❤ « Ce qui nous sépare » d’Hélène Aldeguer (Futuropolis, 2020)

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Voilà un roman graphique nécessaire, bénéfique ! Un travail qui nous oblige à regarder en face le racisme malheureusement ordinaire qui peuple notre quotidien, une oeuvre qui nous appelle à voir et à ne plus laisser passer les remarques naïves qui couvrent d’autres idées.

Présentation de l’éditeur : « Après avoir raconté la désillusion des jeunes Tunisiens dans leur pays en 2013, deux ans après le printemps arabe, Hélène Aldeguer raconte le quotidien de Bilal, un jeune Tunisien venu à Paris afin de poursuivre ses études grâce à une bourse au mérite, et terminer son master d’histoire contemporaine.

Si Bilal découvre une vie pleine de possibilités, son statut d’homme arabe le rattrape dans une société française en crise identitaire. Ses fantasmes d’une Europe de tous les possibles se heurtent alors au racisme et aux préjugés.

Un récit très actuel et nécessaire, sur notre société et sur le déracinement intérieur de ces jeunes venus en France et qui sont accueillis bien différemment selon leurs origines… »

Bilal vit à Paris. Il a reçu un bourse pour venir y étudier. Une chance exceptionnelle qui implique aussi des sacrifices alors que la Tunisie est secouée et qu’il est séparé de sa famille. Une chance si exceptionnelle que sa soeur ne pourra sûrement jamais y prétendre. Bilal est conscient de cette chance mais il est aussi rongé par la culpabilité de celui qui est parti et qui vit en sécurité, il se sent lâche, impuissant.

Il y a aussi Léa, sa petite amie. Et les amis de Léa. Dès qu’ils se retrouvent quelques remarques fusent, l’air de rien, l’air tout d’un coup lourd. Ici, le racisme s’exprime au détour de conversations innocentes, il frappe sans prévenir et l’auteure nous montre des situations que nous avons déjà tous rencontrées, des situations qu’il faut tenter de ne plus laisser se dérouler sans réagir. Le choix des mots, les préjugés, les raccourcis, Hélène Aldeguer nous montre en face les situations dans lesquelles des personnes sont stigmatisées en fonction de leurs origines. C’est absolument remarquable d’efficacité !

En parallèle de ces situations, l’actualité est abordée à juste titre. L’auteure rappelle à chaque lecteur•trice que les personnes mortes noyées dans la Méditerranée sont des frères, des soeurs, des cousins, des enfants, des parents qui ont eu l’espoir d’un ailleurs. Ils ne sont pas des chiffres devant lesquels nous détournons le regard.

Visuellement magnifique, aux couleurs douces et aux formes rondes qui tranchent avec la dureté du propos, je vous conseille chaudement cet album qui trouvera autant sa place dans une bibliothèque personnelle que dans un CDI. Attention, coup de cœur ! Je lirai donc d’ici peu le précédent roman graphique de l’auteure : Après le printemps : une jeunesse tunisienne.

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Et vous, quelle bande dessinée ou quel roman graphique dénonçant le racisme en France conseilleriez-vous ?

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« Le garçon au fond de la classe » d’Onjali Q. Raúf (Gallimard jeunesse, 2019)

Étant sensible à la cause des réfugiés (encore incertaine chaque jour) je suis à l’affût des livres pour la jeunesse qui paraissent sur ce sujet de société qui divise le monde des adultes. Ce livre a tout de suite retenu mon attention et je l’ai dévoré d’un seul coup : il pose des questions essentielles sur le monde à travers les yeux d’une enfant et ses paroles pas encore aliénées par les préjugés.


Quatrième de couverture : « Avant, il y avait une chaise vide au fond de la classe. Maintenant, c’est la place d’un nouveau : Ahmet. Il est bizarre : il ne parle pas, ne sourit pas et n’aime pas les bonbons ! Mais j’ai enfin compris pourquoi : Ahmet est un réfugié. Il a fui une guerre dans son pays, avec des bombes et des brutes qui font du mal à tout le monde.Plus j’apprends à le connaître, plus j’ai envie de l’aider. Alors, avec mes copains Michael, Tom et Josie, on a élaboré un plan… »


J’ai particulièrement aimé la densité du propos : un groupe d’amis va tout faire pour aider Ahmet à retrouver des membres de sa famille perdus lors de sa traversée depuis la Syrie jusqu’au Royaume-Uni mais nous découvrons aussi chacun d’entre eux ainsi que leur famille. La diversité des personnages et des positionnements montre que sur une question de nombreuses réactions sont possibles et que l’injustice se cache jusque dans la cour de récréation. Mais les enfants aussi peuvent faire évoluer le regard des adultes et, en cela, ce livre est aussi porteur d’un message d’espoir dans un monde où l’autre fait peur de façon irrationnelle. Tout se déroule du point de vue du personnage principal, mais la variété des points de vues est vraiment bien transcrite.

L’histoire d’Ahmet est abordée avec une grande délicatesse et un réalisme qui confirme la qualité du propos. L’amitié qui va se construire page après page va pousser les enfants à tout tenter pour aider leur nouvel ami, cela donne un très beau roman sur ce qu’est la rencontre, l’ouverture aux autres, la loyauté et la générosité. Je vous le recommande vivement ! Les éditions Gallimard jeunesse le conseillent pour des lecteurs en herbe à partir de 9 ans. Les très jolies illustrations sont signées Pippa Curnick.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : CultureVSnews


 

Et vous, quel livre jeunesse sur les réfugiés recommandez-vous ?

