❤ « Requiem » d’Anna Akhmatova (Interférences, 2005)

Traduit du russe et illustré par Sophie Benech

Anna Akhmatova (1889-1966) a connu les répressions politiques en URSS de l’époque stalinienne. Elle prouve la force de la poésie pour dire la douleur et l’épuisement, pour dire aussi la colère et la détermination – en particulier des femmes – sans oublier la volonté de faire lumière et de rendre ainsi un peu justice aux victimes.

Quatrième de couverture : « En Russie, à la fin des années trente, parmi les millions d’innocents arrêtés qui disparaissent dans les cachots et dans les camps, il y a le fils d’Anna Akhmatova, un des grands poètes russes du siècle. Elle compose alors des poèmes qu’elle n’ose même pas confier au papier : des amis sûrs les apprennent par cœur et, pendant des années, se les récitent régulièrement pour ne pas les oublier.

En évoquant sa tragédie personnelle, Akhmatova parle au nom de toutes les victimes, et aussi de toutes les femmes qui, comme elle, ont fait la queue pendant des semaines et des mois devant les prisons. Ses vers formés des pauvres mots recueillis sur leurs lèvres, comptent parmi les plus poignants de la littérature russe.

Les dizaines de millions de voix étouffées et brisées qui, grâce à elle, traversent l’espace et le temps pour parvenir jusqu’à nous, résonneront encore longtemps dans la mémoire de la Russie. »

Durant la terreur stalinienne, le premier mari d’Anna Akhmatova a été exécuté, son fils a été arrêté et longuement emprisonné à plusieurs reprises, son troisième mari fut envoyé dans un camp où il mourut. Elle fut écartée de la vie littéraire et personnellement menacée. Ses textes ne pouvaient être conservés pour des questions de sécurité, ce furent donc ses amis qui les apprirent et les retinrent jusqu’au jour où ils purent être couchés sur papier.

Ici, Anna Akhmatova dit avec force l’injustice de l’enlèvement de proches, la difficulté de ne pouvoir avoir de nouvelles, le cruel mutisme de la prison, la folie que peut créer en soi la disparition d’un être aimé. Elle dit le bruit des bottes, les cliquetis des serrures des cellules, les cris des femmes et des mères qui attendent face à la prison.

Il faut lire ces poèmes pour nous souvenir et rendre hommage à ces femmes qui ont attendu, pleuré et défendu leurs maris, leurs fils, leurs frères, leurs pères. Des femmes courageuses mais piétinées par un pouvoir totalitaire et paranoïaque. Il faut lire ces poèmes pour nous souvenir et rendre hommage aux millions de personnes innocentes qui furent arrêtées, emprisonnées et envoyées en Sibérie.

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Et vous, quel livre sur la terreur stalinienne conseillez-vous ?

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👁 « Prête-moi une fenêtre » & « Ce peu de vie » de Hala Mohammad (Bruno Doucey, 2018 ; Al Manar, 2016)

Lors de la préparation de ce mois thématique, plusieurs recueils de poésie se sont imposés à moi. Comme une évidence. Ces deux recueil d’Hala Mohammad en font pleinement partie et, depuis que je les ai lus, je les ouvre et les réouvre régulièrement. Je découvre et redécouvre sa voix, faite de lumière pour éclairer les ombres. Ce deux recueils sont présentés dans une édition bilingue arabe-français.

Née à Lattaquié, en Syrie, en 1958, Hala Mohammad a été amenée à fuir son pays pour trouver refuge en France.

« Ce peu de vie »

Quatrième de couverture : « Les papillons / Emigrant avec les familles / Sur les ballots / Sur les fleurs des robes des filles / Dans les poches des grands-mères / Dans les supplications des mères, / A la frontière / Ils ont ôté leurs couleurs / Et sont entrés dans leur exil / Photo souvenir / En noir et blanc. »

Premier recueil de Hala Mohammad publié en français, vingt-cinq poèmes qui disent l’absence, les lieux quittés, les joies passées, les violences qui perdurent dans la patrie perdue. L’autrice mêle aux mots emprunts de douceur, aux espaces de l’enfance et de la maison, la réalité crue. Elle crée un espace qui se déchire entre espoir et quotidien qui le malmène.

Un recueil qui nous parle d’humanité et de la Syrie dévastée. Parfait pour une première découverte de l’autrice et pour découvrir, en même temps, la maison d’édition Al Manar que je ne connaissais pas.

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« Prête-moi une fenêtre »

Présentation de l’éditeur : « La maison a beaucoup changé après ton départ… Les mots par lesquels s’ouvre le recueil d’Hala Mohammad laissent entendre qu’il y a un avant et un après, un ici et un ailleurs. Plus encore, un billet aller qui ne donne à l’exilée que peu d’espoir de retrouver indemne le pays qu’elle a laissé derrière elle. De poème en poème, l’auteure cartographie l’absence et son cortège de chagrins. Une révolution orpheline. La guerre. Les routes de l’exil. Les dures conditions de vie des gens qui ont parfois tout perdu mais qui continuent à vivre et à aimer. Car ce sont eux qui intéressent la poète-documentariste qui progresse caméra au poing. Avec un sens inné du court-métrage, elle défie la peur et nous livre un texte d’une force rare contre la géographie de la tyrannie. Sois la bienvenue, Hala : cette maison d’édition aux fenêtres ouvertes sur le monde est la tienne ! »

C’est avec le même ton que Hala Mohammad compose ce second recueil avec les éditions Bruno Doucey. A la fois dans l’évocation personnelle et tournée vers l’autre, l’autrice nous parle de son quotidien, de ses souvenirs, de ses proches, de l’adaptation à une nouvelle vie qui crie l’absence, de ce qui ne passe jamais, de la guerre, de la tyrannie, de l’effort pour l’oubli ne serait-ce que quelques minutes, d’autres personnes déracinées, des disparu·e·s.

C’est un recueil extrêmement dense et percutant. Certains poèmes sont gravés en moi, notamment lorsqu’elle parle d’être une gardienne de cimetière – ce dernier n’étant pas celui qu’on s’imagine – ou lorsqu’elle dépose des fleurs sur des tombes, au hasard, espérant que quelqu’un en déposera une sur celle de sa mère, sous l’olivier, en Syrie. Ce sont des pensées à la fois quotidiennes, que chacun·e de nous peut saisir, et en même temps complexes que partage Hala Mohammad.

On sent puissamment la déchirure et les voyages mentaux qu’elle réalise dans la maison de son enfance, probablement détruite depuis. Elle pense à la porte, au seuil, aux murs, aux détails qui faisaient un lieu réconfortant et unique pour elle, dans lequel ont déambulé des êtres chers. Ces pensées ont eu beaucoup d’écho chez moi, alors même que je ne peux en aucune manière comparer mon parcours au sien. Mais là est aussi la puissance de l’universalité de certaines expériences, comme celle des chansons de l’enfance qui s’inscrivent, se tatouent, en nous pour la vie.

Si j’ai été plus sensible à certains aspects qu’à d’autres, chaque poème est fort et porte une voix que je vous invite à lire et dire à voix haute à votre tour, pour qu’elle s’envole librement et qu’elle touche, peut-être, d’autres personnes encore. De mon côté, je vous donne rendez-vous très vite pour vous reparler de cette autrice, même s’il m’est toujours difficile de rassembler mes idées pour vous parler de poésie.

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Et vous, quelle est votre dernière découverte poétique ?

