❤ « Un pays dans le ciel » d’Aiat Fayez et Charlotte Melly (Delcourt, 2021) • Rentrée littéraire

L’exil est un thème important dans mes lectures, je n’ai donc pas attendu pour me plonger dans cette nouveauté, cherchant seulement à avoir plusieurs heures de libres pour m’y glisser et l’éprouver sans impact extérieur.

Quatrième de couverture : « Un récit d’une extrême richesse qui nous plonge dans une zone méconnue, entre deux territoires, et interroge les notions d’étranger et d’exil dans ses dimensions les moins visibles, les plus surprenantes.

Une nuit, une étudiante arrive chez un écrivain. Pour la garder près de lui, ce dernier relate à la jeune femme son séjour au Bunker. Lieu d’attente et de crainte, les demandeurs d’asile y racontent leur épopée dans le but d’obtenir la protection d’un pays. Se dessine ainsi le parcours d’exilés mais aussi le fonctionnement d’une institution composée d’humains qui doivent décider d’une vie. »

Dès la première page nous sommes invités à lire ce livre en étant dans de bonnes dispositions. Et ce n’est pas anecdotique. J’ai l’habitude de lire des contenus difficiles et j’ai pourtant eu quelques chocs.

Dans ce scénario, Aiat Fayez se crée un double qui héberge une jeune femme venue faire du tourisme à Vienne. Au cours d’une soirée, qui va devenir une nuit, il va lui raconter sa résidence au sein d’un office qui reçoit et interroge les demandeur•se•s d’asile en vue d’obtenir ou non la nationalité française.

Pour cela il faut raconter. Tout raconter des raisons du départ. Raconter les moments de courage, raconter les moments de honte, raconter les moments de souffrance, raconter l’insupportable. En face de ces personnes, des agents qui posent des questions pour avoir le matériau nécessaire à prendre leur décision. Mais tous et toutes n’ont pas le même état d’esprit. Alors, nous comprenons que la décision peut avoir un goût très arbitraire.

Chaque témoignage vient illustrer des situations particulières, des injustices, des violences, des opportunités, des vies très différentes qui espèrent en commencer une nouvelle ou fuir la précédente. Ils montrent la diversité des personnes demandant la nationalité française. J’ai appris beaucoup, j’ai été fortement secouée, prise d’empathie comme mise face à certains témoins qui interrogent franchement la moralité. Quand tu es contre la peine de mort et face à une personne ayant eu des actes criminels hautement condamnables, que faut-il faire ? Lui donner l’asile en sachant qu’un risque existe ou la renvoyer dans un pays où elle est d’ores et déjà condamnée à mort ?

Il faut prendre plusieurs heures pour lire, intégrer et digérer ces plus de 300 pages de témoignages. Je suis persuadée que la lecture de ce roman graphique n’a rien d’anodin et je salue mille fois sa réalisation (je l’ai attendu pendant des mois). Le travail d’illustration de Charlotte Melly est très beau, très communicatif : il magnifie autant qu’il terrifie en fonction du message. J’ai vraiment admiré de nombreuses planches, quelles que soient leurs ambiances.

Je retiens vraiment la capacité qu’a ce roman graphique à nous questionner, questionner les procédures administratives et leurs biais, questionner les refus ainsi que les accords – surtout les refus en ce qui me concerne -, questionner la conscience d’individus qui doivent décider de la vie d’autres personnes.

Remarquable.

Si nous sommes dans une trame fictionnelle, elle est ancrée de plein pied dans la réalité. Un roman graphique qui, sans aucun doute, vous marquera longtemps et alimentera votre vision de l’immigration et des naturalisations aujourd’hui. Il me donne également très envie de découvrir davantage les œuvres d’Aiat Fayez et de Charlotte Melly.

En savoir plus

Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas d’autres chroniques trouvées pour le moment.

Et vous, quels sujets vous tiennent à coeur dans la vie et dans les livres ?

Retrouvez-moi aussi sur :

❤ « Les mauvaises herbes » de Keum Suk Gendry-Kim (Delcourt, 2018)

Ce roman graphique dort depuis des mois et des mois dans ma bibliothèque. Je l’ai commencé une première fois mais je n’ai pas réussi à aller très loin car son sujet s’aborde avec un certain esprit, du temps, de la disponibilité, du calme. Il faut être entièrement à sa lecture. Un beau livre pour la mémoire, un impressionnant roman graphique de presque 500 pages et dont pas une seule n’est de trop.

Je l’ai repris et lu cette semaine suite à une actualité que souhaitais partager ici avec vous, par soutien pour ces femmes (vivantes comme décédées) qui demandent et méritent justice, reconnaissance des préjudices et à qui on refuse les excuses :

C’est un jugement lourd à l’impact diplomatique retentissant. Ce vendredi 8 janvier, un tribunal sud-coréen a jugé que Tokyo devait dédommager les victimes d’esclavage sexuel durant la Seconde Guerre Mondiale. C’est la première fois qu’une telle sanction est prononcée.

RFI, « Corée du Sud : Tokyo condamné pour esclavage sexuel durant la Seconde Guerre mondiale » 8 janvier 2021

Quatrième de couverture : « 1943, en pleine guerre du Pacifique, la Corée se trouve sous occupation japonaise. Oksun, seize ans, est vendue par ses parents adoptifs comme esclave sexuelle à l’armée japonaise basée en Chine. Après avoir vécu 60 ans loin de son pays, Oksun revient sur sa terre natale.

Cet ouvrage, témoignage à la fois bouleversant, documenté et objectif d’une femme par une femme, retrace non seulement le parcours d’une vie, mais à travers lui tout un pan de l’histoire moderne de la Corée du Sud. »

Dans toute guerre le ventre des femme devient un territoire à conquérir comme un autre. Si les femmes et les jeunes filles sont les principales victimes de ces crimes, hommes et enfants de tout sexe n’y échappent pas.

Ce roman graphique est un témoignage difficile mais nécessaire : Keum Suk Gendry-Kim a ressenti un besoin profond et urgent de parler de ces femmes. Elle s’est rendue dans une maison de partage en Corée, lieu dans lequel vivent d’anciennes femmes de réconfort (comprenez officiellement esclaves sexuelles) dès lors qu’elles ont pu quitter la Chine pour retrouver leur pays de naissance. C’est lors d’une de ses visites que l’auteure a rencontrée Lee Oksun qui a accepté, petit à petit, de lui confier son histoire afin que l’oubli ne fasse pas son oeuvre, afin qu’on n’oublie pas ces femmes qui on connu le même sort qu’elle (leur nombre est estimé à 200 000 selon les historiens).

