« La capacité de survie » de Kim Sung-hee (Çà et là, 2021) • Rentrée littéraire

Traduit du coréen par Lim Yeong-hee

Ce manhwa nous fait découvrir, page après page, les réflexions d’une femme sur la société coréenne et sa propre situation : à travers son mal-être c’est celui d’un pays que nous percevons.

Présentation de l’éditeur : « Une femme coréenne en proie à des doutes existentiels dans une société ultralibérale qui laisse de nombreuses personnes dans la précarité.

Yeong-jin, jeune quarantenaire, enseigne dans un lycée privé protestant de Séoul. Elle est confrontée à des violences sociales de toutes parts. Non titulaire, elle se sent obligée, pour conserver son poste, d’accepter tout ce que lui demande son employeur. Submergée de travail – elle s’occupe aussi des enfants de sa sœur pendant ses vacances – elle souffre de n’avoir aucune reconnaissance de sa hiérarchie. Son petit ami travaille dans une association d’aide aux travailleurs migrants qui se font exploiter par les agriculteurs coréens dans des conditions qui frôlent l’esclavagisme. Sa mère continue à faire les ménages bien qu’ayant l’âge de la retraite. Et Yeong-jin vient de subir un hystérectomie… La violence de la société libérale l’affecte de plus en plus et l’amène à se poser des questions sur son rapport au travail, sur sa relation avec ses parents et sur l’avenir de son couple. »

Entre des problèmes de santé aux répercussions importantes et une précarité dont il est difficile de sortir malgré les études et les compétences, l’autrice nous propose un récit extrêmement réaliste qui nous pousse à nous interroger nous-mêmes sur les personnes et le monde qui nous entourent. Entre ce qu’il faut accepter et ce contre quoi il faut se lever, ce qu’il faut remettre en question et dont il ne faut plus se rendre complice.

Parmi tous ces questionnements il y a la fameuse capacité de survie, celle dont l’autrice précise que la société a une dette envers elle. Car cette capacité est celle qu’ont les individus à faire face, à se battre et à donner encore et encore à une société ingrate malgré les difficultés et les sacrifices. C’est un constat amer même si cette capacité traduit des forces individuelles : on ne devrait pas en arriver là.

A partir de la personne de Yeong-jin ce sont aussi d’autres vies et d’autres injustices et complications qui se révèlent : d’avoir travaillé toute sa vie et de ne pouvoir prendre sa retraite, d’avoir des difficultés à élever des enfants et à ne pas répondre à l’image d’une maternité épanouie, d’immigrer pour trouver du travail et se retrouver coincé, exploité, maltraité. C’est aussi un regard sur la famille qui est porté, avec ce moment où on réalise que nos parents commencent à vieillir.

Kim Sung-hee livre une image que je ne connaissais pas de la Corée et que je trouve donc très intéressante.

Si je n’ai pas réussi à être séduite pas le style graphique de l’autrice et que j’ai trouvé la qualité de la narration parfois inégale, j’ai malgré tout adhéré à sa motivation et aux sujets qu’elle explore. Parfois la force de l’intention me fait dépasser ma retenue, c’est le cas ici et je serai au rendez-vous de ses prochaines traductions.

Cette lecture entre dans le cadre du Challenge coréen organisé par le blog Depuis le cadre de ma fenêtre

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Et vous, quel·s livre·s sur la société contemporaine coréenne conseillez-vous ?

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« Le cimetière des rêves » de Hanan El-Cheikh (Actes Sud, 2000 ; Babel, 2002)

Je vous retrouve aujourd’hui avec un très beau recueil de nouvelles découvert dans le cadre du challenge #autricesdumonde du mois de mai qui nous emmène à la rencontre d’autrices libanaises. Je vous le dis dès maintenant : j’ajoute un nom à la liste des auteurs et autrices dont je veux découvrir l’intégralité de l’oeuvre.

Quatrième de couverture : « Elles habitent à Beyrouth ou à Fès, dans un village retiré de la montagne yéménite ou au cœur de Londres, certaines restent fidèles à la tradition quand d’autres ont embrassé la modernité, mais toutes les femmes arabes qui peuplent ces nouvelles vont de l’avant, affirmant leur indépendance parfois sans ménager leurs partenaires masculins, car chacune est en lutte, clandestine ou violemment déclarée, pour son droit à disposer d’elle-même.

S’illustrant dans l’exercice difficile de la nouvelle, c’est sur une petite musique douce-amère que Hanan El-Cheikh plonge dans chacun des univers qu’elle crée pour en éclairer subtilement la vérité des êtres et des lieux. »

Quinze nouvelles pour quinze histoires de femmes. Dans des contextes et ambiances différentes, Hanan El-Cheikh concocte des personnalités et des situations variées qui permettent d’aborder un large éventail de sujets : les traditions et croyances, l’enfermement familial, la transgression et l’émancipation, la sexualité et l’adultère, l’amour du pays et l’émigration, le rapport au monde et aux autres, la vie dans les villages, etc. Des sujets tabous qui ont compliqué la publication des textes de l’autrice au cours de sa carrière.

Comme dans chaque recueil que j’ai lu, toutes les nouvelles ne m’ont pas conquise avec la même force mais j’ai eu plusieurs coups de coeur parmi elles. J’ai été vraiment surprise. D’autres fois j’ai été un peu perdue mais le style de l’autrice a toujours compensé mon sentiment. En véritable conteuse, Hanan El-Cheikh mène ses histoires en nous tenant sur le fil de ses mots.

Malgré la forme courte de ces textes, je me suis presque toujours attachée aux femmes qu’elle dessine, m’identifiant à certains de leurs traits de caractère, me projetant avec mes expériences et opinions propres dans leurs situations. J’ai particulièrement aimé les personnages révoltés contre leur situation conditionnée du fait de leur sexe ou confrontés aux pressions de la société qui attend d’une femme qu’elle fasse un mariage, des enfants et un homme contenté.

Ce recueil a été mon livre de bus durant dix jours : chaque jour de travail je lisais deux à trois nouvelles, aérant la lecture avec des moments de réflexion (mon travail me permet quelques divagations mentales), attendant chaque fois impatiemment de reprendre la route pour poursuivre ma lecture. Je peux le dire avec certitude : même si je n’ai pas eu un coup de coeur total pour ce livre, je suis vraiment sous le charme du style d’Hana El-Cheikh et de son regard sur des sujets qui s’avèrent parfois encore difficiles à aborder pleinement – et pas qu’au Liban – même si certaines choses ont bien sûr évolué depuis la publication de ces textes, parus en arabe en 1982 et 1994.

Ma prochaine piste de lecture dans la bibliographie de cette autrice ? Question difficile… Mais je crois que je vais aller vers Poste restante Beyrouth, si j’arrive à le trouver d’occasion car épuisé, sinon vers Histoire de Zahra, qui fut interdit de publication au Liban, ce qui me titille forcément.

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Et vous, de quel·le·s auteur·trice·s voulez-vous lire tous les livres ?

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« Somnolences » de Chen Pei-hsiu (Actes Sud BD, 2021)

Première traduction en français de Chen Pei-hsiu, ce recueil d’instantanés de vies de femmes taïwanaises s’inscrit dans un courant ultra réaliste, sans fioritures. Des nouvelles graphiques qui montrent des situations, des moments, des questionnements en même temps que des aperçus de la société taïwanaise qui ont en commun la vie d’une femme.

Présentation : « Dix nouvelles, dix vies banales de femmes de Taipeï aujourd’hui.

L’autrice, qui a reçu pour ce livre en 2020, le prix de la meilleure bande dessinée taiwanaise, dépeint ces femmes, leurs habitudes, leur manies, leurs doutes et préoccupations. »

J’aime les sentiments qui se transmettent par les non-dits, les émotions cachées dans les espaces vides entre les mots. Dans le cadre des romans graphiques, les dessins qui se passent de mots, les scènes suspendues qui ne portent pas d’actions particulières. J’aime la contemplation, parce que la vie est aussi remplie de ces moments et de ces silences, de ces retenues, de ces vides qui peuvent aussi être source d’angoisses, de questionnements sur la vie comme de calme intérieur.