❤ 👁 « Le mari de mon frère – Tome 1 » de Gengoroh Tagame (Akata, 2016)

Les actualités sont d’une tristesse affligeante. Le 17 mai portait avec lui la journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie et a mis en lumière une augmentation significative des agressions et attaques homophobes recensées par rapport à 2017. Les coups blessent, les mots aussi, la bêtise s’enlise.

Je ne suis pas en avance mais mieux vaut publier un peu plus tard que prévu que de ne rien publier. C’est pourquoi j’ai choisi ce manga qui m’a énormément émue et en même temps beaucoup fait rire. C’est selon moi la force de ce récit de Gengoroh Tagame, en plus de son sens de la pédagogie.


Quatrième de couverture : « Yaichi élève seul sa fille. Mais un jour, son quotidien va être perturbé… Perturbé par l’arrivée de Mike Flanagan dans sa vie. Ce Canadien n’est autre que le mari de son frère jumeau… Suite au décès de ce dernier, Mike est venu au Japon, pour réaliser un voyage identitaire dans la patrie de l’homme qu’il aimait. Yaichi n’a alors pas d’autre choix que d’accueillir chez lui ce beau-frère homosexuel, vis-à-vis de qui il ne sait pas comment il doit se comporter. Mais ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ? Peut-être que Kana, avec son regard de petite fille, saura lui donner les bonnes réponses… »


L’histoire se construit autour de quatre personnages : deux hommes et une enfant ; un être aimé décédé récemment que nous découvrons à travers les souvenirs des deux hommes. Mike était son mari, au Canada. Yaichi était son frère jumeau. Le premier l’a connu jusqu’à la fin, le second l’a connu au début de sa vie mais a ensuite perdu le contact. La jeune Kana, elle, n’a jamais connu cet oncle qui aujourd’hui vient, d’une certaine manière, animer leur existence à tous.

Quand Mike arrive au Japon, il va trouver un foyer dans celui de Yaichi et de sa fille. Entre différences de caractères, différences de cultures et préjugés, un quotidien un peu mal à l’aise va s’installer. Mais c’est sans compter l’innocence, la curiosité et la spontanéité de Kana, qui va permettre de briser, petit à petit, les a priori. Car à son age, Kana n’a pas conscience du poids de la société et des normes qu’elle impose, elle vit sa vie d’enfant et pose des questions à cet oncle qu’elle adore déjà, tout simplement.

Si l’on pense, adulte, que les questions ne doivent pas être posées au risque de paraître bêtes, les enfants osent tout et ils sont alors les plus sages. Poser des questions sur ce que nous ne comprenons pas, car nous ne le vivons pas, c’est bien la plus simple des manières de comprendre l’autre – ou du moins d’essayer, ce qui relève déjà de l’exploit pour certains.

Ce mélange d’une histoire de deuil amoureux, de famille décomposée et d’ouverture d’esprit, voilà une bien belle recette pour un manga réussi. Croisons les doigts pour qu’il soit lu par le plus grand nombre et que les statistiques de la haine, pour une fois, reculent.

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Et vous, est-ce aussi une série qui vous a plue ?

❤ « Le rapport de Brodeck » de Philippe Claudel (Stock, 2007 / Le Livre de Poche, 2009)

J’ignore depuis combien de temps je m’étais promis de lire ce livre cultissime de Philippe Claudel. Mais ce que je sais, c’est que j’ai bien trop attendu. Ce livre, il faut le lire dès qu’on en a l’occasion, car une fois refermé, on se demande comment on a pu passer à côté. Un énorme coup de cœur !


Quatrième de couverture : « Je m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache. Moi je n’ai rien fait, et lorsque j’ai su ce qui venait de se passer, j’aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire, la tenir bien serrée dans ses liens de façon à ce qu’elle demeure tranquille comme une fouine dans une nasse de fer. Mais les autres m’ont forcé : Toi, tu sais écrire, m’ont-ils dit, tu as fait des études. J’ai répondu que c’étaient de toutes petites études, des études même pas terminées d’ailleurs, et qui ne m’ont pas laissé un grand souvenir. Ils n’ont rien voulu savoir : Tu sais écrire, tu sais les mots, et comment on les utilise, et comment aussi ils peuvent dire les choses […]. »


Brodeck va chercher du beurre au village. Tout va alors basculer. L’Anderer vient d’être assassiné et les hommes présents sur le lieu du crime vont lui demander (sans laisser le choix de la réponse) d’écrire un rapport expliquant l’acte final.

La tension s’installe dès les premières pages et c’est un survivant que nous découvrons à travers les lignes que Brodeck rédige comme une urgence. Une urgence qui prend parfois son temps, qui se perd dans des descriptions de la nature et de son pays d’adoption, mais une urgence quand même de dire les choses. Celles du présent et celles du passé, car il montre parfaitement comment les deux peuvent se lier.

L’Anderer lui, c’est l’autre, l’étranger. Arrivé un jour au village, installé à l’auberge où il sera assassiné, c’est un personnage trop original pour passer inaperçu et trop singulier pour ne pas éveiller les soupçons. Mais soupçonner de quoi ? Alors la guerre qui appartient au passé s’invite à nouveau dans le présent. Un personnage magnifique de subtilité et de douceur, presque insaisissable et qui dérange par sa différence.