Oksun revient sur son enfance marquée par la pauvreté, la faim, la colonisation japonaise, le début de la guerre, la séparation d’avec sa famille et son exploitation par des adultes. Vient ensuite sa jeunesse. Une adolescence (puis une vie) déplacée en Chine, brisée par le viol et l’esclavage sexuel au cours de la Seconde Guerre mondiale. Les jeunes coréennes étaient trompées, enlevées ou achetées puis envoyées près des stationnements militaires, par et pour les militaires japonais.

A travers ses mots et ses souvenirs elle explique la peur, sa déportation en Chine, l’horreur de ses conditions de détention – prisionnière d’un couple – violentée durant plusieurs années par les soldats japonais. Et dans son témoignage éprouvant pour elle, une place est aussi faite à d’autres jeunes filles qu’elle a connues. Viendra la fin de la guerre et alors la question se pose : qu’allons-nous devenir ? Qu’allons-nous faire ? Est-ce que quelqu’un nous attend quelque part ? Vers où aller ? Comment continuer à vivre ?

Oksun montre l’impact psychologique encore vif de ces années de guerre et de supplices physiques, intimes. Sa voix porte lors des rassemblements pour demander justice : que le Japon reconnaisse sa responsabilité dans l’établissement de nombreuses maisons de passe pour les soldats, qu’il reconnaisse les femmes qui y étaient envoyées de force et exploitées des victimes de guerre, des victimes de leurs soldats.

J’ai été très émue de lire ce roman graphique au regard de l’actualité, même si le verdict du tribunal de Séoul implique des tensions diplomatiques avec le Japon. Je suis d’une grande naïveté mais j’ai toujours du mal à comprendre pourquoi il est si difficile pour un État de reconnaître ses torts alors même que s’excuser est l’une des premières choses que l’on apprend à un enfant.

Concernant le travail graphique, nous reconnaissons immédiatement le style de Keum Suk Gendry-Kim, entre les traits tendres et les encrages forts, entre la douceur qu’elle porte à ses personnages et le traitement pudique et respectueux mais marquant des moments traumatiques, comme on peut beaucoup le retrouver dans Jiseul. Une identité artistique que j’apprécie beaucoup et que je vais continuer à découvrir avec plaisir et émotion.

Cette lecture entre dans le Challenge coréen organisé par Cristie du blog Depuis le cadre de ma fenêtre.

En savoir plus

Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué  : Les critiques de YuyineSambaBDInstantané

Et vous, quel•s livre•s avez-vous lu•s sur ce sujet ?
Aimez-vous lire des oeuvres en lien avec l’actualité ?

Retrouvez-moi aussi sur :

« La différence invisible » de Julie Dachez et Mademoiselle Caroline (Delcourt, 2016)

71VxB3sS1lL

Je commencerai cet article en remerciant ma collègue qui m’a prêté ce roman graphique dont j’entendais parler depuis longtemps. Sa lecture a été très émouvante et m’a appris beaucoup de choses sur l’autisme, ce que soit sur sa réalité mais aussi sur les a priori liés.

Quatrième de couverture : « Marguerite a 27 ans, en apparence rien ne la distingue des autres. Elle est jolie, vive et intelligente. Elle travaille dans une grande entreprise et vit en couple. Pourtant, elle est différente. Marguerite se sent décalée et lutte chaque jour pour préserver les apparences. Ses gestes sont immuables, proches de la manie. Son environnement doit être un cocon. Elle se sent agressée par le bruit et les bavardages incessants de ses collègues. Lassée de cet état, elle va partir à la rencontre d’elle-même et découvrir qu’elle est autiste Asperger. Sa vie va s’en trouver profondément modifiée. »

Ce roman graphique est une forme de témoignage de Julie Dachez et cela se sent. Les situations ont une précision émotionnelle qui m’ont tout simplement bouleversée. Marguerite vit la vie sociale avec difficulté, les interactions sont épuisantes et stressantes, le bruit permanent la vide de toute énergie, son quotidien doit être extrêmement réglé pour éviter tout imprévu, source d’angoisse. Tout cela, il faut la connaître pour le savoir. Alors des jugements sur certaines réactions peuvent être vite faits. Mais même en la connaissant, certaines personnes n’arrivent pas à comprendre son besoin de solitude, de confort, de silence. Marguerite se sent mal, depuis toujours elle ressent ce décalage que ce soit dans sa vie personnelle ou professionnelle.

Un jour, une occasion se présente à elle de passer des tests relatifs aux troubles du spectre de l’autisme. Alors, les résultats vont tomber comme une libération : le droit d’être soi, de comprendre sa différence, de l’accepter, de l’aimer, de s’aimer et de prendre soin de soi en écoutant ses besoins. Mais elle va aussi réaliser que le mot autisme est accompagné de nombreuses idées préconçues dans son entourage, qu’il va falloir combattre avec patience et pédagogie.

C’est cette histoire ainsi que des informations concrètes sur l’autisme que nous propose ce roman graphique salutaire.

Si j’ai beaucoup aimé les propos j’ai moins apprécié les illustrations, mais il s’agit là d’un avis purement subjectif. Elles sont agréables, mais j’ai une préférence pour les styles graphiques plus singuliers.

Je ne peux que conclure cette chronique en soulignant l’intérêt de cette publication, sur l’importance de traduire pour le plus grand nombre la réalité d’une vie et les erreurs de jugements liés à l’autisme. Ces textes nous font nous comprendre et donc nous rapprocher en laissant de côté, je l’espère, les jugements hâtifs.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Bar à BDSab’s pleasuresA propos de livres…La Case de l’oncle WillChroniques littérairesDes livres, des livres !Enlivrez-vous !Le livroblogDélivrer des livresLa bibliothèque du DolmenLes billets de FannyLa malle aux livresMicMélo littéraireGirl kissed by fireMon coin lectureD’autres vies que la mienneEchappéesBouquinbourgMyPrettyBooksA portée de plume…AkayanaTu vas t’abîmer les yeuxUne vie, des livresAngélique AliceChat’PitreEnna lit, Enna vit !La demoiselle aux cerfsDans la bibliothèque de CallysseLe Blog de LutrolleDu temps pour nousLire par EloraLoeildem • Le Nez dans les BouquinsLe Capharnaüm éclairéL’Encre BleueLes Miss Chocolatine bouquinentLes bullettes colorées


 

Et vous, quels livres sur l’autisme ou d’autres syndrômes méconnus recommanderiez-vous ?

Retrouvez-moi aussi sur :

YouTubeInstagram

« Les jours qui restent » d’Éric Dérian et Magalie Foutrier (Delcourt, 2019)

La quatrième de couverture de ce roman graphique m’a aussitôt accrochée, comme la fraîcheur (paradoxalement) de la couverture, son trait et ses couleurs. Une histoire qui pouvait porter un message d’espoir pour chacun d’entre nous qui pouvons avoir des moments difficiles. Car la littérature est aussi là pour ça, donner des clés pour s’accrocher et avancer.


