❤ « Passeport » de Noelle Q. de Jesus (Editions do, 2020)

Vous aimez lire des recueils de nouvelles ? Lisez celui-ci ! Vous n’avez pas l’habitude de lire ce genre littéraire et vous ne pensez pas qu’il soit fait pour vous ? Vous avez essayé et vous n’avez pas été convaincu•e ? Ce livre est aussi fait pour vous !

Quatrième de couverture : « Avec chaleur, tendresse et lucidité, Passeport explore la nostalgie et la définition du chez-soi, les enchevêtrements du cœur, la quête de l’amour véritable, le passage à l’âge adulte, la cruauté de la trahison, l’universalité de la douleur et la perte.

Il y est question d’exil, d’identité et de culture, de tradition et de modernité, de superstitions, de tabous et de secrets, des relations compliquées entre hommes et femmes, entre soi, la famille et la communauté, et entre les générations.

On y rencontre principalement des femmes, de tous âges — fillettes, adolescentes, étudiantes, jeunes femmes, mères, grand-mères — mais aussi quelques hommes et des couples.

Ce sont des histoires écrites avec l’assurance, l’humour, la chaleur d’une écrivaine qui connaît précisément les vies des gens ordinaires, souvent déracinés, qui sont ses personnages. Pourtant, derrière l’apparente simplicité de ces textes, il y a souvent comme une tension dans l’air, un conflit en suspension prêt à éclater. »

J’ai entendu récemment plusieurs réserves concernant le genre de la nouvelle : c’est trop court, le lecteur n’a pas le temps de s’attacher aux personnages, de vraiment se sentir concerné, de se plonger entièrement dans les enjeux des situations, etc. C’est vrai que toutes les formes littéraires ne peuvent pas plaire à tout le monde mais si nous faisions un nouvel essai ? Ce recueil, par exemple, pourrait vous faire changer d’avis.

Noelle Q. de Jesus a un réel talent pour mettre en place une intrigue, une tension, une ambiance, pour faire naître des sentiments et les dépeindre dans toute leur complexité, pour rendre réels des personnages.

Sur l’intégralité du recueil, une seule nouvelle ne m’a pas plue. Sur un ensemble de 24 nouvelles, c’est donc une excellente lecture. J’ai été touchée par ces personnages pour qui le quotidien n’est pas toujours simple, dont les familles sont souvent loin, pour qui le rêve américain ne se réalise pas, ou encore pour qui le quotidien va apporter autant de questions que de réponses, va confronter à des choix. Noelle Q. de Jesus écrit des vies qui pourraient appartenir à des proches, à des personnes que nous croisons au quotidien, connaissances ou anonymes. La plupart des personnages principaux sont des femmes, les hommes sont généralement en orbite autour d’elles et les situations du quotidien se déroulent au coeur de leur intimité. Car il s’agit bien de cela : de ce qui touche au plus profond les personnages, de ce qu’ils sont, de ce qu’ils ont été, de ce que d’autres voudraient qu’ils soient, de ce qu’ils découvrent être, de ce qu’ils ont trouvé, de ce qu’ils ont perdu.

Que nous nous retrouvions ou pas dans ces vies, dans ces textes, l’auteure maîtrise incroyablement les infinies nuances des émotions humaines et les compose dans des textes parfaitement ciselés. Tout est travaillé, pesé, sans qu’on le ressente à la lecture (là est le talent), avec en plus une chaleur et une bienveillance qui font du bien. Lire des tranches de vies sans le poids d’un jugement narratif fait tout simplement un bien fou à la lecture.

L’un des aspects qui m’a beaucoup intéressée est l’exil aux États-Unis de personnages natifs des Philippines. J’ai été émue, bien entendu, par la déchirure familiale malgré l’espoir que représente l’Amérique du nord ainsi que par la culture philippine et ses traditions qui sont présentes selon ce que les personnages souhaitent en conserver, veulent effacer ou réussissent à en transmettre. Il y a dans ces réflexions la place de la rupture, le refus de trahir en oubliant, mais aussi la difficulté à se définir lorsque l’on ne peut plus rentrer au pays des origines, lorsque nos actes vont à l’encontre des valeurs de nos parents, lorsque l’on ne se sent pas pleinement américain et plus vraiment philippin.