Menacé, pressé par les hommes du village, Brodeck va avancer dans la rédaction de son rapport. Mais ce que les villageois ignorent, c’est que deux rapports sont en cours de rédaction : l’officiel qui sera donné au maire, l’officieux qui est plus personnel et va plus loin dans les révélations. L’officieux, c’est celui que nous avons entre les mains, faisant de nous les dépositaires d’un récit précieux.

Brodeck va y transcrire les relations entre les hommes, les travers, les lâchetés et les courages, parfois – trop rarement. Il va également revenir sur la guerre, sa déportation et l’épreuve des camps. Il va revenir dessus car cette période dit des choses des hommes du village, de l’homme qu’il est lui-même re(de)venu et de sa femme. Cette femme qui m’a émue aux larmes même si elle ne dit rien et ne fait que murmurer une chanson, encore et encore. Les personnages proches de Brodeck sont beaux, heureusement. Ils sont la lumière dans la noirceur du village.

Fermer les yeux et faire comme si rien ne s’était jamais passé ne fait pas disparaître les fautes. Philippe Claudel le prouve de façon impressionnante. Comme dans d’autres romans, Philippe Claudel ne date pas et ne localise pas avec précision les événements. Il donne des pistes, laisse des indices et fait écho à l’histoire sans cloisonner le récit pour lui donner une dimension plus large. Si je peux donner un conseil à celles et ceux qui ne l’ont pas encore lu, allez-y sans hésiter, ce livre est un mélange de philosophie, de témoignage fictif mais malgré tout très réel et d’humanisme.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : La Bulle de RealitaLes lectures de LéonPresse-KiwiHannibal le lecteur • Un bouquin dans la poche


 

Et vous, quel est votre livre préféré de Philippe Claudel ?

❤ « Les fabuleuses aventures d’Aurore – Tome 1 » de Douglas Kennedy et Joann Sfar (PKJ, 2019)

Je n’ai jamais lu de Douglas Kennedy et j’ai donc commencé avec ce livre jeunesse. Grand bien m’a pris car j’ai absolument adoré ! Je suis impatiente de découvrir la suite des aventures de la petite mais grande Aurore. La malice, la persévérance et le caractère du personnage principal sont remarquablement portés par les illustrations de Joann Sfar.


Quatrième de couverture : « J’ai demandé à Maman si c’était vrai que les autres avaient des problèmes à cause de moi. Elle m’a répondu : « Ne laisse personne te dire ça, Aurore. Tu es comme ton prénom : un vrai soleil ». Aurore. C’est moi !

Autiste, Aurore ne parle pas. Mais elle écrit sur sa tablette à la vitesse de la lumière. Et elle a un secret. Elle lit dans les yeux des autres : Maman, Pap’, sa grande soeur Emilie, mais aussi Lucie, la meilleure amie d’Emilie, harcelée à l’école.

Le jour où Lucie disparaît à Monster Land, le parc d’attractions, Aurore s’improvise détective… »


Ce livre permet d’aborder pas mal de choses et c’est heureux car c’est fait avec autant de délicatesse que d’humour. La différence d’Aurore, son incapacité à parler comme les autres enfants, la séparation de ses parents, le harcèlement lié à ce qu’on appelle actuellement la grossophobie, l’humiliation au sein du cocon familial, etc. Des sujets essentiels à aborder avec les enfants, même si ce n’est pas toujours facile. Vous ne savez pas comment faire ? Aurore est là pour vous aider à trouver les mots !

Alors oui, Aurore n’est pas comme la plupart des autres enfants. Dans le monde réel, elle n’arrive pas à parler. Elle aimerait bien mais dès qu’elle essaye rien ne sort. Alors elle écrit à la vitesse de l’éclair sur sa tablette et elle voit derrière les yeux des gens. C’est son super pouvoir. Derrière un sourire elle voit la tristesse, derrière une passion pour les mathématiques elle voit le refuge. Elle ne parle pas mais elle connaît les secrets et l’histoire des gens qui l’entourent mieux que quiconque. Peut-être que ne pas parler lui permet d’écouter vraiment et de voir au-delà des apparences (qu’elle ne juge pas non plus, d’ailleurs).

Lorsque Lucie fugue et se révèle être introuvable, Aurore va décider de s’emparer de l’enquête. Le lecteur va l’accompagner dans son périple et va apprendre, avec elle, à lire derrière les yeux des gens, à ne pas tirer de conclusions hâtives à partir d’une simple impression, à assumer sa voix même si elle ne porte pas beaucoup. Dans cette aventure entre le monde réel (le monde à problèmes) et un monde imaginaire où tout va pour le mieux et dans lequel elle peut parler librement avec son amie Aube, Aurore donne une belle vision de la vie : et si nous apprenions à nous comprendre, à nous respecter et à prendre soin de la multiplicité des hommes ? Un livre à aimer seul sous la couette et à aimer partager. *Bon, OK, je le lâche…*

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : A touch of blue… MarineMuffins and booksJadorelalecture.com@la_fille_kamoulox@bafouille_gribouille

Et aussi des avis familieux : Maman Bek • @helenepetitvillage@untibebe@uk_french_family@lolaetsesminis


 

Et vous, au quotidien, quel est votre super pouvoir ?

