❤ « Le visage de pierre » de William Gardner Smith (Christian Bourgois, 2021) • Rentrée littéraire

Traduit par Brice Matthieussent • 280 pages • 21,00 €

Si je dois commencer par dire quelque chose c’est qu’il vous faut découvrir ce roman. C’est un texte d’une grande puissance, remarquablement mené et porté par l’intelligence du coeur. Rien que ça.

Quatrième de couverture : « Fuyant les États-Unis et le racisme qui y règne, Simeon, un noir américain, arrive au début des années 1960 à Paris. Ici, les noirs se promènent sans craindre pour leur vie, et la diaspora américaine a pignon sur rue : dans les cafés, on refait le monde entre deux morceaux de jazz, on discute de politique en séduisant des femmes… Tout semble idyllique dans la plus belle ville du monde. Mais Simeon s’aperçoit bien vite que la France n’est pas le paradis qu’il cherchait. La guerre d’Algérie fait rage, et un peu partout, les Algériens sont arrêtés, battus, assassinés. En rencontrant Hossein, un militant algérien, Simeon comprend qu’on ne peut être heureux dans un monde cerné par le malheur : il ne peut pas rester passif face à l’injustice.

Écrit en 1963, Le Visage de pierre fut le seul livre de William Gardner Smith à n’avoir jamais été traduit en français, et l’on comprend pourquoi : pour la première fois, un roman décrivait un des événements les plus indignes de la guerre d’Algérie, le massacre du 17 octobre 1961. Dans cet ouvrage où l’honneur se trouve dans la lutte et dans la solidarité, William Gardner Smith explore les zones d’ombre de notre récit national. »

William Gardner Smith, comme d’autres auteurs afro-américains parmi lesquels nous pouvons citer James Baldwin, s’est installé en France en 1951 et y vivra jusqu’à son décès en 1974, à l’âge de 47 ans.

Avec le personnage de Simeon, William Gardner Smith se crée un alter-ego. A peine installé en France – pour ne plus être contraint par un racisme permanent, pour se sentir libre dans une France qui a la réputation de ne pas l’être… vraiment ? – ce journaliste et peintre va rencontrer la diaspora afro-américaine qui a choisi la vie parisienne. Avec d’autres exilés se crée un groupe multiculturel, aux expériences et points de vue différents. Un groupe vivant, en somme. Il y a notamment le chaleureux mais non moins mélancolique Babe, il y a aussi la belle Maria au regard qui s’éteint et au passé qui la hante. Il y aura aussi Ahmed, celui qui aurait pu être son jumeau, et les amis Algériens qui dirigeront le regard de Simeon sur la haine qui a cours en France.

Tout le roman montre le climat tendu qui règne en France, un climat dans lequel la police fait preuve d’un zèle raciste et de violences particulières à l’encontre des Algériens. Car la perte de l’Algérie sonnera le glas de l’empire colonial français et ça, pas mal de personnes n’arrivent pas à l’accepter, qu’elles soient civiles ou politiques. C’est toute cette contextualisation, cette confrontation à une société français bel et bien raciste qui fait comprendre les motivations, les enjeux et les suites du 17 octobre 1961. Une nuit terrible qu’il nous faut regarder en face.

Dans sa solitude, Simeon est obsédé et malade d’un visage qu’il n’a de cesse de vouloir représenter sur toile sans jamais parvenir à le faire. Des traits durs comme la pierre, des yeux froids, qui expriment un plaisir morbide. Et ce visage a plusieurs fois blessé durement – physiquement comme moralement – Simeon aux États-Unis. Ce visage de pierre, nous le verrons, est malheureusement présent partout.

Ce roman fort et rugueux de réalisme révèle les haines qui habitent le monde sans jamais mettre en concurrence les victimes et les mémoires. Simeon, personnage immensément attachant devra faire un choix, invitant inconsciemment le•la lecteur•rice a faire le sien. Et nous en avons justement un à faire à quelques mois de cette présidentielle qui s’annonce déjà pestilentielle.

Les romans de William Gardner Smith précédemment traduits en français ne sont plus disponibles, j’espère de tout coeur des rééditions.

En savoir plus

Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Lune Depassage

Et vous, quel•s livre•s sur le massacre du 17 octobre 1961 conseillez-vous ?

Retrouvez-moi aussi sur :

« Nickel Boys » de Colson Whitehead (Albin Michel, 2020)

Sûrement l’un des romans les plus attendus de la rentrée, il a été ma première découverte de Colson Whitehead (et ne sera pas la dernière). Pour le dire vite : lisez-le.

Quatrième de couverture : « Dans la Floride ségrégationniste des années 1960, le jeune Elwood Curtis prend très à coeur le message de paix de Martin Luther King. Prêt à intégrer l’université pour y faire de brillantes études, il voit s’évanouir ses rêves d’avenir lorsque, à la suite d’une erreur judiciaire, on l’envoie à la Nickel Academy, une maison de correction qui s’engage à faire des délinquants des hommes honnêtes et honorables. Sauf qu’il s’agit en réalité d’un endroit cauchemardesque, où les pensionnaires sont soumis aux pires sévices. Elwood trouve toutefois un allié précieux en la personne de Turner, avec qui il se lie d’amitié. Mais l’idéalisme de l’un et le scepticisme de l’autre auront des conséquences déchirantes.

Couronné en 2017 par le prix Pulitzer pour Underdground Railroad puis en 2020 pour Nickel Boys, Colson Whitehead s’inscrit dans la lignée des rares romanciers distingués à deux reprises par cette prestigieuse récompense, à l’instar de William Faulkner et John Updike. S’inspirant de faits réels, il continue d’explorer l’inguérissable blessure raciale de l’Amérique et donne avec ce nouveau roman saisissant une sépulture littéraire à des centaines d’innocents, victimes de l’injustice du fait de leur couleur de peau. »

Les premières pages de ce roman ont été particulièrement marquantes, elles m’ont scotchée au fond de mon lit : des fouilles archéologiques ont dévoilé la présence d’un cimetière non officiel aux abords de l’établissement de redressement de Nickel. Les morts finissent toujours par parler – même si cela peut prendre du temps -, les vivants sont là pour leur redonner une voix.

Elwood est un jeune garçon modèle : élève brillant, avide de connaissances et de justice, poli et investi dans l’avenir qu’il se construit. Abandonné par ses parents, il est élevé par sa grand-mère qu’il aime et respecte malgré certains désaccords. Car dès la première partie du roman la peur est déjà présente : dans ce qui a été vécu et dans ce que l’on ne souhaite plus vivre. Une partie dans la vie civile, avant d’aller entre les murs de Nickel, qui permet de montrer l’ambiance d’une ville rurale américaine, d’une époque, le début des années 60.

Le chemin d’Elwood va être fauché par un malheureux hasard mais surtout par un racisme institutionnel qui n’accorde ni le bénéfice du doute ni la présomption d’innocence à une partie de la population. Au lieu de l’université, ce sera la Nickel Academy. Établissement inspiré d’une institution ayant réellement existé (et s’il y en a eu une, il a dû y en avoir plusieurs), la violence va déferler sur les jeunes garçons retenus entre ses murs. Ségrégation, humiliations, maltraitances, tortures, viols, assassinats. Détruire l’esprit et le corps.