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❤ « Ce que poète désire. Anthologie de poèmes pour la jeunesse » d’Abdellatif Laâbi, illustré par Laurent Corvaisier (Rue du monde, 2021)

Cette anthologie illustrée a été réalisée pour la jeunesse mais tout adulte pourra avoir une révélation lors de sa lecture. Ce fut mon cas. Page après page, je suis tombée en amour pour les mots et les convictions humaines d’Abdellatif Laâbi. Je vous reparlerai prochainement d’autres de ses oeuvres, sans aucun doute.

Quatrième de couverture : « Abdellatif Laâbi, grande voix de la poésie, propose aux jeunes lecteurs un bouquet généreux de poèmes qu’il a choisis dans le vaste jardin de son œuvre. On y lit son profond désir de partager tendresse et humanité, de bousculer le monde, de placer au-dessus de tous les autres drapeaux, ceux de ­la poésie et de la liberté. »

Ce recueil est composé de plusieurs parties dont chacune propose des poèmes issus de différentes publications de l’auteur (de quoi nous donner envie de toutes les découvrir) : Le poète en prison, Accrochées aux étoiles, Amour, amours, Les petites choses, Murmures, Le cri, Sourires, Espoirs.

A la fois regard sur le monde d’hier et d’aujourd’hui et sur la vie que nous vivons chacun·e dans l’intimité de nos sentiments, Abdellatif Laâbi transmet la beauté des mots et la force de l’amour autant que celle de la révolte face à l’injustice.

Ayant vécu l’emprisonnement et la perte de proches en raison de leur engagement (je pense notamment à Tahar Djaout, que je découvre en ce moment), l’espoir qu’il porte et les cris qu’il pousse traversent le cœur des lecteur·trice·s et ne peuvent les laisser indifférent·e·s. La lecture s’est faite avec de gros battements de cœur, des sourires et des yeux humides.

Abdellatif Laâbi compose une poésie qui résonne dans nos aujourd’hui pour que les demains soient meilleurs et respectent la dignité humaine. Les mots sont accompagnés par les illustrations expressives de Laurent Corvaisier, que l’on retrouve régulièrement dans le catalogue de cette très belle maison qu’est Rue du monde.

Deux recueils pour la jeunesse d’Abdellatif Laâbi ont paru en mars dernier, celle-ci et Ouvrons l’oeil du coeur ! (édition bilingue également illustrée par Laurent Corvaisier). Une belle valorisation d’un auteur que j’ai hâte de découvrir davantage et que je vais partager avec mes neveux et nièces.

Difficile de résumer un recueil de poésie, le plus simple est de le découvrir et je ne peux que vous le conseiller.

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Et vous, quelle est votre dernière découverte poétique marquante ?

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« Feux » de Perrine Le Querrec (Bruno Doucey, 2021)

J’ai découvert Perrine Le Querrec avec son recueil extrêmement difficile mais non moins nécessaire Rouge pute. Alors, quand j’ai vu que les éditions Bruno Doucey éditaient son nouveau recueil, je n’ai pas hésité longtemps.

Présentation de l’éditeur : « Quel point commun y a-t-il entre la caverne où dansent des ombres, la ville de Pompéi et la bibliothèque d’Alexandrie ? Entre Jeanne d’Arc et Antonin Artaud ? Entre le Reichstag et Oradour-sur-Glane ? Entre un autodafé et une immolation ? Entre la rue de la Vieille-Lanterne à Paris et la place Jacques-Cartier de Montréal ? Entre la femme d’Henri Michaux et le printemps arabe de 2011 ? Entre la nuit polaire de Jack London et l’Australie de 2019 ? Il faudrait un répertoire pour dénombrer tous les feux dont parle Perrine Le Querrec dans ce livre incandescent. À la plasticité du feu répond celle de la page : que le poème soit centré comme un brasier ou en colonnes comme des flammes, l’arc électrique des mots crépite sur le papier. Un livre qui réactive une mémoire enfouie et allume des signaux. De quoi attiser la curiosité du lecteur qui brûle déjà d’entrer dans ces pages. »

Le feu : qui permet la vie et inflige la mort. Le feu : comme outil de persécution et comme arme de rébellion. Le feu : réel ou symbolique. Tous les poèmes de ce recueil parle de feux, qu’ils soient littéraires, historiques, sociaux ou encore linguistiques.

De l’origine de l’humanité aux plus grands drames de l’histoire, en passant par des faits quotidiens et des explorations d’oeuvres littéraires, la multitude de références rassemblées par Perrine Le Querrec ont fait entrer mon esprit à l’état d’ébullition. C’est un véritable voyage dans le temps et dans l’espace.

Nombre de poèmes m’ont plus, dans leur fond mais aussi dans leur forme. Car cette dernière est vraiment travaillée. La composition des poèmes est parfois très visuelle et j’ai vraiment apprécié ce processus qui s’est ajouté à une oralité efficace. Cela m’a donné un sentiment de complétude dans la démarche poétique.

Si vous me connaissez, vous devez vous douter que j’avais une petite curiosité particulière. Je travaille sur la représentation de la Seconde Guerre mondiale – et plus particulièrement de la Shoah – dans la littérature et je m’attendais donc à lire des poèmes sur le sujet. Je trouve la proposition de Perrine Le Querrec très forte, percutante en peu de mots. Nous reconnaissons immédiatement Auschwitz-Birkenau, nous reconnaissons immédiatement Oradour-sur-Glane. (Ce petit focus ne concerne qu’une toute petite part du recueil.)

Si nous sentons tout au long de la lecture l’intérêt de l’autrice pour l’histoire et ses moments marquants, il est impossible de ne pas parler de féminisme. L’engagement de Perrine Le Querrec s’exprime avec coeur et colère, détermination et incandescence.

Il ne me reste plus qu’à découvrir les événements que je ne connais pas encore – et d’approfondir les autres – afin de relire les poèmes à la lumière de nouvelles connaissances. J’ai hâte de relire et de redécouvrir ce recueil.

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Et vous, à quoi pensez-vous avec le mot « feu » ?

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« Brûler Brûler Brûler » de Lisette Lombé (L’Iconoclaste, 2020)

Avec la rentrée littéraire les éditions L’Iconoclaste ont lancé leur nouvelle collection L’Iconopop dédiée à la poésie. Si depuis de nombreuses années ce genre littéraire paraît boudé par les lecteurs•trices, il semblerait que plusieurs maisons d’édition se (re)lancent dans l’aventure. Effet Rupi Kaur peut-être ? Faites-moi confiance pour surveiller cela de près.

Quatrième de couverture : « Te faire douter. Te faire avoir peur. / Te faire avoir honte de ta couleur. […] / Qui oubliera ? Qu’à un noir, on disait tu…

Antiracistes, féministes, politiques, les mots de Lisette Lombé font battre le pavé et le coeur. Le poing levé, à coups de mots et de collages, elle dénonce les injustices et poursuit le combat de ses aînées, d’Angela Davis à Toni Morrison. »

Sur trois recueils publiés par la maison d’édition, pourquoi ai-je choisi celui-ci ? Pour ses engagements décrits en quatrième de couverture. Car j’ai besoin de cette puissance des mots qui demandent justice et qui ouvrent les yeux et le cœur.

Des combats, il y en a tellement qu’il faudrait bien plus que ce recueil, on le sent, pour que s’exprime en intégralité la colère de Lisette Lombé. Sans compter que chaque jour est porteur de son injustice et de sa violence. Alors l’auteure écrit, découpe du papier glacé et réalise des collages. Son expression est son arme : dire, slammer, écrire, nous confronter aux réalités.

Sexisme, violences faites aux femmes, violences faites aux enfants, racisme, homophobie, isolement, assignation, pauvreté, hypocrisie, perte, deuil, transgression des règles imposées pour vivre, ne serait-ce qu’un peu, sensualité libre. Les sujets s’additionnent et le rythme musicalise à nos oreilles.