Ce recueil graphique ne plaira pas à tout le monde. Si vous cherchez des histoires avec des chutes, vous ne les trouverez pas ici. Si vous cherchez des anecdotes particulièrement marquantes pour chacune de ces dix histoires, vous ne les trouverez pas non plus. Si vous aimez les micro-histoires optimistes et feel-good, vous ne les trouverez pas.

Il s’agit davantage d’une déambulation dans dix vies à partir de souvenirs ou d’expériences de l’autrice que celle-ci prête à des personnages.

J’ai aimé le style graphique de Chen Pei-hsiu, au crayonné et à l’aquarelle, ses choix de couleurs dans des palettes froides mais tendres. J’ai également apprécié les scènes du quotidien dans lesquelles chacun·e peut se retrouver avec en plus une découverte de la culture Taïwanaise. C’est sincère et doux, avec parfois un peu d’amertume, ça a la saveur de la vie. Ces tranches de vies se lisent et se relisent avec plaisir et invitent à la réflexion et à l’introspection. Bonus : une belle place est faite aux chats, avis aux amateur·trice·s.

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Et vous, aimez-vous les histoires courtes et les tranches de vies ?

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« L’homme de la mer » de Jang Deok-hyun (Pika Graphic, 2017)

Finissons la semaine avec un manhwa un peu plus léger (mais pas totalement non plus, faut pas pousser). Deux personnages très différents vont se rencontrer : Anna, presque trentenaire paumée qui cherche le sens de la vie, et Deok-hyun, pêcheur pratiquant un art ancestral coréen normalement accompli par des femmes, les haenyos.

Quatrième de couverture : « Licenciée à la suite d’une altercation avec son patron, Anna, jeune vendeuse désabusée par la vie, se réfugie au bord de la mer pour oublier son triste sort. C’est là qu’elle rencontre Deok-hyun, un pêcheur de coquillages mutique dont le passé est nimbé de mystères. Fascinée, Anna va contraindre cet homme à lui enseigner son métier de pêcheur en apnée pour, qui sait, trouver enfin un vrai sens à sa vie… »

Rien ne semblait présager de cette rencontre et pourtant il aurait été dommage qu’elle n’ait pas lieu. Virée de son travail alimentaire dans lequel Anna ne prenait aucun plaisir (c’est rien de le dire), elle se retrouve au bord de mer pour fuir sa situation, aidée d’un peur d’alcool. Éméchée, elle va croiser Deok-hyun rentrant chez lui après la pêche. Elle, excessive et spontanée ; lui, renfermé comme une huître. Découvrant le travail et le mode de vie de cet homme, Anna va lui demander de l’initier à l’art des haenyos. Pour cette excellente nageuse qui ne trouve de répis à son mal-être qu’en nageant, sa recherche de sens a peut-être trouvé un but. De son côté, Deok-hyun cache un passé lourd de regrets. Il est hanté par un fantôme du passé et par ses erreurs qu’il ne peut corriger.

Ce que j’ai particulièrement apprécié dans ce manhwa ce sont les personnages, leurs différences et la façon dont celles-ci se confrontent puis se comprennent. Portée par un humour plutôt efficace, cette histoire se lit toute seule et, sans que nous ne nous en rendions compte, nous réalisons que nous sommes attachés à ce duo improbable que les hasards de la vie savent créer. J’ai également été sous le charme des illustrations au trait assuré habité par un petit quelque chose de désinvolte.

Avec leurs parcours et la relation qu’ils vont se créer, ils font comprendre à chaque lecteur•trice que toutes les vies comportent de mauvaix choix, des erreurs et des faux pas. Faut-il pour autant les réduire uniquement à cela ? Il est toujours possible de trouver du positif, de changer de chemin, de faire autrement, d’y croire. Remonter le temps est impossible, le fantasmer est dangeureux et peut nous enfoncer loin dans les abysses. Au fond, gagner ne compte pas, tout se joue dans le fait d’essayer.

Rendant à la fois hommage aux haenyos et parlant de la situation de la jeune génération coréenne, Jang Beok-hyun signe un récit à la fois chatoyant et orageux, doux et amer. La vie dans ses nuances. Le dernier chapitre du récit se distinguant par le fait de n’être qu’en noir et blanc, le•la lecteur•trice sera libre d’interpréter la conclusion à sa façon : optimiste ou pessimiste.

Si vous aimez les récits en lien avec l’océan, les personnages pimentés mais attachants et les messages ouverts sur le sens de la vie et le poids de ses épreuves, ce manhwa est fait pour vous.

Cette lecture entre dans le cadre du Challenge coréen organisé par le blog Depuis le cadre de ma fenêtre.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : La bibliothèque d’Esperluette

Et vous, avez-vous un manhwa à conseiller ?

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« Lignes de vies » de Birgit Weyhe (Cambourakis, 2021)

J’apprécie le travail de Birgit Weyhe car elle s’intéresse à des sujets qui bouillonnent en moi au quotidien : la mémoire, les trajectoires de vies sur plusieurs générations, les exils et migrations qui composent les sociétés depuis toujours, les conflits contemporains qui continuent d’impacter le monde.

Quatrième de couverture : « Zahi ne connaît pas la date exacte de sa naissance en Somalie, il devient pirate après avoir perdu sa famille, puis est emprisonné en Allemagne ; née en Californie de parents italiens, Gianni rencontre au Mozambique un Allemand qui deviendra son mari ; menacé par les talibans, le jeune Afghan Moh décide de traverser la Méditerranée en 2015 puis marche pendant quatre mois vers l’Europe de l’Ouest où il rêve d’étudier l’informatique…

Par choix ou par nécessité, quitter son lieu de naissance pour rebâtir une vie ailleurs est au cœur de l’expérience humaine. À travers trente portraits de femmes et d’hommes qui correspondent à autant de récits de migration d’un continent à l’autre, du XXe siècle jusqu’à nos jours, Birgit Weyhe poursuit l’exploration des thématiques qui irriguent toute son œuvre : l’exil, l’influence de l’Histoire sur les destins individuels, le sentiment d’être chez soi.

Kaléidoscope de la migration initialement publié dans le journal berlinois Der Tagesspiegel, Lignes de vies dessine une société ouverte. »

Dans ce recueil graphique, elle met mots et dessins sur trente parcours, souvent liés à un moment donné à l’Allemagne (il s’agit du travail d’une auteure allemande pour un journal allemand), pour illustrer le fait que les migrations sont l’histoire du monde. Dans le même temps, Birgit Weyhe rappelle d’une certaine façon que si les gros titres se concentrent sur les personnes rejoignant l’Europe depuis un autre continent, les migrations se font depuis très longtemps dans toutes les directions, sur des motivations différentes, par choix ou par manque de choix.

Avec différents ancrages temporels entre le 20ème et le 21ème siècle et différents parcours, Birgit Weyhe déconstruit les stéréotypes que l’on retrouve trop souvent autour du sujet des migrations, montre qu’elles ne concernant pas que des populations géographiquement très ciblées mais que le monde s’est construit et développé avec elles (et continuera de le faire). L’auteure nous invite également à penser nos propres migrations familiales, ce qui me passionne et me donne l’impression au quotidien d’être liée à plusieurs pays, continents et (autre sujet qui fait exploser le tensiomètre de certain•e•s) différentes religions. Ces histoires familiales responsabilisent aussi dans le présent, dans l’engagement, l’altruisme, la compréhension, au regard de ce qu’ont vécu nos aïeux ou de ce qu’ils ont pu faire.

Chaque parcours est présenté de façon factuelle et est composé de quelques pages. A la fin, le•la témoin nous dit ce qui fait qu’il•elle se sent chez lui•elle. Une question plus ou moins difficile selon les motivations des départs mais dont les réponses montrent l’importance des relations humaines pour se reconstruire dans un ailleurs ou, au contraire, la difficulté d’avancer quand on est invisibilisé dans les regards.

Construit à partir de travaux publiés dans le journal allemand Der Tagesspiegel entre avril 2017 et mai 2019, augmenté de trois parcours inédits, j’ai apprécié ce recueil graphique pensé dans une démarche journalistique, sociétale et humaniste. Si je suis toujours un peu moins convaincue par le style graphique de Birgit Weyhe que par ses scénarisations, je vais continuer à la suivre avec plaisir. Ne manque plus dans ma bibliothèque et dans ma tête que l’album Madgermanes.

