« La vie devant toi » de Hideki Arai d’après Taichi Yamada (Akata, 2019)

71Fg7JX4iPL

Le résumé de ce manga laissait présager une lecture magnifique, avec des émotions comme je les aime et quelques mouchoirs (parce qu’on ne se refait pas). La réalité a été plus contrastée et c’est avec un léger malaise que je ressors de cette lecture.

Quatrième de couverture : « Hideki Arai fait partie des auteurs qui ne laisse personne indifférent. Lorsqu’il découvre le roman de Taichi Yamada, il vit un véritable choc artistique. Pour la première fois de sa carrière, cet agitateur décide d’adapter en manga une oeuvre dont il n’est pas à l’origine. Le résultat, bien que toujours aussi cru, est d’une beauté absolue, délivrant un fort message d’espoir.

Sôsuke, auxilaire de vie dans la vingtaine, vient de démissionner de l’EHPAD au sein duquel il travaillait. Mais grâce à Mlle Shigemitsu, aide à domicile quadragénaire, le jeune homme retrouve très vite un travail : c’est désormais sous le toit d’un vieillard connu pour sa mauvaise humeur, monsieur Yoshizaki, que Sôsuke exercera son métier… Encore écrasé par le poids d’une culpabilité inavouée, pourra-t-il assumer ce nouveau quotidien ?

Avec ce manga adapté d’un roman, Hideki Arai revient sur le devant de la scène ! Décrivant le quotidien de trois délaissés de la société, il livre du même coup son œuvre la plus lumineuse ! »

Je ne connais ni Taichi Yamada, ni Hideki Arai, cette lecture fut donc une entière découverte de l’univers de chacun. L’un pour l’histoire d’origine, l’autre pour son adaptation et son style graphique.

J’ai été assez convaincue par le travail du dessin, très réaliste, parfois cru, mais qui témoigne d’une réalité que l’on ne peut nier. J’apprécie cette franchise comme le fait que les personnages ne soient pas physiquement très beaux comme c’est assez souvent le cas dans les mangas (je trouve, mais je n’y connais pas grand chose). Nous sommes avec des personnes qui peuplent le quotidien, avec des parcours qui les ont blessés et des caractères particuliers qui ne manqueront pas d’interpeller les lecteurs.

Je croyais beaucoup en ce que ce mana promettait et j’ai été plusieurs fois très mal à l’aise et ce malaise a souvent pris le pas sur l’empathie. Je n’ai pas du tout apprécié le personnage du vieil homme dont Sôsuke va être l’auxiliaire. Rien à faire. J’ai davantage apprécié la personnalité du jeune homme et celle de Mlle Shigemitsu. J’ai trouvé intéressante leur relation ambiguë qui témoigne d’une société dans laquelle l’amour n’est pas toujours facile à trouver mais aussi dans laquelle il peut être sévèrement jugé. J’ai plutôt apprécié l’esprit de pardon et d’acceptation des erreurs du passé pour avancer qui habite ces pages. Même si ça peut prendre du temps, nous sommes toutes et tous amenés à faire des erreurs et il faut pouvoir les accepter (ce qui ne veut pas dire les oublier). Mais le pardon n’enlève pas la responsabilité qui est finalement peu traitée, ce que je regrette.

En conclusion, je ressors de cette lecture avec un avis clairement mitigé, je m’attendais sans doute à une autre tournure de l’histoire et à un autre traitement des parcours de vies mais je suis contente de d’avoir enfin levé le voile sur ce manga qui me faisait envie depuis un moment.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Les instants volés à la vieLes voyages de LyChez Xander


 

Et vous, quels mangas ou romans sur le pardon conseilleriez-vous ?

Retrouvez-moi aussi sur :

YouTubeInstagram

❤ « Orange – Tomes 1 à 5 » d’Ichigo Takano (Akata, 2014-16)

Voilà qui est fait ! J’ai eu les yeux rouges et le nez qui coule mais j’ai enfin découvert la série Orange ! On m’avait prévenu que j’allais adorer mais que j’allais aussi beaucoup pleurer. Je confirme les deux points. C’est un manga qui, bien qu’infiniment triste par moments, nous porte sur le chemin de l’espoir en nous glissant à l’oreille : tant que tu peux agir tout est encore possible.


Quatrième de couverture : « Un matin, alors qu’elle se rend au lycée, Naho reçoit une drôle de lettre… une lettre du futur ! La jeune femme qu’elle est devenue dix ans plus tard, rongée par de nombreux remords, souhaite aider celle qu’elle était autrefois à ne pas faire les mêmes erreurs qu’elle. Aussi, elle a décrit, dans un long courrier, les évènements qui vont se dérouler dans la vie de Naho lors des prochains mois, lui indiquant même comment elle doit se comporter. Mais Naho, a bien du mal à y croire, à cette histoire… Et de toute façon, elle manque bien trop d’assurance en elle pour suivre certaines directives indiquées dans ce curieux courrier. Pour le moment, la seule chose dont elle est sûre, c’est que Kakeru, le nouvel élève de la classe, ne la laisse pas indifférent… »