L’ensemble claque, cogne nos neurones et le centre de nos émotions, pour que nous réagissions. Et si tous les poèmes ne m’ont pas parlé de la même façon, avec la même intensité, ils m’ont transmis leur hargne, qui s’ajoute à celle que j’avais déjà, pour refuser chaque jour de baisser les yeux devant l’indigne, pour ne pas accepter.

Un mélange en vers et en prose (et en collages), qui prend source dans des faits de société précis ou dans des faits systémique et qui peut s’apparenter à de la poésie documentaire. Si vous aimez ce positionnement je ne peux que vous recommander de découvrir Claudia Rankine qui fait immensément vibrer mon cœur.

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Et vous, quelle place a la poésie dans votre quotidien de lecteur•trice ?

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« BUS 83 » de Ramona Bădescu et Benoît Guillaume (Le port a jauni, 2020)

Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris le temps de vous parler de poésie, et c’est avec beaucoup de plaisir que je le fais aujourd’hui avec une très belle maison d’édition : Le port a jauni.

Cette maison d’édition marseillaise publie des albums et des recueils de poésie bilingues en français et en arabe et porte les cultures et les regards de la Méditerranée.

Quatrième de couverture : « Après Par hasard (Le Port a jauni, 2019), Ramona Bădescu et Benoît Guillaume ont renouvelé l’expérience d’une résidence commune. Ensemble, ils ont parcouru le trajet du BUS 83 à Marseille et se sont installés aux mêmes endroits, au même moment, l’un dessinant, l’autre écrivant.

Le BUS 83 va du Vieux-Port à la mer, de jour comme de nuit, on en descend à tout moment, le long de la Corniche. On est dedans, on est dehors, en ville et à la plage, seul et entouré, la ville de Marseille est là ! »

Court recueil de 36 pages est riche d’humanité : il décrit et montre les usagers du BUS 83 de Marseille. L’auteure et l’illustrateur donnent une place à l’individu dans les transports bondés et font ressortir en même temps la composition d’un tout dans sa diversité et dans son commun.

Le BUS 83 amène au bord de mer, l’escapade d’une semaine difficile, le bol d’air des enfants, le moment de répit et de plaisir de beaucoup de personnes. Un autre espace commun.

La description des différences rassemble indéniablement car le•la lecteur•trice se retrouvera dans plusieurs éléments, fera aussi remonter à la suface des souvenirs de moments vécus, des plaisirs oubliés, la chaleur de l’été (si proche et pourtant déjà si lointaine).

Des tranches de vies touchantes, émouvantes, amusantes, des instants volés pour être mieux partagés en mots et en images. Roulée dans ma couette, j’ai presque eu le sentiment d’entendre les conversation et de sentir le soleil.

Un recueil plein de sensibilité, le regard tourné vers les autres, qui offre une place à chacun d’entre nous qui pouvons vite être perdus dans la foule.

La traduction vers l’arabe a été réalisée par Golan Haji, auteur dont je vous parlerai très vite.

Oui, toi aussi / viens ! monte ! / il y a un place / encore / si on se pousse / dans le BUS 83.

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Et vous,  ?

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« Et arrivées au bout nous prendrons racine » de Kristina Gauthier-Landry (La Peuplade, 2020)

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Me mettant plus sérieusement à la poésie contemporaine depuis quelques mois, j’ai décidé de découvrir ce recueil tout juste sorti, de voyager vers la Côte-Nord, dans la musicalité de ses mots, dans son vent marin et son paysage bleu et rocheux.

Quatrième de couverture : « Il y a le retour prudent sur le chemin des origines, le long de la côte, où les maisons boudent. La poésie mène alors à l’enfance, paraît gourmande, des bleuets en confiture, un coeur de lièvre sous la dent. Ici, les bonheurs disponibles s’empilent sur tout ce dont on ne parle pas, des pères horizon, des mères à la gorge inquiète. Et arrivées au bout nous prendrons racine annonce la réconciliation avec un territoire, ce lichen millénaire parmi lequel s’en vont renaître femme et fille, main dans la main, ébruite ce nord hostile et fertile, fait de grands espaces et de petites choses. De doigts gelés et de pain chaud. Et, surtout, de silence. »

Kristina Gauthier-Landry nous invite dans son enfance, dans des souvenirs tiraillés entre les plaisirs simples et souvenirs heureux et la conscience du territoire limité, de l’ailleurs qui appelle. Une construction que j’ai sentie en creux comme un corps incomplet : être ici et manquer d’ailleurs, être ailleurs et porter la mémoire d’ici. Un écartèlement mélancolique qui cherche ses racines pour mieux les retrouver après les avoir quittées.

La vie au village est marquée par la pêche, elle est le travail des hommes – maris, pères, frères, fils – elle est le repas sur la table et les biens du quotidien, mais elle est aussi le mélange d’angoisse et de joie de voir revenir les bateaux et leurs habitants aux parfums de sel et d’horizon. C’est une vie exigeante avec les hommes, les femmes et les enfants, dans un espace reculé, presque inaccessible où le travail va de pair avec le danger et l’incertitude quant aux lendemains. La question et d’accepter ou non ce quotidien qui se transmet, dont on hérite.

Le quotidien est aussi emprunt de joies infinies propres à l’enfance, de plaisirs gourmands (dans lesquels je me suis retrouvée) à la valeur de trésors, de beautés naturelles, de joies intenses au retour du père, de moments de complicité aux côtés de la mère qui attend. Mais il reste toujours à tuer l’ennui pour oublier le manque de distractions, lister ce que l’on a pour remplir le vide des bonheurs indisponibles.

Une fracture. L’enfance bascule, l’adolescence et la révolte. J’ai senti une brisure intime sans réussir à mettre le doigt dessus, mais déjà l’annonce d’un départ prochain comme refus du chemin de vie tracé par le village, une rupture avec les traditions des lieux et l’angoisse qui les habille de son châle de ciel : infinie et permanente.

Il faut parfois une rupture pour trouver une réconciliation, avec son histoire, son patrimoine, avec soi-même. Partir pour se donner le temps de ressentir le manque.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Mon coussin de lecture


 

Et vous, connaissez-vous cette maison québécoise ?
En recommanderiez-vous une autre ?

 

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❤ « Rouge pute » de Perrine Le Querrec (La Contre Allée, 2020)

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Difficile de mettre un coup de cœur sur ce recueil de poésie. Parce que son sujet est immensément terrible, parce que les mots qui le composent le sont infiniment aussi. Mais ce coup de cœur représente ma conviction qu’il doit être lu par un maximum de personnes.

Quatrième de couverture : « Pendant plusieurs semaines, des femmes, des héroïnes, m’ont confié leur vie et leurs mots. Notre besoin commun de briser le silence et l’indifférence autour des violences conjugales et ses nombreux visages. […] C’est cela que vous allez lire. Perrine Le Querrec »

Chaque histoire, chaque épreuve est unique car chaque victime l’est, et pourtant elles font partie d’un ensemble : les violences faites aux femmes. Et la violence est multiple, elle vient du conjoint, mais aussi des regards extérieurs, des procédures, du système. Les témoignages transcrits en poésie expriment la douleur en même temps que le poids de la culpabilité pour beaucoup de ces femmes qui ont réussi à partir, à se sauver, littéralement.

