« Un secret de rue » de Fariba Vafi (Zulma, 2011)

Quand j’ai choisi ce roman je pensais lire un hommage fictionnel dédié à un père aimé qui est sur le point de s’éteindre. Il n’en est rien. Abou est un homme colérique, violent, jaloux. Un homme assez détestable, paranoïaque et pathétique. Sa violence est la traduction de son insécurité et de son incapacité à contrôler les femmes et filles de sa famille. Un statut patriarcal qui le rend malade et qui se fissure du fait de ne pouvoir subsister face au vent de liberté qui souffle dans son foyer.

Quatrième de couverture : « Abou se meurt. Pas comme un vieil homme. Comme un crocodile. Dans cette veillée, sa fille Homeyra se souvient d’une enfance qui déborde joyeusement, dramatiquement, du foyer à tout le voisinage. Dans ce quartier pauvre, les jeux des enfants, les froissements des tchadors et les exhortations des pères se mêlent en brouilles, en conflits de générations et en connivences ténues.

Cette chronique des mœurs et coutumes iraniennes, dominée par l’arbitraire patriarcal, se déploie au gré de la folle amitié de deux gamines. Azar la petite sauvageonne qui refuse en riant l’éprouvante discipline des adultes. Homeyra qui ne rêve que de fuir le grand deuil de l’amour des mères.

Un secret de rue, c’est toute une mémoire bruissante, pleine d’échos et de couleurs, qui voudrait oublier les blessures du passé en rendant son beau rêve de liberté à l’enfance qui demeure en chacun. »

Après avoir lu une première moitié du roman je me suis arrêtée quelques jours. Et ce temps a été nécessaire pour accepter l’épaisseur sombre de cette histoire. Je devine alors que le secret de la rue dans laquelle vit la jeune Homeyra est lié à de la culpabilité et de la violence. Passé l’étape d’acceptation, j’ai repris ce roman avec beaucoup d’intérêt.

Fariba Vafi a une langue agréablement vive et une capacité remarquable à imbriquer les histoires les unes dans les autres. Il ne faut pas résister mais se laisser porter et chaque pièce du puzzle trouve sa place.

L’autrice nous parle de la vie d’une famille, d’une amitié profonde, d’une rue et des rapports – souvent animés – entre voisin·e·s. Il est question de la place de la femme comme de celle de l’homme, des ruptures générationnelles, du manque d’amour parental, du deuil de l’enfance et du pardon. Il est question d’un drame qui se cache entre les lignes, à chaque coin de page jusqu’à ce que…

Trois choses m’ont particulièrement impressionnée ou marquée dans ce roman : la violence de certains hommes qui n’est jamais loin de la folie ainsi que la droiture et l’humanité d’autres ; la façon haletante dont l’autrice transmet la vie quotidienne qui entoure l’enfance de son personnage principal ; la construction narrative assez éclatée mais qui nous fait toujours retomber sur nos pattes.

Un deuxième roman de Fariba Vafi vient de paraître en français aux éditions Serge Safran, Un oiseau migrateur, j’espère vous en parler prochainement.

Cette lecture a été faite dans le cadre du challenge #autricesdumonde organisé par Claire de Des pages et des lettres.

En savoir plus

Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas d’autres chroniques trouvées pour le moment.

Et vous, avez-vous déjà lu de la littérature iranienne ?

Retrouvez-moi aussi sur :

4 commentaires

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s