« Le petit Didier » de JoeyStarr (Robert Laffont, 2021) • Rentrée littéraire

Un petit pas de côté par rapport à mes lectures habituelles, ça vous dit ? Monté avant ma naissance, le groupe Suprême NTM se séparait à mon entrée au collège. Bon, du coup… j’ai tout loupé. Mais, appréciant le rap conscient français, je me ponce en boucle leur discographie depuis quelques mois et ne manque pas de savourer leur live au Zénith de 1998 – qui est monumental.

Quatrième de couverture : « J’ai l’impression d’avoir un soleil dans le ventre, mais il ne peut sortir.

Le petit Didier Morville grandit dans la cité Allende à Saint-Denis auprès d’un père autoritaire et mutique. Livré à lui-même, l’enfant observe le monde qui se transforme sous ses yeux et qui l’entoure. Avec les gamins de la cité, il joue, trompe l’ennui, dissimule ses escapades à son père. Sur une bicyclette volée ou dans les cages d’un terrain de foot, il fuit le triste quotidien et goûte à la liberté. En même temps, il continue de se retirer dans sa tanière, discret, caché. Des vents contraires l’animent, le menant parfois là où il ne voudrait pas aller…

Dans ce récit lucide et attachant de son enfance aux contours mouvants, en remontant aux origines, JoeyStarr révèle ce qui a construit son ardente personnalité. »

Mon intérêt est à la fois organique et distancié : je me plaît dans ce passé qui s’anime à mes yeux et à mes oreilles mais je ne suis pas une puriste. Je ne connais que peu de choses personnelles sur JoeyStarr et Kool Shen, je ne suis pas particulièrement curieuse à ce sujet, mais quand on me propose une autofiction sur une enfance dans les cités dont les tours sortent tout juste de terre je suis là.

Ce récit nous parle d’une période qui marquera indéniablement les paroles du titre culte Laisse pas traîner ton fils : « C’est ça que tu veux pour ton fils ? / C’est comme ça que tu veux qu’il grandisse ? / J’ai pas de conseil à donner, mais si tu veux pas qu’il glisse / Regarde-le, quand il te parle, écoute-le / Le laisse pas chercher ailleurs, l’amour qu’y devrait y’avoir dans tes yeux / […] Putain, c’est en me disant j’ai jamais demandé à t’avoir / C’est avec ces formules, trop saoulées, enfin faut croire / Que mon père a contribué à me lier avec la rue. »

Avant JoeyStarr il y a eu Didier Morville. Petit garçon qui vit seul avec son père – croyant sa mère décédée – et qui va quitter une maison grise et vétuste pour un appartement au rez-de-chaussée d’un nouvel immeuble, d’une nouvelle citée. Le quotidien de Didier est composé de beaucoup de solitude alors que son père s’absente souvent, de beaucoup de silences face à ce père taiseux et farouchement désintéressé. Le manque de considération qu’il subit chez lui, Didier va chercher à le compenser ailleurs, dehors. Evidemment.

Il est question de la honte de soi quand le parent n’apporte pas de soins, des difficultés scolaires et des techniques parentales aux antipodes de la philosophie Montessori, de l’éclosion d’un garçon discret auprès des copains et de la bienveillance des parents de ces derniers, des premières défonces à la colle et d’un patchwork de moments d’enfance qui impulsent ce que seront Didier à l’adolescence puis JoeyStarr à l’âge adulte.

Un saut dans le temps et l’espace pour la gamine que j’étais et qui, elle aussi, avait un 9 et un 3 sur son drapeau sans s’en rendre compte alors et sans savoir que vingt ans après en être partie on la renverrait, au détour d’une conversation anodine, à son statut de banlieusarde. Alors autant en être fière sans faire l’erreur de verser dans une vision romantique.

Malheureusement, il m’a manqué du style – notamment explosif – et, si j’ai apprécié la promenade dans les souvenirs du petit Didier, je ne peux que conclure sur le fait que ce livre s’adresse principalement aux amateur•trice•s de NTM plus qu’aux amateur•trice•s de littérature. JoeyStarr le dit lui-même, ce livre a été écrit avec l’aide d’un professionnel, il se positionne ainsi davantage en témoignage qu’en exercice de style.