Quatrième de couverture : « Suivez Charlotte, Daniel et Catherine, trois destins liés par la maladie dans une comédie dynamique et touchante sur la difficulté de se reconstruire quand la vie nous frappe.

Difficile de savoir quoi faire de sa vie quand on peut mourir demain. Tout abandonner, repartir à zéro… Le choc et le désespoir renferment-ils l’énergie d’un nouveau départ ? Trois destins croisés, liés par la même affection, affrontent cette question dans un émouvant récit, parfois triste mais souvent drôle, qui rappelle que l’on peut grandir et mûrir à tout âge, pour réapprendre à vivre, vraiment. »


J’adore les histoires qui se croisent, se rencontrent sans vraiment se voir pour qu’enfin nous réalisions que tous les destins sont liés. J’adore vraiment ce type de constructions. Et quand c’est bien fait, comme ici, c’est un régal.

Charlotte apprend qu’elle est atteinte d’une maladie qui va bouleverser le reste de sa vie. Daniel, lui aussi malade, se remet difficilement d’un passé qui le hante. Catherine vient de perdre sa mère auprès de qui elle a passé toute sa vie de jeune fille, et une partie de sa vie de femme.

En même temps que chacun va affronter la douleur de la réalité, et parfois de la solitude, ils vont réapprendre à se connaître et trouver un moyen d’apprécier le présent en laissant leurs blessures derrière eux, en tirant d’elles de la force et des raisons de se battre. Quand les regrets serrent le coeur et que le lendemain fait peur, qu’est-ce que l’on fait ? La réponse se trouve en partie dans les gens qui nous entourent et qui peuvent être des soutiens essentiels. Reprendre confiance en soi, en la vie, en la possibilité d’un bonheur à venir. Reprendre confiance en l’autre, aussi.

De l’humour, des personnages adorables et d’autres que l’on adore détester, des histoires qui sont touchantes car elles sont réalistes, des personnages à qui l’on a envie de redonner le goût de la vie. J’ai juste une petite réserve sur un passage dans un magasin d’hommes pour lequel je n’ai pas accroché, sinon cette lecture a été vraiment très agréable. C’est un récit qui permet d’aborder des questions parfois encore taboues avec une aisance et une simplicité extrêmement appréciables.

J’ai eu une sensibilité toute particulière pour le personnage de Catherine même si les trois sont émouvants chacun à leur manière. Et aussi pour Clotaire, mais pour savoir de qui il s’agit, il va falloir découvrir ce livre.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Mes échappées livresquesChez MirabiliaBandes dessinées – le blog


 

Et vous, avez-vous un livre positif, malgré le sujet de la maladie, à partager ?

« Dans la forêt des lilas » de Nathalie Ferlut et Tamia Baudouin (Delcourt, 2019)

Comment résister à une couverture aussi belle et à un récit qui annonce un voyage entre le monde de l’enfance et celui des adultes, une fuite face à la réalité ? Je me suis posée la question et je me suis simplement répondu : aucune idée, en tout cas moi j’y vais !


Quatrième de couverture : « Peut-on, sans les détruire, demander à des rêves d’enfant de répondre aux questions que la vie pose aux adultes ? Voilà une interrogation à laquelle tente de répondre ce splendide récit initiatique.

La jeune Faith habite un petit cottage isolé, quelque part dans la campagne londonienne. Chaque nuit, pour fuir la maladie qui l’accable, elle s’évade dans le rêve récurrent d’un monde poétique. Elle y retrouve Beau-Minon, le prince-chat ou Bonnebiche, la fée. Mais sous l’oeuvre du temps, ce pays des merveilles est devenu sombre et inquiétant, dévasté par une créature avide de peur et de sang. Comtesse veut comprendre ce qui est arrivé, mais elle aussi a changé… »


Visuellement j’ai absolument tout a-do-ré ! C’est poétique, délicat, romantique, fantasmagorique, c’est juste magnifique ! Pour l’histoire, il a par contre fallut que je mette mon penchant ultra-réaliste un peu en sourdine. Retrouver les possibles de l’imaginaire de l’enfance, en somme. Ce fut un peu un échec…

Nous faisons la rencontre de Comtesse jeune fille, dans son monde imaginaire, dans la Forêt des lilas avant de faire un saut dans le temps et de la retrouver quelques années plus tard, orpheline, accompagnée d’une soeur antipathique et de leur intendante aimable et attentionnée. Des événements vont interroger Comtesse, dans la rue, chez elle, les réactions et comportements qui l’entourent l’inquiètent sur elle-même. Entre paranoïa et peur de la mort, Comtesse va se réfugier dans son monde d’avant et découvrir qu’il est aussi en proie à un mal inconnu mais violent.

Nous comprenons que chaque élément de son univers imaginaire est le miroir d’une partie d’elle-même. Et en elle, des éléments se déchaînent et s’entretuent. La maladie avance. La mort annoncée de façon prématurée fait revenir sur les promesses faites à soi-même et que l’on n’a pas tenues, sur les frustrations et les choses qui ne seront pas vécues, sur l’absence d’espoirs et de rêves, désormais arrachés à la racine. Sauver les habitants de la Forêt des lilas la sauvera-t-elle du mal qui la ronge ? Peut-on apprécier la vie quand il nous en reste peu ?

Si j’ai été entièrement sous le charme des illustrations et du travail visuel, l’histoire m’a un peu laissée à la lisière de la forêt, sans réussir vraiment à y pénétrer. Cependant, je pense que je me laisserais séduire par un autre livre réalisé par ces deux auteures : Artemisia (Delcourt, 2017).

Pour en savoir plus

 

Et vous, quel récit onirique conseilleriez-vous ?

❤ 👁 « New York Trilogie – Intégrale » de Will Eisner (Delcourt, 2018)

Je suis vraiment très contente de terminer ce mois thématique consacré à Will Eisner avec cette intégrale. Vraiment très contente car il s’agit à mes yeux et à mes neurones d’une apothéose graphique et scénaristique !


Quatrième de couverture : « Will Eisner raconte comme personne sa vie à Big Apple, une ville qu’il a vu grandir et changer au fil des arrivées massives de migrants de toutes origines sociales, religieuses et géographiques. Un chef d’oeuvre enfin réédité.

Will Eisner fait de New York et de ses habitants les personnages d’une pièce de théâtre plus grande que nature. Muets ou diserts, instantanés ou développés en plusieurs planches, l’auteur révèle toute la finesse et l’intelligence dont il savait faire preuve. La faune exubérante campée sur les perrons d’immeubles populaires, les gamins des rues, tout devient matière à raconter la vie. Celle des gens. Celle qui compte… »


Dans cette trilogie il est évident que Will Eisner nous transmet son amour de la ville, en particulier de New York, et son amour des gens. Du point de vue d’objets ou d’éléments citadins (matériels, olfactifs, auditifs…) nous découvrons des histoires de vies et du point de vue de personnages nous découvrons la ville. L’une ne va pas sans les autres et vice versa. C’est absoulement fou de justesse, d’empathie, d’ironie parfois mais jamais de jugement moral.