« Einstein, le sexe et moi » d’Olivier Liron (Alma, 2018)

J’ai beaucoup entendu parler de ce livre et j’étais très curieuse de le lire. Le contexte de l’histoire singulier, le point de vue franc et le ton à l’humour tranchant, que dire si ce n’est que j’ai passé un très bon moment en compagnie d’Olivier Liron ?


Quatrième de couverture : « Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J’ai joué au jeu télévisé Questions pour un champion et cela a été très important pour moi.

Nous voici donc en 2012 sur le plateau de France 3 avec notre candidat préféré. Olivier Liron lui-même est fort occupé à gagner ; tout autant à nous expliquer ce qui lui est arrivé. En réunissant ici les ingrédients de la confession et ceux du thriller, il manifeste une nouvelle fois avec l’humour qui est sa marque de fabrique, sa très subtile connaissance des émotions humaines. »


Je vais être honnête, ce jeu télévisé ce n’est pas mon truc et il me met même parfois mal à l’aise quand je tombe dessus par hasard. Peut être parce que souvent les gens dans le gens sont tenus, ils sont dans le jeu, dans le challenge. Mais avec Olivier Liron nous sommes tout de suite à l’aise. Je ne sais pas vraiment comment l’expliquer mais je crois que j’ai adoré sa franchise, son regard sur ce qui l’entoure et parfois sa colère aussi. Une colère que parfois je comprends pour la partager.

Cette boule brûlante que tu aimerais pouvoir contrôler mais qui sort malgré toi et prend des formes plurielles. Cette colère créée par les autres qui sont devenus des menaces et qui doivent mériter la confiance qu’on leur accorde. Présumés dangereux. Automatique.

Alors dans un jeu qui implique d’éliminer l’autre pour ne pas être éliminé soi, il n’y a pas de pitié. Avec moi ou contre moi, pas d’entre deux dans ce jeu. J’ai beaucoup ri (j’ai aussi un peu pleuré, je le reconnais sans problème) et je me suis mise à suivre les manches comme s’il s’agissait de jeux olympiques historiques, c’était dingue ! Je tentais aussi de répondre aux questions avant de lire les réponses.

Olivier Liron, prenant des ponts entre le passé et le présent, nous parle des sévices qu’il a subit car il était perçu comme différent (honnêtement, ça m’a fait mal au bide tellement c’était cruel), nous parle de ses peurs et nous donne à lire son regard incroyablement précis sur son monde qui est aussi le nôtre.

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Et vous, avez-vous déjà lu cet auteur ?

❤ 👁 « Alpha : Abidjan – Gare du Nord » de Bessora et Barroux (Gallimard, 2014)

Impossible pour moi de faire un focus sur l’oeuvre de Barroux sans parler de ce roman graphique que j’ai adoré. Il faut des livres comme celui-ci pour porter des voix que l’on n’entend pas. Il faut des livres comme celui-ci, qui ont un discours qui déconstruit les préjugés et les stéréotypes.


Quatrième de couverture : « Alpha vit seul à Abidjan depuis que sa femme et son fils sont partis sans visa pour Paris, Gare du Nord. La rage au cœur, il décide de tout quitter pour les retrouver. C’est toujours mieux que de pourrir sur place. Plusieurs trajets sont possibles, des années de voyage en perspective… Sur les interminables routes de poussière, l’aventure se construit au gré de ses rencontres, inoubliables. De passeurs malhonnêtes en routes désertiques, de camps de réfugiés en canots surchargés, envers et contre tout, Alpha garde le cap : Gare du Nord. »


Tout au long de la lecture – qui est en réalité une triste aventure – nous allons suivre Alpha. Il va quitter Abidjan pour rejoindre la Gare du Nord. Ce voyage, c’est le seul qui va lui permettre de retrouver sa famille qui a fait le même voyage de nombreux mois avant, sans jamais donner de nouvelles.

Les rencontres qu’Alpha va faire vont l’aider à tenir sur la route autant qu’elles vont l’atteindre. Au lecteur, elles sont de multiples facettes de la souffrance de chacun, des risques et des raisons de faire ce chemin mortel : physiquement et psychologiquement. Alpha nous raconte donc les étapes et le quotidiens de ces aventuriers de l’exil. Des aventuriers qui sont parfois des enfants, des aventuriers qui doivent faire toutes sortes d’activités pour gagner de l’argent et payer des passeurs. Des aventuriers dont le rêve est de survivre.

Les illustrations sont bouleversantes dans leur urgence, dans leur franchise, dans leur ambiance qui est parfaitement en accord avec le texte. Entre les moments de tension, les avancées et les arrêts, ils ne font qu’un.

Un ouvrage nécessaire qui déconstruit des idées reçues et qui, malheureusement, rappelle aussi que l’homme peut parfois être son pire ennemi.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Les chroniques de Jean Dessorty


 

Et vous, quel livre sur l’exil conseilleriez-vous ?

« La nouvelle » de Cassandra O’Donnell (Flammarion jeunesse, 2019)

Ce livre m’a intéressée car son postulat de départ est dans la même veine que pour Le nouveau de Tracy Chevalier, en lagement moins poussé dans la tragédie cependant. Mais on est sur cette thématique de l’accueil et de la façon dont peuvent être vus ceux que l’on appelle les étrangers, comme si cela pouvait représenter une identité ou définir une personne.


