« Le petit Didier » de JoeyStarr (Robert Laffont, 2021) • Rentrée littéraire

Un petit pas de côté par rapport à mes lectures habituelles, ça vous dit ? Monté avant ma naissance, le groupe Suprême NTM se séparait à mon entrée au collège. Bon, du coup… j’ai tout loupé. Mais, appréciant le rap conscient français, je me ponce en boucle leur discographie depuis quelques mois et ne manque pas de savourer leur live au Zénith de 1998 – qui est monumental.

Quatrième de couverture : « J’ai l’impression d’avoir un soleil dans le ventre, mais il ne peut sortir.

Le petit Didier Morville grandit dans la cité Allende à Saint-Denis auprès d’un père autoritaire et mutique. Livré à lui-même, l’enfant observe le monde qui se transforme sous ses yeux et qui l’entoure. Avec les gamins de la cité, il joue, trompe l’ennui, dissimule ses escapades à son père. Sur une bicyclette volée ou dans les cages d’un terrain de foot, il fuit le triste quotidien et goûte à la liberté. En même temps, il continue de se retirer dans sa tanière, discret, caché. Des vents contraires l’animent, le menant parfois là où il ne voudrait pas aller…

Dans ce récit lucide et attachant de son enfance aux contours mouvants, en remontant aux origines, JoeyStarr révèle ce qui a construit son ardente personnalité. »

Mon intérêt est à la fois organique et distancié : je me plaît dans ce passé qui s’anime à mes yeux et à mes oreilles mais je ne suis pas une puriste. Je ne connais que peu de choses personnelles sur JoeyStarr et Kool Shen, je ne suis pas particulièrement curieuse à ce sujet, mais quand on me propose une autofiction sur une enfance dans les cités dont les tours sortent tout juste de terre je suis là.

Ce récit nous parle d’une période qui marquera indéniablement les paroles du titre culte Laisse pas traîner ton fils : « C’est ça que tu veux pour ton fils ? / C’est comme ça que tu veux qu’il grandisse ? / J’ai pas de conseil à donner, mais si tu veux pas qu’il glisse / Regarde-le, quand il te parle, écoute-le / Le laisse pas chercher ailleurs, l’amour qu’y devrait y’avoir dans tes yeux / […] Putain, c’est en me disant j’ai jamais demandé à t’avoir / C’est avec ces formules, trop saoulées, enfin faut croire / Que mon père a contribué à me lier avec la rue. »

Avant JoeyStarr il y a eu Didier Morville. Petit garçon qui vit seul avec son père – croyant sa mère décédée – et qui va quitter une maison grise et vétuste pour un appartement au rez-de-chaussée d’un nouvel immeuble, d’une nouvelle citée. Le quotidien de Didier est composé de beaucoup de solitude alors que son père s’absente souvent, de beaucoup de silences face à ce père taiseux et farouchement désintéressé. Le manque de considération qu’il subit chez lui, Didier va chercher à le compenser ailleurs, dehors. Evidemment.

Il est question de la honte de soi quand le parent n’apporte pas de soins, des difficultés scolaires et des techniques parentales aux antipodes de la philosophie Montessori, de l’éclosion d’un garçon discret auprès des copains et de la bienveillance des parents de ces derniers, des premières défonces à la colle et d’un patchwork de moments d’enfance qui impulsent ce que seront Didier à l’adolescence puis JoeyStarr à l’âge adulte.

Un saut dans le temps et l’espace pour la gamine que j’étais et qui, elle aussi, avait un 9 et un 3 sur son drapeau sans s’en rendre compte alors et sans savoir que vingt ans après en être partie on la renverrait, au détour d’une conversation anodine, à son statut de banlieusarde. Alors autant en être fière sans faire l’erreur de verser dans une vision romantique.

Malheureusement, il m’a manqué du style – notamment explosif – et, si j’ai apprécié la promenade dans les souvenirs du petit Didier, je ne peux que conclure sur le fait que ce livre s’adresse principalement aux amateur•trice•s de NTM plus qu’aux amateur•trice•s de littérature. JoeyStarr le dit lui-même, ce livre a été écrit avec l’aide d’un professionnel, il se positionne ainsi davantage en témoignage qu’en exercice de style.

Je termine sur ce titre de NTM qui figure parmi ceux que je préfère. Puissance et conscience d’un groupe qui marque encore aujourd’hui de son sceau une géographie à la fois locale et nationale, sans oublier les esprits, qu’ils soient amateurs ou détracteurs.

Un autre pas de côté est prévu pour la semaine prochaine, avec un autre type de personnalité. Mon antidépresseur préféré depuis de nombreuses années : Thomas VDB. Je vais d’ailleurs le rencontrer à l’occasion d’une dédicace de son premier roman – lui aussi autobiographique -, je suis un mélange de fébrilité et d’excitation depuis déjà plusieurs jours, ça promet.

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