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Et vous, connaissez-vous cette auteure ?
Avez-vous envie de la découvrir ?

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« La lettre de Buenos Aires » de Hubert Mingarelli (Buchet/Chastel, 2011)

Il y a un an jour pour jour, mon auteur français préféré s’en allait. Les écrits restent et confèrent à leurs auteurs une part d’immortalité. Aujourd’hui j’ai naturellement envie de vous parler de ce recueil de nouvelles de Hubert Mingarelli. Neuf histoires qui révèlent la délicatesse de cet auteur et son talent pour décrire les failles humaines et les solitudes.

Quatrième de couverture : « Comme souvent dans ses livres, l’auteur raconte des errances. Le monde, autour, est menaçant, même si la nature contient encore la beauté des choses. Sur la route, des personnages vivent leur voyage. Les vies les plus humbles possèdent leur mystère et leur tragédie. Hubert Mingarelli sait les dévoiler au lecteur avec pudeur et poésie. »

Comme toujours avec Hubert Mingarelli nous suivons des hommes de tous âges dans des situations souvent modestes, confrontés aux fantômes du passé ou à eux-mêmes, aux remous de l’histoire ou à leur rapport aux autres. Les femmes sont présentes par touches subtiles, parfois par leur douloureuse absence, parfois par leur passage tendre dans la vie d’un homme, souvent insaisissables.

Comme dans beaucoup de ses romans, Hubert Mingarelli nous propose des environnements maritimes ou liés à l’eau. Ce monde de la marine qu’il a lui-même connu durant quelques années. Un univers masculin qui peut se révéler cruel, un microcosme qui tangue et crie le manque de la terre. Egalement le froid et la neige, contexte qui revient à plusieurs reprises dans son oeuvre, la rigueur de la saison qui clôt l’étape d’une vie avant un recommencement ou qui peut la rompre définitivement.

D’un père et un fils qui campent à un homme qui s’écroule dans la rue à proximité des docks, en passant par un homme qui s’isole dans une forêt, un homme vieillissant et perdant la mémoire, deux soldats rentrant chez eux dans un hiver mortel ou encore deux frères inséparables, chaque situation est pensée dans la complexité des émotions humaines et écrite dans une langue pensée et travaillée pour être simple, extraordinairement intimiste, une force pure.

Il ne faut pas que je lise trop souvent un nouveau roman ou recueil de nouvelles d’Hubert Mingarelli car j’appréhende de ne plus rien avoir de totalement nouveau à découvrir de lui. Mais à chaque fois que je me plonge dans ses lignes et dans sa pudeur pourtant très expressive, dans ses évocations, je me sens chez moi et je me sens bien. Il est le seul auteur qui pourrait me faire lire des centaines de pages sur la cueillette de champignons et des expérimentations de cuissons de galettes de farine, et ça c’est très fort.

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Et vous, quel est votre auteur•e français•e préféré•e ?

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« Eclats/Cicatrices – Tomes 1 & 2 » d’Erik de Graaf (Champaka Brussels-Dupuis, 2020)

Deux volumes, deux personnages témoins de l’histoire : Victor et Esther. L’objectif de l’auteur avec ce travail est de montrer comment la guerre a impacté les vies dites normales à partir d’un travail de recherche dans ses archives familiales.

Quatrième de couverture : « Un an après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Esther et Victor, anciens amants, se retrouvent dans un cimetière. Ils ne se sont plus revus depuis l’invasion des Pays-Bas par les troupes hitlériennes. Tous deux sont marqués par les années de guerre qu’ils tentent, vaille que vaille, de se transmettre en mots. Leurs récits, chargés en émotion, portent sur les choix – souvent impossibles – qu’ils ont dû faire, les êtres chers qu’ils ont perdus et, surtout, la bataille qu’ils ont menée avec leur conscience. Des amis proches ont en effet opté pour la résistance, d’autres pour le Front de l’Est. Sans oublier qu’Esther est Juive.

Éclats est la première partie de cette histoire sur la perte. Perte de l’innocence, des rêves, de la jeunesse et, bien sûr, de la liberté. »

Comme beaucoup de blogueurs•ses, j’ai été intriguée par les illustrations de ces deux couvertures qui se répondent d’une bien jolie manière. Le sujet étant en lien direct avec ma ligne éditoriale, le style graphique m’intriguant, je me suis donc laissée tenter et je remercie chaleureusement NetGalley France ainsi que les éditions Dupuis de m’avoir permis de les découvrir en service de presse.

Si j’ai apprécié la démarche mémorielle, le travail de l’auteur sur son histoire familiale, sa volonté de montrer des destins dans un contexte précis, j’ai été moins convaincue par la mise en application. Le début de l’histoire nous ancre en 1946. La guerre est finie, Victor rend visite à l’un de ses amis, au cimetière. Là, il retrouve Esther qu’il n’avait pas revue depuis plusieurs années, depuis l’avant… Entre eux va s’installer une conversation pour comprendre ce que chacun a vécu durant la guerre, pour comprendre les amis perdus, les collaborations locales, les engagements résistants, les arrestations, les violences, les disparitions. Mais voilà, les dialogues ont à mes yeux manqué de fluidité, de naturel, ils m’ont semblé presque trop écrits.

Concernant l’histoire en elle-même, nous découvrons un quotidien de guerre aux Pays-Bas (généralement associé à la jeune et inoubliable Anne Frank), entre la mobilisation des soldats de ce pays réputé neutre et le déversement de la guerre : que ce soit du côté des soldats, des civils ainsi que des familles juives qui tentent d’échapper aux rafles. Dans tout cela, la vie est composée de choix, de décisions et d’absences qu’il faudra porter tout le reste de son existence. Il est aussi des infinis Et si qui torturent et rongent les personnages, les survivants.

La fin de chaque tome est augmentée des documents d’archives que l’auteur a pu trouver sur sa famille et il explique alors son histoire (avec les questions auxquelles il n’aura probablement jamais de réponses) et ce qu’il en a utilisé pour écrire la fiction historique que compose cette courte série graphique.

Une démarche intéressante qui peut même devenir inspirante pour chacun•e d’entre nous, nos aïeux ayant vécu de près ou de loin des périodes qui ont bouleversé la marche du monde et qui, eux aussi, ont du faire des choix (que nous connaissons ou non, ou juste partiellement), mais le résultat ne m’a pas réellement convaincue. Si vous lisez beaucoup sur cette période historique, je pense que vous pouvez passer votre chemin et prioriser d’autres lectures plus poussées, si au contraire vous souhaitez découvrir ce sujet dont vous ne connaissez que peu de choses, je pense qu’en l’occurrence ces deux albums sont tout à fait appropriés.

Pour en savoir plus


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Liseuse hyperfertileLe boudoir du livreMaVoixAuChapitreLa lectrice compulsiveMes échappées livresquesLa pomme qui rougit


Et vous, quel livre conseilleriez-vous pour commencer à lire sur la Seconde Guerre mondiale ?

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« Et arrivées au bout nous prendrons racine » de Kristina Gauthier-Landry (La Peuplade, 2020)

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Me mettant plus sérieusement à la poésie contemporaine depuis quelques mois, j’ai décidé de découvrir ce recueil tout juste sorti, de voyager vers la Côte-Nord, dans la musicalité de ses mots, dans son vent marin et son paysage bleu et rocheux.

Quatrième de couverture : « Il y a le retour prudent sur le chemin des origines, le long de la côte, où les maisons boudent. La poésie mène alors à l’enfance, paraît gourmande, des bleuets en confiture, un coeur de lièvre sous la dent. Ici, les bonheurs disponibles s’empilent sur tout ce dont on ne parle pas, des pères horizon, des mères à la gorge inquiète. Et arrivées au bout nous prendrons racine annonce la réconciliation avec un territoire, ce lichen millénaire parmi lequel s’en vont renaître femme et fille, main dans la main, ébruite ce nord hostile et fertile, fait de grands espaces et de petites choses. De doigts gelés et de pain chaud. Et, surtout, de silence. »

Kristina Gauthier-Landry nous invite dans son enfance, dans des souvenirs tiraillés entre les plaisirs simples et souvenirs heureux et la conscience du territoire limité, de l’ailleurs qui appelle. Une construction que j’ai sentie en creux comme un corps incomplet : être ici et manquer d’ailleurs, être ailleurs et porter la mémoire d’ici. Un écartèlement mélancolique qui cherche ses racines pour mieux les retrouver après les avoir quittées.