Dans ce contexte, nous suivons Elwood qui va essayer de survivre et de partir aussi vite que possible. Il va rencontrer Turner. Une amitié forte, vitale, va naître entre les deux garçons, de celles qui font un peu oublier les douleurs et la haine qui grandit. Colson Whitehead montre à la fois les exactions internes mais aussi la compromission de l’environnement et la négligence du gouvernement : rien n’est normal mais tout semble l’être pour qui n’est pas victime directe, comme dans un cauchemar dont on n’arrive pas à sortir, ce sentiment que plus tu te débats plus le piège se referme sur toi. A vie. Car si tu arrives à sortir, ce n’est pas indemne.

Finalement, l’auteur écrit pour (les) Elwood, pour exposer au monde entier les notes manuscrites, d’une écriture élégante, prises au quotidien. Pour que nous ne fermions plus les yeux, que les victimes aient droit à des tombes sous lesquelles se reposer enfin et sur lesquelles se recueillir, pour donner voix aux victimes, pour faire comprendre que le passé ne passe pas en mettant un mouchoir ou des pelletées de terre dessus et que les plaies restent ouvertes.

Des personnages principaux touchants et réalistes que tout lecteur a envie de sauver (et les autres enfants avec, bien entendu), un décryptage de la violence et de sa reproduction pertinent dont les échos résonnent au présent, une construction narrative tendue extrêmement efficace, la seule chose qui ne fait pas basculer ce roman dans mes coups de coeur (mais les frôle) est que j’ai anticipé chaque moment fort de l’histoire. L’émotion fut donc là mais quelque peu désamorcée. Cela me conforte cependant sur le fait que Colson Whitehead est un auteur qui me parle.

Underground Railroad est dans ma PAL, il sera donc lu rapidement, avant de remonter petit à petit la bibliographie de l’auteur. Je n’ai pas fini de le lire et vous n’avez pas fini de le voir sur ce blog.

Pour en savoir plus


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Le petit crayonBibli in the cityCroqlivresImpossible sans livresLa page qui marque  • L’horizon et l’infiniMumu dans le bocageJ’adore la lectureMes échappées livresquesPamolicoFolavrilAlex mot-à-motsTomabooksAurelitdeslivresQuelques livres en cheminUranieLa ménagerie du livreCharlotte ParlottePlaisirs à cultiverLove in booksLes libraires masqués du GrenierLire est le propre de l’hommeLes miss chocolatine bouquinentThe cannibal lecteurMes pages versicoloresLa lectrice compulsiveLe temps libre de Nath


Et vous, avez-vous déjà lu Colson Whitehead ?

 

Retrouvez-moi aussi sur :

YouTubeInstagram

« Un garçon sur le pas de la porte » d’Anne Tyler (Phébus, 2020)

519G4AcilIL

J’ai découvert l’écriture fluide et vive d’Anne Tyler l’année dernière, avec son roman La danse du temps, également publié aux éditions Phébus, que j’avais beaucoup aimé. En voyant cette nouvelle parution, je n’ai pas hésité un instant.

Quatrième de couverture : « Micah Mortimer, la petite quarantaine routinière, coule des jours heureux dans un quartier tranquille de Baltimore. En voiture, au travail ou avec sa petite amie, il ne dévie jamais de sa route toute tracée – jusqu’au jour où il trouve Brink Adams qui l’attend sur le pas de sa porte.

Car l’adolescent fugueur en est sûr, Micah est son père biologique… Pour l’homme qui aimait ses habitudes, cette seconde chance sonne comme une malédiction.

Prix Pulitzer, finaliste du Booker Prize, Anne Tyler est une figure majeure des lettres américaines, dont le style irrésistible et piquant fait encore une fois des merveilles, ici. »

Malheureusement, dans ce roman, Anne Tyler a moins réussi à m’emmener dans les rues de Baltimore et dans les vies qui l’animent. Des difficultés à m’attacher à Micah et à Brink, s’ajoutent des considérations sur la vie qui n’ont pas réussi à donner assez de relief à l’ensemble à mon goût. L’écriture reste agréable, les pages se tournent sans difficulté, je ne peux en aucun cas enlever cette fluidité des mots à l’auteure.

Micah est un cinquantenaire qui travaille dans l’informatique : il dépanne les particuliers dans leurs petits soucis techniques quotidiens. Il est aussi assez maniaque et s’applique à avoir une vie aussi rangée que possible, s’investissant également auprès des autres locataires de l’immeuble pour le propriétaire parti passer ses vieux jours au soleil. En couple avec Cass, ce n’est pas la passion qui domine mais plutôt les habitudes. Dans cette vie réglée comme du papier à musique, va débarque Brink, adolescent au caractère ombrageux, qui fuit quelque chose, qui cherche quelque chose.

Les personnages sont réalistes et plairont probablement à d’autres lecteurs, mais l’un des aspects qui aurait pu être plus fouillé et développé concerne les autres habitant de l’immeuble. J’ai presque été plus touchée par ces personnages secondaires que par les principaux.

L’arrivée de Brink va bouleverser le quotidien de Micah, forçant celui-ci à revenir sur sa vie, ses relations qui l’ont chaque fois mené presque au mariage, et puis finalement à la rupture.

Si vous souhaitez une lecture abordable sur les relations familiales et intimes qui permet de se vider la tête quelques petites heures ce livre peut être une piste, si vous cherchez davantage un roman qui vous agrippe les trippes, il faudra sûrement chercher un autre titre de l’auteure. Pour ma part, je vais suivre les conseils de La petite histoire de Pamolico et m’orienter vers Une bobine de fil bleu, qui a été pour elle une pépite.

Je suis malgré tout heureuse d’avoir pu retrouver Anne Tyler cette année et je remercie les éditions Phébus ainsi que NetGalley de m’avoir permis d’accéder à ce livre en avant-première.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.


 

Et vous, quel est votre roman préféré de cette auteure ?

« La danse du temps » d’Anne Tyler (Phébus, 2019)

ladansedutemps

Plus je découvre les parutions des éditions Phébus, plus je suis convaincue que les choix de cette maison correspondent à ma sensibilité. Ce roman ne fait pas exception. Je ne connaissais absolument pas cette auteure et son style m’a beaucoup plu, son analyse des émotions et des frustrations aussi. Une très agréable découverte !

Quatrième de couverture : « À soixante et un ans, Willa Drake mène une existence réglée comme du papier à musique en Arizona. Jusqu’à un coup de fil venu de l’autre bout du pays lui apprenant que la compagne de son fils s’est fait tirer dessus. Sa petite-fille a besoin d’elle ! Tant pis s’il s’agit d’une erreur de numéro, Willa abandonne tout et file à Baltimore devenir grand-mère.

Dans La danse du temps, Anne Tyler nous rappelle avec humour et tendresse qu’il n’est jamais trop tard pour choisir sa vie. »

Nous faisons la connaissance de Willa à plusieurs périodes de sa vie de fille, de jeune femme, de mère et de femme à l’automne de sa vie. Nous découvrons les épreuves qu’elle a dû affronter à chacune de ces périodes et son évolution construite sur le souvenir d’une mère insécurisante et qui pouvait se révéler violente, sur l’admiration envers un père doux et toujours conciliant. Des deux modèles elle optera pour le moins destructeur au risque d’oublier ses besoins.

