« Corps public » de Mathilde Ramadier et Camille Ulrich (Editions du Faubourg, 2021)

Le titre de ce roman graphique est particulièrement parlant : quand le corps féminin est un objet et un sujet public. Une question qui me travaille en tant que femme, un livre que j’ai donc lu avec intérêt.

Quatrième de couverture : « Le corps de Morgan est sans cesse une affaire publique. Dès douze ans, le gynécologue veut la mettre sous pilule. À vingt ans, ses parents la verraient mieux babysitter qu’ouvreuse. Son prof de théâtre prend les comédiennes pour des hystériques, son sex-friend confond ébats et narcissisme… Puis Pierre entre dans sa vie. Ils veulent un enfant. Comment faire face à ce désir bouleversant ? »

De l’adolescence marquée par des règles douloureuses à l’âge adulte qui voit la concrétisation d’un projet de maternité, nous suivons Morgan dans son corps dont elle se sent parfois dépossédée. Ce sont à la fois des travers sociétaux et des clichés sexistes qui sont dénoncés dans ce roman graphique. Lorsque l’on réduit les femmes à leurs hormones et leur soit-disant hystérie, lorsque leurs choix ne leur appartiennent pas vraiment, lorsque le jugement du corps féminin est une affaire publique, contrairement à celui des hommes.

Entre bienveillance piégeuse et moralisation déplacée, il y a une large gamme de dépossessions. C’est bien cela déconstruire des idées profondément ancrées : les déceler là où elles sont, comprendre leur origine et les interroger afin de faire évoluer les mentalités et se réapproprier notre individualité.

La maternité est un moment qui cristallise les jugements et les injonctions en plus de l’angoisse de la perte de ses propres repères. Notre corps est notre maison d’une certaine façon. Alors quand chacun met son grain de sel dans ce qui relève de l’intimité personnelle ou du couple, cette maison n’est plus un espace rassurant, à soi. Sans compter tous les changements physiques et l’épreuve de l’accouchement qui ne sont pas toujours pleinement compris ou sont minimisés.

Ce roman graphique saura intéresser les personnes qui ont connu ces pressions extérieures ainsi que celles qui s’engagent dans cette aventure. Avec réalisme, humour et parfois avec une savoureuse impertinence, les auteures nous invitent à interroger la place de notre corps dans le monde public, à refuser qu’il nous soit désapproprié.

Basé sur des témoignages, j’ai retrouvé des anecdotes que des amies et connaissances m’avaient aussi racontées. Ce qui a rendu le contenu encore plus engageant : combien de temps prendra le changement ? A nous tous•tes de l’accompagner.

Je regrette cependant que le scénario n’aille pas plus loin dans les injonctions faites au corps féminin : dans l’espace public, dans les médias, dans les différents aspects du quotidien ; ou encore sur une grossesse mal vécue qui peut aussi être source de culpabilité chez les femmes : n’est-elle pas censée être l’une des plus belles aventures de la vie ? (pas de pression, non non). D’un point de vue personnel, j’aimerais aussi pouvoir croiser un livre ou un roman graphique qui explore ces injonctions du point de vue d’une femme qui refuse la maternité, qui n’en ressent pas l’envie, voire n’en supporte pas l’idée. Parce que là-dessus aussi, il y aurait beaucoup à dire.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.

Et vous, avez-vous des anecdotes à partager sur ce sujet ?

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2 commentaires

  1. Il a l’air très chouette, ce livre! La maternité est effectivement un momenr souvent difficile du point de vue de l’appropriation du corps par les autres. Par le personnel soignant bien sûr, mais aussi par la famille, les amis, les collègues, et même de parfaits inconnus! Entre ta prise de poids qui semble soudain intéresser tout le monde, la grande question de « et tu vas l’allaiter? » (mais qu’est-ce que ça peut vous faire!), la taille de ton ventre qui devient le sujet de discussion à la cantine du boulot ou les gens qui veulent toucher ton ventre (c’est gentil de me flatter l’utérus mais, non, vraiment, je n’y tiens pas!)… il faut être zen pour ne pas envoyer balader tout le monde.
    Dans un autre registre que ce livre, tes réflexions me ramènent à un livre que j’aimerais beaucoup lire: « Reflets dans un oeil d’homme » de Nancy Huston.

    Aimé par 1 personne

    1. Tes anecdotes collent bien à l’esprit de ce roman graphique (et ont fait monter ma tension ! ^^). Merci beaucoup à toi pour ces exemples très concrets ! C’est complètement fou !

      Je viens de regarder le résumé de « Reflets dans un oeil d’homme », il a l’air absolument passionnant ! Hop ! Dans ma liste ! 😀 Merci beaucoup pour cette recommandation ! Si tu le lis avant moi (très probable car je suis un papillon), je serai très intéressée par ton retour ! 🙂

      Aimé par 1 personne

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