La vie au village est marquée par la pêche, elle est le travail des hommes – maris, pères, frères, fils – elle est le repas sur la table et les biens du quotidien, mais elle est aussi le mélange d’angoisse et de joie de voir revenir les bateaux et leurs habitants aux parfums de sel et d’horizon. C’est une vie exigeante avec les hommes, les femmes et les enfants, dans un espace reculé, presque inaccessible où le travail va de pair avec le danger et l’incertitude quant aux lendemains. La question et d’accepter ou non ce quotidien qui se transmet, dont on hérite.

Le quotidien est aussi emprunt de joies infinies propres à l’enfance, de plaisirs gourmands (dans lesquels je me suis retrouvée) à la valeur de trésors, de beautés naturelles, de joies intenses au retour du père, de moments de complicité aux côtés de la mère qui attend. Mais il reste toujours à tuer l’ennui pour oublier le manque de distractions, lister ce que l’on a pour remplir le vide des bonheurs indisponibles.

Une fracture. L’enfance bascule, l’adolescence et la révolte. J’ai senti une brisure intime sans réussir à mettre le doigt dessus, mais déjà l’annonce d’un départ prochain comme refus du chemin de vie tracé par le village, une rupture avec les traditions des lieux et l’angoisse qui les habille de son châle de ciel : infinie et permanente.

Il faut parfois une rupture pour trouver une réconciliation, avec son histoire, son patrimoine, avec soi-même. Partir pour se donner le temps de ressentir le manque.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Mon coussin de lecture


 

Et vous, connaissez-vous cette maison québécoise ?
En recommanderiez-vous une autre ?

 

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« La différence invisible » de Julie Dachez et Mademoiselle Caroline (Delcourt, 2016)

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Je commencerai cet article en remerciant ma collègue qui m’a prêté ce roman graphique dont j’entendais parler depuis longtemps. Sa lecture a été très émouvante et m’a appris beaucoup de choses sur l’autisme, ce que soit sur sa réalité mais aussi sur les a priori liés.

Quatrième de couverture : « Marguerite a 27 ans, en apparence rien ne la distingue des autres. Elle est jolie, vive et intelligente. Elle travaille dans une grande entreprise et vit en couple. Pourtant, elle est différente. Marguerite se sent décalée et lutte chaque jour pour préserver les apparences. Ses gestes sont immuables, proches de la manie. Son environnement doit être un cocon. Elle se sent agressée par le bruit et les bavardages incessants de ses collègues. Lassée de cet état, elle va partir à la rencontre d’elle-même et découvrir qu’elle est autiste Asperger. Sa vie va s’en trouver profondément modifiée. »

Ce roman graphique est une forme de témoignage de Julie Dachez et cela se sent. Les situations ont une précision émotionnelle qui m’ont tout simplement bouleversée. Marguerite vit la vie sociale avec difficulté, les interactions sont épuisantes et stressantes, le bruit permanent la vide de toute énergie, son quotidien doit être extrêmement réglé pour éviter tout imprévu, source d’angoisse. Tout cela, il faut la connaître pour le savoir. Alors des jugements sur certaines réactions peuvent être vite faits. Mais même en la connaissant, certaines personnes n’arrivent pas à comprendre son besoin de solitude, de confort, de silence. Marguerite se sent mal, depuis toujours elle ressent ce décalage que ce soit dans sa vie personnelle ou professionnelle.

Un jour, une occasion se présente à elle de passer des tests relatifs aux troubles du spectre de l’autisme. Alors, les résultats vont tomber comme une libération : le droit d’être soi, de comprendre sa différence, de l’accepter, de l’aimer, de s’aimer et de prendre soin de soi en écoutant ses besoins. Mais elle va aussi réaliser que le mot autisme est accompagné de nombreuses idées préconçues dans son entourage, qu’il va falloir combattre avec patience et pédagogie.

C’est cette histoire ainsi que des informations concrètes sur l’autisme que nous propose ce roman graphique salutaire.

Si j’ai beaucoup aimé les propos j’ai moins apprécié les illustrations, mais il s’agit là d’un avis purement subjectif. Elles sont agréables, mais j’ai une préférence pour les styles graphiques plus singuliers.

Je ne peux que conclure cette chronique en soulignant l’intérêt de cette publication, sur l’importance de traduire pour le plus grand nombre la réalité d’une vie et les erreurs de jugements liés à l’autisme. Ces textes nous font nous comprendre et donc nous rapprocher en laissant de côté, je l’espère, les jugements hâtifs.

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Et vous, quels livres sur l’autisme ou d’autres syndrômes méconnus recommanderiez-vous ?

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« Le monde selon Setchan » de Tomoko Oshima (Le Lézard noir, 2020)

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Si je ne suis pas friande de l’intégralité du catalogue du Lézard noir je me laisse souvent séduire par leurs publications relatives à la jeunesse japonaise. Après avoir beaucoup aimé le premier volet de Mauvaise herbe de Keigo Shinzo, je me suis naturellement orientée vers ce one-shot à la couverture envoûtante.

Quatrième de couverture : « Dans un monde alternatif, la société tokyoïte est secouée par des mouvements étudiants. Sur fond de terrorisme et de préoccupations nucléaires post-Fukushima, Setsuko, étudiante, fait figure d’exception. Apolitique, détachée de cette réalité, elle n’a d’attrait que pour le sexe sans engagement. Par un après-midi ensoleillé, elle sera pourtant abattue dans une fusillade. Entre temps, son destin aura croisé celui d’Atsushi un autre étudiant sans histoires.

Ceux que l’on surnomme Setchan et Akkun, ces deux êtres que tout oppose, vont se rapprocher et se perdre. »

L’ouverture de l’histoire se fait sur l’assassinat de Setchan. Nous faisons ensuite un saut dans le passé qui nous ramènera à cette même scène, dénouement d’une rencontre inattendue et prometteuse entre la jeune fille et Akkun.

Tokyo s’embrase, des attentats ont lieu aux quatre coins de la ville, des amis vont s’engager dans le mouvement avec plus ou moins de radicalité. En marge de cette situation tendue, deux vies vont se croiser et se lier, simplement, doucement, naïvement. Mais la vie est parfois cruelle.

Setchan est connue pour sa liberté sexuelle, jugée pour cela aussi. Les jeunes filles la catégorisent et s’en méfient, les jeunes hommes en attendent des moments agréables sans effort. Si sa vie ne la rend pas particulièrement heureuse, elle est libre et vit comme elle l’entend malgré les jugements durs de son père. Page après page, nous explorons sa vie, son attachement à sa sœur, sa quête si simple et si difficile à la fois de se sentir bien et en sécurité quelque part. Akkun est un jeune homme engagé dans une relation dont il se moque, avec une jeune fille qu’il méprise.

J’ai beaucoup aimé la simplicité du lien qui va se créer entre les deux personnages, sans jamais oublier le dénouement, craignant son arrivée, espérant à chaque page voir un peu plus vivre Setchan. Les illustrations sont magnifiques, très douces alors que les sujets abordés en sont à l’antipode. Un récit qui nous parle d’une jeune fille qui cherche sa route, de deux chemins qui convergent jusqu’à ce qu’une vie qui commence à peine soit fauchée. Pour moi, c’est à la fois un manga sur une jeunesse tourmentée et le rappel que derrière le nombre de victimes d’attentats, il y a des vies individuelles et collectives, des espoirs et des rêves anéantis.

Une très belle découverte qui confirme mon attention portée à cette maison d’édition. Il s’agit de la première publication de Tomoko Oshima et j’ai hâte de pouvoir découvrir la suite du travail de cette mangaka qui prouve dès à présent son talent.

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« La vie devant toi » de Hideki Arai d’après Taichi Yamada (Akata, 2019)

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Le résumé de ce manga laissait présager une lecture magnifique, avec des émotions comme je les aime et quelques mouchoirs (parce qu’on ne se refait pas). La réalité a été plus contrastée et c’est avec un léger malaise que je ressors de cette lecture.