Je termine sur ce titre de NTM qui figure parmi ceux que je préfère. Puissance et conscience d’un groupe qui marque encore aujourd’hui de son sceau une géographie à la fois locale et nationale, sans oublier les esprits, qu’ils soient amateurs ou détracteurs.

Un autre pas de côté est prévu pour la semaine prochaine, avec un autre type de personnalité. Mon antidépresseur préféré depuis de nombreuses années : Thomas VDB. Je vais d’ailleurs le rencontrer à l’occasion d’une dédicace de son premier roman – lui aussi autobiographique -, je suis un mélange de fébrilité et d’excitation depuis déjà plusieurs jours, ça promet.

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❤ « Un enfant » de Thomas Bernhard (Gallimard, 1984 ; réed. 2016)

A l’occasion des 90 ans de la naissance de Thomas Bernhard (le 9 février 1931) et des 32 ans de sa disparition (le 12 février 1989), j’ai souhaité découvrir cet auteur décrit souvent comme l’enfant terrible des lettres autrichiennes. Ce fut une forte rencontre littéraire.

Quatrième de couverture : « Né discrètement en Hollande où sa mère va cacher un accouchement hors mariage, Thomas Bernhard est bientôt recueilli par ses grands-parents qui vivent à Vienne. La crise économique des années trente les force à s’établir dans un village aux environs de Salzbourg où l’enfant découvre avec ravissement la vie campagnarde. Le grand-père, vieil anarchiste, doit aller s’installer à Traunstein, en Bavière. Le jeune Thomas se familiarise avec le monde de la petite ville, commence à s’émanciper, fait l’école buissonnière et ses premières escapades à vélo. Il découvre aussi le national-socialisme et la guerre aérienne.

Le monde enchanté de l’enfance n’est pas celui pourtant du petit Thomas. Persécuté par ses maîtres, souffrant du complexe de l’immigré et du pauvre, il a plusieurs fois la tentation du suicide, tentation qui plus tard hantera aussi l’adolescent et le jeune homme. »

Je cherche, je cherche encore et je ne trouve pas un sujet qui ne m’a pas émue à la lecture de cette autofiction. Thomas Bernhard nous parle de son enfance avec un mélange de naïveté et de clairvoyance qui rend son personnage central, lui-même, extrêmement attachant. On a envie de protéger ce petit garçon : de l’école, du mépris des maîtres, des moqueries des camarades, du fantôme du père, du mal-être qui lui inspire des envies suicidaires, des punitions qui témoignent de l’éducation d’alors et d’un rapport complexe avec sa mère, de son époque.

S’engager dans la lecture de Thomas Bernhard c’est accepter de ne rien contrôler et d’approcher parfois un grand désespoir. Du moins, c’est comme cela que je l’ai vécu. Mais c’est aussi ressentir des sensations décrites avec une justesse impressionnante : je pense notamment à l’extase suivie de l’infinie détresse lors d’une excursion à vélo qui ouvre ce roman. Nous sommes à la fois sur un réalisme cru et un retour à l’enfance qui fait appel à l’infinité des possibles, l’amour inconditionnel, absolu et entier dont seuls sont capables les enfants. Un amour douloureux quand il est mal donné et/ou mal rendu.

Impossible de parler d’amour dans ce texte sans évoquer l’admiration et l’affection qu’a le petit Thomas pour son grand-père. Ce lien qui les unit est magnifiquement fort, les rendant complices au-delà des bêtises (dits crimes) même si le vieil homme ne parvient pas toujours à venir en aide à l’enfant. Le grand-père est celui qui ose dire à l’enfant, celui qui lève le rideau sur les choses quand les autres adultes veulent le laisser baisser, celui qui attire l’attention sur les petites choses de la vie, celui qui fait naître les questions sans forcément donner de réponses, celui qui éveille au monde un garçon qui n’y trouve pas sa place. Pour Thomas, son grand-père est sa seule sécurité.

L’auteur nous parle des amitiés fondatrices perdues, des différentes ruptures dans le temps de l’enfance, de ses traumatismes intimes, familiaux, sociaux, de sa solitude, de l’arrivée puis de l’ancrage du nazisme, de son mélange de peur et d’aversion pour le collectif, pour la masse qui peut être source du meilleur mais aussi du pire.

