« Tout a une fin, Drieu » de Gérard Guégan (Gallimard, 2016)

Voici un livre qui n’a pas manqué de me surprendre dans sa forme dès le début de la lecture, avant de tomber totalement sous son charme. Nous sommes à la fin de la guerre, l’épuration commence à se répandre et Pierre Drieu la Rochelle est dans la ligne de mire d’un groupe de résistants.


Quatrième de couverture : « Marat est un homme à secrets.

La Résistance exigeait qu’on s’avançât masqué, il s’y est montré à son avantage. Ainsi il n’avait jamais avoué à quiconque qu’il avait été l’ami de Brasillach en khâgne à Louis-le-Grand et qu’il lui avait, à la fin du mois d’août 1944, proposé de le planquer en Normandie.

De même, il s’était gardé de dire à Héloïse ce qu’il est en train de rappeler à Maréchal : Drieu doit mourir, c’est écrit d’avance, mais pas fusillé, pas exécuté, pas comme un collaborateur ordinaire. »


Ce livre porte sur sa couverture non pas la précision « roman » mais « fable ». La fable, dans un cadre classique, en appelle à la moralité du lecteur, lui donne à lire une leçon de vie. Dans le cas présent, c’est une leçon sur l’engagement de Drieu, intellectuel du début du XXe siècle, dans la collaboration et sa sensibilité pour le fascisme.

Cet homme, c’est un faible aux idées haineuses (malgré un passé intellectuel loin de cette idéologie) qui a choisi le camp qu’il pensait vainqueur. Dans le doute, choisis le camp des plus forts ? Pourtant, il reste une personnalité complexe que ce livre traduit bien.

Alors que la guerre va enfin toucher à son terme, quatre résistants vont enlever Drieu dans le but de lui faire un procès qui n’aboutira pas sur une exécution mais plutôt pour le pousser à se donner la mort lui-même. Vont alors êtres énumérées les preuves de sa collaboration et de sa sympathie pour l’occupant nazi. Ce qui est donné à voir ce sont différents niveaux d’action et de complaisance et les responsabilités liées dans certains crimes commis.

Drieu s’est suicidé en 1945, cet enlèvement est fictif mais est imaginé en rupture de l’épuration de l’époque : expéditive. Le procès n’en sera pas moins limité par le temps et la sentence irréversible. Personnage complexe, Drieu a encore récemment excité la chronique lors de la parution de ses romans à la Pléiade.

Si la première partie du livre est parfois difficile à suivre du fait de peu de contexte et des soliloques du personnage central, il prend beaucoup de puissance à chaque page qui se tourne. Une très belle découverte.

Pour en savoir plus

logo-label

 

Et vous, avez-vous envie de le découvrir ?

7 commentaires

  1. Voilà qui m’intéresse ! Je n’ai encore lu aucun roman de cet auteur, dont j’ai en revanche fidèlement suivi la chronique littéraire dans las pages dominicales de Sud-Ouest (d’où il vient de prendre sa retraite, dommage…). Il a de plus été traducteur de Charles Bukowski.

    Aimé par 1 personne

    1. C’est mon premier roman de cet auteur et j’ai beaucoup aimé son style. 🙂 J’ignorais qu’il tenait une chronique hebdomadaire, il va falloir que j’y jette un oeil ! 😀

      J’aime

    1. Ce procès est une fiction et les résistants vont pour certains se positionner en défense, d’autre en accusation. Mais l’auteur se place beaucoup du point de vue de Drieu qu’il décrit comme assez autodestructeur. C’est une personnalité complexe qui va elle-même mal se défendre.

      J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s