Quatrième de couverture : « Hideki Arai fait partie des auteurs qui ne laisse personne indifférent. Lorsqu’il découvre le roman de Taichi Yamada, il vit un véritable choc artistique. Pour la première fois de sa carrière, cet agitateur décide d’adapter en manga une oeuvre dont il n’est pas à l’origine. Le résultat, bien que toujours aussi cru, est d’une beauté absolue, délivrant un fort message d’espoir.

Sôsuke, auxilaire de vie dans la vingtaine, vient de démissionner de l’EHPAD au sein duquel il travaillait. Mais grâce à Mlle Shigemitsu, aide à domicile quadragénaire, le jeune homme retrouve très vite un travail : c’est désormais sous le toit d’un vieillard connu pour sa mauvaise humeur, monsieur Yoshizaki, que Sôsuke exercera son métier… Encore écrasé par le poids d’une culpabilité inavouée, pourra-t-il assumer ce nouveau quotidien ?

Avec ce manga adapté d’un roman, Hideki Arai revient sur le devant de la scène ! Décrivant le quotidien de trois délaissés de la société, il livre du même coup son œuvre la plus lumineuse ! »

Je ne connais ni Taichi Yamada, ni Hideki Arai, cette lecture fut donc une entière découverte de l’univers de chacun. L’un pour l’histoire d’origine, l’autre pour son adaptation et son style graphique.

J’ai été assez convaincue par le travail du dessin, très réaliste, parfois cru, mais qui témoigne d’une réalité que l’on ne peut nier. J’apprécie cette franchise comme le fait que les personnages ne soient pas physiquement très beaux comme c’est assez souvent le cas dans les mangas (je trouve, mais je n’y connais pas grand chose). Nous sommes avec des personnes qui peuplent le quotidien, avec des parcours qui les ont blessés et des caractères particuliers qui ne manqueront pas d’interpeller les lecteurs.

Je croyais beaucoup en ce que ce mana promettait et j’ai été plusieurs fois très mal à l’aise et ce malaise a souvent pris le pas sur l’empathie. Je n’ai pas du tout apprécié le personnage du vieil homme dont Sôsuke va être l’auxiliaire. Rien à faire. J’ai davantage apprécié la personnalité du jeune homme et celle de Mlle Shigemitsu. J’ai trouvé intéressante leur relation ambiguë qui témoigne d’une société dans laquelle l’amour n’est pas toujours facile à trouver mais aussi dans laquelle il peut être sévèrement jugé. J’ai plutôt apprécié l’esprit de pardon et d’acceptation des erreurs du passé pour avancer qui habite ces pages. Même si ça peut prendre du temps, nous sommes toutes et tous amenés à faire des erreurs et il faut pouvoir les accepter (ce qui ne veut pas dire les oublier). Mais le pardon n’enlève pas la responsabilité qui est finalement peu traitée, ce que je regrette.

En conclusion, je ressors de cette lecture avec un avis clairement mitigé, je m’attendais sans doute à une autre tournure de l’histoire et à un autre traitement des parcours de vies mais je suis contente de d’avoir enfin levé le voile sur ce manga qui me faisait envie depuis un moment.

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« Sengo – Tome 1 : Retrouvailles » de Sansuke Yamada (Casterman, 2020)

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En croisant ce manga, j’ai eu le sentiment qu’il abordait l’histoire japonaise d’une façon assez unique dans ce genre littéraire. Intéressée par cette période de l’histoire et par les parcours individuels, il n’a pas eu à beaucoup se défendre pour arriver entre mes mains impatientes.

Quatrième de couverture : « 1945, le Japon est vaincu. De retour au pays, deux soldats qui se sont connus sur le front, le bon vivant Kadomatsu et le désenchanté Toku, se retrouvent par hasard dans un Tokyo détruit et occupé par l’armée américaine. Entre débine et combines, marché noir et prostitution, la question quotidienne de la survie est si cruciale qu’elle éclipserait le désespoir chevillé à ces âmes vaincues. Malgré tout, au fil des nouvelles solidarités qui se nouent dans l’adversité, c’est bel et bien la vie qui regagne du terrain. »

Je dois dire que ce premier tome a été une claque. Les deux personnages masculins sont touchants, chacun à sa façon car très différents. L’un, Toku, dirigeait durant la guerre un groupe de soldats parmi lesquels se trouvait l’autre homme, Kadomatsu. Toku est revenu effondré et est rongé par la culpabilité, Kadomatsu cherche à reconstruire un quotidien sur les ruines du Japon vaincu, expérimentant différentes opportunités qui vont amener le récit à parler de la situation des femmes durant la guerre puis suite à la défaite.

Ce récit est difficile, car les japonais et japonaises sont profondément marqués, car les vainqueurs n’ont pas la victoire modeste, car les femmes sont considérées comme encore moins que des objets au service des désirs d’une partie des américains, car l’économie du Japon est brisée et que pour survivre le corps féminin est une ressource, car chaque jour est incertain pour les adultes comme pour les enfants et qu’il faut survrivre, d’une façon ou d’une autre. Mais ces deux hommes, que nous suivons dans plusieurs situations, sont aussi porteur d’humanité car ils sont là l’un pour l’autre et parfois pour d’autres civils aussi dont nous croisons le chemin et les histoires. Il y a des personnages féminins marquants également, que j’espère nous retrouverons encore dans les tomes suivants.

Une histoire frontale de reconstruction parmi les ruines du Japon qui nous parle des répercussions de la guerre à différents niveaux et qui saura émouvoir nombre de lecteurs. Je pense cependant que ce manga s’adresse à un public averti, notamment pour ce qui est de la représentation très explicité des scènes de sexe et la violence qui leur est particulièrement associée pour certaines d’entre elles.

Pour ce qui est des dessins, ils sont impressionants de réalisme et de détails. Différents des codes habituels du manga grand public, ils s’approchent parfois de la bande dessinée occidentale voire même parfois de l’ambiance de films noirs des années 1950-60 et, pour moi, induisent d’une certaine manière que le message est bel et bien pour un public adulte.

Un premier tome qui laisse une forte impression. Le deuxième tome (déjà paru) est sur ma liste pour avril et le troisième est annoncé par l’éditeur pour le mois de juin.

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Et vous, suivrez-vous Toku et Kadomatsu dans leur retour à la vie civile ?

👁 « La terre invisible » de Hubert Mingarelli (Buchet-Chastel, 2019)

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Cet article a été publié une première fois le 2 septembre 2019. Il restera pour moi un souvenir de joie immense à l’annonce de sa sortie, d’une excitation sans nom lorsque je l’ai reçu et d’une grande tristesse de devoir le quitter. Il sera aussi le dernier livre d’Hubert Mingarelli publié de son vivant.

Ce roman faisait partie de mes grandes attentes de la rentrée littéraire de cet automne. Dès qu’il est question d’Hubert Mingarelli je deviens fébrile d’impatience. Cet auteur de l’intimité, ce poète de la pudeur, ce magicien des émotions, je prends toujours soin d’avoir plusieurs de ses romans non lus dans ma bibliothèque. Ainsi, lorsque le moral n’est pas très haut je sais que je peux en lire et me lover auprès de ses mots délicats. C’est donc avec une immense joie que j’ai découvert ce dernier roman en avant-première grâce aux éditions Buchet-Chastel et à Netgalley France. Qu’ils en soient ici infiniment remerciés.

Quatrième de couverture : « En 1945, dans une ville d’Allemagne occupée par les alliés, un photographe de guerre anglais qui a suivi la défaite allemande ne parvient pas à rentrer chez lui en Angleterre. Il est sans mot devant les images de la libération d’un camp de concentration à laquelle il a assisté.

Il est logé dans le même hôtel que le colonel qui commandait le régiment qui a libéré le camp. Ayant vu les mêmes choses qui les ont marqués, ils sont devenus des sortes d’amis. Un soir, le photographe expose son idée de partir à travers l’Allemagne pour photographier les gens devant leur maison. Il espère ainsi peut-être découvrir qui sont ceux qui ont permis l’existence de ces camps. Le colonel met à sa disposition une voiture et un chauffeur de son régiment. C’est un très jeune soldat qui vient d’arriver et qui n’a rien vu de la guerre.