J’ai été très impressionnée à la fois par le style de Thomas Bernhard et par les souvenirs qu’il choisit de ressusciter, de faire revivre dans ces pages et qui ont fait vibrer quelque chose en moi. Ce petit Thomas, j’ai tant de fois voulu le prendre dans mes bras et lui dire que tout ira bien, qu’on ne lui fera plus de mal. Et pourtant ce n’est jamais larmoyant, loin de là. Vous entendrez à nouveau parler de cet auteur sur le blog, L’origine est déjà en attente de lecture sur ma table de nuit et j’ai hâte de pouvoir découvrir Les Mange-pas-cher ainsi que Place des Héros.

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❤ « Le vieil homme. Des adieux » de Noga Albalach (Editions do, 2020)

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Je découvre chaque publication des Éditions do avec un immense plaisir, une grande curiosité et beaucoup d’émotions. Ce titre n’a pas fait exception et j’en suis ressortie tout simplement bouleversée par l’amour qu’il contient. La maladie et la mort sont des sujets difficiles qui égratignent nos vies et la littérature est aussi là pour en parler. Noga Albalach le fait d’une très belle manière.

Quatrième de couverture : « Une fille accompagne son père dans les derniers mois de sa vie. Elle le regarde devenir de plus en plus confus et souhaite préserver quelque chose de sa personnalité, qui disparaît sous ses yeux. Plus il oublie, plus elle se souvient plus il s’éloigne, plus elle sent une proximité nouvelle entre eux. Avec humour, tendresse et poésie, cruauté parfois, elle observe de plus près sa famille et les gens qui les entourent, et la façon dont leurs relations délicates changent à mesure que la maladie de son père progresse. À travers souvenirs et moments tragi-comiques de la vie quotidienne, Noga Albalach dresse le vivant portrait d’un homme courageux et humble, noble à sa manière. Le Vieil Homme. Des adieux, l’histoire d’un seul homme, devient l’histoire de chaque homme, de chaque parent, de chaque famille. »

Conçu en une succession de moments, de courts chapitres, Noga Albalach décrit l’évolution de la maladie de son père. Il perd la mémoire, il perd ses repères, il perd sa mobilité. Il se perd dans sa vie. Mère et fille sont présentes pour tenter de lui redonner une sécurité, pour le soutenir dans ce quotidien devenu labyrinthique. Jusqu’au jour où leur présence et leur attention ne suffisent plus, jusqu’au jour où l’heure du deuil est venue. Ce portrait du père est infiniment émouvant dans l’humanité, dans l’optimisme mais aussi les douleurs qu’il a portés tout au long de sa vie, dans l’héritage qu’il laisse derrière lui.

Ce texte intime nous immerge dans un moment familial difficile, nous invite à nous confronter avec bienveillance à nos propres épreuves (passées ou à venir). Les prénoms des personnages apparaissent peu, le plus souvent nommés par leur statut familial : le vieil homme, la femme du vieil homme, la fille du vieil homme. Ces personnages trouvent des visages et en changent, ils sont inconnus pour devenir petit à petit proches. Nous calquons sur eux nos propres réalités (vécues ou appréhendées) avant de replonger dans l’intégralité du récit et l’histoire qu’il retrace par le biais d’instants puisés parmi les souvenirs de famille, entendus ou vécus, anciens ou récents.

Dans cette écriture du réel teintée de poésie, l’auteure rassemble autour de sujets universels : la perte d’un être cher, l’irréversibilité du temps, la préciosité des souvenirs. Les sujets qui rassemblent me plaisent toujours car ils créent une proximité humaine impalpable — alors que je suis seule dans ma lecture, mon stock de mouchoirs s’épuisant dangeureusement — mais réelle et puissante. Un livre qui m’a touchée en plein cœur et qui révèle une auteure tout en sensibilité et délicatesse, non dénuée d’humour malgré la gravité du sujet.

J’ai tourné la dernière page et je suis partie en voyage dans mes souvenirs, ceux encore très vifs, ceux enfouis sous un peu de poussière, ceux qui se cachent encore et qui devront être exhumés. Car la mort, malgré sa nature absolue, ne peut effacer ce qui a été vécu, à nous de prendre soin du temps précieux que nos proches nous ont donné — ou nous donnent encore — sans compter.

