« Le saut d’Aaron » de Magdaléna Platzová (Agullo, 2021) • Rentrée littéraire

Traduit par Barbora Faure • 249 p. • 20,50 €

Eh bien voilà, j’ai trouvé l’une de mes grandes déceptions de la rentrée. Ce roman cumule les coups de coeur et attire de nombreux compliments. Je ne les remets pas en question. Cependant, une nouvelle fois une quatrième de couverture aura déformé le contenu d’un roman et aura créé des attentes qui restent, la dernière page tournée, insatisfaites. Elle vient de là, très précisément ma déception.

Quatrième de couverture : « Dans l’Europe des années vingt et trente, déchirée par la guerre et la révolution, la jeune Berta Altmann cherche sa voie en tant qu’artiste et femme indépendante. Sa quête de liberté la conduira de Vienne à l’école du Bauhaus, de Weimar à Berlin et jusqu’à Prague. La rencontre et la confrontation intellectuelle avec les artistes célèbres de son temps la poussent à s’engager dans des combats esthétiques et idéologiques à une époque où ceux-ci représentent des choix à la vie à la mort.

C’est à travers l’objectif d’une équipe de tournage israélienne du XXIe siècle que nous découvrons le destin extraordinaire de cette femme, inspiré de l’histoire réelle de Friedl Dicker-Brandeis, qui enseigna l’art aux enfants dans le camp de concentration de Terezín et fut assassinée à Auschwitz. Sans le savoir, les documentaristes, aidés par la petite-fille d’une de ces enfants, libéreront la force obsédante de secrets longtemps enfouis.

Cette fresque couvrant un siècle d’histoire de l’Europe centrale aborde avec force ce qu’il en coûte de se jeter dans l’inconnu afin d’oser s’affirmer en tant qu’individu et artiste. »

L’un de mes sujets de prédilection en littérature est la Seconde Guerre mondiale : pour les formes que peut prendre la notion de transmission, pour les choix faits par les auteurs et autrices, pour la mise en lumière de certains faits, événements, individus. Et ici, on nous annonce quand même un personnage inspiré d’une femme qui a bel et bien existé, Friedl Dicker-Brandeis, qui va notamment enseigner l’art aux enfants dans le camp de Terezín. Elle est courte cette quatrième de couverture mais on nous précise bien cela. J’attends donc qu’une place non négligeable soit accordée à cette démarche pédagogique et artistique, proposée aux plus vulnérables des déportés, malgré l’enfermement forcé et les mauvaises conditions de (sur)vie.

C’est finalement à peine survolé, tout juste évoqué. Proportionnellement, cette période spécifique prend plus de place dans la quatrième de couverture qu’elle n’en prend dans le roman. Si je ne suis pas contre le fait de me laisser surprendre – loin de là -, je tiens également à trouver dans un roman ce que l’on m’annonce, ce avec quoi on me convainc d’acheter un livre.

Rentrons davantage dans ce roman ! Une équipe de tournage israélienne souhaite réaliser un documentaire sur Berta Altmann. Cette femme sera le point de croisement de plusieurs vies : à partir des souvenirs d’une de ses amies encore vivante, grâce aussi à son journal qui a survécu aux décennies. Un aller-retour entre le passé et le présent qui éclaire – voire révèle – des vies et une histoire internationale.

Magdaléna Platzová nous parle de démarche artistique, d’engagement, de nécessité. Et en même temps il est question de réinvention de l’art, de rupture avec les générations précédentes de la même manière que la politique et la société autrichienne connaissent un changement radical. C’est agréable au début et puis ça devient un peu long. Un nouvel art censé représenter l’homme nouveau, personnellement je trouve que ça manque d’humilité même si les artistes et leurs réflexions sont nécessaires à la santé des sociétés. Mais là, ça m’a un peu ennuyée malgré une confrontation à la production, à la recherche de résultat qui amène aussi une potentielle aliénation de la création.

C’est aussi l’histoire d’une femme dans une société qui change de mœurs et de visage, tantôt attrayant, tantôt effrayant, franchement menaçant et porteur de mort. L’amour – sous toutes ses formes – occupe également une place importante, douloureuse.

J’ai été particulièrement touchée par un tout petit passage qui concerne le résultat du documentaire qui ne correspond pas à ce que voulait transmettre l’amie de jeunesse de Berta. Un questionnement sur la mémoire essentiel dans un monde de l’image et de la recherche du sensationnel que j’ai parfois connu dans le cadre de mon travail et qui a donc particulièrement su m’émouvoir. Entre le sentiment d’avoir trahi, de n’avoir pas su rendre hommage et la colère face à une sorte de déformation du témoignage.

Si je n’ai pas été totalement insensible à ce roman – ce n’était pas loin -, je n’ai pas été particulièrement séduite non plus. Une lecture sans engouement spécifique et qui m’a laissée un peu dubitative. Bref, pour moi c’est une lecture manquée.

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Et vous, quel est votre dernier rendez-vous manqué avec un roman ?

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2 commentaires

  1. Depuis que j’ai le blog et que je suis assidûment d’autres blogueurs, j’achète mes livres plutôt suite aux recommandations que je lis (j’ai appris, selon les blogueurs, a distinguer notamment si on a des idées différentes sur les forces/faiblesses de certains livres qui font que parfois, même une chronique négative arrive à me tenter pour un achat). Mais donc je ne lis plus jamais les 4ème, et ça semble un choix judicieux !

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    1. J’avoue que j’ai eu quelques déconvenues mais, personnellement, j’ai besoin des quatrièmes de couverture pour mes recherches. Je ne pourrais pas m’en passer quand je fais des repérages ou que je prépare des sélections de lectures thématiques. Je continue à accorder ma confiance, les loupés sont largement minoritaires, heureusement. 🙂 Cependant je peux comprendre ton choix et je suis d’accord avec ce que tu dis sur les chroniques négatives, elles me rendent parfois très curieuse aussi !

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