« Quand le ciel pleut d’indifférence » de Shiga Izumi (Picquier, 2019)

Unique roman de l’auteur traduit en français, sur le papier il avait tout pour me plaire. Un triple drame s’y joue : celui de Fukushima, celui d’une mère dont les jours sont comptés, celui d’une expérience traumatisante vécue durant l’enfance du narrateur. Malheureusement, je suis restée très à distance et je n’ai pas réussi à être réellement touchée par ce roman.

Quatrième de couverture : « Un homme parcourt les rues désertes et les jardins vides d’une petite ville proche de Fukushima, les poches remplies de nourriture pour les chats et les chiens livrés à eux-mêmes. Ce promeneur solitaire est revenu dans son pays natal pour prendre soin de sa mère, à la recherche de souvenirs éparpillés autour d’un amour d’enfance. Pour lui, la catastrophe a déjà eu lieu, il y a trente ans. Au coeur du roman surgit l’image magnifique d’un paon dont la beauté recèle un effroi mystérieux car il est associé à un drame dont l’homme porte la responsabilité — un secret de famille bouleversant. Le moment est venu pour lui de cesser de fuir pour tenter de réparer le passé et se réconcilier avec soi-même. »

Je crois que ce qui m’a laissée en dehors de l’histoire c’est le manque de poésie. Le style de Shiga Izumi est fluide mais très marqué par le langage courant. Un aspect brut qui correspond, je pense, au contexte de l’histoire mais qui ne m’a emportée même si l’auteur a su me toucher au cours de certains passages.

Yoshida Yôhei est revenu dans sa ville natale quelques années auparavant pour s’occuper de sa mère qui a eu un grave accident de santé. Depuis, il vivote. Le 11 mars 2011 un séisme déclenche un tsunami qui conduira à l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima. Une catastrophe naturelle couplée à un drame nucléaire aussi violent que celui de Tchernobyl. Yoshida Yôhei et sa mère vivent dans une ville directement impactée par l’accident nucléaire. La population a été invitée à partir se réfugier le plus loin possible des radiations mais Yoshida est resté sur place. Pour sa mère qui ne peut être déplacée.

Chaque jour il se promène dans la ville partiellement détruite et vidée de tous ses habitants. Dans les ruelles les souvenirs se réveillent. Quand il se retrouve devant la clinique Yasaka, c’est l’enfance qui sort d’un profond sommeil jusqu’à dévoiler un terrible moment de sa jeunesse. La rencontre avec un chien abandonné (le gouvernement a demandé aux habitants de quitter les lieux en y laissant leurs animaux) va mener à une autre rencontre qui pourrait marquer un tournant dans sa vie.

A la fois roman sur la mort, les remords et les incompréhensions familiales, ce texte est également un appel à la responsabilisation de l’humanité et des gouvernements face à la production nucléaire et aux risques qui y sont liés. Shiga Izumi, lui-même originaire d’une petite ville proche de Fukushima, nous montre aussi ce que le gouvernement japonais n’a pas voulu assumer, ce que les populations ont dû vivre.

Le sens de la couverture prend son sens avec force et violence au cours de la lecture. J’aurais aimé que mon sentiment vis-à-vis du texte soit le même à la fin de ma lecture.

Petite remarque qui ne concerne qu’une phrase du roman (mais, vous me connaissez, je ne peux pas m’empêcher de la relever) : j’ai trouvé de mauvais goût la présence d’une référence à la Shoah à l’occasion de souvenirs d’une saison de chasse à la grenouille. Je n’ai pas compris d’où ça sortait et c’est, à mon avis, inapproprié.

Intéressant dans sa démarche ainsi que dans le choix des sujets abordés et des révélations, je ne peux qu’être déçue de n’avoir pas davantage apprécié le style littéraire de l’auteur. Cependant, si une nouvelle traduction de Shiga Izumi est annoncée je lui donnerai une seconde chance, d’autant plus si le récit porte à nouveau un propos engagé comme ce fut le cas ici.

En savoir plus

Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué (et beaucoup plus apprécié) : Les lectures de SophieLes passions de ChinoukBookManiacLivres de Folavril

Et vous, quel roman qui avait tout pour vous plaire… vous a laissé de marbre ?

Retrouvez-moi aussi sur :

1 commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s