Je tiens à remercier chaleureusement Olivier Desmettre, directeur des Éditions do, pour l’envoi de cet ouvrage en service de presse.

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« Pourquoi tu danses quand tu marches ? » de Abdourahman A. Waberi (JC Lattès, 2019) #RL2019

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Abdourahman A. Waberi nous livre son récit le plus intime en revenant sur son enfance à Djibouti pour répondre à la question de la fille de son alter-ego littéraire : Dis papa, pourquoi tu danses quand tu marches ? Une réponse qui vient tisser de nombreux souvenirs de l’enfance jusqu’à la construction d’un homme porteur d’une force optimiste.

Quatrième de couverture : « Un matin, sur le chemin de l’école maternelle, à Paris, une petite fille interroge son père : Dis papa, pourquoi tu danses quand tu marches ? La question est innocente et grave. Pourquoi son père boite-t-il, pourquoi ne fait-il pas de vélo, de trottinette… ? Le père ne peut pas se dérober. Il faut raconter ce qui est arrivé à sa jambe, réveiller les souvenirs, retourner à Djibouti, au quartier du Château d’eau, au pays de l’enfance. Dans ce pays de lumière et de poussière, où la maladie, les fièvres d’abord puis cette jambe qui ne voulait plus tenir, l’ont rendu différent, unique. Il était le gringalet et l’avorton mais aussi le meilleur élève de l’école, le préféré de Madame Annick, son institutrice venue de France, un lecteur insatiable, le roi des dissertations.

Abdourahman Waberi se souvient du désert mouvant de Djibouti, de la mer Rouge, de la plage de la Siesta, des maisons en tôles d’aluminium de son quartier, de sa solitude immense et des figures qui l’ont marqué à jamais : Papa-la-Tige qui vendait des bibelots aux touristes, sa mère Zahra, tremblante, dure, silencieuse, sa grand-mère surnommée Cochise en hommage au chef indien parce qu’elle régnait sur la famille, la bonne Ladane, dont il était amoureux en secret. Il raconte le drame, ce moment qui a tout bouleversé, le combat qu’il a engagé ensuite et qui a fait de lui un homme qui sait le prix de la poésie, du silence, de la liberté, un homme qui danse toujours. »

Si les souvenirs ne sont pas toujours heureux Abdourahman A. Waberi impressionne par son humour réparateur et par sa force de caractère qui l’a toujours poussé à oser aller plus loin. Son enfance, ici retracée en autofiction, se fond dans l’histoire de Djibouti, qui n’a été indépendant qu’en 1977. Un témoignage du colonialisme en même temps que de la vie dans son quartier, l’expression du fossé entre deux mondes mais aussi des ponts que l’auteur réussira à emprunter avec ses qualités de conteur et d’écrivain en devenir, grâce aussi à son appétit insatiable de lecteur.

Abdourahman A. Waberi nous parle aussi de la famille à travers cette autofiction : d’une mère inquiète de la santé fragile de son fils et dont l’amour était difficile à donner ; d’un père dont l’activité professionnelle périclitait ; d’une grand-mère solide, intransigeante mais aimante, son radeau, son phare, son port. Une femme qui voyait et comprenait au-delà de son regard fatigué. Et les autres enfants, cruels parfois, le caïd du quartier qui blessera de façon irréversible le jeune garçon. De cette jambe qui, un jour, ne le portera plus. Des conclusions médicales. De ce qui aurait pû être fait, n’a pas été fait, de ce dont demain sera fait. S’adapter, faire face, avancer toujours un peu plus loin malgré les moqueries et le harcèlement des autres. Je vous l’ai dit : impressionnant.

Page après page, le lecteur a l’impression que le ton prend de l’assurance et précise un peu plus les souvenirs. Comme si la première page s’adressait à une enfant et la dernière à une adolescente. Comme si la réponse mûrissait avec le temps, parce qu’on ne peut pas tout dire à tout âge mais ouvrir des chemins à emprunter plus tard. Tendre et combatif (ce n’est pas forcément antinomique), une jolie découverte qui m’a incitée à acquérir plusieurs autres romans de Abdourahman A. Waberi.