Quatrième de couverture : « Je vous présente une nouvelle élève, annonça le prof, elle s’appelle Haya. Elle vient de Syrie…

C’est drôle, songea Gabriel, il y a des gens qui attirent l’attention sans qu’on sache pourquoi… Cette fille, il ne la connaissait pas, mais elle l’intriguait à cause de ses yeux graves et la manière dont elle relevait fièrement le menton comme un défi… »


Haya est arrivée en France avec sa famille. Ils ont fui la guerre, les bombardements, la peur, les sirènes, les bombes, les ruines et la mort. Lorsque la jeune fille arrive au collège, elle rencontre Gabriel. Gentil et amical, ils vont apprendre à se connaître et se lier.

Ce livre est une bouffée d’oxygène dans une ambiance actuelle qui frôle le vomitif. Je n’avais pas prévu d’écrire cette chronique si tôt mais j’ai tellement été choquée par des propos entendus récemments que je l’ai remontée dans la file.

La peur. Toujours elle. La corde de la peur asticotée, Haya va en faire les frais. Pourquoi ? Parce qu’elle a daigné vouloir survivre. Vraiment, quel toupet. Et survivre ça veut dire quitter son pays, celui de son coeur, de sa famille et de ses souvenirs. Survivre ça veut dire tout recommencer à zéro, reconstruire des repères et apprendre une langue totalement étrangère. Survivre c’est faire face à l’ignorance et à la bêtise de certaines personnes qui voient en l’autre l’ennemi. Mais, ce qu’ils ignorent, c’est qu’ils n’ont pas le pouvoir intimidant des chars et des bombes.

Sous nos yeux se construit entre Haya et Gabriel une histoire d’amitié forte. Une amitié qui sait tenir tête. L’arrivée d’Haya dans la vie de Gabriel amènera aussi celui-ci à mieux connaître sa propre histoire.

Une histoire de courage, de rencontre, d’amitié et, tout simplement, d’humanité. À partir de 10 ans.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : La curiosithèque


 

Et vous, quel livre sur ce sujet recommandez-vous ?

❤ « Les invités » de Pierre Assouline (Gallimard, 2009)

J’ignore depuis combien de temps je dois découvrir cet auteur et ce n’est pas faute d’avoir plusieurs de ses livres, souvent en lien avec mes centres d’intérêt. J’ai commencé en 2018 Retour à Séfarad sans vraiment réussir à rentrer dedans, il est donc un peu mis de côté. Les invités m’a quant à lui très fortement accrochée.


Quatrième de couverture : « Un dîner, de nos jours, dans la grande bourgeoisie parisienne. Afin de séduire son invité d’honneur – un puissant homme d’affaires étranger – la maîtresse de maison a convié ses amis les plus remarquables. Mais à la dernière minute, l’un d’entre eux se décommande : il n’y a plus que treize convives… Comme le dîner doit commencer à tout prix, la nouvelle invitée est choisie au mépris de la bienséance. Une véritable transgression.

La quatorzième convive devient alors le grain de sable qui fait déraper la soirée. Pour l’émerveillement des uns, pour le désespoir des autres.

Tout dîner est une aventure. »


Qui est donc cette quatorzième convive ? Il s’agit de Sonia ou plutôt Oumelkheir de son véritable prénom, jugé trop difficile à prononcer par son employeure qui a trouvé plus pratique de la renommer. Ca ne vous fait penser à rien ? Oui, oui. C’est bien cela, à la ségrégation au Etats-Unis par exemple. Le principe de propriétaire se substitue alors à celui d’employeur au principe du : tu m’appartiens, je peux changer ton identité. Car oui, Oumelkheir est l’employée de maison et, pour les personnes invitées au dîner, elle est avant tout identifiée ainsi. La bonne. Alors quand elle s’installe à table sans l’avoir choisi, cela crée chez certain/es une excitation malsaine.

Tout au long du repas, Oumelkheir sera la cible de curiosités (souvent mal placées) et d’attaques. Elle trouvera cependant certains soutiens et, s’ils sont parfois maigrelets face à la bêtise, ils ont le mérite d’exister et de ne pas faire couler la principale visée. Mais, dans la bonne société il faut remettre en place avec bon goût et sans vagues, surtout quand il y va de garder un emploi qui finance des études longues et coûteuses. Nous avons juste envie de mettre un coup de pied dans la fourmilière de la diplomatie. Mais sortir du cadre pour le faire ce serait aussi faire gagner les détracteurs, et ça il n’en est pas question. Ne pas leur faire ce plaisir, plutôt les prendre à leur jeu.

Ce qui est certain, c’est que ce dîner, chacun s’en souviendra. Chaque lecteur aussi.

« Séparément, ce sont des gens de qualité… Oui, presque tous, je vous l’accorde. Mais une fois ensemble, ils deviennent parfois imbuvables. Allez expliquer ça ! Au-delà de deux, la vie en société agit comme une compétition d’ego où la surenchère révèle ce que l’âme a de plus noir. C’est bizarre… » (p. 159)

J’ai adoré ce livre car il est une critique sociale mordante, pleine de verve, de finesse et d’intelligence. Il confronte des personnes qui évoluent dans un microcosme loin des réalités à leurs stéréotypes et leurs préjugés. Lorsque l’on pense que le trait est grossi on se rend finalement compte qu’il s’agit en fait de discriminations que l’on peut croiser au coin de la rue : qu’elles soient sociales, culturelles, racistes, religieuses, etc., tout y passe !

Mais, n’allez pas croire, il y a aussi des différences et des combats entre personnes de cette société dans la société : que ce soit de fonctions, de carrières, de philosophies de vie (comprenez de la façon de dépenser son argent), de codes et références, d’arbres généalogiques.