Après un premier mariage auquel elle sacrifia ses études et ses projets, terminé de façon brutale, nous la retrouvons mariée à un homme qui, à nouveau, l’enferme dans un modèle de domination masculine, dans un modèle d’infantilisation de l’épouse. Mais le hasard de la vie va amener Willa à faire ses propres choix par amour.

J’ai vraiment apprécié ce portrait de femme dépeint sans jugement et que plusieurs époques ont moulé. J’ai admiré la capacité de ce personnage à s’émanciper aux côtés de la petite Cheryl et des nombreux personnages qui composent le voisinage de Baltimore. Un roman tout en douceur, dans un réalisme coloré d’un rayon de soleil doré, comme partagé entre hier et demain. Je prends dès à présent un nouveau billet pour Baltimore en compagnie d’Anne Tyler, reste à savoir avec lequel de ses nombreux romans…

Si vous souhaitez une lecture qui fait du bien sans que ce soit pour autant du pur feel good je vous recommande ce roman. Vous en ressortirez apaisés et le cœur plus léger car celui de Willa se sera un peu libéré mais aussi car la complicité intergénérationnelle qui se construit est très touchante.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Patricia Sanaoui-OlivierStephalivresLes fringales littéraires


 

Et vous, prenez-vous aussi un vol pour Baltimore ?

❤ « Kramer contre Kramer » d’Avery Corman (Robert Laffont, 2011)

Initialement paru au États-Unis en 1977 et réédité cette année par les éditions Robert Laffont dans leur collection Pavillons Poche, je me suis décidée à sortir mon ancien exemplaire qui dormait depuis bien trop d’années sur une étagère de ma bibliothèque. Et si j’ai une chose à dire pour commencer, c’est que j’ai eu tort de ne pas l’ouvrir avant ! C’est simple : le commencer c’est ne plus pouvoir l’oublier sur la table de chevet.


Quatrième de couverture : « Alors que sa femme Joanna est enceinte de leur fils Billy, Ted Kramer, un jeune publicitaire new-yorkais, jure qu’il deviendra envers et contre tout – et surtout afin de surmonter une peur panique de la paternité – un père parfait, un père modèle, Dieu le Père. Il ne croit pas si bien dire. Quatre ans plus tard, Joanna, frustrée par sa vie de femme au foyer, le quitte en lui abandonnant la garde de leur fils. Acte destructeur et fondateur à la fois, la désertion de Joanna met à terre les valeurs conservatrices de Ted, et le force à repenser entièrement son mode de vie et son quotidien avec Billy. Jusqu’au jour où, un an et demi plus tard, ce fragile équilibre est menacé par la réapparition de Joanna, qui réclame la garde de l’enfant.

Témoin du tournant culturel qu’entraînent dans les années 1970 les mouvements féministes, Kramer contre Kramer a remis en question avec finesse et humanité les idées conventionnelles sur le mariage et l’instinct maternel. »


Je n’imagine pas la réception qu’a eu ce livre en 1977 et si les choses ont évoluées sur la question de la place des hommes et de la paternité dans la société, je pense qu’il a toujours des messages d’actualité. Je me suis beaucoup attaché aux personnages de Ted et Billy, le premier évoluant au fur et à mesure que Billy grandit. L’enfant révèle à Ted des parts de lui-même. J’ai aussi apprécié le personnage de Joanna, enfermée dans un rôle de mère à temps plein qui l’étouffe et dans lequel elle ne s’épanouit pas, bien au contraire, dans lequel elle dépérit. J’ai compris son départ et Avery Corman l’écrit sans la juger ce qui est important à souligner.

Ted se retrouve donc seul avec son fils et c’est leur quotidien que l’on va suivre avec le cœur ému par les moments tendres, les moments difficiles et les petites joies du quotidien comme seuls les enfants savent les créer. Alors que le quotidien est reconstruit et que la famille à deux avance Joanna refait surface et demande la garde de Billy. Elle se dit prête, qu’elle s’est retrouvée et qu’en tant que mère elle doit récupérer son fils. Préserver Billy des conflits des adultes sera une priorité en même temps que l’ancien couple va se faire du mal par amour, pour l’enfant qu’ils aiment tous les deux, chacun à sa façon. Et je peux vous dire que vous allez être apnée jusqu’à la dernière page en vivant beaucoup d’émotions.

Je me suis parfois demandé où voulait nous emmener l’auteur et, finalement, les moments calmes ne préparent que mieux les secousses à venir pour nous offrir un roman qui se révèle être un coup de cœur. Il ne me reste plus qu’à me délecter du film. Je vais préparer mes mouchoirs et je reviens.

D’autres romans d’Avery Corman ont été publiés par le passé chez Robert Laffont, malheureusement ils ne semblent plus disponibles. Je vais donc faire un vœu : qu’ils soient prochainement réédités car l’écriture de l’auteur m’a donné envie de le lire davantage. *Grosse frustration.*

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.


 

Et vous, quel roman sur la paternité recommanderiez-vous ?

« Bye-Bye, vitamines » de Rachel Khong (Les Escales, 2018)

C’est à nouveau lors de déambulations entre les rayonnages fabuleux d’Emmaüs que je suis tombée sur ce livre qui me faisait de l’œil depuis plusieurs mois. Un roman qui annonçait l’approche de la maladie d’Alzheimer et le soutien familial loin d’un ton froid comme une blouse blanche et qui a su répondre à cette attente. Pour celles et ceux qui voudraient le découvrir et qui ne sont pas des incorrigibles du grand format comme moi, il est sorti en poche en juin de cette année (c’est ici que ça se passe).


Quatrième de couverture : « Après avoir fait preuve d’un comportement pour le moins étrange, Howard Young, éminent professeur d’histoire, vient d’être diagnostiqué comme souffrant de la maladie d’Alzheimer.

Quand sa femme demande l’aide de leur fille Ruth, celle-ci s’installe dans la maison parentale pour une année. À trente ans, en proie à ses propres doutes et confrontée à une vie qui ne ressemble pas à ce qu’elle avait imaginé, Ruth se retrouve plongée dans le joyeux chaos qui règne au sein de la famille : entre les rares moments de lucidité de son père et le comportement erratique de sa mère, la situation s’annonce plus compliquée que prévu.

Un premier roman aussi frais qu’original, parsemé d’anecdotes loufoques, d’humour et d’humanité »


Je ne m’attendais pas à aimer autant ce roman. Preuve qu’il faut savoir sortir de ses habitudes de lecture pour ressentir des émotions différentes même si elles sont toutes filles du cerveau et du coeur. Bref, ce fut une belle découverte et j’ai apprécié accompagner Ruth dans son quotidien à reconstruire après un échec amoureux et la recherche du sens de sa vie, mais aussi et surtout durant l’accompagnement de son père atteint de la maladie d’Alzheimer. Cette maladie qui fait que la personne est là sans être vraiment là, qu’elle est elle sans l’être vraiment non plus. Parfois, puis jamais. Un chemin qui s’emprunte sans en avoir le choix, parfumé d’infusions et de recettes à base de vitamines et de choux sensés reculer l’échéance.

