« L’étoile au coeur » de Matteo Corradini, illustré par Vittoria Facchini (Gallimard Jeunesse Giboulées, 2021)

Une étoile parle aux enfants. Une étoile qui fut placée de force sur les poitrines (et parfois au bras ou encore dans le dos) de millions d’hommes, de femmes, d’enfants. Une humiliation qui visait à rendre la population juive visible, immédiatement repérable dans la vie de tous les jours, plus facile à écarter, discriminer, persécuter.

Quatrième de couverture : « Ma mère était ciseaux, mon père toile légère.

Ainsi parle l’Étoile jaune jadis cousue à la place du cœur au revers des vestes des juifs persécutés au cours de la Seconde Guerre mondiale. Elle témoigne des horreurs de la Shoah et nous raconte l’histoire de dix destins parmi des millions d’autres – un enfant, un rabbin, une professeure, un libraire, un pauvre, un vieux, un innocent, un fou, une violoniste, une fillette – enlevés, persécutés, maltraités, jetés dans les trains nazis vers les camps de la honte.

Aujourd’hui la petite étoile brille encore et témoigne au firmament de la mémoire. »

L’étoile jaune est l’un des symboles les plus utilisés dans la littérature de la Shoah pour la jeunesse, ici elle va donner voix à dix personnes qui ont dû la porter. Ces portraits témoignent chacun d’un aspect des persécutions et de l’idéologie antisémite à l’œuvre durant la Seconde Guerre mondiale : du processus raciste et discriminatoire au processus génocidaire.

Après l’introduction du récit, chaque portrait s’ouvre sur une double page colorée puis la tragédie individuelle et collective est évoquée dans des palettes de couleurs amplement plus sombres et par un court texte qui dit l’angoisse, la discrimination, l’injustice, la violence, la déportation, l’assassinat des êtres.

Réalisé dans une forme intéressante, je souligne le travail réalisé à partir de photographies d’archives. Il y a une réelle émotion dans le fait de reconnaître certaines photographies d’archives retravaillées, d’en découvrir d’autres, car les documents deviennent témoins et parfois seules preuves de l’existence de vies par la suite détruites. Sur cet aspect, j’aurais aimé que les références des photographies qui ont inspirée Vittoria Facchini soient mentionnées pour des questions documentaires et pour permettre de les retrouver, pourquoi pas dans le cadre d’un travail scolaire par exemple.

Le découpage d’une étoile qui traverse toutes les pages de l’album crée un effet de présence/absence en même temps que de déchirure indélébile. Les illustrations rappellent les dessins sur calque que l’on réalise durant l’enfance. Des crayonnés font également penser à des gestes enfantins : incertains, parfois malhabiles et en même temps profondément impliqués.

J’ai cependant eu un embêtement avec l’emploi de certains mots que j’ai parfois trouvés inadaptés pour le public visé, de phrases pouvant être à double tranchant (j’ai une réserve concernant La violoniste, dans le texte et l’image). Je pense également qu’il peut y avoir un choc avec La fillette dont la dernière illustration est sûrement celle qui demandera une vigilance particulière quant à l’âge de lecture ou la sensibilité de l’enfant (personnellement, je n’adhère pas à ce choix de représentation). La représentation de l’intérieur des camps et l’évocation des chambres à gaz dans la littérature pour la jeunesse, particulièrement sous la forme d’un album illustré, est un aspect du livre à prendre en considération dans le fait de proposer – ou non – ce livre.

Autre maladresse, à mon sens : chaque portrait est lié à un terme qui caractérise la personne (vous pouvez les retrouver dans le résumé ci-avant). Tout de suite l’un d’eux m’interroge : l’innocent. Utilisé dans le sens d’ignorant et/ou naïf, il m’a fait un drôle d’effet par rapport aux neuf autres portraits du livre : ne sont-ils pas innocents aussi, dans le sens non-coupables ? La petite fille, n’est-elle pas aussi innocente et naïve comme le veut son âge ? Je suis peut-être pénible, mais la Shoah est un sujet qui appelle à peser les mots, d’autant plus à l’adresse d’un jeune public.

Cet album est conseillé par les éditions Gallimard Jeunesse à partir de 9 ans (je trouve que c’est encore un peu jeune) et demandera un accompagnement, au moins pour les premières lectures. Pour ma part, si j’ai apprécié certains aspects du livre, la démarche des auteurs et une grande partie des textes, je ne suis pas certaine de le conseiller à toute personne souhaitant aborder la Shoah avec un enfant. A mes yeux, il n’est pas adapté comme premier livre à faire découvrir sur le sujet. Il pourra éventuellement intéresser des enseignants•es et médiateurs•ices culturels qui travaillent sur le sujet afin d’élaborer un travail mémoriel à partir de photographies d’archives à destination de jeunes publics (et même adolescents).

En savoir plus

Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chroniques trouvées pour le moment.

Et vous, quel livres pour la jeunesse conseillez-vous pour aborder l’histoire de la Shoah ?

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