👁 « Adieu, mon utérus » de Yuki Okada (Akata, 2019)

Voilà un manga qui ne se fond pas dans la masse, qui interpelle et qui appelle à la lecture. Ce récit est autobiographique et parle d’un sujet encore trop peu abordé : le cancer de l’utérus. Yuki Okada met en images et en mots les épreuves qu’elle a affrontées en lien avec la maladie. Des épreuves qui auront un impact sur le reste de sa vie.


Quatrième de couverture : « Yuki Okada, à trente-trois ans, a tout pour être comblée : mariée et heureuse, mère d’une petite fille, elle exerce également le métier qu’elle aime – autrice de mangas. Aussi, quand elle consulte son médecin à cause de règles anormales, elle ne se doute pas de la terrible nouvelle qui l’attend : malgré son jeune âge, elle développe en effet un cancer du col de l’utérus. Chamboulée et perdue, elle ne saura d’abord pas comment réagir, et affronter cette épreuve que la vie lui impose… Pourtant, très vite, elle comprend qu’il lui faudra faire des choix. Mais entre les avis de ses proches et du corps médical, comment savoir ce qu’elle souhaite vraiment ?

Dans Adieu, mon utérus, récit autobiographique, Yuki Okada raconte sa lutte contre le cancer. Son chemin sera semé d’embûches, de larmes et de doutes, mais trouvera un écho chez de nombreuses personnes. »


Au commencement de la lecture, j’ai été impressionnée par l’humour de Yuki Okada. Elle l’utilise pour parler des moments gênants, en véritable outil cathartique. Les rendez-vous médicaux s’enchaînent et la sentence tombe : cancer de l’utérus. Nous allons dès lors suivre cette jeune femme dans son quotidien, étouffé par la maladie qui est toujours présente quelque part (que ce soit dans l’esprit ou dans le corps), mais qui doit aussi laisser une place à sa petite fille, à son mari, grand absent complètement absorbé par son travail, mais aussi à sa mère, l’un de ses précieux soutiens.

Si le début du manga m’a vraiment convaincue, la suite m’a un peu fait déchanter. J’ai eu le sentiment que ça allait vite, certaines coquilles ont un peu cassé le rythme de ma lecture et, finalement, j’ai eu du mal à maintenir mon attachement jusqu’au bout. J’ai bien sûr ressenti une grosse dose de compassion mais je me suis distanciée du caractère que dépeint Yuki Okada d’elle-même. Pour autant, elle fera des choix difficiles pour se donner toutes les chances de voir grandir sa fille, son rayon de lumière, et ça je ne peux que l’admirer.

Ce que j’ai trouvé très intéressant et très instructif, ce sont les rendez-vous, les méthodes de traitement, les impacts physiques et psychologiques, les probabilités de rechute, etc. Ces aspects sont bien abordés et l’auteure prend le temps d’expliquer ce qu’elle-même a dû intellectualiser, accepter et affronter.

Une lecture qui s’est relativement bien passée mais qui n’a pas donné le même résultat que pour d’autres, complètement sous le charme de ce récit. Il y a des loupés avec moi, ça arrive, mais c’est pas bien grave. Mais je tiens quand même à préciser que l’auteure a su rendre un sujet difficile plutôt facile à lire et que ce travail peut à la fois permettre d’en parler plus ouvertement mais aussi d’informer et de sensibiliser, que l’on soit un homme ou une femme.

Cela ne m’empêche pas non plus de souhaiter pouvoir découvrir davantage de témoignages de ce genre qui me paraîssent bénéfiques. Imaginons par exemple, pour rester dans le thème, un homme qui souffre d’un cancer du sein. C’est rare mais ça existe et ils peuvent souffrir de discriminations extérieures comme de malaise vis-à-vis d’eux-même. Cancer du sein tu dis ? Mais c’est pour les femmes ! Si vous en connaissez je prends !