Partir, c’est être celle qui empêche le lien entre les enfants et leur père. Dire, c’est remuer des vies voisines réglées, c’est presque déranger les autre, c’est faire face au jugement. Survivre, ce n’est presque pas un argument suffisant. Et après, jour après jour, il faut mettre un pied devant l’autre, avancer et tenter de se reconstruire, prendre sa revanche sur la vie, sur les mots, sur les coups. Alors que la peur est toujours là.

Ici la parole se libère. Ce sont cette douleur et cet espoir d’un meilleur demain que met Perrine Le Querrec en poésie. C’est difficile à lire, c’est littéralement glaçant, certains passages donnent la nausée, mais c’est là, c’est vrai, c’est réel et ça continue.

Ce recueil est infiniment nécessaire, alors que le confinement a malheureusement amplifié les violences, a renforcé le piège des bourreaux conjugaux, des bourreaux familiaux.

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Et vous, quel livre sur ce sujet voulez-vous mettre entre toutes les mains (adultes) ?

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❤ « Citizen : ballade américaine » de Claudia Rankine (L’Olivier, 2020)

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Claudia Rankine est une universitaire et auteure qui écrit notamment de la poésie. Une poésie ancrée dans le quotidien de la société américaine, une poésie documentaire qui rend compte du racisme qui perdure, qui a la peau dure, qui s’immisce dans les interstices de chaque jour.

Quatrième de couverture : « À terre. À terre tout de suite. J’ai dû aller trop vite. Non, tu n’allais pas trop vite. Je n’allais pas trop vite ? Tu n’as rien fait de mal. Alors pourquoi me contrôlez-vous ? Pourquoi suis-je contrôlé ? Fais voir tes mains. Les mains en l’air. Lève les mains.

L’attaque est préméditée, assumée, d’une violence intolérable. Ou bien c’est simplement la langue qui fourche sans qu’on s’en rende compte, et le racisme parle à travers notre bouche. Citizen est un livre sur les agressions racistes.

Pour dire cette réalité, Claudia Rankine choisit une forme qui n’appartient qu’à elle : tour à tour poésie, récit ou pamphlet, Citizen décrit les expériences les plus intimes, les plus ténues pour y greffer ce que dépose en nous le flux de la vie quotidienne – propos saisis dans le métro, conversations, blagues, coupures de journaux, captures d’écran -, dans un vaste collage d’images et de voix. Une symphonie parfois dissonante où les mots les plus simples sont portés par une extraordinaire énergie poétique. »

Ce recueil rend compte de réflexions issues des expériences de Claudia Rankine, que ce soit auprès de personnes anonymes ou de proches. Des paroles glissantes et maladroites à celles ouvertement stigmatisantes et discriminantes, l’auteure consigne et exprime la colère et l’usure. Car l’impact des paroles est concret pour les personnes qui sont visées et les conséquences sur la santé ne sont pas fictifs.

C’est également un regard actuel sur les États-Unis qui nous est proposé. Des instantanés qui font froid dans le dos, qui n’hésitent pas à interroger des faits du passé pour mieux penser le présent. Des faits d’actualité, des faits internationaux mais aussi des faits du quotidien qui ne font pas les gros titres. Claudia Rankine leur fait une place ici.

Le style d’écriture est particulier, une poésie en prose qui peu à peu se fait plus lisible et évidente, tranchante, organique. Sa colère devient un peu la nôtre. Pour l’avoir expérimenté, il ne faut pas hésiter à y revenir plusieurs fois après la lecture. Les textes sont enrichis de photographies d’oeuvres et revenir plusieurs fois à la lecture sur des temps différents les rend aussi plus lisibles (surtout si, comme moi, vous êtes un peu à la ramasse question art contemporain).

Je dois dire que cette lecture a été percutante et j’ai eu quelques montées de tension. Il faut encore et toujours être vigilants et refuser d’assister à ce genre de situations sans réagir. Car ce que nous rappelle l’auteure ici c’est qu’il y a du boulot face aux mentalités arriérées, à la haine qui a tendance à bien se décomplexer. Nous lisons sur les États-Unis mais la réflexion, pour le lecteur, s’élargit au-delà de ces frontières.

Ce livre est un objet littéraire singulier et très efficace, je suis vraiment reconnaissante à Claudia Rankine d’avoir réalisé ce travail poétique, ce travail documentaire, et je suis également reconnaissante aux éditions de l’Olivier de lui avoir permis cette publication en français et cette visibilité. Vous l’aurez compris, je suis conquise et je ne peux que vous encourager à découvrir cette prose remarquable.

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Et vous, quelle poésie qui dénonce des faits quotidiens recommanderiez-vous ?

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❤ 👁 « Pour une poignée de ciel : poèmes au nom des femmes dalit » anthologie établie par Jiliane Cardey (Bruno Doucey, 2020)

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Voilà une invitation qui ne pouvait se refuser : rencontrer des femmes mises à l’écart de la société, discriminées, maltraitées, qui ont eu la possibilité de parler, qui ont décidé de dire au monde leur vie et les injustices qui la composent. Des textes forts de femmes courageuses au quotidien, dans un pays dangereux pour elles.

Quatrième de couverture : « Des jeunes filles terrifiées qui perçoivent la date du mariage comme un nœud sur la corde, des femmes considérées comme du bétail, le travail incessant dans la maison en terre battue, le sel des larmes, des corps que l’on malmène comme on malmène la terre… Cette anthologie de la poésie dalit donne la parole aux laissées-pour-compte d’une société divisée en castes ; et l’on comprend, lisant ces pages bouleversantes, qu’être femme et intouchable c’est subir une double peine. Jusqu’au jour où… Pour une poignée de ciel raconte la façon dont la femme dalit se saisit d’un crayon. Pour crier sa révolte. Pour en appeler à la liberté. Pour réclamer l’égalité. Pour dire non aux rapports de domination. Qu’elle devienne quelqu’un en étudiant ou confie à la poésie le soin de son émancipation, elle fait irruption dans l’Histoire de l’Inde postcoloniale. Un livre essentiel, qui ne laissera personne indifférent. »

Du rapport aux parents, qui luttent au quotidien, qui s’éreintent à travailler sans s’arrêter dans l’espoir d’offrir un avenir meilleur à leurs enfants, jusqu’au chemin de la révolte, des dizaines de femmes parlent de leur vie, des épreuves vécues, du patriarcat et de la violence masculine, d’une réalité dont on ne parle que trop peu. Elles le font avec hargne, avec colère, avec amour aussi pour leurs proches, avec réalisme, avec le sens de l’ironie également. Un panel de tons pluriel, universel, alors que le monde détourne les yeux sur cet esclavage dont l’abolition a pourtant été promulguée en 1950, mais toujours ancrée dans l’une des plus grandes populations mondiales.

Au-delà des textes et de leur engagement personnel comme collectif, c’est une part de la culture indienne que nous pouvons découvrir entre ombre et lumière. Si d’une part on nous explique des points de mythologie et de culture on nous confronte également à l’hypocrisie d’une société dont des référents ancestraux justifient les discriminations d’aujourd’hui. Des discriminations et violences accentuées pour les femmes.

En lisant ce livre vous ne pourrez pas ne pas vous sentir concernés et vous entendrez longtemps résonner ces voix dans votre esprit. Ne pas les oublier, en parler et les écouter. Pour ouvrir sur l’actualité, le confinement est ordonné en Inde et ces femmes, leur famille, leurs enfants, seront particulièrement vulnérables : au virus, oui, mais aussi à la famine.

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Et vous, connaissez-vous des livres sur ce sujet ?