D’anecdotes en portraits en passant par l’histoire d’un bâtiment et des âmes humaines qui l’ont imprégnées, c’est une multitude de vies d’une ville qui nous sont données de lire et de regarder, ce sont des situations cocasses ou terribles, d’innombrables personnes fondues dans l’anonymat, dans l’invisibilité de la multitude. Pourtant, de cette première impression il en ressort beaucoup d’histoires individuelles passionnantes.

Je manque presque de mots pour parler de cette trilogie tellement elle m’a plue et en même temps tellement le nombre d’histoires est énorme. Il faut la lire pour se rendre compte de sa richesse et du talent de Will Eisner, autant comme conteur, comme dessinateur que comme observateur de l’humanité (en particulier citadine). Avec cette trilogie il me semble être au sommet de son art. Une lecture que je ne suis pas prête d’oublier de sitôt !

Pour finir, je tiens à remercier mille fois Lisez-moi ça qui m’a vivement encouragée à découvrir cette série graphique. ☀

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Comics have the PowerSambaBD


 

Et vous, quel(le) auteur(e) de bande dessinée admirez-vous ?

👁 « Fagin le Juif » de Will Eisner (Delcourt, 2004)

J’ai énormément apprécié ce roman graphique qui rappelle, en plus de conter la possible histoire personnelle de Fagin, que les auteurs et autres influenceurs (si on veut le rendre très contemporain) ont une responsabilité vis-à-vis de leurs publics quant aux stéréotypes qu’ils peuvent véhiculer.


Quatrième de couverture : « Le Juif Fagin, tel que l’a décrit Dickens dans Oliver Twist, est l’un des méchants les plus mémorables de la littérature anglaise. Mais alors que l’auteur se défendait de tout antisémitisme, il créait avec ce personnage le parfait modèle du Juif exploiteur. Un cliché qui aura la vie dure.

Avec l’humanisme et la finesse qui le caractérisent, Will Eisner a voulu montrer qu’aucun individu ne peut se réduire à un stéréotype. Il a imaginé la vie qu’a pu mener Fagin, les épreuves douloureuses qui ont fait de lui une victime, comme tous les pauvres de Londres.

Une œuvre salutaire, mais aussi une lecture passionnante, par l’un des maîtres de la bande dessinée mondiale. »


Je n’ai pas lu Oliver Twist, je l’avoue. Mais ce roman graphique n’en reste pas moins abordable car Will Eisner est toujours là pour nous donner les informations nécessaires à la compréhension. Une partie du texte est inventée par l’auteur afin de montrer la vie qu’aurait pu avoir Fagin, issu d’une famille juive d’Europe de l’Est émigrée en Angleterre. De la difficulté de s’intégrer dans une société où la pauvreté fait rage et ravages, Fagin va vivre une vie façonnée de désillusions et de violence, notamment en passant par le bagne.

Will Eisner rappelle avec justesse que la rue et la pauvreté appelle aux petits trafics, que la survie demande parfois de s’arranger avec la loi. Il n’est en aucun cas de savoir si le receleur ou l’accusé est Juif ou d’une autre religion, ce qu’il demande de regarder en face c’est la pécarité de la vie des quartiers pauvres de Londres et que chacun, dans cettte situation, est amené à faire des choix pour manger.

Fagin en aura pris plein la tronche sur le sol anglais et dans ses colonies. De retour à Londres, il ne fera peut-être pas les bons choix, certes, mais ce sont des choix personnels qui ne demandent pas à être couverts du dénominateur Juif plutôt que du nom du personnage. Si l’histoire est en effet passionnante et déroutante de tant de malchance et d’actes manqués, Will Eisner reproche surtout le stéréotype construit avec le personnage de Fagin, qui fut par la suite tenace.

La dernière partie du roman graphique confronte Fagin à Charles Dickens et je l’ai vraiment trouvée remarquable. Will Eisner en appelle à la vigilance de chacun (et à la sienne aussi, car il reconnaît certains torts) de ne pas construire des stéréotypes qui alimenteraient des préjugés pour de longues années – ici concernant l’antisémitisme mais ce principe vaut bien entendu de manière générale. En fin d’ouvrage, l’auteur nous propose également des exemples d’illustrations faites de personnages juifs des 18ème et 19ème siècles : une démonstration magistrale.

« Un Juif n’est pas davantage Fagin qu’un gentil n’est Sikes ! » (p. 114)

En un mot, ce livre hybride est passionnant tant par l’histoire de Fagin que j’ai adoré découvrir que par le propos toujours présent en filigrane qui appelle à la responsabilité des auteurs. Remarquable.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : La Case de l’Oncle Will


 

Et vous, avez-vous lu Oliver Twist de Charles Dickens ?

👁 « Dropsie avenue » de Will Eisner (Delcourt, 2007)

La construction de ce trosième volet de la trilogie du Bronx est absolument passionnante ! Des premiers exploitants agricoles à la renaissance du quartier en passant par les années de crises, Will Eisner nous conte toute la vie d’un quartier, un visage de la vie américaine.


Quatrième de couverture : « Dans ce dernier volet de la trilogie du Bronx, Will Eisner retrace avec humour et sensibilité le paysage social de Dropsie Avenue, une rue imaginée et nourrie des souvenirs de l’auteur.

À travers quatre siècles d’immigration, durant lesquels Hollandais, Anglais, Irlandais, Juifs, Afro-Américains et Portoricains ont construit l’identité américaine, ce maître du 9e art lègue aux générations futures une œuvre incontournable. »


Si certains personnages sont suivis sur une longue période, le personnage principal est Dropsie avenue. Un quartier qui connaîtra de nombreuses et grandes évolutions, pas toujours positives mais importantes pour ses habitants.

Nous découvrons les différentes vagues de migrations et les crispations entre les communautés qui, sur base de préjugés, vont alimenter des discriminations et des conflits. Le vivre ensemble est un concept bien difficile à réaliser quand, en plus, l’avidité financière et politique des hommes et les cracks boursiers s’ajoutent à l’équation.

D’un quartier qui prospère, qui est synonyme de bonne société (et là, ce sont les nouveaux riches qui font face au mépris des bourgeois de classe) au quartier populaire voire insalubre qui accueille principalement les immigrants, nous suivons avec passion les péripéties que Will Eisner nous présente. J’ai vraiment adoré cette construction narrative et je me suis arraché les cheveux, me demandant si des jours meilleurs arriveraient.

