« Les poissons ne ferment pas les yeux » d’Erri de Luca (Gallimard, 2013)

Erri de Luca est l’un des auteurs italiens contemporains les plus lus. J’ai eu l’occasion de trouver plusieurs de ses livres à Emmaüs, il était donc grand temps de le découvrir.


Quatrième de couverture : « À travers l’écriture, je m’approche du moi-même d’il y a cinquante ans, pour un jubilé personnel. L’âge de dix ans ne m’a pas porté à écrire, jusqu’à aujourd‘hui. Il n’a pas la foule intérieure de l’enfance ni la découverte physique du corps adolescent. À dix ans, on est dans une enveloppe contenant toutes les formes futures. On regarde à l’extérieur en adultes présumés, mais à l’étroit dans une taille de souliers plus petite.

Comme chaque été, l’enfant de la ville qu’était le narrateur descend sur l’île y passer les vacances estivales. Il retrouve cette année le monde des pêcheurs, les plaisirs marins, mais ne peut échapper à la mutation qui a débuté avec son dixième anniversaire. Une fillette fait irruption sur la plage et le pousse à remettre en question son ignorance du verbe aimer que les adultes exagèrent à l’excès selon lui.

Mais il découvre aussi la cruauté et la vengeance lorsque trois garçons jaloux le passent à tabac et l’envoient à l’infirmerie le visage en sang. Conscient de ce risque, il avait volontairement offert son jeune corps aux assaillants, un mal nécessaire pour faire exploser le cocon charnel de l’adulte en puissance, et lui permettre de contempler le monde, sans jamais avoir à fermer les yeux.

Erri De Luca nous offre ici un puissant récit d’initiation où les problématiques de la langue, de la justice, de l’engagement se cristallisent à travers sa plume. Arrivé à l’âge d’archive, il parvient à saisir avec justesse et nuances la mue de l’enfance, et ainsi explorer au plus profond ce passage fondateur de toute une vie. »


Ce livre court est beau de par l’écriture de l’auteur qui se dévore comme un souvenir faisant appel à tous les sens : on sent le vent, on entend la mer et les pêcheurs, on goûte les glaces qui coulent sur les doigts, on voit la fillette que l’auteur enfant avait rencontré. Une rencontre qui fut une initiation à l’amour, ce mot trop mal utilisé par les adultes et dont il saisira le sens à dix ans, à sa manière.

Ce récit est bien un souvenir, cela le rend assez spécial à lire. Très contemplatif, nous oscillons entre le passé, le passé du passé et le présent par clins d’oeil. Nous découvrons la vie d’un enfant en Italie, né après la guerre. Cette dernière n’a pas épargné ses parents qui en portent certains stigmates : l’envie d’ailleurs pour son père, une mémoire douloureuse pour sa mère.

Erri de Luca se présente comme un enfant silencieux, qui se sent différent, se nourrissant de livres pour comprendre les adultes mais ne comprenant pas les enfants de son âge. Coincé dans une chrysalide qui ne veut pas le laisser devenir un homme tout de suite, il va faire la rencontre d’une fillette qui va le comprendre et qu’il va comprendre. Cette rencontre va lui permettre de dépasser cet âge difficile où le passage à deux chiffres est aussi une période où l’on se trouve entre deux étapes.

Cet été, ses rencontres et ses expériences trouvent des échos dans le reste de la vie de l’auteur, notamment en lien avec la notion de justice, découverte avec la vision qu’en avait la fillette. Il prouve que ce sont aussi les rencontres qui nous font et que l’on découvre l’importance de certaines parfois un peu tard, mais que ça ne leur enlève rien, si ce n’est un prénom tombé dans l’oubli.

J’ai été à la fois sous le charme de ce récit intime et en même temps déroutée par cette histoire qui nous rappelle à un mal être de l’enfance. Une plume qui m’appelle à découvrir plus de livres de cet auteur dont la finesse et la sensibilité m’ont séduite.

Pour en savoir plus

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Et vous, voulez-vous faire un voyage dans votre temps intérieur ?

9 commentaires

  1. Celui-ci je le note. C’est un auteur dont je vois les livres régulièrement et que je n’ai jamais lu. je connais très peu la littérature italienne. Ça semble beau et très estival. Je l’ai ajouté à ma liste à lire.

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai plutôt bien accroché, par contre c’est « Le poids du papillon » qui m’a un peu glissé des mains. Donc il va falloir que j’en lise un troisième pour me faire une idée personnelle sur cet auteur. 🙂

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