« La route de Sampo » de Hwang Sok-yong (Picquier, 2017)

Ce recueil de nouvelles en partie autobiographiques fut ma première rencontre avec Hwang Sok-yong, écrivain coréen remarquable par ses expériences de vie, ses engagements et son style littéraire extrêmement réaliste. Si toutes les nouvelles de ce recueil ne m’ont pas émues avec la même intensité, je leur reconnais un ton auquel je suis très sensible ainsi qu’un certain fatalisme, malgré tout teinté d’espoir.

Quatrième de couverture : « Deux ouvriers se déplaçant de chantier en chantier et une prostituée en fuite font un bout de chemin ensemble. Une amitié se crée entre eux qui étaient des inconnus et qui le redeviendront bientôt. Leurs espoirs et leur nostalgie auréolent ce voyage d’une poésie et d’une humanité profondes.

Les trois histoires qui complètent ce livre évoquent des épisodes clés de l’histoire de la Corée, avec une tonalité parfois autobiographique : un enfant pris dans la tourmente de la guerre civile entre le Sud et le Nord dans les années 1950 ; la désespérance d’un soldat coréen enrôlé dans la guerre du Viêtnam ; les désillusions d’un paysan parmi les milliers de ceux qui, dans les années 1970, désertèrent les campagnes pour les mirages de la ville. »

Pour ne rien vous cacher, je me suis immédiatement lancée dans la lecture de Monsieur Han après avoir terminé La route de Sampo. Ce fut donc une très belle découverte même si toutes les nouvelles n’ont pas cogné à mon coeur avec la même force.

Le recueil s’ouvre sur Herbes folles qui va évoquer la guerre de Corée du point de vue d’un adulte qui se remémore son enfance, qui se rappelle la vie de la jeune fille qui le gardait et à qui il s’était fortement attaché : Taegeum. Le pays s’entredéchire, la guerre ravage les villes et les villages, des listes ne cessent de grossir des noms des victimes, la folie menace de toucher certaines personnes par désespoir et traumatisme. J’ai été touchée par cette nouvelle car je suis toujours émue par les souvenirs d’enfances et ce texte est particulièrement autobiographique.

Il y a dans plusieurs nouvelles un rapport particulier à la sexualité qui m’a parfois mise mal à l’aise et auquel je n’ai pas été sensible. C’est notamment le cas dans la deuxième nouvelle du recueil, Oeils-de-biche, mélange de rapport cru à la sexualité – et à ses violences – et de désillusions patriotiques. J’ai apprécié la critique faite au militarisme, l’auteur ayant lui-même fait l’expérience de l’engagement dans la guerre du Vietnam et en étant sorti atteint et très critique.

La sexualité est également présente dans Les ambitions d’un champion de ssireum mais d’une façon que j’ai sentie moins frontale alors même que nous suivons le narrateur dans sa courte mais intense carrière d’acteur de films pornographiques, entre autre. Un personnage principal par ailleurs attachant dans sa naïveté et confronté, à nouveau, à des désillusions. Un personnage qui illustre les migrations vers les villes, les bagages pleins de rêves et d’espoirs, la réalité qui frappe. Il nous interroge au regard de son histoire sur les routes empruntées et celles, au contraire, délaissées.

La route de Sampo, nouvelle éponyme, est sans aucun doute celle que j’ai préférée de ce recueil. Elle fut tellement appréciée en Corée que le village de Sampo, qui n’existe pas dans la réalité, est pourtant devenu un symbole. A nouveau les personnages vont déchanter dans ce texte mais il est malgré tout emprunt d’un grand humanisme dans la rencontre des trois personnages principaux qui vont parcourir la nouvelle. C’est un texte qui montre une situation économique et industrielle particulière dans le pays et qui exprime, d’une certaine façon, un soupçon d’espoir en l’avenir. Un espoir qui se construit dans le rapport à l’autre et la naissance de sentiments. Une très belle nouvelle.

Tout au long du recueil, c’est le réalisme et le style (peut-être un peu froid pour certains•es lecteurs•trices) de l’auteur qui m’a vraiment séduite. Je ne suis pas grande amatrice des fioritures et j’apprécie les tranches de vies, d’autant plus quand elles expriment des situations sociales ou des moments de l’histoire contemporaine. Si tous les textes ne m’ont pas convaincue de la même façon, j’en suis sortie certaine de me lancer dans l’exploration de l’oeuvre de Hwang Sok-yong, et ça, c’est pas rien.

Cette lecture entre dans le cadre du Challenge coréen organisé par le blog Depuis le cadre de ma fenêtre.

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