« Aspirine » de Joann Sfar (Rue de Sèvres, 2018)

Quand j’étais plus jeune (c’est chaque jour un peu plus loin) mon livre de chevet était Dracula de Bram Stoker. Je ne peux pas dire combien de fois je l’ai lu. J’ai énormément d’affection pour ce livre super abîmé, dans une édition de qualité carrément moyenne, mais qui a un parfum que je reconnaitrais entre mille et qui a été un phare dans une période qui n’était pas très facile (rien d’extraordinaire, l’adolescence quoi).

Mais je ne me suis jamais vraiment intéressée à d’autres histoires de vampires, la vérité c’était Dracula ! *Têtue* C’est donc en bousculant mes principes (éloignés dans le temps) que je me suis procuré Aspirine. Après tout, c’est Joann Sfar, c’est Rue de Sèvres, alors pourquoi pas ?


Quatrième de couverture : « Aspirine, étudiante en philosophie à la Sorbonne a la rage, elle ne supporte plus de revivre sans cesse les mêmes épisodes de sa vie pourrie. Et ça fait 300 ans que ça dure car Aspirine est vampire, coincée dans son état d’adolescente de 17 ans. Elle partage un appartement avec sa soeur Josacine, heureuse et sublime jeune femme de 23 ans, qui elle au moins, a eu l’avantage de devenir vampire au bon âge. En perpétuelle crise d’adolescence, elle passe ses nerfs sur son prof, sa soeur et tous les hommes relous qui croisent sa route. Assoiffée de sang, elle n’hésite pas à les dévorer (au sens propre) ou les dépecer. C’est même devenu un rituel avec les amants que sa jolie grande soeur collectionne. Malgré tout, elle attise la curiosité d’Ydgor ado attardé, un étudiant de type no-life : vaguement gothique, légèrement bigleux et mal peigné… avec comme kiff dans la vie, le fantastique et la légende de Cthulhu… Il rêve de vivre un truc magique, d’un destin exceptionnel et a compris qu’Aspirine est une vampire. Pour acquérir le privilège de pouvoir l’accompagner, il s’engage à garder le secret et à devenir son serviteur… son esclave. Parviendra-t-il à gagner sa confiance voire même son amitié ? Arrivera-t-il à la calmer de ses pulsions mortifères ? Au final, lequel sera le plus enragé des deux ? »


C’est grinçant comme des ongles sur un tableau, sarcastique, drôle et révolté, j’ai beaucoup aimé le ton de l’album ! Les dessins ont une urgence que l’on ressent dans le caractère d’Aspirine qui doit absolument vider sa fureur en se gorgeant de sang, par besoin plus que par nécessité.

Coincée dans un corps d’adolescente avec ses sautes d’humeur et ses complexes, elle n’arrive à s’apaiser. La construction de la relation avec Ydgor est drôle et touchante, comme un animal blessé n’osant faire confiance et voulant rester en position de contrôle pour ne pas dévoiler ses blessures. Parfois, croiser une seule personne peut tout changer, chacun de nous le sait.

Une considération philosophique est soulevée dès le début et restera en creux tout au long du récit : la mort donne sa valeur et sons sens à la vie, l’immortalité les efface. Alors, quand on l’est, immortel, comment faire pour ne pas sombrer dans la folie ?

Je ne peux pas m’empêcher de souligner une satisfaction un peu malsaine concernant certaines victimes d’Aspirine, au profil de bourreaux de femmes. C’est de la fiction, mais c’est aussi symptomatique d’une société qui semble ne pas réussir à venir à bout de ses problèmes de violences sexuelles. Pourtant, il y a des mortes tous les jours. *J’arrête le meeting*

Je vous laisse en suspens et vous recommande cette lecture si vous aimez les récits révoltés, les histoires d’adolescence, les ambiances sombres mais pas quiches, et si vous aimez Joann Sfar et les chats bien sûr !

Pour en savoir plus

 

Et vous, qu’avez-vous lu de cet auteur ?

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