Ce livre est un florilège de remarques déplacées remises en place (ou qui donnent envie de le faire). Merci Pierre, ça fait un bien fou et réveille notre propre mordant !

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Les plumes qui papotent


 

Et vous, quel roman de Pierre Assouline conseilleriez-vous ?

👁 « Fagin le Juif » de Will Eisner (Delcourt, 2004)

J’ai énormément apprécié ce roman graphique qui rappelle, en plus de conter la possible histoire personnelle de Fagin, que les auteurs et autres influenceurs (si on veut le rendre très contemporain) ont une responsabilité vis-à-vis de leurs publics quant aux stéréotypes qu’ils peuvent véhiculer.


Quatrième de couverture : « Le Juif Fagin, tel que l’a décrit Dickens dans Oliver Twist, est l’un des méchants les plus mémorables de la littérature anglaise. Mais alors que l’auteur se défendait de tout antisémitisme, il créait avec ce personnage le parfait modèle du Juif exploiteur. Un cliché qui aura la vie dure.

Avec l’humanisme et la finesse qui le caractérisent, Will Eisner a voulu montrer qu’aucun individu ne peut se réduire à un stéréotype. Il a imaginé la vie qu’a pu mener Fagin, les épreuves douloureuses qui ont fait de lui une victime, comme tous les pauvres de Londres.

Une œuvre salutaire, mais aussi une lecture passionnante, par l’un des maîtres de la bande dessinée mondiale. »


Je n’ai pas lu Oliver Twist, je l’avoue. Mais ce roman graphique n’en reste pas moins abordable car Will Eisner est toujours là pour nous donner les informations nécessaires à la compréhension. Une partie du texte est inventée par l’auteur afin de montrer la vie qu’aurait pu avoir Fagin, issu d’une famille juive d’Europe de l’Est émigrée en Angleterre. De la difficulté de s’intégrer dans une société où la pauvreté fait rage et ravages, Fagin va vivre une vie façonnée de désillusions et de violence, notamment en passant par le bagne.

Will Eisner rappelle avec justesse que la rue et la pauvreté appelle aux petits trafics, que la survie demande parfois de s’arranger avec la loi. Il n’est en aucun cas de savoir si le receleur ou l’accusé est Juif ou d’une autre religion, ce qu’il demande de regarder en face c’est la pécarité de la vie des quartiers pauvres de Londres et que chacun, dans cettte situation, est amené à faire des choix pour manger.

Fagin en aura pris plein la tronche sur le sol anglais et dans ses colonies. De retour à Londres, il ne fera peut-être pas les bons choix, certes, mais ce sont des choix personnels qui ne demandent pas à être couverts du dénominateur Juif plutôt que du nom du personnage. Si l’histoire est en effet passionnante et déroutante de tant de malchance et d’actes manqués, Will Eisner reproche surtout le stéréotype construit avec le personnage de Fagin, qui fut par la suite tenace.

La dernière partie du roman graphique confronte Fagin à Charles Dickens et je l’ai vraiment trouvée remarquable. Will Eisner en appelle à la vigilance de chacun (et à la sienne aussi, car il reconnaît certains torts) de ne pas construire des stéréotypes qui alimenteraient des préjugés pour de longues années – ici concernant l’antisémitisme mais ce principe vaut bien entendu de manière générale. En fin d’ouvrage, l’auteur nous propose également des exemples d’illustrations faites de personnages juifs des 18ème et 19ème siècles : une démonstration magistrale.

« Un Juif n’est pas davantage Fagin qu’un gentil n’est Sikes ! » (p. 114)

En un mot, ce livre hybride est passionnant tant par l’histoire de Fagin que j’ai adoré découvrir que par le propos toujours présent en filigrane qui appelle à la responsabilité des auteurs. Remarquable.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : La Case de l’Oncle Will


 

Et vous, avez-vous lu Oliver Twist de Charles Dickens ?

« Robot sauvage » de Peter Brown (Gallimard jeunesse, 2017)

Cela faisait plusieurs fois que je me retrouvais nez à nez avec ce livre, que je tournais autour sans finalement me décider à le prendre… jusqu’à ce mois de décembre plein de surprises ! Et je l’ai déjà prêté à mon neveu pour qu’il le dévore à son tour.


Quatrième de couverture : « Un cargo fait naufrage. Rozzoum unité 7134, alias Roz, échoue sur une île déserte. Pourra-t-elle survivre dans la vie sauvage ?

Une splendide et captivante aventure, pleine de dangers et d’émotion. Un hymne à la nature et à l’amitié. »


Si je dois commencer par l’un des plus grands plaisirs liés à ce roman c’est sans aucun doute par ses illustrations et leur poésie. J’ai absolument été sous le charme du style graphique de l’auteur, refeuilletant le livre pour uniquement en savourer les images, les unes après les autres et refaire l’histoire sans le texte. Magnifique ! S’il existe des tirages sérigraphiés à vendre de certaines des planches du livre, je suis preneuse ! ♥

Ce livre, conseillé pour les enfants à partir de 9 ans, a un texte abordable et se lit très facilement. Il pourra même être mis entre les mains de lecteurs un tout petit peu plus jeunes mais ayant un très bon niveau de lecture.

