« Bel abîme » de Yamen Manai (Elyzad, 2021) • Rentrée littéraire

J’ai acheté ce livre à l’instinct sans réaliser qu’il faisait partie de la rentrée littéraire et grand bien m’a pris car je suis ravie de le mettre aujourd’hui en avant ! Si les couvertures ne me font pas acheter des livres je dois avouer que celle-ci m’a vraiment marquée, je croisais les doigts pour que la quatrième m’interpelle. Ce fut le cas.

Quatrième de couverture : « Je revenais du collège quand j’ai rencontré Bella. Une après-midi de novembre, morose. Un garçon triste, chétif, une tête à claques, la tête baissée, la peur qui habite ses tripes, et parfois, l’envie d’en finir. On n’imagine pas ce que ressent un enfant quand il faut qu’il se fasse encore plus petit qu’il n’est, quand il n’a pas droit à l’erreur, quand chaque faux pas prend un air de fin du monde. Mais en l’entendant, ce jour-là, j’ai redressé le menton.

Yamen Manai nous conte avec fougue le cruel éveil au monde d’un adolescent révolté par les injustices. Heureusement, il a Bella. Entre eux, un amour inconditionnel et l’expérience du mépris dans cette société qui honnit les faibles jusqu’aux chiens qu’on abat pour que la rage ne se propage pas dans le peuple.

Mais la rage est déjà là. »

Nous sommes en Tunisie, un jeune homme alterne des entretiens avec son avocat commis d’office et un psychiatre. En vue : un procès pour agression avec une arme sur plusieurs personnes.

Tout est à la première personne et la repartie du narrateur n’a pas manquée de me faire réagir à de nombreuses reprises. C’était franchement savoureux et Yamen Manai, que je découvre, est un dialoguiste remarquable.

Yamen Manai nous parle de la violence : familiale, sociale, politique. Cette violence des êtres qui change les êtres. Dans ce monde, un jeune garçon cherche à s’effacer : pour échapper à une claque paternelle ou aux brimades d’autres enfants. Jusqu’au jour où il va trouver une petite chienne d’un jour ou deux et la recueillir. Avec l’animal c’est l’amour qu’il va découvrir : l’amour franc et honnête, celui qui ne calcule pas, celui qui donne confiance en soi.

En parallèle, une campagne est menée en Tunisie afin de tuer les chiens errants – déjà mal considérés car estimés impurs dans le Coran – soupçonnés de propager la rage au sein de la population. Cette rage qui, chiens ou pas chiens, gronde.

Ce roman est un magnifique hymne au lien fort qui peut unir l’homme et l’animal, dans le respect mutuel. Il rappelle la plus grande richesse qu’une personne puisse avoir : non celle de son portefeuille mais celle de son coeur. Et si ça a l’air un peu niais dit comme ça, c’est sans compter sur la violence quotidienne dont témoigne le narrateur : qu’elle soit familiale ou gouvernementale. Entre volonté de dominer et volonté de posséder, y aura-t-il une place pour la volonté d’aimer et de protéger ?

Un texte frontal, percutant et qui ne cache pas son pessimisme suite aux espoirs déçus de la révolution populaire de 2010-2011. Ce fut un frôlement de coup de coeur qui m’invite à découvrir d’autres œuvres de Yamen Manai, sans trop attendre.

Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas d’autres chroniques trouvées pour le moment.

Et vous, quelle est votre belle surprise de la rentrée ?

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