Si j’ai passé un excellent moment en lisant ce livre, que je considère comme l’apothéose de la trilogie, j’ai cependant exprimé une grande réserve quant à la page de conclusion de l’ouvrage vis-à-vis de laquelle je nourris un profond désaccord. Les cultures respectives (qui, par ailleurs, se partagent) ne sauraient être mises en cause dans la déchéance d’un lieu quand, depuis un paquet de pages, c’est la morale douteuse de certains, qui qu’ils soient, qui amène des évènements nocifs à la collectivité. Une conclusion qui se fait malheureusement en double teinte pour ma part.

Pour en savoir plus

 

Et vous, qu’avez-vous pensé de la conclusion de ce livre ?

 

👁 « Jacob le cafard » de Will Eisner (Delcourt, 2006)

Nous poursuivons la découverte de la trilogie du Bronx de Will Eisner avec son deuxième volet : Jacob le cafard. Nous en sommes plus face à plusieurs histoires proposées en nouvelles graphiques mais sur le portrait d’un homme, Jacob Shtarakah, qui a besoin de redonner sens à sa vie.


Quatrième de couverture : « Jacob Shtarakah est un homme simple, luttant chaque jour pour mettre sa famille à l’abri du besoin. Rattrapé par la Grande Dépression, puis la Seconde Guerre mondiale, il fait la difficile expérience d’une vie d’émigré aux États-Unis. Entre crainte et espoir, Jacob assiste à l’émergence de l’antisémitisme et doit dès lors faire face à des événements qui le dépassent. »


Le livre s’ouvre sur Jacob qui, après avoir travaillé cinq années dans la réalisation d’un ouvrage, est remercié. Il se sent humilié et se retrouve à nouveau sans travail. Vivre un jour de plus, trouver un moyen de tenir jusqu’à demain, ce n’est pas une vie. Alors Jacob va chercher à se différencier de cet insecte qui va le marquer dans un hasard de vie : le cafard.

Ce récit va explorer différents thèmes chers à Will Eisner : le quotidien et son pouvoir humoristique, la recherche d’emploi dans un contexte difficile, la mafia et son intégration féroce dans la vie du quartie et de la ville, les arrangements douteux et la malhonnêteté des protagonistes de la bourse, la naissance ou la renaissance d’un amour, etc.

C’est un livre qui, en peu de pages, expose une histoire complexe, miroir d’une époque troublée autant sur le territoire américain que dans le reste du monde. J’ai beaucoup aimé cette fenêtre ouverte vers le vieux continent qui permet aussi de parler de la difficulté d’émigrer depuis l’Europe en guerre. Un deuxième volet intéressant dans lequel le quotidien d’un homme traduit le quotidien d’un quartier et d’un monde, presque d’un quartier-monde.

Pour en savoir plus

 

Et vous, savez-vous ce qui distingue l’homme du cafard ?

👁 « Un pacte avec Dieu » de Will Eisner (Delcourt, 2018)

J’ai souhaité poursuivre ma découverte de Will Eisner avec sa trilogie du Bronx car elle commence par un récit très personnel de l’auteur, bien qu’adapté de la réalité car trop douloureux à transmettre entièrement. Il me faisait aussi imaginer découvrir une vision de la vie des familles juives immigrées et cela m’intéressait beaucoup.


Quatrième de couverture : « Cet ouvrage est la réédition très attendue de ce qui demeure l’oeuvre majeure d’Eisner. Cette nouvelle édition est augmentée de plusieurs textes signés notamment de Scott McCloud (L’Art invisible) et de Will Eisner lui-même.

Au 55, Dropsie Avenue, dans le Bronx à New York, il y avait cet immeuble. Dans ces appartements vivaient les familles de petits fonctionnaires, ouvriers et autres commis… tous occupés à élever leur progéniture et à rêver d’une vie meilleure.

Les histoires recueillies dans cet ouvrage décrivent la vie telle qu’elle était dans ces immeubles, pendant les années 1930. Ces histoires sont toutes véridiques. »


Un pacte avec Dieu est ce qu’il est grâce à l’un des récits qui le composent, le récit éponyme. On y rencontre Frimm Hersch, un personnage aussi attachant qu’il est immensément détruit par la mort de sa fille. Pourtant, il a fait tout ce qu’il pensait devoir faire pour répondre aux attentes de Dieu, et tout le monde lui disait qu’il était avec lui. Alors pourquoi la mort d’une jeune fille qui commençait à peine à vivre ? L’histoire est très touchante et l’on ne peut qu’imaginer la peine de Will Eisner en l’écrivant et en la dessinant. C’est vraiment pour moi (et pour d’autres je pense) le récit clé de ce livre.

Les autres récits montrent la vie quotidienne dans l’avenue Dropsie en suivant plusieurs personnages : le chanteur de rue qui n’arrive pas à trouver de travail, l’ancienne diva qui se rêve une nouvelle gloire, le concierge intimidant qui va être victime de ses pulsions mal placées mais aussi du jugement intransigeant des locataires, une enfant qui aura peut-être compris la déformation de l’adage la faim justifie les moyens (mais ça reste carrément glauque), de jeunes gens à la recherche de fiançailles avec avantages pécuniers si possible, la violence envers les femmes, aussi.

Un ensemble de personnages et de situations qui rendent le livre à la fois passionnant et terriblement triste. On se sent comme dans un film noir, enthousiasmés par l’ambiance et le dépaysement mais bien contents de revenir ensuite dans notre réalité. Will Eisner transcrit une société malade de ne pouvoir vraiment vivre, une société qui a besoin de croire en de meilleurs lendemains mais qui ne choisit malgré tout pas toujours le bon chemin. On réalise à la lecture qu’à tout bon visage on attend d’en voir apparaître le côté sombre. Comme l’avenue Dropsie, qui possède les deux.

Un premier volet absolument remarquable ! Pour découvrir mon avis sur la suite de la trilogie, je vous donne rendez-vous mardi prochain !

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Comics Inside


 

Et vous, quelle littérature sur les années 1930 conseillez-vous ?

👁 « Gold Star Mothers » de Catherine Grive et Fred Bernard (Delcourt, 2017)

C’est avec beaucoup de délicatesse de Catherine Grive et Fred Bernard nous racontent ces voyages peu connus, organisés par les États-Unis, pour des mères et des femmes de soldats tombés sous les balles pour la France, entre 1930 et 1933.


Quatrième de couverture : « À l’heure du centenaire de l’entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale, les auteurs rendent ici un hommage particulièrement sensible aux femmes et aux mères des Sammies morts sur le sol français.

Dix ans après la fin du premier conflit mondial, le Congrès américain vote un budget pour permettre aux Américaines de se recueillir sur la tombe de leurs fils ou maris inhumés en France.

Ce séjour à Paris, puis sur les lieux de mémoire, va permettre à de nombreuses femmes de découvrir ce pays étranger qui leur a tant coûté, mais aussi d’alléger un temps, par le partage, le poids de leur deuil. »


Elles ont des statuts sociaux différents, des histoires différentes mais sont unies par le deuil et le chagrin. Nous suivons ces femmes, pour la plupart des mères, pendant leur traversée jusqu’en France et durant leur visite du pays qui leur a pris leurs enfants. Les soldats étaient dans un premier temps des engagés volontaires puis ils firent partie des troupes envoyées par les États-Unis, une fois le pays entré en guerre.