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Des femmes dans ma bibliothèqueShadow The World Of Geek And BooksPoppy la mangeuse de livresLe bibliarium d’AliceA la découverte du Japon • Le nez dans les livres L’annexe@nuityswritings • @gazing_on_the_masque_of_snow@mima_mangapassions@edoworldo@justfocusasie@a_daifeng@novae_lit@marinewendyco@mangasosaki@vorpaline_@krystiewonka@neliuru@fouloncarine@__maxiik__@toinetteetlisette


 

Et vous, l’avez-vous lu et davantage apprécié ?

❤ « Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage » de Maya Angelou (Les Allusifs, 2008 / Le livre de poche, 2009)

J’avais vu passer ce livre il y a des années, la couverture m’avait interpelée, le titre aussi, mais je n’avais pas répondu aux sirènes de la tentation. J’aurais dû. Car ce livre est une pépite. Premier volet de l’autobiographie de Maya Angelou, il peut se lire comme un one shot qui exprime une jeunesse blessée, que ce soit par les adultes mal intentionnés ou égoïstes, que ce soit aussi par la ségrégation. Un morceau d’histoire personnelle qui rejoint l’histoire des États-Unis.


Quatrième de couverture : « Dans ce récit, considéré aujourd’hui comme un classique de la littérature américaine, Maya Angelou relate son parcours hors du commun, ses débuts d’écrivain et de militante dans l’Amérique des années 1960 marquée par le racisme anti-Noir, ses combats, ses amours. Son témoignage, dénué de la moindre complaisance, révèle une personnalité exemplaire. à la lire, on mesure – mieux encore – le chemin parcouru par la société américaine en moins d’un demi-siècle… »


En lisant ce livre, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. Maya Angelou chausse ses yeux d’enfants et nous fait remonter le temps. Elle nous dit les choses avec les mots tantôt de la petite fille qui sommeille encore en elle, blessée mais résiliente, tantôt de la femme qu’elle est devenue, engagée et amoureuse de liberté.

Maya (Marguerite de son prénom de naissance) est née en 1928 à Saint-Louis. Après une enfance dans le sud et des épreuves innommables à surmonter, elle sera l’un des visages de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis. Un visage, j’ai l’impression, peu connu en France.

Autour de la petite Maya gravite une famille qui a du mal à se rassembler. Ce sera l’occasion pour elle et pour son frère, dont elle est très complice, de voyager dans le nord des États-Unis, de découvrir autre chose que le sud et ses lois raciales plus qu’assumées. Elles sont même appréciées, savourées. Le nord lui donnera le sentiment de pouvoir être quelqu’un mais avec des parents dysfonctionnels, la grand-mère restée au sud est un phare. Un phare qui ne répond pas aux brimades et aux provocations. Qui chante pour rester calme.

Maya Angelou nous parle de son quotidien, étouffé par la chaleur et la peur, structuré par l’éducation stricte d’une grand-mère qui veut garder ses petits en vie, stimulé par une envie de liberté, divisé par une famille dispersée entre plusieurs États. Elle nous rappelle l’importance de faire face aux injustices et de protéger les enfants de la folie et de l’inconstance de certains adultes. Elle exprime magnifiquement aussi la capacité qu’ont les enfants à avancer et à se reconstruire sans effacer ni excuser ce qui l’a forcée, elle, à panser ses blessures.

Une œuvre que l’on comprend aisément comme devenue classique aux États-Unis, à replacer dans un contexte historique et linguistique parfois, qui éclaire l’histoire du pays et qui a été pour moi un grand coup de cœur.

Préférant les grands formats aux poches, j’ai réussi à me procurer ce livre en occasion dans son édition aux Allusifs mais qui n’est plus édité. Pour le trouver facilement, je pense qu’il vous faudra choisir celui paru au Livre de poche.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Journal d’une Book Addict


 

Et vous, avez-vous ce livre ou un autre de Maya Angelou ?

« Einstein, le sexe et moi » d’Olivier Liron (Alma, 2018)

J’ai beaucoup entendu parler de ce livre et j’étais très curieuse de le lire. Le contexte de l’histoire singulier, le point de vue franc et le ton à l’humour tranchant, que dire si ce n’est que j’ai passé un très bon moment en compagnie d’Olivier Liron ?


Quatrième de couverture : « Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J’ai joué au jeu télévisé Questions pour un champion et cela a été très important pour moi.