Ruth a eu affaire à un sacré con et ça s’est terminé douloureusement. Après des années a avoir été un fantôme pour sa famille avec toujours une priorité à gérer ailleurs, l’annonce de la maladie de son père la fait revenir au foyer pour une année. Mais ça ne peut pas être si simple. Son père sait qu’elle est revenue pour lui et ne supporte pas de la savoir obligée d’être là, ce n’est juste pour personne. Sautes d’humeurs et colères, puis résignation temporaire du paternel qui vient de perdre son poste à l’université dans laquelle il enseignait. Ce poste qui le faisait tenir debout n’est plus là. Rien ne semble s’arranger et pourtant, chaque situation problématique devra trouver une résolution, qu’elle soit légale ou pas.

J’ai été profondément émue par les habitudes d’Howard, alors que Ruth était petite, de noter quotidiennement les anecdotes en lien avec sa fille. C’est une preuve d’amour incroyablement belle. Ce sont souvent ces anecdotes au regard de la situation présente qui m’ont fait sortir les mouchoirs. Les mots qu’un enfant cherchait et façonnait hier face à ceux d’un parent qui les perd et les tord aujourd’hui.

Il est ici question de doutes, de faux-pas, d’espoirs déçus, de liens à reconstruire, de préparation au deuil, de lutte contre les symptômes d’une maladie qui éradique la personnalité, de résistance mais aussi de lendemains porteurs de promesses, même si ce ne sont pas celles espérées quelques années plus tôt. De personnages attachants en situations touchantes, Rachel Khong nous offre une tranche de vie familiale humaine, entre rires et larmes, qui aborde des sujets graves et universels. Un premier roman qui ne saurait rester enfant unique.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Les Petits Livres de LizouzouPsych3deslivresL’annexeMya’s books


 

Et vous, avez-vous envie de faire le plein de vitamines littéraires ?

👁 « Le chant des revenants » de Jesmyn Ward (Belfond, 2019)

Grande attente de ce début d’année avec Le nouveau de Tracy Chevalier, je me suis jetée dans ce roman pour me retrouver embourbée dans les eaux et les larmes du bayou, coincée dans la carlingue d’une voiture qui traine les plaies de ses hôtes, envahie par des mémoires douloureuses.


Quatrième de couverture : « Seule femme à avoir reçu deux fois le National Book Award, Jesmyn Ward nous livre un roman puissant, hanté, d’une déchirante beauté, un road trip à travers un Sud dévasté, un chant à trois voix pour raconter l’Amérique noire, en butte au racisme le plus primaire, aux injustices, à la misère, mais aussi l’amour inconditionnel, la tendresse et la force puisée dans les racines.

Jojo n’a que treize ans mais c’est déjà l’homme de la maison. Son grand-père lui a tout appris : nourrir les animaux de la ferme, s’occuper de sa grand-mère malade, écouter les histoires, veiller sur sa petite sœur Kayla.

De son autre famille, Jojo ne sait pas grand-chose. Ces blancs n’ont jamais accepté que leur fils fasse des enfants à une noire. Quant à son père, Michael, Jojo le connaît peu, d’autant qu’il purge une peine au pénitencier d’État.

Et puis il y a Leonie, sa mère. Qui n’avait que dix-sept ans quand elle est tombée enceinte de lui. Qui aimerait être une meilleure mère mais qui cherche l’apaisement dans le crack, peut-être pour retrouver son frère, tué alors qu’il n’était qu’adolescent.

Leonie qui vient d’apprendre que Michael va sortir de prison et qui décide d’embarquer les enfants en voiture pour un voyage plein de dangers, de fantômes mais aussi de promesses… »


L’écriture de Jesmyn Ward est envoûtante comme un chant venu du fond des forêts du sud des États-Unis, le chant de ceux qui ont une histoire teintée de chagrin, le chant qui demande justice pour les pères et pour les fils, pour les mères et pour les filles. Elle décrit une famille aux prises avec le meurtre d’un oncle encore adolescent, l’addiction aux drogues d’une mère, l’amour intense des petits-enfants qui se protègent et s’accompagnent l’un et l’autre, la maladie d’une grand-mère qui s’est substituée à la mère pour que les petits survivent. Et un père, l’absent qui sort de prison.

Ce roman à trois voix a un rythme parfait. Chacun de ces trois protagonistes (Jojo, Leonie et Richie) mettent à nu leurs pensées, leurs émotions et leurs colères. Chacun a son regard sur la situation mais tous expiment une souffrance : de la disparition d’un proche, de ne pas être aimé naturellement de ses parents, du racisme qui a scellé le sort, des actes qui ont dû être commis pour éviter encore pire, de l’impossibilité d’atteindre l’autre rive.

Le racisme est au cœur de ce roman qui, pourtant, aborde d’autres sujets (l’incarcération, le deuil, la drogue, la maternité, la pauvreté). Un racisme ancien qui remonte des souvenirs comme un racisme contemporain qui montre, comme le dit le fantôme de Richie, que si le décor a changé ce qu’il y a derrière est toujours pareil. Jesmyn Ward, dans ce roman court mais dense, en appelle aux prières ancestrales et aux cœurs innocents d’aujourd’hui pour que la mémoire et l’âme des victimes trouvent le repos et rejoignent le cours de la rivière.

La poursuite de la découverte de cette auteure dont j’ai adoré l’écriture se fait cette semaine avec Les moissons funèbres.

Pour en savoir plus

 

Et vous, quel roman de Jesmyn Ward recommandez-vous ?

« Robot sauvage » de Peter Brown (Gallimard jeunesse, 2017)

Cela faisait plusieurs fois que je me retrouvais nez à nez avec ce livre, que je tournais autour sans finalement me décider à le prendre… jusqu’à ce mois de décembre plein de surprises ! Et je l’ai déjà prêté à mon neveu pour qu’il le dévore à son tour.


Quatrième de couverture : « Un cargo fait naufrage. Rozzoum unité 7134, alias Roz, échoue sur une île déserte. Pourra-t-elle survivre dans la vie sauvage ?

Une splendide et captivante aventure, pleine de dangers et d’émotion. Un hymne à la nature et à l’amitié. »


Si je dois commencer par l’un des plus grands plaisirs liés à ce roman c’est sans aucun doute par ses illustrations et leur poésie. J’ai absolument été sous le charme du style graphique de l’auteur, refeuilletant le livre pour uniquement en savourer les images, les unes après les autres et refaire l’histoire sans le texte. Magnifique ! S’il existe des tirages sérigraphiés à vendre de certaines des planches du livre, je suis preneuse ! ♥

Ce livre, conseillé pour les enfants à partir de 9 ans, a un texte abordable et se lit très facilement. Il pourra même être mis entre les mains de lecteurs un tout petit peu plus jeunes mais ayant un très bon niveau de lecture.

Si le début m’a paru un peu long à se mettre en place, à accrocher le lecteur, l’histoire démarre malgré tout assez rapidement et nous nous prenons d’affection pour les animaux sauvages de l’île où arrive sans le comprendre Roz, autant que nous apprécions le personnage du robot. Entre candeur et esprit algorythmique froid, Roz va peu à peu apprendre à comprendre la nature, va découvrir les émotions et ainsi réussir à s’intégrer dans la vie sauvage. Une vie pour laquelle l’entraide est essentielle, une vie difficile qui ne fait pas de cadeaux.

