« Glisser nue sur la rampe du temps » de Souad Labbize (Blast, 2021) • Rentrée littéraire

J’avais découvert Souad Labbize avec le recueil de poésie Je franchis les barbelés (Prix de la Poésie Méditerranée 2020) et j’étais curieuse de la lire en prose. J’y ai retrouvé une plume affûtée et engagée.

Quatrième de couverture : « Celles qui veillent en sentinelles passent la nuit à enfiler des éclats de songes avec des brins de soie. Et quand change le tour de ronde, le chapelet des rêves reconstitués passe de main en main, comme un témoin de relais.

Dans ce récit en fragments, comme le nomme l’autrice, des femmes reprennent le pouvoir qui leur a été confisqué par le patriarcat, le colonialisme ou la précarité. Dans un territoire pluriel se déploient sept tableaux comme autant de loupes sur des parcours individuels, considérés comme peu légitimes pour faire Histoire mais ô combien partagés, porteurs et émancipateurs. De celle qui devrait se séparer de son enfant au coeur de la Seconde Guerre mondiale touchant aussi l’Algérie, à celle traversant la frontière pour aller avorter en pleine révolution tunisienne, en passant par celle qui soigne une femme syrienne ayant réussi à rejoindre Tamanrasset, ces récits en écho font résonner les voix de femmes qui renversent ce qui les astreint et les réduit et font le choix de leur liberté. Glisser sur la rampe du temps, c’est détricoter les mailles de l’hégémonie et observer jaillir la sororité et la puissance qui accompagnent ces vécus. »

Sept récits, sept histoires de femmes. Qu’elles refusent des condamnations sexistes du fait de leur pauvreté, des assignations et des violences de leur conjoint, la violence d’un fils, la place restreinte que les hommes et leur société leur ont réservée depuis des siècles et des siècles, toutes vont dire non et proclamer leur liberté à leur façon. D’autres femmes croisent les récits, elles aident ou elles participent à l’oppression. Une variété de portraits qui s’ancrent dans le réel, d’hier et d’aujourd’hui, qui réveillent et allument des flammes où que nous soyons, femmes de tous les pays.

J’ai eu des frissons à la lecture de ce recueil qui transmet une grande force et exprime une sororité sincère. Souad Labbize s’est elle-même exilée de son Algérie natale pour s’émanciper, s’affirmer pleinement, librement et se libérer du patriarcat. La poésie ne disparaît pas de ce livre, car elle introduit avec justesse chaque récit.

Je ne veux pas vous en dire plus car chaque fragment est court, j’ai vraiment envie de vous laisser découvrir chacun de ces textes et de prendre la mesure de l’ensemble qu’ils forment.

Cette lecture a également été l’occasion de découvrir la maison d’édition Blast, créée en 2019 et se définissant comme antiraciste, féministe et queer. Je vous en reparlerai prochainement car La morsure du coquelicot de Sarah Haidar, titre qui inaugura leur catalogue, me fait très envie.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas d’autres chroniques trouvées pour le moment.

Et vous, quel•s texte•s porteur•s des valeurs de la sororité conseillez-vous ?

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