Nous voici donc en 2012 sur le plateau de France 3 avec notre candidat préféré. Olivier Liron lui-même est fort occupé à gagner ; tout autant à nous expliquer ce qui lui est arrivé. En réunissant ici les ingrédients de la confession et ceux du thriller, il manifeste une nouvelle fois avec l’humour qui est sa marque de fabrique, sa très subtile connaissance des émotions humaines. »


Je vais être honnête, ce jeu télévisé ce n’est pas mon truc et il me met même parfois mal à l’aise quand je tombe dessus par hasard. Peut être parce que souvent les gens dans le gens sont tenus, ils sont dans le jeu, dans le challenge. Mais avec Olivier Liron nous sommes tout de suite à l’aise. Je ne sais pas vraiment comment l’expliquer mais je crois que j’ai adoré sa franchise, son regard sur ce qui l’entoure et parfois sa colère aussi. Une colère que parfois je comprends pour la partager.

Cette boule brûlante que tu aimerais pouvoir contrôler mais qui sort malgré toi et prend des formes plurielles. Cette colère créée par les autres qui sont devenus des menaces et qui doivent mériter la confiance qu’on leur accorde. Présumés dangereux. Automatique.

Alors dans un jeu qui implique d’éliminer l’autre pour ne pas être éliminé soi, il n’y a pas de pitié. Avec moi ou contre moi, pas d’entre deux dans ce jeu. J’ai beaucoup ri (j’ai aussi un peu pleuré, je le reconnais sans problème) et je me suis mise à suivre les manches comme s’il s’agissait de jeux olympiques historiques, c’était dingue ! Je tentais aussi de répondre aux questions avant de lire les réponses.

Olivier Liron, prenant des ponts entre le passé et le présent, nous parle des sévices qu’il a subit car il était perçu comme différent (honnêtement, ça m’a fait mal au bide tellement c’était cruel), nous parle de ses peurs et nous donne à lire son regard incroyablement précis sur son monde qui est aussi le nôtre.

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Et vous, avez-vous déjà lu cet auteur ?

« Sans même nous dire au revoir » de Kentarô Ueno (Kana, 2011)

Je commence fort cette chronique en reconnaissant que j’ai des a prioris vis-à-vis des mangas. Oui, c’est vrai. Mais je les travaille en essayant d’en découvrir qui correspondent à mon univers littéraire. Quand j’ai lu la quatrième de couverture de celui-ci j’ai tout de suite voulu en savoir plus. Et je ne suis pas déçue même si j’ai eu le cœur brisé.


Quatrième de couverture : « 2004, Kentarô Inoue est mangaka. Il habite avec sa femme et sa fille de 10 ans, dans une petite maison qui lui sert aussi d’atelier. C’est une famille heureuse même si sa femme souffre d’une maladie. Elle se soigne et tout a l’air de bien se passer. Jusqu’au jour où, avant d’aller se coucher, Inoue la retrouve allongée face contre sol. Sans même nous dire au revoir raconte ce qui se passe après dans la vie de l’auteur jusqu’à aujourd’hui. »


Ce récit est une histoire vraie. C’est l’histoire de Kentarô qui a perdu sa femme. Comme ça. Sans prévenir. Une fragilité au coeur. Et puis plus rien. Elle est partie. Sans dire au revoir. Sans souffrir, aussi.

Kentarô se retrouve seul avec sa fille de dix ans. Déclarer le décès, accueillir le corps pour un dernier adieu dans le foyer, suivre les rites funéraires et revenir dans une maison vide, sans l’amour de sa vie. Voir que le monde peut continuer à tourner sans Kiho, que les rues sont toujours les mêmes sans elles, c’est insupportable. C’est le deuil qui commence son long chemin.

Cette épreuve, Kentarô décide de la dessiner le plus tôt possible, en étant dans l’épreuve afin de témoigner. Cela ne l’empêche pas d’avoir un regard critique sur cette période et ce qu’il en a exprimé lors de l’édition française. Mais ce témoignage c’est une déclaration d’amour. C’est un récit qui peut presque répondre au roman Vigile d’Hyam Zaytoun paru en ce début d’année et qui a bouleversé tant de lecteurs. Ici l’espoir n’a pas duré, le sujet se concentre à mettre un pas devant l’autre, à se souvenir et à nous confronter nous-même au quotidien.