Entre hymne à la nature et aux animaux et roman de science-fiction (pas si fictionnel) pour les jeunes lecteurs en herbe, ce roman réinvente des classiques d’aventures en terres inconnues et interroge les progrès technologiques au même titre que la distance prise avec les trésors naturels de la planète. Il vient également parler et faire réfléchir aux différences, aux préjugés, au vivre ensemble, à l’intégration et à l’amitié, même aux rapports entre enfants et parents. Rien que ça !

Un livre qui ne manquera pas de faire rire comme d’humidifier les petits yeux, un livre qui sera une très belle aventure pour les petits-grands et les grands-petits.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : sir this and lady that [Merci beaucoup Linda Ladythat pour l’info de parution d’un second volume aux États-Unis ! Comme elle, j’attends sa traduction avec impatience ! ♥ ] • A saute-livresRêves animés


 

Et vous, quels livres de Peter Brown conseillez-vous ?

❤ « Le fabricant de poupées de Cracovie » de R. M. Romero (Gallimard jeunesse, 2018)

J’ai dévoré ce livre après être revenue de trois jours à Oświęcim, au musée d’Auschwitz-Birkenau et d’une petite demie-journée à Cracovie (en particulier dans le quartier de Kazimierz). Autant dire que le récit, né du même voyage de l’auteure, a trouvé en moi beaucoup d’écho.


Quatrième de couverture : « Pologne, 1939. Un soir, une poupée du nom de Karolina prend vie dans l’atelier de Cyryl, le fabricant de jouets. La joie et le courage de la petite poupée enchantent le quotidien de l’homme solitaire. Karolina lui apprend que le monde des poupées d’où elle vient est en guerre, tout comme celui des hommes. En ces temps sombres et tourmentés, la magie de Karolina et de Cyryl suffira-t-elle à protéger ceux qu’ils aiment ? » Feuilleter les premières pages


Je pense que ce livre jeunesse est celui que j’ai préféré cette année sur le sujet de la Shoah. Il y a eu plusieurs parutions d’éditeurs de qualité mais celui-ci remporte ma préférence haut la main.

Karolina vit au pays de poupées et c’est la guerre, les rats sont là. Un jour, elle est appelée par un fabricant de jouets de Cracovie, Cyryl Brzezick, malgré lui, au pays des humains. Il est magicien sans le savoir et il porte avec lui les stigmates de la Première Guerre mondiale. Alors que le nazisme déferle sur l’Europe et qu’il prend possession de territoires de l’Est, les deux personnages vont construire une grande amitié qui leur donnera la force d’affronter de nombreuses épreuves. De leur rencontre avec la famille Trzmiel jusqu’au dernier voyage, c’est une histoire de courage et de sauvetage à tout prix qui nous est donnée à lire.

Le récit montre l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie, avec l’antisémitisme, la collaboration, la passivité mais aussi la résistance civile… Il  montre la force de l’engagement pour aider quoi qu’il en coûte, de la résistance face à l’oppression, de l’amitié et du cœur. Aider, avec chacun les moyens que la vie nous a donnés et ne pas laisser faire. A l’inverse d’autres romans, celui-ci va au bout de l’explication du système génocidaire nazi tout en gardant un positionnement adapté aux lecteurs adolescents avec des appels à la littérature fantastique. Un coup de cœur !

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : La bibliothèque de ClaireLe parfum des motsCulturevsnews


 

Et vous, quel a été le roman jeunesse qui vous a le plus convaincu ?

👁 « Des nouvelles du monde » de Paulette Jiles (Gallimard / Quai Voltaire, 2018)

Je poursuis avec cette lecture ma thématique sur les Indiens d’Amérique. Si j’ai été conquise par le style de Paulette Jiles et par la relation qui se noue au fil des pages entre le capitaine Kidd et Johanna, je suis un peu restée sur ma faim concernant le contexte général du récit.


Quatrième de couverture : « Hiver 1870, le capitaine Jefferson Kyle Kidd parcourt le nord du Texas et lit à voix haute des articles de journaux devant un public avide des nouvelles du monde : les Irlandais migrent à New York ; une ligne de chemin de fer traverse désormais le Nebraska ; le Popocatepetl, près de Mexico, est entré en éruption. Un soir, après une de ses lectures à Wichita Falls, on propose au Capitaine de ramener dans sa famille, près de San Antonio, la jeune Johanna Leonberger. Quatre ans plus tôt, la fillette a assisté au massacre de ses parents et de sa sœur par les Kiowas qui l’ont épargnée, elle, et élevée comme une des leurs. Le vieil homme, veuf, qui vivait jadis de son métier d’imprimeur, profite de sa liberté pour sillonner les routes, mais l’argent se fait rare. Il accepte cette mission, en échange d’une pièce d’or, sachant qu’il devra se méfier des voleurs, des Comanches et des Kiowas autant que de l’armée fédérale. Sachant aussi qu’il devra apprivoiser cette enfant devenue sauvage qui guette la première occasion de s’échapper. Pourtant, au fil des kilomètres, ces deux survivants solitaires tisseront un lien qui fera leur force.

Dans ce splendide roman aux allures de western, Paulette Jiles aborde avec pudeur des sujets aussi universels que les origines, le devoir, l’honneur et la confiance. »


La base du roman est fondée sur l’enlèvement d’une enfant de six ans, après le massacre de sa famille, par des Kiowas. Quatre ans plus tard, la tribu est forcée de rendre l’enfant, le capitaine Kidd s’engage à la reconduire chez son oncle et sa tante. Et là, dès le départ, je manque de contexte. Il m’est difficile de faire face à ce type d’événements sans les comprendre, en sachant que les mouvements politiques de l’époque et les conflits étaient nombreux et bien velus.

Nous savons que des enfants étaient enlevés par des tribus mais les raisons peuvent être nombreuses : réaction violente à une assimilation forcée, compensation non négociée pour remplacer un mort indien, raid de vengeance et quoi de plus efficace que l’utilisation des femmes (notamment des plus jeunes) dans les conflits ? Nous le voyons encore aujourd’hui.

Bref, ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a pas de guerre propre, tous les partis peuvent être auteurs de crimes, et nous sommes en pleines guerres indiennes qui sont encore difficiles à comprendre pour ma part en ce qui concerne l’implication et les pratiques des différentes tribus.

Le récit se construit ensuite petit à petit autour de la défiance puis de la confiance qui s’installe entre les deux personnages principaux. La recherche des origines quand la langue maternelle a disparu, quand les coutumes familiales ont été remplacées par d’autres traditions. Un voile a été jeté sur le passé et seule la culture indienne est restée dans la tête et dans le cœur de Johanna. Elle n’est plus vue parmi les Blancs comme une des leurs, elle n’est plus vue parmi les Indiens comme une des leurs. Comment se reconstruire une identité solide quand on n’est pas tout à fait aux yeux des autres ?

