode très peu connu de la guerre de Corée, les massacres de la Ligue Bodo ont été commis par les partisans de la Corée du Sud envers toute personne suspecte, sans aucun encombrement de procès, sans aucune chance d’en réchapper. Ces assassinats sauvages et sommaires étaient connus de l’armée américaine et la Corée du Sud aura eu besoin de très nombreuses années pour revenir sur ce drame. Les hommes victimes étaient souvent loin des considérations politiques et ils ont été pris au piège de la fureur, de la folie de la guerre, de la folie humaine.

« Ils n’oseront pas tirer… l’époque des barbaries est révolue. » p.77

Graphiquement impressionnant, narrativement original, ce livre est un véritable travail de mémoire. Il prend aux tripes et invite à partager la douleur et le deuil des familles de victimes qui continuent à se battre pour la vérité, pour la reconnaissance du crime et de la souffrance engendrée. Se battre contre l’impunité.

« La conclusion est toujours la même. La mémoire. Voilà peut-être la meilleure arme à notre disposition contre les violences exercées par le pouvoir. Elle seule permet de combattre les abus pour faire éclater la vérité, aussi laide soit-elle. Ce n’est qu’à ce prix que nous obligerons les coupables à répondre de leurs actes. » p.299

Pour en savoir plus

 


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