Ils aimaient la France, pays qui représentait la liberté pour de nombreuses autres nations, leurs familles ont choisi de laisser leur corps reposer sur le sol qu’ils ont défendu jusqu’à la mort. Mais le deuil doit se faire et les cœurs ont besoin de paix. Ces voyages permettent aux mamans, aux épouses et, ici aussi, aux sœurs de se recueillir et de s’assurer que les corps reposent dans de bonnes conditions.

Nous suivons plus particulièrement Jane, avide photographe meurtrie par la perte de son frère Alan, qui va essayer d’en savoir plus sur la raison de son engagement, lui, l’amoureux de la vie, de l’amour et de la poésie, à qui l’avenir tendait ses bras grands ouverts.

Un roman graphique doux et pudique, qui aborde un sujet peu évoqué et qui ne manque pas de rappeler en fin d’ouvrage que toutes les familles n’ont pas eu le même traitement de faveur, à l’image des mères de soldats noirs dont la traversée n’était pas du tout du même luxe, du même confort et qu’il ne fallait pas mélanger aux autres femmes, entendez blanches.

Une façon différente d’aborder les stigmates de la Grande Guerre, qui rappelle les troupes étrangères qui s’y sont engagées.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Serialblogueuses


 

Et vous, avez-vous envie de découvrir ce voyage ?

« Ce n’est pas toi que j’attendais » de Fabien Toulmé (Delcourt, réed. 2018)

Cela faisait un moment que je souhaitais lire ce roman graphique, notamment après avoir lu de nombreuses chroniques extrêmement positives. C’est maintenant chose faite, place à une énième chronique de lectrice sous le charme !


Quatrième de couverture : « Dans la vie d’un couple, la naissance d’un enfant handicapé est un ouragan, une tempête. Quand sa petite fille naît porteuse d’une trisomie non dépistée, la vie de Fabien s’écroule. De la colère au rejet, de l’acceptation à l’amour, l’auteur raconte cette découverte de la différence. Un témoignage poignant qui mêle avec délicatesse émotion, douceur et humour. »


Si je dois donner l’une des premières raisons qui ont fait que j’ai aimé ce récit, c’est la franchise de l’auteur-narrateur. Nous sentons qu’il n’y a pas de triche, les craintes et les regrets sont exprimés et ils ont une double portée : soutenir les parents dans une situation similaire, qui découvrent le handicap de leur enfant, et dépasser les stéréotypes bien ancrés dans une société de la performance aussi intellectuelle que physique.

La nouvelle est dure à encaisser. Clairement. Julia, l’être aimé avant même d’exister aux yeux du monde, le trésor qui vient agrandir la belle famille, Julia naît avec une malformation cardiaque et une trisomie. Nous suivons alors les pas d’une famille qui va apprendre à tomber sous le charme de la petite dernière, à accepter qu’il ne s’agit pas d’un mauvais sort, à s’émerveiller devant les progrès d’éveil même s’ils prennent beaucoup de temps.

Mais avant d’en arriver à l’amour et à l’émerveillement, il faudra à Fabien le temps de ne plus en vouloir au hasard et de ne plus avoir peur ni de sa fille, ni des images stressantes liées à la trisomie. Le risque de l’opération du cœur, vers les un an de Julia, lui fera prendre conscience qu’il l’aime déjà, sans l’avoir remarqué ou compris.

Nous découvrons beaucoup de choses sur la trisomie, les différentes trisomies, d’ailleurs. En même temps que Fabien et son épouse apprennent, nous apprenons avec eux et nous nous éloignons des idées reçues. C’est tellement nécessaire ! Une petite vie de famille secouée mais qui retrouve son équilibre et dont l’amour est le ciment. Un très beau récit, encore plus beau lorsque dans les dernières pages nous découvrons des photographies de Julia, avec un sourire qui fait le tour de la tête et auquel personne ne pourrait résister.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Les voyages livresques de Mel • Les fringales littéraires • Des livres et des coquelicots • Justine Vaillant • Books & Feel • La marmotte à lunettes• Le bal littéraire des sardines • On bookine • Les lecteurs associés • Khadie lit • Une vie, des livres • Mumu dans le bocage • Les explorations de Loupit


 

Et vous, connaissez-vous un récit proche ou similaire à conseiller ?

« Mandela et le Général » de John Carlin et Oriol Malet (Seuil-Delcourt, 2018)

Aujourd’hui nous fêtons à l’échelle du monde l’anniversaire des 100 ans de la naissance de Nelson Mandela, symbole de la paix pour l’Afrique du Sud et de la fin de l’apartheid. Difficile de passer à côté de ce jour de commémoration et j’ai souhaité le faire avec ce roman graphique qui se déroule à partir de 1990. Je n’ai malheureusement pas eu le temps de lire Lettres de prison, paru la semaine dernière et positionné en bonne place dans ma PAL estivale.


Quatrième de couverture : « Quand le rêve de démocratie de l’Afrique du Sud faillit s’achever dans le sang. John Carlin témoigne de ces semaines décisives au cours desquelles Mandela réussit à séduire le général et ses milices d’extrême-droite.

Constand Viljoen, général des armées sud-africaines pendant l’apartheid, prend la tête des milices d’extrême-droite à la veille des premières élections démocratiques du pays. Cinquante mille hommes constituent cette nouvelle armée boer en 1993. Ce sera l’un des plus grands défis que devra relever Nelson Mandela, qui, à force de patience et de charisme, réussira à éviter la guerre civile. »


La bande dessinée peut faire passer de grandes idées, c’est évident et cela se confirme avec cet ouvrage dont le scénariste, John Carlin, est particulièrement documenté. Il a d’ailleurs eu l’occasion de s’entretenir à plusieurs reprises avec Nelson Mandela mais également avec le Général Viljoen. Deux positionnements idéologiques et politiques bien éloignés qui ont malgré tout réussi à se rencontrer.

Le récit, de fiction comme l’ouvrage le précise dans ses dernières pages, se base cependant sur des faits réels et se déroule grâce aux propos du Général Viljoen. Ce positionnement est surprenant mais peu à peu nous comprenons et c’est une phrase attribuée à Nelson Mandela qui aide à la compréhension.