Suivre le capitaine Kidd permet quelques photographies mentales de l’ambiance des villes de l’Ouest, parfois accueillantes, parfois désœuvrées ou aux mains de vrais truands, c’est une palette entière de couleurs qui est proposée au lecteur. Une palette avec ses tons froids aussi car le danger de l’Ouest est aussi réel, qu’il soit associé à l’armée fédérale, aux Kiowas, aux Comanches ou encore à certains hommes faisant leur gras avec le trafic sexuel d’enfants. *Tu me donnes envie de te la couper*

Nous voyageons littéralement avec Kidd et Johanna, nous parcourons les terres arides, le nez sur la carte du Texas en soufflant pour vite arriver. Et encore, l’arrivée est-elle vraiment la fin du périple ?

Pour conclure, j’ai aimé ce livre mais je l’aurais encore plus aimé s’il m’avait donné des informations plus précises sur le contexte politique de l’époque de manière globale.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Livres de Folavril • Books, moods and more • Dealer de lignes • Lettres d’Irlande et d’Ailleurs • C’est quoi ce bazar ? • Léa Touch Book


 

Et vous, avez-vous une lecture sur l’histoire de l’Ouest à partager ?

👁 ❤ « La note américaine » de David Grann (Globe, 2018)

Cette lecture s’est imposée d’elle-même dans le cadre de ma thématique sur la culture Indienne. Après avoir lu des ouvrages sur les guerres du 19ème siècle, sur la culture ancestrale des peuples d’Amérique du Nord, sur une affaire contemporaine au Canada, je souhaitais revenir dans les terres américaines et sur un autre type de crime, plus sournois, qui s’avère purement effroyable.


Quatrième de couverture : « 1921. Les guerres indiennes sont loin. Leurs survivants ont, pour la plupart, été parqués dans des réserves où ils végètent, misérables, abandonnés à leur sort.

Une exception à cette règle : le peuple osage. Il s’est vu attribuer un territoire minéral aux confins de l’Oklahoma. Or ces rochers recouvrent le plus grand gisement de pétrole des États-Unis. Les Osages sont millionnaires, roulent en voitures de luxe, envoient leurs enfants dans les plus prestigieuses universités et se font servir par des domestiques blancs. Le monde à l’envers.

Un jour, deux membres de la tribu disparaissent. Un corps est retrouvé, une balle dans la tête. Puis une femme meurt empoisonnée. Et une autre. Plus tard, une maison explose. Trois morts. Qui commet ces assassinats ? Qui a intérêt à terroriser les riches Osages ? Les premières enquêtes, locales, sont bâclées, elles piétinent. C’est pourquoi, après une nouvelle série noire, ce dossier brûlant est confié au BOI (Bureau of Investigation, qui deviendra le FBI en 1935). À sa tête, un très jeune homme. Son nom est Hoover, Edgar J. Hoover. Il veut deux choses. La première : faire toute la lumière sur cette sombre affaire, et il s’en donne les moyens, enquêteurs hors pair, méthodes rigoureuses de police scientifique, mise en fiche de la moindre information. La seconde : le pouvoir. Surtout le pouvoir. Et ce premier coup d’éclat va le lui offrir sur un plateau. »


David Grann est journaliste. Il s’est intéressé à l’affaire des Osages et a accumulé multitude de documents d’archives sur le sujet afin d’écrire ce livre extrêmement documenté. Il a également rencontré des descendants de victimes qui lui ont permis de réaliser l’ampleur de l’affaire, bien plus grande que les compte-rendus judiciaires des tabloïds.

Ce récit, de non fiction donc, revient sur une série d’assassinats sur le territoire des Osages, dans l’Oklahoma. Cette tribu est arrivée sur ces terres après avoir été chassée des siennes et par malheur pour les américains suprémacistes, elles recouvrent de grandes richesses. C’est ainsi que les membres de la tribu vont louer des terres pour l’exploitation pétrolière et vont devenir riches. Cette richesse, qui s’accumule sur de nombreuses années, n’est cependant pas à la disposition des familles propriétaires des terrains. Non, chaque Osage dépend d’un curateur qui gère son argent. L’ambiance est posée, la colère est montée dès le début de ce livre.

Des corps sont peu à peu découverts, les héritages se déplacent. Seuls peuvent hériter la famille du défunt jusqu’au jour où il n’y a plus de famille. Vous me suivez ? C’est un environnement noyé sous les complots et la corruption que nous allons découvrir, à chaque fois plus étonnés et outrés par les rouages de cette machine à broyer. Le récit se construit en trois temps : les assassinats et les premières recherches locales de coupables, l’arrivée du Bureau (avant d’être appelé FBI) pour reprendre le dossier et amener les coupables devant la justice, l’auteur qui revient en 2012 sur ces terres ensanglantées.

« Un éminent membre de la tribu dit les choses encore plus franchement : Je me demande si ce jury considère qu’il s’agit bien ici de meurtres et non de maltraitance sur des animaux. »

La machination est tellement bien construite qu’il n’est en rien difficile pour David Grann de nous faire emprunter de fausses pistes et de nous accrocher à de faux espoirs, tout comme les familles à l’époque. Les trois parties du livres révèlent chacune un aspect de cette tragédie, de ce massacre passé sous silence pour la plus grande partie. En 2012, des corps ressortent encore des placards.

Le livre est passionnant, captivant, riche de photographies d’archives qui nous emmènent dans ces terres arides et éloignées. Il est aussi terrifiant dans sa conclusion (que je vous laisse découvrir) que dans son constat actuel : cette histoire est oubliée, elle ne subsiste que dans la descendance des familles qui ont été touchées, pour le dire simplement : toutes les familles osages de ce territoire.

« Elle se tut un instant puis me rappela ce que Dieu avait dit à Caïn après le meurtre d’Abel : La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. »

C’est pour moi un vrai coup de cœur, un livre fort, qui décrit les nombreux protagonistes avec une plume plus que vraie (j’ai absolument adoré la personnalité de Tom White), qui remet les choses à leur place, refusant que le temps efface les preuves et formate les mémoires.

Pour finir, Martin Scorsese devrait adapter ce film pour le cinéma, autant dire que je trépigne d’impatience ! ♥

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Lire dit-elle • Actu Du Noir • Bonnes feuilles et mauvaise herbe • Garoupe • Action-suspenseEncore du noir !


 

Et vous, avez-vous envie de découvrir cette histoire ?

❤ « Wonder » de R. J. Palacio (Pocket jeunesse, 2013)

Les nombreuses chroniques sorties depuis plusieurs mois m’ont énormément donné envie de découvrir ce roman jeunesse tourné vers les thèmes de la différence, de l’acceptation de soi, de la construction de l’identité durant l’enfance.


Quatrième de couverture : « Ne jugez pas un livre sur sa couverture. Ne jugez pas un garçon sur son apparence. Je m’appelle August. Je ne me décrirai pas. Quoi que vous imaginiez, c’est sans doute pire.

Né avec une malformation faciale, August, dix ans, n’est jamais allé à l’école. Aujourd’hui, pour la première fois, ses parents l’envoient au collège… Pourra-t-il convaincre les élèves qu’il est comme eux ?


J’ai beaucoup apprécié le fait de voir à travers les yeux de différents personnages, cela a donné toute son ampleur et un réalisme à la situation. Chacun voit le monde à sa façon et nous avons ici un positionnement qui laisse un espace aux émotions et aux doutes de chacun.