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❤ 👁 « La robe froissée » de Maram al-Masri (Bruno Doucey, 2012)

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La voix de Maram al-Masri a une douceur que que j’écoute avec plaisir et que j’entends très facilement quand je la lis. Et dans ce recueil, c’est la voix d’une femme, d’une mère qui s’exprime à nouveau. Une femme qui a quitté sa Syrie natale et qui, ici, nous parle du Nord. Ce Nord qui représente une partie de mon histoire familiale, que je n’ai pas revu depuis de nombreuses années, mais que je tiens en affection.

Quatrième de couverture : « D’où vient-elle ? D’un pays de soleil, sur les rives orientales de la Méditerranée, là où furent trouvées les tablettes des premiers alphabets. Ses souvenirs ont la couleur des jardins suspendus, l’odeur du cumin et de la menthe, la transparence du verre soufflé. Maram al-Masri est née à Lattaquié, en Syrie. Ce n’est pas dans son pays que je l’ai rencontrée, mais à Paris où les pas de l’exil l’ont portée. En 2009, une résidence d’écriture l’entraîne dans le nord de la France : Maram découvre les villes noyées de brume, les maisons qui se serrent les unes contre les autres comme pour se tenir chaud, une région aux antipodes de sa terre natale. Et pourtant… Pourtant, lorsque se mêlent rires d’enfants et fragilités sociales, crises économiques et ambiance de fêtes foraines, le regard du poète ne connaît plus de frontières. »

Une fenêtre qui donne sur la place de la ville. Derrière elle, une femme. Elle regarde la vie qui s’écoule, avec les acteurs heureux et moins heureux qui la composent et l’hiver qui les éloigne, le soleil un peu pâle, les maisons collées les unes contre les autres, comme voulant se réchauffer entre elles, un hiver de plus dans leur longue histoire.

Derrière cette fenêtre, elle nous parle des fêtes foraines comme de réflexions sur l’exil. Ce sont des instants vus avec le bagage d’une vie. Des mots qui veulent aussi gâter les enfants, les protéger et faire qu’ils ne manquent ni d’amour ni de sucreries. Faire qu’ils gardent le plus longtemps possible leur enfance.

Ce mélange de douceur et de clairvoyance sur la dureté de la vie ouvre une réflexion sans fin, de celles qui vous accompagnent, au chaud dans nos pensées. Une rencontre, une alliance culturelle portée par un regard bienveillant qui fait du bien, tout simplement même s’il m’a rendue un peu nostalgique.

Le recueil se termine par un ensemble différent Petit cheval et autres poèmes qui rappelle l’humanisme de l’auteure qui dépasse toute les frontières et dénonce la violence de la guerre, mais aussi les douleurs quotidiennes.

Note à moi-même : faire grandir encore ma collection des titres de Maram al-Masri. Car sa sensibilité et sa délicatesse me font gonfler le coeur.

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Et vous, voulez-vous lire le Nord à travers les yeux et les mots de cette auteure ?

❤ 👁 « Je ne peux le croire : Fukushima, Nagasaki, Hiroshima, haïkus & tankas » anthologie établie par Dominique Chipot (Bruno Doucey, 2018)

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Le 6 août 1945, la première attaque nucléaire de l’histoire eut lieu à Hiroshima. La cible : les civils. Hommes, femmes, enfants. Trois jours plus tard, le 9 août, la population de Nagasaki connu le même sort. Un Japon incendié et dévasté par les armes les plus destructrices de l’histoire pour accélérer une capitulation qui se précisait pourtant. Impossible de justifier l’injustifiable. Mais regarder, 75 ans après, ne pas oublier la folie des hommes, la douleur indicible des victimes et la violence du nucléaire qui s’est à nouveau déversée sur le Japon en 2011, à Nagasaki. Cette anthologie est l’une des plus difficiles que j’aie eue à lire, mais il le fallait. Car aujourd’hui, les armes et centrales nucléaires sont présentes sur tous les continents et restent une menace permanente. Une menace dont les puissants ne veulent se défaire malgré les écrans de fumée de bonnes intentions.

Quatrième de couverture : « En mars 2011, un séisme frappe le Japon, entraînant l’accident nucléaire de Fukushima. Pour le monde entier, l’histoire paraît alors se répéter. Chacun songe aux deux bombes atomiques qui ont été larguées sur Hiroshima et Nagasaki en août 1945, catastrophe sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Nous savons quelle déflagration cela a provoqué dans la littérature occidentale. Mais que sait-on des poètes japonais qui écrivirent ces tragédies en lettres de cendre ? Près de 120 poètes répondent à cette interrogation, parmi lesquels Matsuo Atsuyuki, un des rescapés de Nagasaki, dont les haïkus ont bouleversé le Japon, ou Oyama Takami, figure majeure du tanka, qui s’éleva toute sa vie contre l’armement nucléaire. Poètes d’un jour ou écrivains confirmés, victimes ou simples témoins des désastres qui ont endeuillé leur pays, ces poètes japonais se frayent chemin parmi les décombres. Avec l’espoir que le genre humain ne s’anéantisse pas par lui-même. »

Je ne suis pas une habituée des haïkus mais la forme de cette poésie impressionniste m’a emmenée avec elle. Dire en peu de mots, confier un sentiment, l’essence d’un moment qui a traumatisé une vie, des vies. Ce sont ces peu de mots pour dire beaucoup qui m’ont impressionnée et énormément émue. Ces haïkus expriment le besoin de dire, l’importance des mots pour tenter d’exorciser ces minutes, ces heures, ces jours impossibles à oublier. Pour rendre un peu de réalité et de vie aux proches perdus aussi. Pour témoigner aussi au monde.

Le recueil s’ouvre sur le poème La guerre de Matsuï Yoshiko, un grand coup qui se poursuit tout au long de la lecture. Un dernier cri de désespoir qui donne son nom à l’anthologie, face aux guerres sans cesse recommencées à peine les précédentes théoriquement terminées. Les mots dépassent les lieux et les dates car la douleur de la perte n’a pas de frontières, car l’empathie est en chacun de nous, qu’elle ne soit encore qu’un bourgeon ou une fleur épanouie. Mais les mots doivent malgré tout rappeler des lieux et des dates car l’histoire, ici portée par la littérature, doit nous sensibiliser pour aujourd’hui et pour demain, nous faire garder les yeux et le coeur ouverts.

La première partie est consacrée au séisme de Fukushima, un nom désormais tristement célèbre à ajouter à la liste des noms tristement célèbres. Vient ensuite un semble de Matsuo Atsuyuki, Poèmes d’un rescapé, qui dit la douleur des absents, le deuil impossible et la colère qui suivent le passage des années sans s’atténuer. Il dit aussi les répercussions des radiations sur les corps des décennies après les bombes, l’isolement de ceux que l’on appelle les atomisés. Pour moi, c’est un texte immense à mettre dans les manuels scolaires. La troisième partie revient enfin sur les bombes de 1945, Hiroshima, Nagasaki.

Cette anthologie nous exhorte au souvenir et à la parole. C’est à chacun d’entre nous qu’il revient de mettre les différents gouvernements face à leurs reponsabilités, ensemble. De faire en sorte que la liste des noms tristement célèbres ne s’allonge pas.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.


 

Et vous, quel livre en lien avec le nucléaire conseilleriez-vous pour sensibiliser sur cette question ?

👁 « Je franchis les barbelés » de Souad Labbize (Bruno Doucey, 2019)

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Souad Labbize est née en Algérie et a vécu dans différents pays avant de s’installer en France. Confrontée concrètement à la violence, elle nous parle ici des routes de l’exil, du poids de la religion, de la guerre du point de vue de la société civile.