Si le début m’a paru un peu long à se mettre en place, à accrocher le lecteur, l’histoire démarre malgré tout assez rapidement et nous nous prenons d’affection pour les animaux sauvages de l’île où arrive sans le comprendre Roz, autant que nous apprécions le personnage du robot. Entre candeur et esprit algorythmique froid, Roz va peu à peu apprendre à comprendre la nature, va découvrir les émotions et ainsi réussir à s’intégrer dans la vie sauvage. Une vie pour laquelle l’entraide est essentielle, une vie difficile qui ne fait pas de cadeaux.

Entre hymne à la nature et aux animaux et roman de science-fiction (pas si fictionnel) pour les jeunes lecteurs en herbe, ce roman réinvente des classiques d’aventures en terres inconnues et interroge les progrès technologiques au même titre que la distance prise avec les trésors naturels de la planète. Il vient également parler et faire réfléchir aux différences, aux préjugés, au vivre ensemble, à l’intégration et à l’amitié, même aux rapports entre enfants et parents. Rien que ça !

Un livre qui ne manquera pas de faire rire comme d’humidifier les petits yeux, un livre qui sera une très belle aventure pour les petits-grands et les grands-petits.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : sir this and lady that [Merci beaucoup Linda Ladythat pour l’info de parution d’un second volume aux États-Unis ! Comme elle, j’attends sa traduction avec impatience ! ♥ ] • A saute-livresRêves animés


 

Et vous, quels livres de Peter Brown conseillez-vous ?

« Les encombrants » de Dominique Sampiero (Grasset, 2009)

Ce livre est un nouvel arrivé dans ma bibliothèque, suite à mon braquage organisé des rayons d’Emmaüs du week-end dernier. La quatrième de couverture m’a beaucoup intriguée et elle promettait encore de bien laides réactions humaines face à la différence. Que de promesses !


Quatrième de couverture : « Un petit village du nord de la France. Tout le monde se connaît. Tout le monde feint d’ignorer ce qu’il sait des autres. Jean l’orphelin a grandi dans les bois voisins.

Devenu adulte, il est l’idiot, qu’on injurie ou qu’on bénit. Il est un peu comme ces encombrants dont on se débarrasse sur le trottoir, une fois par an, le jour des monstres, et dont il meuble sa baraque perchée sur la fourche d’un arbre… au pied duquel, un matin, on retrouve le corps sans vie d’une jeune fille. »


Dans ce roman, nous suivons plusieurs personnages, en particulier Jean, vu comme l’idiot du village, et Ciara, une belle jeune fille de seize ans.

Dominique Sampiero prend le temps de décrire le petit village du Nord où va dérouler le récit. Les on dit qui se sèment et sont portés par le vent, qui font réagir et puis laissent place à l’indifférence. Dans ce village, Jean vit de ce qu’il trouve et de ce qu’il glane aux habitants inattentifs qui laissent sur les fils du linge à portée de main. Celui que l’on appelle Hérisson rouge, car son nom n’est plus prononcé par les habitants, se sert et donne en échange de l’eau de pluie qui récupère dans la forêt. L’eau et les reflets de la lumière le fascinent, il est dans son monde, il a créé une bulle qui le protège, loin de tout sauf de la nature. Sa différence inquiète comme elle attire, en particulier les jeunes filles qui s’amusent de ce beau garçon roux qui, caché, les observe.

« Madame Lamant sait que Jean est le fils de Jeanne et de Victor et qu’à sa naissance, Jeanne est morte avec le jumeau de Jean coincé dans son ventre. Victor a enterré sa femme et son autre fils le même jour.

Cet après-midi-là, le ciel se retira du ciel jusqu’à la nuit. Tout le village marcha en silence derrière le corbillard. Le poison de la rumeur noircissait les langues. Un bébé qui tue deux innocents est l’enfant du diable. »

Recueilli jusqu’à ses douze ans par Madame Lamant, Jean développera une peur des hommes en même temps qu’un mutisme important, avant de fuir dans la forêt pour y vivre dans un cabane construite il y a longtemps par son père. Car la rumeur a le pouvoir de détruire et d’isoler, la superstition aussi. Et quand la rumeur et la superstition sont partagées par la plupart des habitants, elles deviennent une vérité à leurs yeux.

Ciara est une jeune fille de seize ans qui évolue dans un milieu familial un peu étouffant de protectionnisme (surtout de la part de son père Marco). Elle va mal. Elle a mal au ventre, elle veut même peut-être mourir. Elle se pose la question en tout cas. Un jour, elle part. La pluie tombe sur la forêt et elle se réfugie dans la cabane de Jean, la pensant abandonnée. Ils vont se rencontrer, à leur manière, car elle aussi s’amuse de l’eau et de ses jeux de reflets et de sons.

La famille puis le village apprennent sa fugue, sa disparition et la peur s’installe. La suspicion aussi. Les regards se tournent vers la forêt et vers le Hérisson. Son corps sans vie, violenté est retrouvé à proximité de la cabane. L’auteur du crime est tout désigné. Mais est-ce les preuves qui pointent le doigt vers Jean ou est-ce la rumeur qui le trouve à son goût ?

Une terrible leçon est à tirer de ce roman, quand les mauvaises langues détruisent avec la même puissance qu’une moissoneuse lancée à vive allure.

Une découverte de Dominique Sampiero qui arrive à mettre de la poésie dans l’horreur et l’injuste, et qui me donne très envie de poursuivre ma découverte avec Holy Lola.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Allumelettres


 

Et vous, avez-vous déjà lu cet auteur ?