Le photographe et son jeune chauffeur partent au hasard sur les routes. Le premier est hanté par ce qu’il a vu, et le second est hanté par des évènements plus intimes survenus chez lui en Angleterre. Le roman est ce voyage. »

Paru le 15 août, soit le même jour que le dernier roman de Laurent Sagalovitsch qui s’intéresse également à la découverte des camps de concentration et d’extermination nazis par les Alliés, j’ai trouvé ce choix éditorial vraiment remarquable. Hubert Mingarelli va aborder ce sujet de façon particulièrement taiseuse : le personnage principal revit le traumatisme de la découverte d’un camp dès lors que son esprit est relâché par le sommeil, son compagnon, très jeune débarqué sur les territoires ravagés de l’Allemagne, est lui tiraillé entre une violence ancienne et la frustration de ne pas avoir pu combattre.

Une chose est sûre : pour le photographe qui en a trop vu le retour n’est pas encore possible. Avec la jeune recrue qui devient son chauffeur, il va choisir d’écumer les routes pour fixer sur pellicule les portraits des habitants des environs. Dans leur simplicité, en famille, devant leur foyer, les vaincus s’exposent plus ou moins facilement au regard du vainqueur. Une quête à la recherche de la culpabilité autant que de l’humanité – là où le crime contre l’humanité sera juridiquement défini – pour sauver sa propre foi alors que la rancœur a déjà commencé à tisser sa toile amère dans les ventres et les esprits. Comment ont-ils pu laisser faire ? Cette quête sera plus libératrice que prévu et sera l’occasion pour les deux personnages principaux de se rencontrer alors que chacun d’entre eux est coincé dans un passé qui les a changés à jamais.

Comment rentrer chez soi quand on ne sera plus jamais le même et qu’une part de nous est prisionnière ? Hubert Mingarelli nous laisse choisir là où les ombres couvrent les mots – et peut-être les esprits. Il n’a peut-être pas la puissance de Quatre soldats ou d’Un repas en hiver mais retrouver Hubert Mingarelli a été un immense plaisir.

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Et vous, quel est votre roman préféré d’Hubert Mingarelli ?

❤ « Ce qu’on entend quand on écoute chanter les rivières » de Barney Norris (Seuil, 2017)

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J’ai beau avoir beaucoup aimé ce roman, je sens que la chronique ne vas pas être aisée car je l’ai adoré et j’ai vraiment envie de vous donner envie de le découvrir. A Salisbury, cinq rivières se rejoignaient jadis et se rencontraient avec chacune les éléments drainés par son courant. Et dans la ville, cinq vies vont être liées par un événement tragique.

Quatrième de couverture : « Le monde s’achève sans cesse autour de nous. Chaque mesure de notre partition appartient déjà au souvenir et à l’imagination au moment où nous la jouons. Autant l’écouter.

C’est une soirée paisible à Salisbury. Quand soudain, non loin de la majestueuse cathédrale, un fracas de tôle froissée déchire le silence. Autour d’un banal et tragique accident de la route, cinq vies vont entrer en collision. Il y a Rita, gouailleuse et paumée, qui vend des fleurs au marché – et un peu d’herbe pour arrondir ses fins de mois. Il y a Sam, un garçon timide en proie aux affres des premières amours tandis que son père tombe gravement malade. George, qui vient de perdre sa femme après quarante ans d’une passion simple. Alison, femme de soldat esseulée qui sombre dans la dépression et se raccroche à ses rêves inassouvis. Et puis il y a Liam, qui du haut des remparts observe toute la scène.

Cinq personnages, comme les cinq rivières qui jadis se rencontrèrent à l’endroit où se dresse aujourd’hui la ville. Cinq destins, chacun à sa manière infléchi par le drame. Cinq vies minuscules, qui tour à tour prennent corps et voix pour se hisser au-delà de l’ordinaire et toucher au miraculeux. »

Je me suis régalée et très fort émue à la lecture de ce livre car Barney Norris sait donner de la voix à ses personnages qu’ils soient homme ou femme, au printemps ou à l’automne de leur vie. Chacun d’eux est confronté aux regrets, à la culpabilité et à la solitude. Ils ont tous des blessures à guérir et ils sont tous dans des situations très différentes. Mais un accident va lier leurs vies.

J’ai été touchée par le réalisme et l’humanité qui se dégagent de ce roman car il n’est pas question d’exemplarité et de morale, il est question de ce que l’on n’ose pas dire, de ce que l’on rumine parfois à se rendre fou, de ce que l’on a laissé derrière nous, de ceux qui nous ont abandonnés. Chaque portrait est écrit de façon très différente et c’est vraiment remarquable de la part de l’auteur. On lit, on s’émeut, on comprend, on est d’accord, on ne l’est pas, mais qu’importe nous ne sommes pas là pour juger mais pour écouter le chant de ces cinq rivières humaines, avec leurs flots de pensées. Nous sommes confrontés à des introspections et cela rend l’ensemble immensément humain.

Si vous souhaitez passer quelques heures de lecture pleines de délicatesse et dessinant des tranches de vies mêlées malgré elles, vous pouvez vous plonger dans celui-ci. Magnifique.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.


 

Et vous, voulez-vous prêter l’oreille aux rivières ?

« La danse du temps » d’Anne Tyler (Phébus, 2019)

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Plus je découvre les parutions des éditions Phébus, plus je suis convaincue que les choix de cette maison correspondent à ma sensibilité. Ce roman ne fait pas exception. Je ne connaissais absolument pas cette auteure et son style m’a beaucoup plu, son analyse des émotions et des frustrations aussi. Une très agréable découverte !

Quatrième de couverture : « À soixante et un ans, Willa Drake mène une existence réglée comme du papier à musique en Arizona. Jusqu’à un coup de fil venu de l’autre bout du pays lui apprenant que la compagne de son fils s’est fait tirer dessus. Sa petite-fille a besoin d’elle ! Tant pis s’il s’agit d’une erreur de numéro, Willa abandonne tout et file à Baltimore devenir grand-mère.

Dans La danse du temps, Anne Tyler nous rappelle avec humour et tendresse qu’il n’est jamais trop tard pour choisir sa vie. »

Nous faisons la connaissance de Willa à plusieurs périodes de sa vie de fille, de jeune femme, de mère et de femme à l’automne de sa vie. Nous découvrons les épreuves qu’elle a dû affronter à chacune de ces périodes et son évolution construite sur le souvenir d’une mère insécurisante et qui pouvait se révéler violente, sur l’admiration envers un père doux et toujours conciliant. Des deux modèles elle optera pour le moins destructeur au risque d’oublier ses besoins.

Après un premier mariage auquel elle sacrifia ses études et ses projets, terminé de façon brutale, nous la retrouvons mariée à un homme qui, à nouveau, l’enferme dans un modèle de domination masculine, dans un modèle d’infantilisation de l’épouse. Mais le hasard de la vie va amener Willa à faire ses propres choix par amour.

J’ai vraiment apprécié ce portrait de femme dépeint sans jugement et que plusieurs époques ont moulé. J’ai admiré la capacité de ce personnage à s’émanciper aux côtés de la petite Cheryl et des nombreux personnages qui composent le voisinage de Baltimore. Un roman tout en douceur, dans un réalisme coloré d’un rayon de soleil doré, comme partagé entre hier et demain. Je prends dès à présent un nouveau billet pour Baltimore en compagnie d’Anne Tyler, reste à savoir avec lequel de ses nombreux romans…

Si vous souhaitez une lecture qui fait du bien sans que ce soit pour autant du pur feel good je vous recommande ce roman. Vous en ressortirez apaisés et le cœur plus léger car celui de Willa se sera un peu libéré mais aussi car la complicité intergénérationnelle qui se construit est très touchante.

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Et vous, prenez-vous aussi un vol pour Baltimore ?

❤ 👁 « Et pourtant elles dansent… » de Vincent Djinda (Des ronds dans l’O, 2019)

Ce roman graphique rend compte d’une année de l’auteur passé aux côtés de femmes ayant fui leur pays et demandant l’asile en France. Les entretiens, les parcours de vie, les raisons des départs, les regrets, les inquiétudes, les blessures, celles qui ont réussi à cicatriser et celles qui resteront ouvertes, voilà ce que nous propose Vincent Djinda en restituant la parole des femmes, en créant un prolongement de l’espace d’expression libre qu’est la précieuse association Femmes en Luth de Valence.