Si l’histoire et les péripéties sont enfantines, naturellement, elles soulèvent également des questions d’adultes, notamment en ce qui concerne les réactions de certains parents. Aucun parent n’est parfait, cependant il se positionne comme un modèle, alors autant éviter d’être le dernier des cons. Parfois ce sont les enfants qui montrent la voie à leurs parents, car s’ils peuvent parfois être cruels, ils ont leur propre regard sur le monde et il leur est plus facile de reconnaître qu’ils se sont trompés. Il y a une réelle intelligence émotionnelle chez l’enfant. *Ouais, c’est hyper-pompeux-pouet-pouet*

J’ai été très touchée par cette histoire, ce livre finira entre les mains de mes neveux quand ils en auront l’âge, sans aucun doute.

Après la découverte du livre, j’ai souhaité découvrir le film. Grosse erreur, désolée, j’ai cruellement manqué de clairvoyance. Déception intersidérale, des éléments importants n’apparaissent pas, comme l’épreuve de l’apparail auditif qui m’a absolument brisée le coeur dans le livre. Je ne suis pas non plus très orientée cinéma familial, il faut le reconnaître… Très superficiel par rapport au livre, il manque des éléments qui font tellement sens que ça rend le tout assez édulcoré. Le livre nous fait vivre la souffrance d’Auggie, le film nous met à distance. Manqué.

Pour en savoir plus

 

Et vous, avez-vous eu la même réserve (c’est peu dire) vis-à-vis du film ?

👁 ❤ « THUG – The Hate U Give » d’Angie Thomas (Nathan, 2018)

Ce livre, j’en ai beaucoup, beaucoup, beaucoup entendu parler et il m’était absolument impossible de passer à côté, surtout avec la thématique que j’ai choisie pour le mois d’avril. Mon avis risque d’être similaire à nombre d’autres : ce livre est une pépite, impossible de le lâcher avant qu’il ne soit terminé !


Quatrième de couverture : « Starr a 16 ans, elle est noire et vit dans un quartier difficile, rythmé par les guerres de gangs, la drogue et les descentes de police. Tous les jours, elle rejoint son lycée blanc situé dans une banlieue chic; tous les jours, elle fait le grand écart entre ses deux vies, ses deux mondes. Mais tout vole en éclats le soir où son ami d’enfance Khalil est tué. Sous ses yeux, de trois balles dans le dos. Par un policier trop nerveux. Starr est la seule témoin. Et tandis que son quartier s’embrase, tandis que la police cherche à enterrer l’affaire, tandis que les gangs font pression sur elle pour qu’elle se taise, Starr va apprendre à surmonter son deuil et sa colère; et à redresser la tête.

Depuis sa parution en février 2017, The Hate U Give a bousculé l’Amérique. En dénonçant la violence dans laquelle évolue la jeunesse afro-américaine, sa jeune autrice est devenue une figure de proue de la littérature jeunes adultes. Elle plaide pour un monde qui ferait enfin place à la diversité. »


Après avoir tourné la dernière page, je ne suis pas du tout étonnée de sa réception aux États-Unis et du caillou dans la mare qu’il aura pu jeter. Il porte un militantisme fort qui s’interroge sur ses propres préjugés et c’est cette nuance très présente que j’ai beaucoup aimé. Il est également riche en références socio-culturelles qui ont permis une immersion et un réalisme incroyable. J’ai bien pleuré, j’ai ri aussi, car Starr a une famille et des amis dont les relations sont très attachantes aussi pour le lecteur (le personnage de Maverick est juste parfait). On a juste l’impression de faire partie de la bande pendant quelques heures.

THUG LIFE, c’est le concept de Tupac, The Hate U Give Little Infants Fucks Everybody (La haine que vous inculquez à vos enfants finit par tous nous niquer). Et ce concept est autant un avertissement qu’un message de prévention : le yin et le yang qui rythment la vie. Mais dans le cas présent, c’est l’avertissement qui prend le dessus, parce que l’impunité ne peut plus être acceptée.

On retrouve aussi au fil des pages des mentions à Kendrick Lamar qui introduisent vraiment le discours dans le présent, dans la période que le lecteur connaît ; et on revient aux luttes des années 1950 avec l’apparition régulière d’Emmett Till. Le texte est un maillage entre les luttes passées qui n’ont pas connu la justice qu’elles méritaient et les luttes actuelles qui n’en connaissent pas forcément plus.

« Khalil ne bouge pas. Il ne dit rien. Il ne me regarde même pas. Son corps se raidit, et il s’en va. J’espère qu’il voit Dieu.

Quelqu’un d’autre crie.

Je cligne des paupières pour voir à travers mes larmes. C’est l’agent cent quinze. Il braque sur moi le flingue qui vient de tuer mon pote.

Je lève les mains en l’air. »

Si le récit part de l’assassinat de Khalil, qui fait remonter celui d’une autre amie d’enfance de Starr, Nathasha. La lutte est celle d’une nation pour les crimes sur lesquels on ferme les yeux, car la justice d’un État peut donner l’impression que la mort d’un Noir de compte pas. C’est aussi ce message que la référence à Emmett Till porte, ses bourreaux n’ayant pas été reconnus coupables lors de leur procès.

« Il était une fois un petit garçon aux yeux noisette avec des fossettes. Je l’appelais Khalil. Le monde disait que c’était un voyou.

Il a vécu, mais pas tout à fait assez longtemps, et je me souviendrai de sa mort pour le restant de mes jours.

Un conte de fées ? Non. Mais je m’accroche à l’idée que ça peut finir mois mal.

Si ça ne concernait que moi, Khalil, cette nuit-là, et ce flic, ce serait facile de laisser tomber. Mais il y a bien plus que ça. […] Le plus pourri dans tout ça ? C’est qu’il y en a plein d’autres. »

Il est aussi question de racisme ordinaire qui est un venin qui n’est pas en manque de violence et qui vient empoisonner des quotidiens. Je ne veux pas trop dévoiler de contenus pour vous laisser le plaisir de découvrir cette pépite, mais pour illustrer ce propos je ne peux m’empêcher d’ajouter une dernière citation :

« Ryan, le mec de Maya, est en fait le seul autre Noir en première. Du coup, tout le monde veut nous mettre ensemble. C’est censé se passer comme sur l’arche de Noé apparemment : quand on est deux, il faut former un couple pour assurer la survie de notre couleur dans le groupe. Je remarque plein de trucs débiles dans le genre, ces temps-ci. »

Starr sort avec Chris, un jeune homme Blanc, qui a grandit dans un milieu social très différent du sien. Cela amène aussi Starr à se demander si elle ne trahit pas des décennies de luttes, sa famille qui l’a élevée avec les préceptes des Black Panthers.

Bref, je ne veux ni trop en dévoiler ni trop digresser, mais vraiment, je recommande la lecture de ce livre à tout le monde. Il s’agit d’un livre jeunesse mais les adultes n’ont rien à y perdre, bien au contraire. Après tout on le voit tous les jours, le monde adulte.