Un groupe d’amis de lycée, un nouvel élève, une rencontre… et une enveloppe ! Tout commence presque normalement, si ce n’est que Naho reçoit une lettre de son elle du futur qui lui demande de changer des évènements à venir pour ne pas avoir de regret dans le futur. Des regrets qui relèvent de questions de vie ou de mort. C’est ce qui va guider tous les tomes de ce manga avec passion, tension mais aussi beaucoup de douceur. Car nous sommes ici pour parler d’amour : celui qui nous fait tenir debout, celui qui nous pousse à protéger à tout prix, celui qui nous brise car nous fait avoir des remords ou des regrets, celui qui nous fait peur aussi, car l’amour pour un garçon ou une fille est parfois un monde inconnu et terrifiant (surtout à l’adolescence). Et si nous étions maladroits ? Et si nous faisions du mal ?

Si nous suivons six personnages, trois se détachent plus particulièrement : Naho, Kakeru et Suwa. Les trois autres amis sont agréables mais se positionnent plus en soutien qu’en acteurs de l’intrigue, voire en éléments humoristiques qui ne sont pas pour me déplaire pour aérer mes yeux humides après certains passages. Il y a là un équilibre très agréable et c’est sans compter la force de personnalité modelée pour Suwa. Une générosité qui fait chaud au coeur et qui rend cette lecture positive même quand l’intrigue ne semble pas évoluer vers une fin optimiste. C’est la pierre angulaire de l’histoire qui va faire passer le bonheur des autres avant le sien, réalisant aussi qu’aimer c’est vouloir voir l’autre heureux.

Il m’est extrêmement difficile de revenir sur cinq tomes sans vous en dévoiler trop, et je sais qu’il a déjà été lu par beaucoup alors je me retrouve dans un drôle d’exercice. Mais une chose est sûre : entre la force de l’amitié et un triangle amoureux abordé sans regard malsain – c’est tout le contraire et ça fait du bien – ce manga est une pépite à laquelle je ne changerais rien. Amitié, amour, deuil, culpabilité et résilience : c’est une course après la vie qui vous coupera le souffle et vous fera gonfler le coeur.

Pour en savoir plus

 

 

Et vous, avez-vous une série coup de coeur à conseiller ?

❤ 👁 « Le mari de mon frère – Tome 1 » de Gengoroh Tagame (Akata, 2016)

Les actualités sont d’une tristesse affligeante. Le 17 mai portait avec lui la journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie et a mis en lumière une augmentation significative des agressions et attaques homophobes recensées par rapport à 2017. Les coups blessent, les mots aussi, la bêtise s’enlise.

Je ne suis pas en avance mais mieux vaut publier un peu plus tard que prévu que de ne rien publier. C’est pourquoi j’ai choisi ce manga qui m’a énormément émue et en même temps beaucoup fait rire. C’est selon moi la force de ce récit de Gengoroh Tagame, en plus de son sens de la pédagogie.


Quatrième de couverture : « Yaichi élève seul sa fille. Mais un jour, son quotidien va être perturbé… Perturbé par l’arrivée de Mike Flanagan dans sa vie. Ce Canadien n’est autre que le mari de son frère jumeau… Suite au décès de ce dernier, Mike est venu au Japon, pour réaliser un voyage identitaire dans la patrie de l’homme qu’il aimait. Yaichi n’a alors pas d’autre choix que d’accueillir chez lui ce beau-frère homosexuel, vis-à-vis de qui il ne sait pas comment il doit se comporter. Mais ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ? Peut-être que Kana, avec son regard de petite fille, saura lui donner les bonnes réponses… »


L’histoire se construit autour de quatre personnages : deux hommes et une enfant ; un être aimé décédé récemment que nous découvrons à travers les souvenirs des deux hommes. Mike était son mari, au Canada. Yaichi était son frère jumeau. Le premier l’a connu jusqu’à la fin, le second l’a connu au début de sa vie mais a ensuite perdu le contact. La jeune Kana, elle, n’a jamais connu cet oncle qui aujourd’hui vient, d’une certaine manière, animer leur existence à tous.

Quand Mike arrive au Japon, il va trouver un foyer dans celui de Yaichi et de sa fille. Entre différences de caractères, différences de cultures et préjugés, un quotidien un peu mal à l’aise va s’installer. Mais c’est sans compter l’innocence, la curiosité et la spontanéité de Kana, qui va permettre de briser, petit à petit, les a priori. Car à son age, Kana n’a pas conscience du poids de la société et des normes qu’elle impose, elle vit sa vie d’enfant et pose des questions à cet oncle qu’elle adore déjà, tout simplement.

Si l’on pense, adulte, que les questions ne doivent pas être posées au risque de paraître bêtes, les enfants osent tout et ils sont alors les plus sages. Poser des questions sur ce que nous ne comprenons pas, car nous ne le vivons pas, c’est bien la plus simple des manières de comprendre l’autre – ou du moins d’essayer, ce qui relève déjà de l’exploit pour certains.