❤ « Wonder » de R. J. Palacio (Pocket jeunesse, 2013)

Les nombreuses chroniques sorties depuis plusieurs mois m’ont énormément donné envie de découvrir ce roman jeunesse tourné vers les thèmes de la différence, de l’acceptation de soi, de la construction de l’identité durant l’enfance.


Quatrième de couverture : « Ne jugez pas un livre sur sa couverture. Ne jugez pas un garçon sur son apparence. Je m’appelle August. Je ne me décrirai pas. Quoi que vous imaginiez, c’est sans doute pire.

Né avec une malformation faciale, August, dix ans, n’est jamais allé à l’école. Aujourd’hui, pour la première fois, ses parents l’envoient au collège… Pourra-t-il convaincre les élèves qu’il est comme eux ?


J’ai beaucoup apprécié le fait de voir à travers les yeux de différents personnages, cela a donné toute son ampleur et un réalisme à la situation. Chacun voit le monde à sa façon et nous avons ici un positionnement qui laisse un espace aux émotions et aux doutes de chacun.

Si l’histoire et les péripéties sont enfantines, naturellement, elles soulèvent également des questions d’adultes, notamment en ce qui concerne les réactions de certains parents. Aucun parent n’est parfait, cependant il se positionne comme un modèle, alors autant éviter d’être le dernier des cons. Parfois ce sont les enfants qui montrent la voie à leurs parents, car s’ils peuvent parfois être cruels, ils ont leur propre regard sur le monde et il leur est plus facile de reconnaître qu’ils se sont trompés. Il y a une réelle intelligence émotionnelle chez l’enfant. *Ouais, c’est hyper-pompeux-pouet-pouet*

J’ai été très touchée par cette histoire, ce livre finira entre les mains de mes neveux quand ils en auront l’âge, sans aucun doute.

Après la découverte du livre, j’ai souhaité découvrir le film. Grosse erreur, désolée, j’ai cruellement manqué de clairvoyance. Déception intersidérale, des éléments importants n’apparaissent pas, comme l’épreuve de l’apparail auditif qui m’a absolument brisée le coeur dans le livre. Je ne suis pas non plus très orientée cinéma familial, il faut le reconnaître… Très superficiel par rapport au livre, il manque des éléments qui font tellement sens que ça rend le tout assez édulcoré. Le livre nous fait vivre la souffrance d’Auggie, le film nous met à distance. Manqué.

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Et vous, avez-vous eu la même réserve (c’est peu dire) vis-à-vis du film ?

❤ « Rat et les animaux moches » de Sibylline, Capucine et Jérôme d’Aviau (Delcourt, 2018)

Cette couverture à la fois adorable, vintage et mystérieuse a tout pour attirer l’attention des adultes et des plus jeunes. Je vous emmène avec moi découvrir cette tendre ballade, pleine de positivisme et de bienveillance.


Quatrième de couverture : « Ne supportant plus les hurlements injustes de la propriétaire, Rat part à la recherche d’une nouvelle maison.

Ses errances vont le mener au Village des animaux moches qui font un petit peu peur. Rat va petit à petit découvrir que les habitants ne sont pas toujours heureux.

Il va s’investir dans cette mission et dévouer sa vie à la réhabilitation des animaux moches… »


Je m’attendais à un ouvrage pour adulte mais il s’adresse plus à l’enfant qui est en chacun de nous et aux enfants qui nous entourent. Mais à chaque âge de lecture la morale trouve un sens. L’ambiance des dessins et des textes fait vraiment appel à des livres d’antan, on entend presque la voix d’un/e conteur/se, rocailleuse et douce à la fois. Ce livre, ça a été un petit nuage de coton, parfois un peu mouillé parce que, oui, je suis une grosse chouineuse ! *Processus d’acceptation enclenché*

Nous suivons lors de ce récit les aventures de Rat, qui va rencontrer les animaux moches qui font un petit peu peur et découvrir qu’assumer l’image que se font les autres de soi n’est pas toujours facile. Rat, éternel chevalier servant de l’optimisme et de l’espoir va alors chercher des solutions pour changer la vie des différents animaux.

Ne voulant encore une fois pas en dire et prendre le risque de gâcher votre lecture, j’ajouterai simplement que c’est un livre qui permettra peut-être à des enfants de ne plus avoir certaines phobies, et à tous de réaliser que le jugement physique peut détruire et qu’aider et apporter de la joie autour de soi est un moteur qui a une dynamique incroyable. Bon, se libérer des cons, c’est aussi très salvateur. D’autant plus que certains animaux sont parmi les plus mignons du monde, ce qui interroge directement le jugement du beau et du laid en société, notamment du fait de croyances populaires ancrées.

Une très jolie promenade qui ramène en enfance, aux bons sentiments et à l’humour mordant qui font sacrément du bien ! Depuis ma lecture, l’araignée qui habite ma voiture (ou est-ce moi qui conduit sa maison ?) a été rebaptisée Mauricette et je ne la cherche plus pour avis d’expulsion. J’ai adoré ma lecture seule mais je pense que ce doit être vraiment sympa à faire entre parents et enfants (je vais essayer avec mes neveux cet été, c’est sûr et certain) !

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : L’Emeraude litteraireChroniques MartiennesLes voyages de LyBd-Chroniques de Jacques SchraûwenSambaBD


Et vous, avez-vous un livre tout doux à recommander ?