« Terre et cendres » d’Atiq Rahimi (Folio Gallimard, 2010)

Cela fait longtemps que je dois découvrir Atiq Rahimi et, au détour d’un papillonnage en librairie, je suis tombée sur ce court roman dont je n’avais jamais entendu parler. Un texte sur la guerre d’Afghanistan, entre décembre 1979 et février 1989. Une guerre qui a depuis été remplacée par d’autres qui n’en finissent pas.

Quatrième de couverture : « Un pont, une rivière asséchée dans un paysage désolé, la guérite d’un gardien mal luné, une route qui se perd à l’horizon, un marchand qui pense le monde, un vieillard, un petit enfant, et puis l’attente. Rien ne bouge ou presque. Nous sommes en Afghanistan, pendant la guerre contre l’Union soviétique. Le vieil homme va annoncer à son fils qui travaille à la mine, le père du petit, qu’au village tous sont morts sous un bombardement. Il parle, il pense : enfer des souvenirs, des attentes, des remords, des conjectures, des soupçons… C’est une parole nue qui dit la souffrance, la solitude, la peur de n’être pas entendu. »

Tout le roman est porté par le regard et les pensées d’un vieil homme, Dastaguir, dont la famille a été assassinée lors du bombardement de leur village. Seul son petit-fils, blessé, et lui ont survécu. Son fils, parti travailler à la mine ne sait pas ce qui est arrivé. Le vieil homme doit le lui dire. Comment annoncer une telle nouvelle ? L’ignorance ne vaut-elle pas mieux que le deuil insurmontable ? Est-ce qu’informer son fils n’est-ce pas aussi prendre le risque de le voir partir se battre, se sacrifier au nom de la justice pour les siens, et mourir à son tour ?

Son petit-fils Yassin, garçonnet, ne comprend pas le nouveau monde dans lequel il doit évoluer. Un monde envahit par le silence et les incompréhensions, un monde qui l’a privé de sa mère, de son foyer, du minimum vital. Un personnage central car témoin d’un monde qu’il n’a connu qu’en guerre et qui sera marqué à vie par elle. Car la guerre ne s’arrête pas avec la signature de traités de paix, elle laisse des marques et des blessures indélébiles. Cet enfant, qui ne peut laisser personne insensible, est la victime extrême. Cet enfant est aussi l’avenir, mission bien grande quand tout est à reconstruire.

Pour aller informer son fils, le grand-père attend une voiture, un camion, l’un des rares véhicules passant par la route au bord de laquelle, avec l’enfant, il attend en pleine chaleur, dans la poussière brûlante. Cette attente sera faite de rencontres qui montreront d’autres vies d’hommes marquées par le conflit, chacun composant à sa façon pour affronter un quotidien de ruines et de bombes.

Ce roman est de ceux qui transcrivent le quotidien de la guerre. Il montre aussi qu’il y a toujours un profit à tirer des territoires et des corps ravagés.

Il n’y a pas de conflit dans lequel les civils n’ont pas été sacrifiés impunément, salement. Situé dans un contexte précis, il illustre pourtant toutes les guerres. Chaque jour voit un vieil homme et un enfant, au bord d’une route, qui doivent porter un deuil inacceptable et porter une terrible nouvelle aux vivants.

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Et vous, quel roman d’Atiq Rahimi ou sur l’Afghanistan conseillez-vous ?

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9 commentaires

  1. Je n’ai lu que « Syngué Sabour, Pierre de patience ». Pas vraiment aimé la distance, le manque d’émotion malgré le sujet. Comme il arrive dans ce cas je n’ai pas encore cherché un nouveau contact avec cet auteur. C’est peut-être le moment ?

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    1. La distance peut très bien fonctionner avec moi, le factuel qui demande un équilibre pour ne pas tomber dans le froid. Je vais chercher « Syngué Sabour » pour me faire un avis, il me rend très curieuse. Je suis chez mes parents cette semaine et j’avais offert l’an dernier à ma mère « L’invité du miroir », je vais peut-être lui emprunter pour quelques soir, du coup. 🙂 Avec « Terre et cendres » je ne me suis pas sentie à distance, peut-être que ce texte te plaira davantage, je l’espère en tout cas. 🙂

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    1. Je trouve ce court roman bien fait, il montre l’après drame, avec quelques flash back, et je ne l’ai pas trouvé trop difficile tout en étant très fort. C’est toujours la question avec les romans sur les guerres et crimes qui y sont liés : où est positionné le curseur sur la façon de dire et ce qui est « montré ». Avec toujours la limite de l’incommunicabilité de certaines choses.

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