Quatrième de couverture : « Mon baluchon d’exil et Berceuse pour le dieu de la guerre : les textes qui composent le livre de Souad Labbize donnent le ton d’une poésie écrite par une femme celle qui a fait le choix de l’exil pour échapper aux diktats imposés par les hommes et par la religion. Femme libre, femme livre… Qu’elle évoque ceux que nous nommons aujourd’hui migrants, exilés, réfugiés, ou raille le retour du divin dans le quotidien, l’autrice affirme son droit à l’insoumission et à la liberté. Avec des mots simples, des images concrètes, l’espace du rêve à portée de main, elle dit non au dieu douteux qui s’en sort avec un casier judiciaire vierge. Et l’on se plaît à rêver d’un monde où l’exil s’écrirait en deux mots, ex-il, tant l’avenir de l’humanité semble passer par la parole des femmes. »

Composé de deux parties, ce recueil m’a demandé plusieurs jours de lecture, pour intégrer et digérer les différents poèmes qui prennent la route et se confrontent à l’inconnu, à ce qui est resté derrière l’auteure et derrière les milliers et milliers de vies qui marchent vers un demain, ailleurs, à ce qui a causé le départ aussi.

Certains poèmes ont été plus difficiles à habiter que d’autres, la langue de Souad Labbize parle cependant avec force et ses mots sont frappants et riches d’images difficiles à ne pas se figurer. La beauté de certaines sont présentes pour prendre le dessus sur la laideur des réalités, l’effet est indéniable. Et dans la colère se mêle la beauté, liée à l’enfance ou au pays qui a porté ses premiers mots et ses premiers pas. Un amour pour les souvenirs, un amour pour les proches. Mais des souvenirs entâchés de peur et de tristes constats.

La difficulté de partir, l’incertude d’avoir fait le bon ou le mauvais choix, le doute sur la route, les souvenirs qui portent autant qu’ils blessent, le courage et les moments de désespoir, l’accueil relatif et les stéréotypes à l’encontre les exilés. Souad Labbize dénonce les nationalismes, les guerres au nom de Dieu, les enfants assassinés par les bombes, elle nous parle aussi du besoin de dire mais de la difficulté qui parfois l’empêche. Ce n’est pas pareil de dire et d’écrire. Elle nous parle de beaucoup de choses et il faut venir et revenir entre ses mots car il est impossible de les résumer. Il vaut mieux vous y inviter.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Chroniques des imposteurs


 

Et vous, accompagnerez-vous ses pas à travers les barbelés ?

❤ 👁 « Métropoèmes » de Maram al-Masri (Bruno Doucey, 2020)

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Paru le même jour qu’Elles sont au service de Fabienne Swiatly, ce recueil lui répond magistralement en nous invitant à ne plus baisser les yeux et à porter attention aux personnes qui nous entourent dans les transports en commun mais aussi, plus largement, dans la vie.

Quatrième de couverture : « Ligne 5, République, Bobigny… Ligne 9, Jasmin, La Muette, Charonne… Chaque jour des millions de femmes et d’hommes se croisent dans le métro parisien, les yeux rivés à l’écran de leur téléphone mobile, pressés d’arriver à destination. Et pourtant, il y a tant à voir et tant à vivre dans ce monde souterrain. Tant de livres à déchiffrer sur les visages que l’on côtoie. Tant de scènes à filmer avec la caméra de l’empathie. Tant de jeunes et de vieux, de malades et de bien-portants, de riches et de pauvres emportés dans le même voyage. Il fallait un regard de poète pour mettre au jour l’inépuisable richesse de ces transports en commun. Ce regard, c’est une femme venue de Syrie qui nous l’offre, dans ces métropoèmes écrits directement en français. La poésie aussi est un service public. »

Rien qu’en ouvrant et en feuilletant ce recueil la surprise est bonne. Le travail éditorial nous emmène directement dans le métro parisien avec ses stations comme chapitres, ses déambulations sous terres formalisées. Nous sentons presque les flux de voyageurs autour de nous, nous entendons presque la voix mécanique qui égraine les noms dans la rame. Ce livre, j’ai tenu à le lire en grande partie dans les transports justement. En situation, parce que ce que nous dit Maram al-Masri, on l’a vu et on le voit au quotidien.

Elle nous dit les hommes, les femmes et les enfants qui sont sur le bord des quais ou à côté de nous, qui nous ressemblent mais que nous ne voulons pas voir, que nous évitons du regard. A qui nous avons donné, une oreille ou une triste pièce, et à qui nous ne donnons plus. Ces hommes, ces femmes et ces enfants à qui il est urgent de donner des mots et à qui il faut rendre existence. De station en station, ce sont des vies que l’auteure écrit avec une infinie bienveillance, avec cette compassion indissociable de la tristesse et du cœur.

J’ai été immensément émue à la lecture de ce recueil, rythmé par des citations d’autres poètes de tous âges et de tous parcours, d’une vie ou d’un jour, comme je suis émue au quotidien par le monde dans lequel je vis, comme vous l’êtes aussi j’imagine, je le sais. Continuons à l’être en étant un peu plus acteurs et en voyant ce que, parfois, nous ne voulons pas voir, en écoutant ceux que nous ne faisons qu’entendre, en levant les yeux et en faisant une place près de nous, comme on invite un ami, un proche. Redonnons du sens au commun, à ce qui nous rassemble sous la lumière jaunie : notre humanité.

Ces textes sont à mettre entre toutes les mains, à glisser dans toutes les oreilles, car ils sont universels et sont un cri qui doit nous réveiller à l’autre. Ce cri, c’est la poésie. Sublime.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.


 

Et vous, voyagerez-vous dans les boyaux de la terre avec cette auteure ?

❤ 👁 « Elles sont au service » de Fabienne Swiatly (Bruno Doucey, 2020)

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Pour commencer ce mois consacré à la poésie et aux éditions Bruno Doucey, j’ai souhaité vous parler de l’une de leurs dernières publications. Fabienne Swiatly s’est beaucoup intéressée au milieu du travail et ici ce sont les femmes qui sont mises en avant, les femmes qui sont dans des emplois au service des autres, souvent dans l’aide à la personne, dans la santé, dans l’assistance. C’est vrai, c’est beau, c’est un acte social. Tout simplement.

Quatrième de couverture : « Aide à la personne, soin, accueil, éducation… Prise en charge du corps de l’autre… Entretien des bureaux, des maisons, des écoles.

Dès les premiers mots, le ton est donné sans faux-semblants : c’est des femmes au travail dont nous parle ce livre composé de petites proses. Soixante-deux textes pour être précis, comme autant d’instantanés cadrés serrés, de fragments sans prétention qui donnent à voir les fragments de vie de celles qui sont au service. Sans jugement ni commisération, avec un sens aigu du détail et du langage des corps, Fabienne Swiatly scrute la réalité sociale et les tâches dévolues aux femmes. Pénibilité, abnégation, révolte ou beauté du geste –, celles qui se taisent trouvent dans la plume exacte de l’autrice une alliée de premier ordre. Total respect. »

Infirmières, femmes de ménages, caissières, prostituées, ces femmes sont photographiées à un moment de leur vie professionnelle par la bienveillance de Fabienne Swiatly. Entre jeu sur les mots du quotidien, ironie d’un instant, douceur d’un geste, altruisme immodéré, injustice sociale ancrée, réalité cruelle, réparties percutantes, l’auteure nous fait voyager dans des vies de femmes.