Je ressors de cette lecture avec l’espoir de pouvoir lire un jour la traduction du deuxième recueil de Noelle Q. de Jesus. Et, étant donné le plaisir que j’ai pris à lire celui-ci, j’espère qu’il sera également traduit par Patricia Houéfa Grange.

Mon grand regret en ressortant de ces textes, en écrivant cette chronique, est le fait que ce livre a paru juste avant le deuxième confinement. Si nous pouvons continuer à acheter des livres, les découvertes, les belles rencontres avec le hasard, l’appel des yeux au fil des tables d’exposition et des rayonnages des librairies ne sont pas possibles et laissent donc dans un large angle mort des livres qui ne bénéficient pas de gros échos médiatiques. J’espère donc qu’à mon niveau cette chronique donnera un petit éclairage à ce recueil qui vaut vraiment que l’on s’y plonge et que l’on y rencontre toute la diversité de ses personnages et de leurs histoires.

Un recueil de nouvelles dont je vous parlerai à nouveau en janvier pour un mois thématique que je suis en train de vous concocter. J’ai les ingrédients, ne reste plus qu’à assaisonner et laisser mijoter.

Je tiens à remercier chaleureusement Olivier Desmettre, directeur des Éditions do, pour l’envoi de cet ouvrage en service de presse.

Pour en savoir plus


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.


Et vous, quel recueil de nouvelles conseilleriez-vous pour découvrir ou se réconcilier avec ce genre littéraire ?

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9 commentaires

  1. Ça donne envie! J’aime beaucoup les nouvelles pour ma part! 😊
    Les éditions Do, qui ont publié ce recueil, est une excellente maison indépendante, je te conseille de jeter un œil à leur catalogue qui est sublime 😍
    Hâte de voir ce que tu nous réserves! 🤓

    Aimé par 1 personne

    1. C’est effectivement une très belle maison, je suis vraiment impressionnée par les choix des textes, par la poésie qui habite chacun d’eux. Si les sujets ne sont pas simples il y a toujours beaucoup de délicatesse dans l’écriture des auteur•e•s que publie cette maison. ♥ Je suis donc très très contente de lire que tu es aussi sous le charme ! 🙂 Ton commentaire me fait doublement plaisir et je pense que ce que je prépare pour janvier pourrait te plaire (arf zut, j’en ai déjà trop dit ! ^^). Je mets un coup d’accélérateur en ce moment pour pouvoir publier l’annonce début décembre. 😀

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  2. J’aime lire des nouvelles ! Je conseille « Des hommes sans femmes » de Murakami, nouvelles que je place avant plusieurs romans que j’ai lu de cet auteur. Je lis actuellement « Les vierges » de Irène Nemirovsky… Merci pour l’article et l’appel à défendre notre culture chancelante mais que l’on défendra !

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    1. Je note ces références tout de suite ! Je n’ai jamais lu ces auteur•e•s, il faudrait que je me décide à me lancer. Je dois avouer que Murakami m’intimide énormément.

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    1. Oh que oui ! ♥ J’attends chaque parution des Éditions do comme un enfant un soir de Noël car je suis conquise presque à chaque fois ! Vivement janvier, du coup ! ^^

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  3. Murakami à de quoi intimider… Après des hommes sans femmes, j’ai enchaîné sur Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil. Et un ami m’a prêté 1Q84. J’ai lu les premières pages et là impossible de ne pas continuer ! Tout de suite embarqué sans arrêt possible… Soir 3 tomes de 500 pages ! Il est très fort et cette traductrice excellente, ce qui n’était pas le cas de Au sud… Belles lectures !

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    1. J’espère que la magie prendra aussi bien avec moi alors ! Quand je suis intimidée je commence souvent avec des nouvelles (quand l’auteur•e en a écrit), donc je pense que je vais tenter « Hommes sans femmes » en premier. Merci beaucoup pour ces recommandations ! 🙂

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