❤ « La dernière représentation de Mademoiselle Esther » d’Adam Jaromir et Gabriela Cichowska (Des ronds dans l’O, 2017)

La vie de Janusz Korczak et son engagement pour le respect de l’enfance me touchent beaucoup et c’est avec délicatesse, et en puisant notamment dans son journal qui nous est parvenu, qu’Adam Jaromir a composé les textes de cet album, mêlant la voix du docteur à celle d’une enfant pour décrire la vie de l’orphelinat de fortune déplacé dans le ghetto de Varsovie.

Présentation de l’éditeur : « Ghetto de Varsovie, mai 1942 – Près du mur sud où se trouve aujourd’hui le théâtre de marionnettes Lalka, se dressait autrefois un bâtiment gris de quatre étages : le dernier siège de l’orphelinat juif Dom Sierot (La Maison des Orphelins). Il fut un établissement pilote historique dans l’éducation des enfants, dans la bienveillance et la démocratie, ouvert à la fin de l’année 1912, dirigé par le docteur Korczak.

Genia, une petite fille de 12 ans, tient son journal sur les recommandations du docteur.

L’orphelinat dans lequel elle vit, avec 190 autres enfants, les accompagnants et le docteur est un modèle d’accueil où règnent le respect des enfants, la bienveillance, l’écoute, le dialogue.

L’Histoire s’arrête malheureusement en 1942, quand les SS les embarquent tous en direction de Treblinka où ils seront gazés dès leur arrivée, le 6 août 1942. »

Tola, orpheline, arrive à Dom Sierot. Une autre jeune fille – la seconde narratrice après Janusz Korczak – va l’accompagner dans ses premiers pas dans l’orphelinat et avec elles nous découvrons un quotidien, une société organisée autour des enfants, de leur éducation et de leur protection, dans le ghetto de Varsovie. Les illustrations mêlées aux collages m’ont beaucoup marquée, je réalise que j’aime vraiment ce procédé dans l’illustration (je l’avais par exemple adoré dans le magnifique roman graphique Heimat) que je trouve très émouvant.

Alternant la voix de l’enfance et celle de Janusz Korczak, qui représente aussi le témoin de ce qui se passe hors des murs de l’orphelinat, ce sont des portraits attachants, les relations entre les enfants, les manques et les courages qui s’écrivent au fur et à mesure que les pages se tournent. Face à un durcissement des conditions de vie dans le ghetto, le manque de nourriture et la volonté de concentrer les esprits des enfants sur autre chose que l’absence, la faim et les inconnues des lendemains, Mademoiselle Esther, encadrante, va proposer d’organiser une représentation théâtrale. La dernière qui aura lieu entre les minces murs qui protégaient les enfants et les adultes de l’orphelinat.

Les deux points de vue sont formalisés par deux typographies différentes, astuce que j’ai beaucoup appréciée, qui se comprend naturellement. Je me dis que ça peut être un bon moyen d’en faire la lecture à deux voix avec un·e jeune lecteur·trice (je vais essayer lors de mes prochaines vacances).

Si généralement la déportation est associée au nom d’Auschwitz-Birkenau dans la littérature, et encore plus pour la jeunesse, cette histoire permet aussi de faire apparaître un autre nom tristement connu : Treblinka. Cela me semble important pour la représentation de l’histoire de la Shoah dans les œuvres culturelles.

L’album est à destination de la jeunesse (je dirais à partir de 10-12 ans), mais il fait partie de ces ouvrages qui s’adressent aussi aux adultes. Pour ma part, j’ai prévu de vous parler à nouveau de Janusz Korczak et des enfants de l’orphelinat avec son Journal du ghetto, avec le roman Le livre d’Aron de Jim Shepard ainsi qu’avec un autre album jeunesse : Le dernier voyage. Le docteur Korczak et ses enfants d’Irène Cohen-Janca et Maurizio Quarello.

En savoir plus

Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Les mots de la fin

Et vous, quel album sur la Shoah ou sur l’enfance dans la guerre conseillez-vous ?

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3 commentaires

  1. Pensez aux traducteurs! Vous n’êtes malheureusement pas les seuls à les oublier….Peut-être serait-il bien de donner le nom de celle qui a apporté ce livre et l’a traduit de l’allemand. Sans elle, personne n’en aurait eu connaissance.
    Nelly Lemaire (la traductrice)

    Aimé par 1 personne

    1. Bonjour, effectivement votre commentaire souligne un manque qui m’apparaît désormais criant. Je vous prie de m’en excuser et vais faire en sorte de corriger cela sous peu.
      Et je ne peux finir ce message sans vous remercier pour votre travail sur ce magnifique album !
      Claire

      J'aime

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