Pour en savoir plus


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Coeur GrenadinePlanète diversitéCarnet parisienLivrisme chroniqueCultureVSnewsLe sentier des motsSonge d’une nuit d’étéIdées à lireTemps de motsLectures féériquesAndréa lit des livres • theblowsoflulusheartDid I mention I read you ?Les fées culturellesMuffins and BooksLes instants volés à la vieEntre les pagesYuiko books & othersChut, je lis !Hélène Louise auteureJune & CieBim bam books • Bookflix & ChillBold readingsBlogbookeuseDans la bulle de Cha’AnalireRed and booksJustinouvelleLa livropathePassionnément livresqueMy head full of wordsLe petit monde de Clo • Les.lectures.de.CaroLxctures • La Voleuse de Marque-pagesHome Sweet ReadAcciolivres • AérolivrePopcorn and GibberishDes mots aux livresBluebbery and book par Elodie.BSterling_booksHorizons lecturesL’esprit des vents • Les Lectures d’Hatchi • La Ménagerie du Livre • All Men Must Read • Just a books addict • Disorder Reef • leslecturesde_Steph • Voleuse de RêvePassion_livresFrom worlds apartJust some little words • Always geeking out.Les écrits de JulieDes lettres au livre • La couleur des mots • Chronicroqueuse de Livres • PoplecturesNuée de pétalesBooks of LaureLecturePourToujours • La Lectrice Curieuse • Brèves Littéraires • Dans les plis du plaidBookooningLe goût du risqueLiburuDes mots à croquerMixed Dope Beauty


Et vous, l’avez-vous lu et autant aimé ?

« Un autre Brooklyn » de Jacqueline Woodson (Stock, 2018)

Je ne connaissais pas Jacqueline Woodson avant de parcourir ce livre, elle est pourtant une auteure prolifique qui a été remarquée en tant que finaliste et lauréate du National Book Award. Plus impressionnant encore, elle a reçu cette année le prix Alma, qui récomprense chaque année « un auteur, un illustrateur ou une organisation œuvrant pour la promotion de la lecture ».


Quatrième de couverture : « La première fois que j’ai vu Sylvia, Angela et Gigi, ce fut au cours de cet été-là. Elles marchaient dans notre rue, en short et débardeur, bras dessus bras dessous, têtes rejetées en arrière, secouées de rire. Je les ai suivies du regard jusqu’à ce qu’elles disparaissent, me demandant qui elles étaient, comment elles s’y étaient prises pour… devenir.

August, Sylvia, Angela et Gigi sont quatre adolescentes, quatre amis inséparables qui arpentent les rues de Brooklyn des années 1970, se rêvant un présent différent et un futur hors du commun. Mais un autre Brooklyn où le danger rôde à chaque coin de rue, menace les espoirs et les promesses de ces jeunes filles aux dernières heures de l’enfance. »


J’avais prévu cette lecture dans le cadre du mois consacré à la lutte pour les droits civiques, mais il s’agit finalement d’un tout autre propos à mes yeux. Il est davantage question de la construction de la réalité et de l’avenir par des adolescentes, la protection que l’on peut s’apporter les unes aux autres pour être plus fortes dans une société dangeureuse pour nous. Et la pauvreté dans un pays riche qui est un terreau fertile pour la violence et l’autodestruction, celle du désespoir.

Un autre Brooklyn c’est cela, un groupe de quatre jeunes filles qui se soutiennent, se préviennent, dans un quartier qui ne respecte pas et dont les recoins regorgent de plaies. Ce jeunes filles ont toutes leurs fêlures, souvent liées à la pauvreté, mais aussi à la société américaine et à la guerre du Vietnam dont les fantômes détruisent autant que les balles.

Un autre Brooklyn c’est celui qu’on s’imagine pour échapper à la réalité, se réfugier dans une perception du présent et une construction de l’avenir. Un autre Brooklyn c’est aussi celui vers lequel vont les Blancs qui laissent le quartier pour en trouver un autre. Un autre Brooklyn, c’est le quartier qui change à mesure que les relations entre les quatre amies évoluent elles-aussi, pour se fatalement distendre.

Le livre aborde également des aspects de la Nation of Islam et de la rupture entre Blancs et Noirs, cette rupture et un poids de la religion qui n’aura pas de prise sur August, personnage principal, qui voudra avant tout être libre.

Un roman qui se lit tout seul, emprunt d’autant de douceur que d’amertume, cru parfois, intelligemment construit. Une lecture que j’ai beaucoup appréciée, plus complexe qu’il n’y paraît.

Pour en savoir plus


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Sur mes brizéesAnouk LibraryPretty Books • A book is always a good idea • Une malle des livresPopcorn and GibberishC’est quoi ce bazar ? • Un brin de Syboulette • Chronicroqueuse de Livres • Julie à mi motsMes lecturesDélicieuses vanités • Les élucubrations de FleurPatiVorePlanèteDiversité


Et vous, quelle est votre dernière lecture ?

❤ « Sale boulot » de Larry Brown (Gallmeister, 2018)

5775-cover-dirty-59fafd7122f72 (1)

Bien avant d’être bibliophile, j’étais cinéphile. Parmi mes films préférés il y a notamment Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino (1968) et Vol au-dessus d’un nid de coucou de Miloš Forman (1976), adapté du roman de Ken Kesey (1962).

Pourquoi je vous parle de ça ?

Tout simplement car ce roman de Larry Brown, paru aux États-Unis en 1989, est de ces romans qui ont une aura cinématographique. C’est automatique, on lit et on voit, comme un film que l’on n’a pas regardé depuis longtemps, que l’on connaît presque un peu déjà, parce qu’il se situe, je trouve, entre les deux monuments cités en introduction.

Quatrième de couverture : « Braiden Chaney n’a plus ni jambes ni bras. Walter James, lui, n’a plus de visage. Ils les ont tous les deux été mutilés au Vietnam. L’un est noir, l’autre est blanc. Vingt-deux ans plus tard, ils se retrouvent dans la même chambre d’un hôpital pour vétérans dans le Mississippi. Au fil d’une très longue nuit, ils se racontent ce qu’ils étaient, ce qu’ils sont devenus, ce qu’ils pourraient devenir et, surtout, ce qu’ils attendent l’un de l’autre. En une nuit, tout est dit sur la guerre – seul lien entre ces deux hommes que tout oppose – et ce qu’elle fait subir aux soldats. En une nuit, tout est dit sur la souffrance, sur la mort et la compassion. »

Ce roman est une pure claque ! Il est gigantesque ! C’est un hymne contre la guerre, qui souligne l’absurdité des conflits et de l’homme réduit, indubitablement, à de la chair à canon. Mais la folie sur les zones de combat est une chose, en est une autre la folie qui poursuit au retour à la maison, entre blessures physiques (si ce n’est ravages) et impacts psychiques.

Durant tout le roman, les chapitres alternent les pensées et paroles de Braiden et Walter. On apprend à les connaître, comme ils s’apprivoisent tout au long du récit, nous sommes le troisième personnage dans la chambre d’hôpital.

Certains faits sont prévisibles, mais cela n’enlève rien au rythme de l’histoire, car si l’on soupçonne les personnages-narrateurs sont les seuls à pouvoir confirmer nos hypothèses. Absurdité, folie et courage, tels sont les trois mots qui raisonnent en moi au sortir de cette lecture qui restera l’une des plus fortes depuis un moment. Que dire, si ce n’est que je vous encourage à vous jeter dessus ?

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Dealer de lignes • The Cannibal LecteurL’oeil d’EmMes mots sur les leursMon coin lecture


 

Et vous, avez-vous eu un coup de cœur littéraire dernièrement ?