« Point cardinal » de Léonor de Récondo (Sabine Wespieser, 2017)

Avec ce livre j’ai choisi de m’intéresser à mon tour au phénomène Léornor de Récondo. Une littérature de l’émotion, de l’identité, de la lutte pour être soi : un sujet qui n’en finit pas d’être actuel et de faire couler le sang, la bile ou les larmes (qu’elles soient de joie ou non).


Quatrième de couverture : « Sur le parking d’un supermarché, dans une petite ville de province, une femme se démaquille. Enlever sa perruque, sa robe de soie, rouler ses bas sur ses chevilles : ses gestes ressemblent à un arrachement. Bientôt, celle qui, à peine une heure auparavant, dansait à corps perdu sera devenue méconnaissable.

Laurent, en tenue de sport, a remis de l’ordre dans sa voiture. Il s’apprête à rejoindre femme et enfants pour le dîner. Avec Solange, rencontrée au lycée, la complicité a été immédiate. Laurent s’est longtemps abandonné à leur bonheur calme. Sa vie bascule quand, à la faveur de trois jours solitaires, il se travestit pour la première fois dans le foyer qu’ils ont bâti ensemble. À son retour, Solange trouve un cheveu blond…

Léonor de Récondo va alors suivre ses personnages sur le chemin d’une transformation radicale. Car la découverte de Solange conforte Laurent dans sa certitude : il est une femme. Reste à convaincre ceux qu’il aime de l’accepter.

La détermination de Laurent, le désarroi de Solange, les réactions contrastées des enfants – Claire a treize ans, Thomas seize –, l’incrédulité des collègues de travail : l’écrivain accompagne au plus près de leurs émotions ceux dont la vie est bouleversée. Avec des phrases limpides et d’une poignante justesse, elle trace le difficile parcours d’un être dont toute l’énergie est tendue vers la lumière.

Par-delà le sujet singulier du changement de sexe, Léonor de Récondo écrit un grand roman sur le courage d’être soi. »


Ce qui touche à l’identité m’intéresse toujours. Et dans un monde dans lequel nous avons l’impression de pouvoir être qui nous souhaitons être, qui semble n’avoir jamais été aussi ouvert, nous nous rendons vite compte qu’il ne s’agit que d’un écran de fumée. Après tout, ne sommes-nous pas les mieux placés pour savoir qui nous sommes ? Alors pourquoi l’autre nous refuse-t-il ce droit ? Au nom de qui ? Au nom de quoi ?

J’ai immensément admiré le personnage de Laurent qui lutte pour maintenir un équilibre familial autant qu’il lutte pour ne pas devenir fou. Un personnage qui comprend qu’il doit s’écouter pour être, s’exprimer en tant qu’individu pour vivre. J’ai souffert avec lui des différentes réactions de son entourage, que j’ai trouvé très justement dosées : alternant l’étonnement, le rejet et l’acceptation. J’ai vécu sa transformation avec beaucoup de force, ses attentes et ses frustrations. *On en parle de la gamine qui cherche la forme de ses seins pendant des heures devant le miroir ?*

Le pire, je pense, est cette idée de maladie mentale associée à la question de l’identité. C’est ce qui m’a le plus secouée. Vous ne correspondez pas à un standard socialement prédéfini ? Vous êtes malade. J’ai eu l’impression de remonter à la nuit des temps *naïveté des jeunes générations* alors qu’en y regardant de plus près il faudra attendre les années 2010 pour que les personnes transgenres ne soient plus considérées comme des cas psychiatriques en France. Et vous savez quoi ? Nous ne sommes pas encore au bout du chemin, notamment concernant les questions d’état civil.

La difficulté dans ce récit est d’accepter que tout va changer. Pas tant concernant Laurent/Lauren en tant que personne, mais dans le cadre familial, social, professionnel. Comme si le fait d’avoir ou de ne pas avoir de pénis pouvait maintenir ou détruire l’ordre d’une vie et ses nombreuses ramifications. Personnellement, je ne me définie/présente pas comme porteuse de vagin dans la vie de tous les jours.

Ce roman m’a amenée à la conclusion suivante : d’un personnage vu comme malade c’est la société qui montre son infection. L’intolérance. Mais c’est aussi un roman qui déborde d’amour, cet amour qui voit la personne telle qu’elle est, au-delà de ses attributs sexués. Cet autre amour, aussi, qui souffre de ne plus pouvoir aimer, à qui l’on confisque l’homme de sa vie. Accepter le bonheur de l’autre au détriment du sien c’est beau sur le papier, c’est plus difficile dans la réalité.

Une forte découverte qui invite à découvrir davantage Léonor de Récondo (et en plus, les éditions Sabine Wespieser sont canons) ! Manifesto est dans mon viseur oculaire…

Pour en savoir plus

👉 Ce livre est disponible au format poche.


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Et vous, quel livre de cette auteure recommanderiez-vous particulièrement ?

Commentaires

13 comments on “« Point cardinal » de Léonor de Récondo (Sabine Wespieser, 2017)”
  1. Ada dit :

    Merci pour cette chronique ! C’est un livre qui me tentait déjà en plus (j’aimerais bien savoir ce que les personnes concernées en pensent). C’est un sujet que je connais maladroitement…

    Aimé par 1 personne

  2. Tu parles très bien de ce roman. Il y a en effet encore du chemin à parcourir, en espérant que l’on ne fasse jamais demi-tour.
    As-tu lu « Amours » de Léonor de Récondo ?

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  3. Usva K. dit :

    Oui, les marches arrières semblent parfois se profiler sur différents sujets… Merci beaucoup en tout cas ! 🙂

    Je ne connais pas du tout « Amours », je le note donc ! 😀

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  4. Usva K. dit :

    Merci à toi ! 🙂 J’avoue que j’aimerais aussi savoir ce qu’en ont pensé des personnes qui ont été dans ce cas ou qui sont concernées d’une façon ou d’une autre par ce qu’aborde le récit. 🙂

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  5. « Amours » est par contre assez pessimiste mais j’imagine que ça représente bien l’époque à laquelle se déroule le récit. Bonne découverte à toi !

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  6. Usva K. dit :

    Il y a parfois beaucoup de poésie qui ressort de textes pessimistes, donc je pense que je vais m’en approcher. 🙂 Merci encore ! 😀

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  7. Un livre qui m’a énormément touché, remuée, un style magnifique j’ai adoré !

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  8. Usva K. dit :

    Oui, j’ai hâte d’en lire davantage de cette auteure ! 🙂

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  9. aufildeslivres dit :

    Dans ma PAL … alors je garde ta chronique sous le coude 🙂

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  10. Usva K. dit :

    Oh oui, garde-le bien à proximité ! 😀

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  11. Ta chronique est très juste, j’ai bien aimé ce roman même si j’aurais aimé en avoir un peu plus sur le sujet. J’ai trouvé que l’auteur était resté en surface quelques fois.

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  12. Usva K. dit :

    Certains passages passent en effet un peu vite, j’ai parfois eu l’impression que c’était très rapide là où nous aurions pu prendre un peu de temps. Mais un roman très intéressant malgré tout. 🙂

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