Ce mélange d’une histoire de deuil amoureux, de famille décomposée et d’ouverture d’esprit, voilà une bien belle recette pour un manga réussi. Croisons les doigts pour qu’il soit lu par le plus grand nombre et que les statistiques de la haine, pour une fois, reculent.

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Hanae part en livreCats & BooksLes explorations de LoupitChronicroqueuse de LivresLectures d’ALa Bibliothèque de JujuLa Bibliothèque de MahoLivre est-ce de la nuitJukebox CornerLa Ménagerie Du LivreGang of OtakettesNina a luLes écrits de Julie • De la plume au cliclmreverLes tribulations d’une bibliothécaire


 

Et vous, est-ce aussi une série qui vous a plue ?

👁 « Adieu, mon utérus » de Yuki Okada (Akata, 2019)

Voilà un manga qui ne se fond pas dans la masse, qui interpelle et qui appelle à la lecture. Ce récit est autobiographique et parle d’un sujet encore trop peu abordé : le cancer de l’utérus. Yuki Okada met en images et en mots les épreuves qu’elle a affrontées en lien avec la maladie. Des épreuves qui auront un impact sur le reste de sa vie.


Quatrième de couverture : « Yuki Okada, à trente-trois ans, a tout pour être comblée : mariée et heureuse, mère d’une petite fille, elle exerce également le métier qu’elle aime – autrice de mangas. Aussi, quand elle consulte son médecin à cause de règles anormales, elle ne se doute pas de la terrible nouvelle qui l’attend : malgré son jeune âge, elle développe en effet un cancer du col de l’utérus. Chamboulée et perdue, elle ne saura d’abord pas comment réagir, et affronter cette épreuve que la vie lui impose… Pourtant, très vite, elle comprend qu’il lui faudra faire des choix. Mais entre les avis de ses proches et du corps médical, comment savoir ce qu’elle souhaite vraiment ?

Dans Adieu, mon utérus, récit autobiographique, Yuki Okada raconte sa lutte contre le cancer. Son chemin sera semé d’embûches, de larmes et de doutes, mais trouvera un écho chez de nombreuses personnes. »


Au commencement de la lecture, j’ai été impressionnée par l’humour de Yuki Okada. Elle l’utilise pour parler des moments gênants, en véritable outil cathartique. Les rendez-vous médicaux s’enchaînent et la sentence tombe : cancer de l’utérus. Nous allons dès lors suivre cette jeune femme dans son quotidien, étouffé par la maladie qui est toujours présente quelque part (que ce soit dans l’esprit ou dans le corps), mais qui doit aussi laisser une place à sa petite fille, à son mari, grand absent complètement absorbé par son travail, mais aussi à sa mère, l’un de ses précieux soutiens.

Si le début du manga m’a vraiment convaincue, la suite m’a un peu fait déchanter. J’ai eu le sentiment que ça allait vite, certaines coquilles ont un peu cassé le rythme de ma lecture et, finalement, j’ai eu du mal à maintenir mon attachement jusqu’au bout. J’ai bien sûr ressenti une grosse dose de compassion mais je me suis distanciée du caractère que dépeint Yuki Okada d’elle-même. Pour autant, elle fera des choix difficiles pour se donner toutes les chances de voir grandir sa fille, son rayon de lumière, et ça je ne peux que l’admirer.

Ce que j’ai trouvé très intéressant et très instructif, ce sont les rendez-vous, les méthodes de traitement, les impacts physiques et psychologiques, les probabilités de rechute, etc. Ces aspects sont bien abordés et l’auteure prend le temps d’expliquer ce qu’elle-même a dû intellectualiser, accepter et affronter.

Une lecture qui s’est relativement bien passée mais qui n’a pas donné le même résultat que pour d’autres, complètement sous le charme de ce récit. Il y a des loupés avec moi, ça arrive, mais c’est pas bien grave. Mais je tiens quand même à préciser que l’auteure a su rendre un sujet difficile plutôt facile à lire et que ce travail peut à la fois permettre d’en parler plus ouvertement mais aussi d’informer et de sensibiliser, que l’on soit un homme ou une femme.

Cela ne m’empêche pas non plus de souhaiter pouvoir découvrir davantage de témoignages de ce genre qui me paraîssent bénéfiques. Imaginons par exemple, pour rester dans le thème, un homme qui souffre d’un cancer du sein. C’est rare mais ça existe et ils peuvent souffrir de discriminations extérieures comme de malaise vis-à-vis d’eux-même. Cancer du sein tu dis ? Mais c’est pour les femmes ! Si vous en connaissez je prends !

Pour en savoir plus

 


Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Des femmes dans ma bibliothèqueShadow The World Of Geek And BooksPoppy la mangeuse de livresLe bibliarium d’AliceA la découverte du Japon • Le nez dans les livres L’annexe@nuityswritings • @gazing_on_the_masque_of_snow@mima_mangapassions@edoworldo@justfocusasie@a_daifeng@novae_lit@marinewendyco@mangasosaki@vorpaline_@krystiewonka@neliuru@fouloncarine@__maxiik__@toinetteetlisette


 

Et vous, l’avez-vous lu et davantage apprécié ?