« Pour le battre, nous devons comprendre sa logique, nous mettre à sa place. »

C’est également ce que nous sommes forcés de faire lors de cette lecture qui nous fait cheminer dans les idées du Général et leurs évolutions. Convaincu de la supériorité blanche, son éducation l’a fort bien modelé, il va cependant peu à peu faire confiance à Nelson Mandela pour éviter un bain de sang à l’Afrique du Sud alors que son parti d’extrême droite n’attend qu’une chose : régler la question par les armes, quoi qu’il en coûte. Un parti d’extrême droite dont le drapeau et la haine rappellent des heures bien sombres… C’est une relation de recherche de compréhension et d’écoute qui va s’établir. Ce n’est pas une volonté de lutte martiale, mais de trouver un terrain d’entente qui devient vital.

Ce roman graphique est fort et factuel, il permet de comprendre une période historique complexe qui ne remonte pas plus loin qu’hier. En 1994 ont lieu les premières élections démocratiques ouvertes à tous.

L’ouvrage se termine sur quelques pages rétrospectives du travail journalistique de John Carlin, ainsi que sur des précisions documentaires bienvenues : j’apprécie toujours ces contenus supplémentaires. Un beau livre qu’il ne faut pas hésiter à mettre entre toutes les mains.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : SambaBD


 

Et vous, que vous inspire cet anniversaire ?

« Mauvais genre » de Chloé Cruchaudet (Delcourt, 2013 – réédition 2018)

J’étais très curieuse de découvrir cette bande dessinée, découverte grâce à la blogosphère. Elle a pris un chemin complètement éloigné de ce à quoi je m’attendais et m’a pas mal fait cogiter sur le pourquoi du comment.


Quatrième de couverture : « Paul et Louise s’aiment, Paul et Louise se marient, mais la Première Guerre mondiale éclate et les sépare. Paul, qui veut à tout prix échapper à l’enfer des tranchées, devient déserteur et retrouve Louise à Paris. Il est sain et sauf, mais condamné à rester caché. Pour mettre fin à sa clandestinité, Paul imagine alors une solution : changer d’identité, se travestir. Désormais il sera… Suzanne. [D’après l’essai La Garçonne et l’Assassin, éditions Payot]

Troubles du genre et trouble de la guerre sont au cœur de ce roman graphique tout en finesse, dont la lecture suscite une émotion rare.

Récompenses, 2014 : Prix du public Cultura du Festival d’Angoulême, Grand Prix de la Critique ACBD, prix du magazine Lire de la Meilleure bande dessinée et le prix Landernau BD. »


Le récit, tiré d’une histoire vraie, s’ouvre sur l’amour naissant entre Paul et Louise, puis sur leur mariage juste avant que le service militaire de Paul ne débute. Aussitôt mariés, aussitôt parti. En 1914, la Première Guerre mondiale éclate. Paul est mobilisé et va être totalement traumatisé par son expérience au Front. Démobilisé temporairement suite à une blessure, il déserte pour ne pas être réintégré et être à nouveau confronté à la boucherie de ce début de siècle. J’ai beaucoup apprécié les dessins du Front, je les ai trouvé très forts, ils prennent aux tripes comme lors du retour des poilus, avec leur lot de gueules cassées. De manière générale, le coup de crayon de Chloé Cruchaudet est très beau, tantôt fort, tantôt suave, tantôt froid : il transmet une vraie émotion.

Déserter c’est aussi prendre des risques : celui d’être reconnu, dénoncé et exécuté. Alors, un peu par hasard, il va se fondre physiquement en femme pour respirer l’air des rues de Paris, pour aller chercher une bouteille de vin. Le vin, très présent dans le récit, est un exutoire au même titre que le sexe complètement décomplexé. Paul devient Suzanne et, petit à petit, les deux identités se mêlent. Lors d’une sortie nocturne, il découvre le Bois de Boulogne, où hommes et femmes aux sensibilités sexuelles multiples et variées se retrouvent pour partager un moment ensemble, sans jugement et, au contraire, avec une admiration pour Suzanne et la surprise qu’elle réserve quand elle dévoile son secret.

Chaque nuit ou presque, Paul-Suzanne va se rendre au Bois, trompant allègrement sa femme qui s’y résoudra, tentant parfois l’expérience à son tour. Mais Louise souffre. Elle souffre de la violence de son mari perdu, traumatisé, en proie aux cauchemars, aux hallucinations mais aussi aux changements. L’alcool ne sera d’aucune aide, ou alors juste des vapeurs périodiques qui floutent les angoisses. Mais l’alcool alimentera la violence physique et morale, l’instabilité, le malheur de ce couple qui, quelques années auparavant, avait tout pour être heureux.

Dix ans après le début de cette transformation physique, les déserteurs ne sont plus dans le viseur de l’État et ils peuvent se déclarer afin de recouvrer leur identité, leur liberté. N’est-il seulement pas trop tard pour que tout rentre dans l’ordre ? Ces dix années ont-elles dévoilé et inscrit une partie de Paul qu’il n’avait jamais soupçonnée ? La violence  et le mal-être peuvent-ils se résorber aussi facilement ?

Des pages additionnelles à la fin de cette nouvelle édition permettent de prendre davantage la mesure de cette histoire, de voir les visages et de lire les mots de ses protagonistes.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : En Quête littéraire • Arcanes Ouvertes • The CoffeeTimeNina a lu • What a book worm !Anouk Library • La caverne d’Haifa • D’une berge à l’autre • Livres de Malice • Au bout de la corde • Hope & Books • BloCoLi • Le carré jaune • Culture Twins • Le blog de Babelga • Nourritures en tout genre • Sans connivence • Le monde de Miss G • Dans ma bibliothèque • Les évasions de Kreen • Itzamna Librairie • Doucettement • La maison de Marguerite • Le coin de la limule • Les lectures de Philli • Psychée Délik • Quand je lis… • et beaucoup d’autres !


 

Et vous, avez-vous aussi été surpris par ce roman graphique ?

« Hillbilly » tome 1 d’Eric Powell (Delcourt, 2018)

J’ai décidé de complètement sortir de ma zone de confort avec ce livre, qui pourtant fait écho à un autre de mes centres d’intérêt un peu viril : le Death Metal. Parce que ce livre, tourné vers le fantastique et le soft gore, est assez raccord avec ce mouvement musical plus complexe qu’il n’y parait. Bref, changement de décor littéraire !


Quatrième de couverture : « Rondel est un vagabond aveugle, qui en réalité comprend et voit le monde bien mieux que le commun des mortels. Rondel est un solitaire, armé d’un hachoir géant qui est finalement plus à l’aise auprès des créatures magiques et des sorcières. Il est même devenu pour beaucoup un héros de folklore pour ceux qui errent à l’orée du monde des rêves. Mais Rondel est également bien plus que cela…

Après The Goon, et Big Man Plans, Eric Powell revient avec ce récit intemporel de Dark Fantasy, mettant en scène des péquenauds des Appalaches, des sorcières, des créatures magiques et un aveugle plutôt… clairvoyant. »


Le premier tome de cette série est sorti en janvier et le deuxième est prévu pour le 20 juin (zou, dans la liste des précommandes !). N’ayant pas l’habitude de ce genre de lectures, je m’y suis aventurée comme une petite fille pour me faire avaler tout cru par l’ambiance. C’est sombre, c’est lourd, c’est crasseux, je me suis finalement sentie très à l’aise. *Tout va très bien*

Eric Powell explique qu’il voulait faire un comics abordable aussi pour des lecteurs plus jeunes, il a donc allégé la violence de certains passages mais cela donne globalement un rendu qui pousse à chercher des réponses au-delà du premier degré. Le personnage de Rondel est entouré de mystères et c’est aussi ce qui le rend attachant, en plus de ce que l’on apprend petit à petit de son histoire, de sa verve et de sa quête permanente d’extinction des sorcières et de la magie noire.