Chaque portrait est un instantané. Une poésie du quotidien, en prose. Un portrait par page, un tiers de page. Un petit texte porteur de grands sujets de société. Dire beaucoup en peu de mots, c’est le talent de Fabienne Swiatly. Et avec la réflexion, l’émotion. J’en ai vécu tout un panel, dans un premier temps lors d’une lecture de l’auteure (magnifique moment avec le ton originel), puis seule, au milieu des gens, dans le bus. Le lieu où l’on ne se regarde pas ou si peu. Lieu où les vies se croisent, et parmi elles des femmes, qui sont au service, y vont ou en reviennent.

Les histoires de ce livre ne restent pas calmement rangées entre les pages, elles prennent vie et nous suivent. Une conclusion qui fait grandir le regard porté à l’autre, comme dans le dernier recueil de Maram Al-Masri, Métropoèmes. Deux nouveautés qui se répondent et qui, pour citer Bruno Doucey, pourraient être deux silex qui créent des étincelles.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.


 

Et vous, souhaitez-vous porter votre regard sur ces instants ?

👁 « Élégies du 4 juin » de Liu Xiaobo (Gallimard, 2014)

Impossible de parler de la Chine contemporaine sans parler de Liu Xiaobo. Et impossible de parler de ce recueil de poèmes de Liu Xiaobo sans en connaître plus sur cet homme. J’ai donc découvert avec beaucoup de plaisir et d’émotion le documentaire réalisé par Pierre Haski. Après ça, je le voyais à la lecture, je comprenais certaines choses. Le besoin permanent de vérité, de reconnaissance et de justice.


Quatrième de couverture : « Surtout connu comme essayiste, critique et combattant pour les droits de l’homme, Liu Xiaobo est un poète à découvrir.

La vie du lauréat du prix Nobel de la paix 2010 a basculé dans la nuit du 4 juin 1989, quand les troupes de la loi martiale ont donné l’assaut au mémorial des héros du peuple, dressé au milieu de la place Tian’anmen, devant le mausolée de Mao, en souvenir des martyrs des révolutions de la première moitié du XXe siècle.

Replié sur les marches de ce lieu hautement symbolique, avec le dernier carré de citadins et d’étudiants grévistes de la faim, il a vécu dans sa chair l’écrasement sanglant du premier soulèvement pacifique de la population chinoise en faveur d’une démocratisation du système politique. La terreur de cette nuit-là ne l’a désormais plus jamais quitté.

Liu Xiaobo a choisi de maintenir à sa manière le souvenir du 4 Juin, en rédigeant, à chaque anniversaire de l’événement, un poème à la mémoire des «disparus de l’injustice». Rédigé sur vingt ans, en prison comme en liberté surveillée, l’ensemble de ces vingt élégies ne constitue pas seulement la mémoire d’un monde réduit à l’amnésie, la conscience d’un monde sans conscience, mais un hommage d’une intensité poignante à l’égard des oubliés, des sans-voix. »


La vérité, la liberté et la démocratie sont les grands combats de Liu Xiaobo. Ce sont des combats qui lui ont coûté sa liberté à plusieurs reprises avant de lui coûter la vie. Atteint d’un cancer alors qu’il est en prison, il n’a pas été pris en charge à temps pour être soigné. Ce recueil, publié trois ans avant son décès (le 13 juillet 2017), alors qu’il est encore emprisonné, est a posteriori comme un testament. Le testament d’un homme qui a refusé de se taire, tout en connaissant les risques que la parole implique, pour rester fidèle à ce qu’il est : un homme de conscience.

Chaque année qui passa dans ce livre rappelle le silence de l’État et les larmes des mères des victimes des massacres de Tiananmen du 3 au 4 juin 1989. Pour Liu Xiaobo le drame occupe le présent et ne peut s’oublier. Il lui revient en mémoire très souvent et il vit avec les fantômes de la place, les corps brisés des enfants de la nation.

On peut lire la poésie de différentes façons. Je ne suis pas bien originale, je le fais soit en silence soit à voix haute. Avec Liu Xiaobo, je n’ai pas pu faire autrement que de la déclamer franchement à voix haute (à m’en faire mal à la gorge d’ailleurs). Pourquoi ? Simplement car elle ne doit jamais être réduite au silence. Aussi car la voix et l’intonation de l’oral donne une dimension supplémentaire au texte : on prend le temps, on se trompe dans le rythme alors on recommence et on se concentre deux fois plus. Alors, les mots frappent plusieurs fois au cœur.

D’année en année, le style de Liu Xiaobo évolue mais jamais il ne perd de sa force. J’ai noté plusieurs images récurentes, notamment les yeux crevés, dont je dois encore dégager le sens précis dans la culture chinoise, mais les textes restent accessibles. La peine des mères m’a particulièrement bouleversée. Ces femmes ne peuvent pleurer sur la tombe de leurs enfants et ne peuvent vivre leur deuil car il est interdit.

Liu Xiaobo a ce besoin de parler pour les absents mais aussi pour lui, qui était là lors des manifestations pacifistes, qui était là au cours de la nuit du 3 au 4 juin 1989. Lui qui a vu, entendu, senti. Merci pour ce combat. Merci pour les morts ignorés. Merci pour les vivants qui ignoraient et dont je faisait jusqu’alors partie. Merci.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.


 

Et vous, connaissiez-vous ce Prix Nobel et son combat ?

« Devant la mort » d’Hervé Prudon (Gallimard, 2018)

C’est un exercice extrêmement difficile que de faire la chronique d’un livre écrit par un homme condamné par la maladie. Un exercice auquel je ne souhaite pas me prêter trop longuement sans compter que la poésie trouve une résonance différente auprès de chaque cœur.


Quatrième de couverture : « Atteint d’un cancer diagnostiqué en août 2017, Hervé Prudon se savait condamné. Durant les deux derniers mois de sa vie, où il lui était devenu impossible d’écrire le roman qu’il avait ébauché, il remplira deux carnets de moleskine noirs d’une écriture tremblée.

Une centaine de poèmes qui tous parlent de la mort à venir et frappent par leur lucidité et l’urgence dont ils sont un puissant témoignage. Ils dessinent en creux la personnalité d’un homme, porteur d’une douleur existentielle qu’il chercha toute sa vie à conjurer par la légèreté. Sylvie Péju. » Feuilleter les premières pages


Ce recueil est composé de deux carnets qu’a tenu Hervé Prudon durant les dernières semaines avant son décès. Il s’agit du premier livre que je lis de cet auteur pourtant prolifique et cette première rencontre a été vraiment spéciale. L’écriture se construit à mi chemin entre le vol d’un oiseau derrière la fenêtre et la sensation d’emprisonnement. Hervé Prudon exprime la difficulté d’être enfermé dans la maladie et dans l’immobilité. Il parle avec force de ces choses auxquelles on pense quand on ne peut plus faire que ça et que le temps manque. Il évoque sa femme qu’il va laisser seule, sa colère face à la souffrance et à la maladie qui déforme l’image de sa vie durant ces dernières semaines, il parle de la fatigue et des sensations. Page après page, on vit le deuil d’une vie, on devine l’évolution de la condition de l’auteur.

Pas besoin d’aimer la poésie pour lire ce livre qui touche par son honnêteté et la vérité de son écriture.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : La Bouche à Oreilles


 

Et vous, connaissiez-vous cet auteur ?

« Nanofictions » de Patrick Baud et Yohan Sacré (Flammarion, 2018)

Comme beaucoup d’entre nous, j’ai découvert Patrick Baud grâce à sa chaîne YouTube : Axolot. Je n’ai pas encore pris le temps de découvrir les deux ouvrages parus en lien avec cette chaîne mais je ne pouvais pas passer à côté de ce livre, dont le principe de mini nouvelles m’a immédiatement conquise.