Quatrième de couverture : « Marie-Noëlle, Denise, Asyath, Odile, Lizana, Emina ou encore Augustine et d’autres, toutes femmes réfugiées en France, se retrouvent à l’association Femmes en Luth à Valence et se sont confiées sur les raisons qui les ont contraintes à quitter leurs pays, souvent pour leur survie, laissant parfois leurs proches et leurs biens derrière elles. Portant le poids d’une culpabilité qui ne les quittera pas, elles évoquent les violences subies, les tortures au travers de leurs témoignages, affichent leur courage et transmettent malgré tout un message de paix. Elles chantent, dansent, peignent et sourient ! Seul homme présent dans l’association, Vincent Djinda les a accompagnées durant une année. »


Au départ j’ai un peu de mal à comprendre la structure des dialogues car Vincent Djinda s’efface pour laisser l’espace aux femmes. Cela fait qu’en fonction des réponses on imagine les questions, on imagine les échanges mais on nous donne uniquement à voir et à lire les expressions des femmes et leurs mots. Il n’y a aucun parasitage (même bienveillant) en dehors des pensées, des avis et des témoignages. A leur côté il y a aussi Odile qui gère l’association et suit les dossiers de demandes d’asile et d’aides auprès de l’État français. Elle est une bouée de secours dans l’océan administratif qui ne tient pas compte des réalités des personnes qui arrivent sur le territoire. Elle est aussi un peu une maman ourse, qui sait quand rassurer et quand secouer un peu pour le bien des femmes qui perdent espoir, qui perdent patience. Car le chemin est long et les désillusions nombreuses. C’est aussi cette difficulté à être en règle que Vincent Djinda restitue, la pauvreté, les chambres d’hôtel réservées pour une poignée d’heures avant de retourner dans le froid, la séparation d’avec les proches, les emplois plus que précaires qui usent la santé mais qui restent mieux que rien.

J’ai particulièrement apprécié (si l’on peut dire) que ce roman graphique donne une place importante à l’expression des violences spécifiques qui sont faites aux femmes. Ces violences sexuelles dont on ne dit pas toujours le nom et la réalité, qui sont non seulement subies sur la route de l’exil mais aussi sur le territoire français. Cet aspect est l’une des grandes forces de ce roman graphique car il fait la place aux mots sur ce qui est la blessure la plus intime qui soit, que l’on cache, qui devient trop souvent une honte familiale que la victime doit assumer et qui reste une arme de guerre dans de trop nombreux pays où le sexe et le ventre des femmes sont aussi des espaces à conquérir et à ravager pour les bourreaux.

Mais ce que Vincent Djinda montre aussi, c’est la force de ces femmes qui avancent un pas après l’autre, qui se relèvent quand elles tombent et qui ne baissent pas les bras, si ce n’est pour les lever ensuite encore plus haut. C’est la résilience et la force pour une lutte juste : pour la survie, puis pour la vie. Alors, ensemble elles créent et se soutiennent. Alors, ensemble elles sont plus fortes.

Ce livre fait désormais partie de ceux que je range parmi les nécessaires de par son humanité, son respect et sa transparence. Un travail remarquable qui efface les frontières et qui devrait être lu par le plus grand nombre à l’heure où les nationalismes salissent l’humanisme de leur bave acide.

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Et vous, quels témoignages de femmes souhaitez-vous partager ?

❤ « Kramer contre Kramer » d’Avery Corman (Robert Laffont, 2011)

Initialement paru au États-Unis en 1977 et réédité cette année par les éditions Robert Laffont dans leur collection Pavillons Poche, je me suis décidée à sortir mon ancien exemplaire qui dormait depuis bien trop d’années sur une étagère de ma bibliothèque. Et si j’ai une chose à dire pour commencer, c’est que j’ai eu tort de ne pas l’ouvrir avant ! C’est simple : le commencer c’est ne plus pouvoir l’oublier sur la table de chevet.


Quatrième de couverture : « Alors que sa femme Joanna est enceinte de leur fils Billy, Ted Kramer, un jeune publicitaire new-yorkais, jure qu’il deviendra envers et contre tout – et surtout afin de surmonter une peur panique de la paternité – un père parfait, un père modèle, Dieu le Père. Il ne croit pas si bien dire. Quatre ans plus tard, Joanna, frustrée par sa vie de femme au foyer, le quitte en lui abandonnant la garde de leur fils. Acte destructeur et fondateur à la fois, la désertion de Joanna met à terre les valeurs conservatrices de Ted, et le force à repenser entièrement son mode de vie et son quotidien avec Billy. Jusqu’au jour où, un an et demi plus tard, ce fragile équilibre est menacé par la réapparition de Joanna, qui réclame la garde de l’enfant.

Témoin du tournant culturel qu’entraînent dans les années 1970 les mouvements féministes, Kramer contre Kramer a remis en question avec finesse et humanité les idées conventionnelles sur le mariage et l’instinct maternel. »


Je n’imagine pas la réception qu’a eu ce livre en 1977 et si les choses ont évoluées sur la question de la place des hommes et de la paternité dans la société, je pense qu’il a toujours des messages d’actualité. Je me suis beaucoup attaché aux personnages de Ted et Billy, le premier évoluant au fur et à mesure que Billy grandit. L’enfant révèle à Ted des parts de lui-même. J’ai aussi apprécié le personnage de Joanna, enfermée dans un rôle de mère à temps plein qui l’étouffe et dans lequel elle ne s’épanouit pas, bien au contraire, dans lequel elle dépérit. J’ai compris son départ et Avery Corman l’écrit sans la juger ce qui est important à souligner.

Ted se retrouve donc seul avec son fils et c’est leur quotidien que l’on va suivre avec le cœur ému par les moments tendres, les moments difficiles et les petites joies du quotidien comme seuls les enfants savent les créer. Alors que le quotidien est reconstruit et que la famille à deux avance Joanna refait surface et demande la garde de Billy. Elle se dit prête, qu’elle s’est retrouvée et qu’en tant que mère elle doit récupérer son fils. Préserver Billy des conflits des adultes sera une priorité en même temps que l’ancien couple va se faire du mal par amour, pour l’enfant qu’ils aiment tous les deux, chacun à sa façon. Et je peux vous dire que vous allez être apnée jusqu’à la dernière page en vivant beaucoup d’émotions.

Je me suis parfois demandé où voulait nous emmener l’auteur et, finalement, les moments calmes ne préparent que mieux les secousses à venir pour nous offrir un roman qui se révèle être un coup de cœur. Il ne me reste plus qu’à me délecter du film. Je vais préparer mes mouchoirs et je reviens.

D’autres romans d’Avery Corman ont été publiés par le passé chez Robert Laffont, malheureusement ils ne semblent plus disponibles. Je vais donc faire un vœu : qu’ils soient prochainement réédités car l’écriture de l’auteur m’a donné envie de le lire davantage. *Grosse frustration.*

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.


 

Et vous, quel roman sur la paternité recommanderiez-vous ?

« Cours Bong-Gu ! » de Byun Byung Jun (Kana, 2005)

Ce manhwa attendait dans ma bibliothèque depuis un petit moment et je suis contente d’avoir enfin pris le temps de le découvrir. Froid dehors, froid entre les pages. Mais quelques coeurs chauds.


Quatrième de couverture : « Sans nouvelles de son compagnon parti à Séoul pour trouver un emploi, Dong-sim et son fils Bong-gu débarquent dans une capitale coréenne froide et indifférente. Ils feront pourtant la rencontre de personnages attachants. Voici une histoire touchante, pleine d’espoir, habitée par la simplicité de ses héros. »


Si je n’ai pas accroché au style graphique de Byun Byung Jun j’ai complètement adhéré à son propos qui est à la fois rude et doux. La rudesse de la réalité : une ville dans laquelle hommes et femmes qui ne se regardent plus et qui courent après une vie meilleure alors que l’économie stagne. La douceur de quelques uns qui arrivent à tendre la main, à faire un geste en toute simplicité, sans arrière-pensée. C’est ce que va faire Dong-sim en donnant son écharpe à une petite fille pétrie de froid, Hyemi, accompagnée de son grand-père. Le lien est noué et c’est une histoire d’une infinie humanité qui va commencer.