Ce tome est une compilation de plusieurs volumes originaux et l’assemblage de ces histoires est très agréable et fluide. Les dessins sont absolument magnifiques et les personnages principaux ont chacun leur manière d’être intéressants. Mention spéciale à Lucille et son petit caractère qui ajoute une épaisseur fantastique et humoristique que j’ai vraiment apprécié.

Un très chouette voyage que j’ai hâte de poursuivre le 20 juin, donc. Et, pour jouer le jeux, si j’avais mis une bande son à ce comics ça aurait été du Addicted ou du Phazm (allez, je vais me faire un petit Cornerstone Of The Macabre pour le plaisir).

Pour en savoir plus

 

Et vous, avez-vous fait une lecture hors de votre zone de confort ?

❤ « Rat et les animaux moches » de Sibylline, Capucine et Jérôme d’Aviau (Delcourt, 2018)

Cette couverture à la fois adorable, vintage et mystérieuse a tout pour attirer l’attention des adultes et des plus jeunes. Je vous emmène avec moi découvrir cette tendre ballade, pleine de positivisme et de bienveillance.


Quatrième de couverture : « Ne supportant plus les hurlements injustes de la propriétaire, Rat part à la recherche d’une nouvelle maison.

Ses errances vont le mener au Village des animaux moches qui font un petit peu peur. Rat va petit à petit découvrir que les habitants ne sont pas toujours heureux.

Il va s’investir dans cette mission et dévouer sa vie à la réhabilitation des animaux moches… »


Je m’attendais à un ouvrage pour adulte mais il s’adresse plus à l’enfant qui est en chacun de nous et aux enfants qui nous entourent. Mais à chaque âge de lecture la morale trouve un sens. L’ambiance des dessins et des textes fait vraiment appel à des livres d’antan, on entend presque la voix d’un/e conteur/se, rocailleuse et douce à la fois. Ce livre, ça a été un petit nuage de coton, parfois un peu mouillé parce que, oui, je suis une grosse chouineuse ! *Processus d’acceptation enclenché*

Nous suivons lors de ce récit les aventures de Rat, qui va rencontrer les animaux moches qui font un petit peu peur et découvrir qu’assumer l’image que se font les autres de soi n’est pas toujours facile. Rat, éternel chevalier servant de l’optimisme et de l’espoir va alors chercher des solutions pour changer la vie des différents animaux.

Ne voulant encore une fois pas en dire et prendre le risque de gâcher votre lecture, j’ajouterai simplement que c’est un livre qui permettra peut-être à des enfants de ne plus avoir certaines phobies, et à tous de réaliser que le jugement physique peut détruire et qu’aider et apporter de la joie autour de soi est un moteur qui a une dynamique incroyable. Bon, se libérer des cons, c’est aussi très salvateur. D’autant plus que certains animaux sont parmi les plus mignons du monde, ce qui interroge directement le jugement du beau et du laid en société, notamment du fait de croyances populaires ancrées.

Une très jolie promenade qui ramène en enfance, aux bons sentiments et à l’humour mordant qui font sacrément du bien ! Depuis ma lecture, l’araignée qui habite ma voiture (ou est-ce moi qui conduit sa maison ?) a été rebaptisée Mauricette et je ne la cherche plus pour avis d’expulsion. J’ai adoré ma lecture seule mais je pense que ce doit être vraiment sympa à faire entre parents et enfants (je vais essayer avec mes neveux cet été, c’est sûr et certain) !

Pour en savoir plus


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : L’Emeraude litteraireChroniques MartiennesLes voyages de LyBd-Chroniques de Jacques SchraûwenSambaBD


Et vous, avez-vous un livre tout doux à recommander ?

👁 « Strange Fruit » de Mark Waid et J.G. Jones (Delcourt, 2017)

Pour le choix de cette lecture cela a été très simple : la couverture m’a bouleversée tellement elle est belle. La composition, les couleurs, la dureté et pourtant la douceur. Trop tard, j’étais conquise.


Quatrième de couverture : « Et si Superman avait atterri en plein milieu d’une petite ville du Mississipi, au sud des États-Unis, en 1927… et qu’il était noir ? Mark Waid (Irrécupérable) et J.G. Jones (Wanted) secouent l’histoire américaine et les préjugés racistes.

Chatterlee. 1927. Le fleuve Mississipi est en crue et menace de dévaster des villes entières. Des villes qui ont vécu – il n’y a pas si longtemps encore – de la richesse des plantations de coton où l’esclavage était de mise. Un être venu d’ailleurs – aux pouvoirs extraordinaires – descend littéralement du ciel et fait irruption au milieu de cette catastrophe naturelle. Sa peau est noire… »


J’ai été intriguée par le positionnement de départ de cette bande-dessinée. Eh bien autant dire que la couleur de peau fait beaucoup dans le Mississipi (mais pas que) des années 1920.

Ce roman graphique met en exergue la haine, l’exploitation humaine (non, ce n’est plus de l’esclavage à proprement parler mais ce n’est pas non plus du salariat), la duperie politique, les préjugés dans leur forme la plus outrancière. C’est ainsi. Un enfant disparaît quand un homme inconnu arrive. L’homme est le premier suspect avant tout du fait de sa couleur de peau et de sa force surhumaine. ‘Clair que ce ne serait pas arrivé à Superman.

Outre l’histoire principale, qui montre la ségrégation menée par le Ku Klux Klan, j’ai vraiment eu le sentiment que les personnages qui se voulaient sobres et « moins pires » que les autres restaient racistes. Et à partir de là, j’ai senti comme une gêne. Il y a un paternalisme latent, une infantilisation des personnages Afro-américains par les personnages Blancs qui rend l’ensemble encore plus pervers. Car le racisme c’est cela aussi : la haine affichée et le mépris sous-jacent, latent, qui s’engouffre dans les petites fissures non visibles à l’oeil nu mais terriblement tenace.

Si je m’attendais à un coup de coeur (la couverture en a définitivement été un), ça a plus été un coup de poing dans la tronche, l’impression de ne pas voir de porte de sortie.

Pour en savoir plus

Et vous, quel roman graphique vous a fait l’effet d’une claque ?