Quatrième de couverture : « Il avait un sablier à la place du cœur, qui égrenait doucement le temps qu’il lui restait. À la fin de sa vie, il commença à marcher sur les mains pour inverser le processus. Et il put tout recommencer, la tête en bas.

Avec les Nanofictions, Patrick Baud s’est lancé dans un étonnant défilittéraire : raconter des histoires complètes en quelques phrases. Teintées de fantastique, d’onirisme, de poésie et d’humour, ces micronouvelles invitent les lecteurs à plonger dans un imaginaire riche et foisonnant. »

Feuilleter les premières pages


Ce projet est à l’origine construit sur Twitter avec un compte éponyme et ce livre rassemble les nanofictions les plus marquantes. Difficile d’en faire un résumé mais ce qui est certain c’est que nous voyageons dans des ambiances tendres, angoissantes parfois grâce à des situations plus noires, absurdes (l’homme est souvent la source de l’absurde) ou encore futuristes (pas forcément optimistes).

La variété de ces ambiances fait la force de l’ouvrage, nous ne nous ennuyons pas à la lecture, nous nous faisons surprendre par les chutes et nous sommes émerveillés par la beauté des nombreuses illustrations de Yohan Sacré.

Un très joli livre qui fera un cadeau parfait sous le sapin et si vous en voulez encore après l’avoir refermé, Patrick Baud poursuit son voyage littéraire sur Twitter !

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Les Jolis Choux MoustachusCulturevsnews


 

Et vous, ferez-vous partie du nanovoyage ?

❤ 👁 « Les obus jouaient à pigeon vole » de Raphaël Jerusalmy (Actes Sud, 2018)

Voici encore un livre qui m’a tapé dans l’œil en début d’année par sa couverture magnifique, son titre étonnant et sa quatrième de couverture intrigante. Ce fut une entrée en poésie qui m’a fortement marquée et que j’ai pris plaisir à relire pour ce mois consacré à la Première Guerre mondiale.


Quatrième de couverture : « 1916 : tranchée de première ligne, au lieu dit le Bois des Buttes. Le 17 mars, vers seize heures, le sous-lieutenant Kostrowitzky, dit Guillaume Apollinaire, engagé volontaire surnommé Cointreau-whisky, est atteint à la tempe par un éclat d’obus. Un cruel compte à rebours retrace les vingt-quatre heures précédant l’impact.

La camaraderie, la trouille, les infimes moments de calme, la musique des bombes, une odeur qui surgit dans le soir, la faim, la paix qu’on attend, la mort qui vague, le souvenir de l’amour… – c’est cette curieuse alchimie que saisit le récit de Raphaël Jerusalmy, montrant Apollinaire, l’artiste, le combattant, le soldat de l’art, traquant la poésie jusque dans la bataille.

La guerre pourrait au moins servir à ça : vivre chaque minute comme si demain n’existait pas, écrire chaque ligne comme si c’était la dernière. »


Raphaël Jerusalmy réussit le tour de force d’amener de la poésie dans les tranchées sans en atténuer l’horreur. Car la poésie est aussi nourrie du pire, elle est aussi là pour montrer, décrire et regarder de plus haut la réalité.

L’écriture est superbe et le récit prend vie, nous nous sentons dans les boyaux en compagnie de Guillaume Apollinaire, poète ayant choisi de s’engager au combat et dont le décompte des heures le séparant d’un impact qui le blessera à la tête commence. Il n’en mourra pas, c’est la grippe espagnole qui l’emportera en 1918, mais la mort est présente. Elle rafle les innocents, attend de prendre les autres. Elle veille.

C’est la vie dans les tranchées que nous suivons sur deux journées, avec ses personnages attachants et les peurs de chacun d’entre eux. Apollinaire, lui, cherche et élabore ses mots. La guerre, pour lui, est aussi affaire de poètes et elle exerce sur lui un attrait étonnant. Mais elle le déçoit aussi un peu, cette guerre faite d’attentes interminables et d’habitudes. Les camarades apportent leurs mots qui viennent nourrir la réflexion d’Apollinaire, ils apportent leur souffle et leur histoire, ils sont des repères : parler éviterait de devenir fou.

Un texte d’une grande beauté qui rend hommage aux hommes anonymes qui ont fait face à la Grande guerre ainsi qu’au poète, qui aura gagné l’immortalité.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Le dit des motsL’art et l’êtreA les lire


 

Et vous, quel livre de Raphaël Jerusalmy recommandez-vous ?

« L’enfant n’est pas mort » de Nimrod (Bruno Doucey, 2017)

J’ai redécouvert la poésie en début d’année grâce aux éditions Bruno Doucey qui publient des auteurs qui me touchent et qui, même si je ne comprends pas toujours l’ensemble des textes (je le reconnais sans complexe), m’émeuvent.

Cet article est également l’occasion de mettre en avant la collection Sur le fil : « Des romans où le destin d’un poète croise la grande Histoire. » J’adore cette collection, il ne me manque plus qu’un titre (cinq sont parus) pour être au complet et j’attends d’autres publications avec impatience ! Cette collection est dirigée par Murielle Szac, qui dirige aussi la magnifique collection Ceux qui ont dit non chez Actes Sud junior.


Quatrième de couverture : « 1er avril 1960 : un bébé noir est tué par la police dans un ghetto d’Afrique du Sud. C’en est trop pour Ingrid Jonker, une jeune blanche qui fonce rencontrer la mère de la victime. Elle, la fille de l’un des dignitaires de l’apartheid, va écrire un poème bouleversant à la suite de ce drame. Mai 1994 : Mandela monte pour la première fois à la tribune de l’assemblée. Devant les députés médusés, il lit le poème d’Ingrid Jonker. Car la poésie est le fil de soie qui relie Nelson et Ingrid, par delà les différences de couleur de peau. Faisant alterner avec brio la grande figure de Mandela et la fragile silhouette de la poète, Nimrod nous entraîne dans la douloureuse tragédie d’un pays qui se mêle au mal de vivre d’Ingrid. Comment survivre quand votre père est une ordure et qu’il vous renie ? »


Ce court livre revient sur la période de l’Apartheid en Afrique du Sud. Plusieurs thématiques et personnages se croisent autour de la situation politique et sociale de ce pays en proie au racisme. Ingrid Jonker, jeune femme tiraillée entre la recherche de l’amour d’un père, de l’amour d’hommes qui jouent puis la repoussent et de sa fille. Une femme qui, confrontée à la nouvelle de l’assassinat d’un bébé, va décider de s’engager en tenant tête aux hommes de son entourage, de sa vie. Les mots qu’elle veut faire exploser pour dénoncer seront alors plus importants que son bonheur. Fille d’un afrikaner pro-apartheid elle remettra tout en jeu pour la justice et la reconnaissance des faits tels qu’ils sont : injustes et inhumains.

Nous croisons également Nelson Mandela qui découvrira les mots d’Ingrid Jonker lors de son très long emprisonnement. Et ces mots, porteurs de justice pour les sud africains Noirs et venant d’une femme blanche, sont emprunts d’un espoir unique, celui d’une réconciliation possible. Ils lui donnent espoir, le font tenir et il va finir par les connaître par cœur. Et quel acte plus fort que de les dire à son tour à la tribune de l’assemblée alors que c’est là même que le père d’Ingrid l’a reniée ?

Ce livre est un puissant portrait de femme passionnée et libre, la photographie de la violence d’une société majoritairement raciste, un geste contre l’oubli de cet enfant qui est devenu un symbole de la brutalité de l’Apartheid, une illustration de la force des mots et de la poésie comme engagement.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Lire dit-elle


 

Et vous, est-ce une collection que vous avez envie de découvrir ?