Cette rudesse et cette douceur se retrouvent aussi dans le personnage de Bong-gu, petit garçon qui cherche son papa dont il ne se souvient pas, parti chercher du travail en ville alors qu’il était tout petit. Un enfant déjà blessé par la vie dont la réalité endurci avant l’âge, un enfant au cœur toujours tendre qui s’émeut des pattes blessées des pigeons. J’ai été très touchée par cette image des pigeons dans le récit car ça a été mon premier choc en arrivant sur Lyon, de voir leurs pattes déformées, amputées. Comme certains hommes invisibles pour la société.

Byun Byung Jun nous offre un récit qui nous invite à garder espoir et à être source aussi de cet espoir. N’oublions jamais que nous nous sauvons les uns les autres. Et parfois ce geste qui fait tenir peut être contenu dans un simple sourire, un simple mot. Un très beau moment de lecture que je ne peux que vous recommander.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Instantané ♥


Et vous, quand vous jetez-vous sur cette pépite qui fait du bien au cœur ?

« Je veux manger ton pancréas – Tome 1 » de Yoru Sumino et Idumi Kirihara (Pika, 2019)

Cette nouvelle série n’a pas manqué d’interroger beaucoup d’entre nous, j’en suis assez convaincue, notamment par son titre surprenant. Mais que se cache donc derrière cette drôle de phrase ? L’histoire d’une rencontre, de la maladie et de l’envie de dévorer la vie tant qu’elle s’offre encore à nous. J’étais très enthousiaste au début de ma lecture, j’attends désormais le second tome pour affiner mon avis .


Quatrième de couverture : « Sakura est une lycéenne à la personnalité solaire, toujours entourée d’amis et au centre de l’attention de la classe. Elle est aux antipodes de Haruki, un simple élève banal et transparent. Celui-ci préfère fuir son prochain pour se réfugier dans ses livres de fiction jusqu’au jour où il trouve un journal intime, celui de Sakura. Il découvre alors que cette camarade si pleine de vie souffre d’une infection du pancréas et que ses jours sont comptés… Unis à Haruki par ce secret, Sakura demande une faveur au garçon : vivre avec elle une vie entière le temps d’un printemps…

Grâce au trait délicat de Idumi Kirihara, découvrez l’adaptation en manga du roman de Yoru Sumino qui a ému le Japon, à l’origine du film d’animation encensé par la critique. Plongez dans l’intimité de deux lycéens unis par un secret qui changera à jamais leurs visions de la vie. »


Le récit va se concentrer principalement sur Sakura et Haruki, deux adolescents très différents : elle est expansive et populaire, il est solitaire et l’incarnation de la discrétion. Mais un jour, par hasard, Haruki va découvrir le secret de Sakura : elle est malade et elle va mourir. Un secret qui va les lier pour le meilleur et pour le pire.

Sakura cache derrière sa joie parfois excessive sa peur de mourir, ce à quoi elle ne peut échapper et ce vers quoi chaque jour la rapproche un peu plus. La relation des deux adolescents devient un peu plus particulière encore quand la jeune fille insiste pour réaliser ce qu’elle n’aura bientôt plus de temps de faire. Une tension s’installe, Haruki, le garçon coupé du monde et de ses émotions, se confronte alors à tout ce qu’il n’a jamais connu : la relation aux autres et l’intimité.

L’idée de départ, qu’un lien unisse deux personnes qui n’ont rien en commun m’a beaucoup intéressée. La valeur de chaque jour quand on s’approche du dernier aussi, cette soif de vivre est touchante mais l’aspect parfois caricatural des caractères des personnages a un peu eu raison de moi. Par ailleurs, le jugement des camarades des deux adolescents est vraiment troublant, comme s’il y avait des castes de réputations qu’il était impossible de mélanger, de faire se rencontrer. Sur ce point, j’ai également trouvé les séparations très fortes et peut-être un peu trop. J’ai du mal à me dire que ça peut réellement se passer ainsi dans une classe. Mais peut-être, finalement, suis-je une grande naïve.

L’utilisation des ellipses n’est pas toujours maîtrisée, la relation entre les deux adolescents soulève de plus en plus de questions au fil de la lecture et les dernières pages appellent vraiment le deuxième tome. Parce qu’au fond, qui n’aurait pas envie de ressentir l’intensité de la vie avant de partir, malgré la jeunesse ? Un avis mitigé donc, en ce qui me concerne, mais qui ne demande qu’à évoluer prochainement. Le récit m’a tout simplement moins touchée que ce que j’imaginais et espérais.

❥ Prochain tome à paraître début janvier 2020.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Les voyages de Ly


 

Et vous, est-ce que cette nouvelle série a rejoint votre wishlist ?

« Andrew est plus beau que toi » d’Arnaud Cathrine et The anonymous project (Flammarion, 2019)

Aujourd’hui je vais vous parler d’un roman paru dans une toute nouvelle collection de chez Flammarion. Ce beau format riche en illustrations porte un concept qui m’a tout de suite intéressée car j’avais eu la même idée (qui n’a pas encore pris forme car cela demande un gros travail de documentation) il y a de nombreux mois : à partir de photographies de particuliers anonymes, penser une histoire dans l’Histoire.


Quatrième de couverture : « Qui peut se permettre de dire qu’un frère est plus beau que l’autre ? En l’occurrence, un membre de la famille. Et cette famille, c’est celle d’Andrew et Ryan Tucker, nés dans les années 1940 à Los Angeles. Une famille américaine, middle class. Les trajectoires croisées des deux frères se déploient sous la plume aussi concise qu’intense d’Arnaud Cathrine, qui revisite, à travers ces photographies d’époque, un univers mythique et fascinant : la Californie des années 1940 à 1980. »


Faire de chacun la source de l’histoire contemporaine. c’est ce que nous propose Arnaud Cathrine, en collaboration avec The anonymous project, qui collecte et conserve des photographies de particuliers et les a mis à disposition pour ce projet littéraire.

A la frontière du roman, du roman-photos et du commentaire d’album de famille, ce livre-concept est un ovni qui s’aborde avec une facilité déconcertante. Très vite, nous trouvons notre place dans cette famille dont le père est traumatisé par sa participation à la Seconde Guerre mondiale, qui est devenu père sans avoir le temps de s’y préparer et qui sera marqué à vie par la disparition de son frère. Un père mutique et secret, un père fantôme qui sera craint et sera aimé, aussi, même si cet amour s’avère parfois douloureux. La mère, aimante et forte, qui écorchera parfois l’image de la famille idéale américaine qui aura su faire face aux épreuves, cette mère prête à remettre en question sa vision des choses pour ne pas perdre un fils. Un portrait admirable dans sa force et dans ses failles.

Et enfin, les enfants : trois garçons. Les liens qui unissent, les conseils qui accompagnent jusqu’à l’adolescence, la vie qui éloigne. C’est Andrew que nous suivons sur une grande partie du récit et avec qui nous cherchons notre place dans cette société qui se perd elle-même sur plusieurs décennies : entre la guerre en Europe, la guerre du Vietnam, la lutte pour les droits civiques, le summer of love, la libération des moeurs pour la nouvelle génération et le monstre du sida qui montre pour la première fois ses crocs. Andrew, à force de se chercher, va se trouver. Mais cette révélation à soi-même aura un prix familial. Ryan reprendra le récit, pour un final extrêmement émouvant et infiniment humain.

Arnaud Cathrine signe un très beau récit, il prouve que l’histoire collective est portée à sa façon par chaque famille, que la famille parfaite est un mythe et une façade (notamment aux États-Unis) et nous rend le passé extrêmement proche. Peut-être car certains combats ont évolué mais n’ont pas disparu. Je pense aussi qu’il nous invite à penser autrement notre propre collections d’instantanés un peu fanés. Le choix des photographies est remarquable, tout fonctionne et j’ai cru entendre des rires derrière certaines photos comme on peut en avoir quand on croise certains clichés familiers qui nous sont familiers ou qui nous surprennent. En conclusion, cette collection est une très belle initiative et j’ai hâte de me plonger dans le second volume paru à ce jour (qui est déjà sur ma table de nuit) !

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.


 

Et vous, est-ce un concept qui retient votre attention ?