Aimons-nous assez les personnes qui nous sont chères ? Leur disons-nous assez bien et leur montrons-nous comme il faut ? Kentarô nous demande d’y penser à la lecture de ce manga autobiographique, comme s’il nous permettait de ne pas passer à côté de certaines choses afin de ne pas porter de possibles regrets. *Donc, depuis que je l’ai lu je m’accroche à mon chéri comme une moule à un rocher. #rationnelle*

Ce récit permet également de poser un pied (mais délicat) dans la culture japonaise. J’ai beaucoup aimé les rites, les traditions et le mélande de douceur et de pudeur représentés par l’auteur. C’était triste et beau à la fois, même si le premier l’emporte sur le second.

Merci, monsieur Ueno, pour cette leçon de vie et cette leçon d’amour que le quotidien semble parfois ternir et pourtant…

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Et vous, connaissez-vous ce manga et l’avez-vous aimé ?

« Quand Hitler s’empara du lapin rose » de Judith Kerr (Albin Michel, 2018)

J’avais hâte de découvrir ce livre dont la quatrième de couverture laissait augurer beaucoup de qualité. C’est maintenant chose faite et, si je ne m’attendais pas tellement à ce récit, j’en reste sous le charme.


Quatrième de couverture : « Classique incontournable de la littérature anglaise, Quand Hitler s’empara du lapin rose raconte l’histoire d’Anna, une jeune allemande de neuf ans, qui vit à Berlin avec ses parents et son grand frère Max. Elle aime dessiner, écrire des poèmes, les visites au zoo avec son oncle Julius. Brusquement tout change. Son père disparaît sans prévenir. Puis, elle-même et le reste de sa famille s’exilent pour le rejoindre en Suisse. C’est le début d’une vie de réfugiés. D’abord Zurich, puis Paris, et enfin Londres. Avec chaque fois de nouveaux usages, de nouveaux amis, une nouvelle langue.  Ce périple plein d’angoisse et d’imprévus est ensoleillé par la cohésion de cette famille qui fait front, ensemble, célébrant leur bonheur d’être libre.

Cette histoire, c’est celle de Judith Kerr. Elle signe avec Quand Hitler s’empara du lapin rose un roman autobiographique bouleversant, précieux témoignage de l’exil et de la montée du nazisme à travers les yeux d’une enfant. Un roman inoubliable à lire à tout âge. À partir de 11 ans. »


Tout le récit est celui d’une famille et en particulier celui d’Anna, fillette de neuf ans au début du récit, que l’on suivra jusqu’à ses onze ans. C’est en 1933 que l’histoire débute, juste avant l’élection d’Adolf Hitler comme chancelier. Le périple de la famille, directement tiré de la vie même de l’auteure, donne à voir la fuite des familles juives allemandes ainsi que l’intégration dans les différents pays choisis pour l’exil.

C’est un roman autobiographique qui expose des faits historiques vus par des yeux d’enfants, ce que j’aime particulièrement lire, mais qui fait également écho aux vagues migratoires actuelles : on ne quitte pas un foyer par plaisir et planter ses racines dans un nouvel espace n’est en rien facile.

La vie quotidienne est rythmée de nouvelles d’Allemagne – de ceux qui ont choisi d’y rester car incapables d’imaginer qu’Hitler puisse rester au pouvoir plus de quelques mois – d’apprentissage de langues et de découvertes de traditions, de difficultés financières, de belles rencontres et de confrontations à l’antisémitisme latent, déjà présent avant la prise de pouvoir du parti national-socialiste et donc avant la déclaration de guerre à l’échelle européenne.

Je pensais qu’il s’agissait d’un tome unique, mais nous quittons la petite famille à leur arrivée à Londres, dont la suite des aventures sera publiée en janvier 2019. Rendez-vous donc l’an prochain pour une chronique d’Ici Londres !

On dit qu’il y a toujours une petite part de la vie des auteurs dans leur oeuvre, je viens de le comprendre avec cette histoire en voyant les titres d’autres livres pour enfant de Judith Kerr : je vous laisse découvrir à votre tour d’où vient Mog le chat.

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