« Les enfants du silence » de Gong Ji-young (Picquier, 2020)

Sur les conseils de Cristie (organisatrice du Challenge coréen et rédactrice du blog Depuis le cadre de ma fenêtre) j’ai souhaité découvrir l’autrice Gong Ji-young. J’avais noté deux titres en particulier : Très chère grande soeur et Les enfants du silence. Cette première découverte me donne envie de poursuivre mon exploration de l’oeuvre de Gong Ji-young. Vive les maxi-commandes trimestrielles de livres d’occasion ! Je n’en peux déjà plus d’attendre…

Quatrième de couverture : « Il faut avant tout savoir que les événements racontés dans ce roman sont vrais. Ils ont réellement eu lieu.

Lorsque Inho arrive dans cette petite ville coréenne noyée dans le brouillard, il a un mauvais pressentiment. Il vient d’être nommé professeur dans une école privée et rien ne le destinait au combat qu’il va devoir y mener pour faire éclater la vérité. Ce que découvre rapidement Inho, c’est que les élèves de cette institution sont victimes de sévices et d’abus sexuels depuis plusieurs années, avec la complicité de membres de la police et des autorités locales. Ces enfants sont d’autant plus réduits au silence qu’ils sont atteints de surdité.

Face à la puissance et au mépris de ceux qui détiennent le pouvoir, la solidarité, le courage, l’obstination seront-ils suffisants pour que justice soit rendue ?

Gong Ji-young est une écrivaine profondément convaincue que les livres peuvent changer le monde. Et parfois en effet ils y arrivent. Ce roman poignant a provoqué un séisme dans la société coréenne et une nouvelle loi a été votée, qui durcit les peines pour les auteurs d’agressions sexuelles sur les mineurs et les handicapés. »

Pour être tout à fait franche, je n’étais pas certaine de réussir à terminer la lecture de ce roman, j’ai d’ailleurs fait une pause de quelques jours à la moitié. Le sujet – extrêmement difficile – est abordé de front, il n’épargne pas les lecteurs•trices et en même temps l’autrice adopte un ton qui évite des glissements maladroits. C’est vraiment un roman face auquel je me suis débattue : je ne voulais pas le poursuivre, continuer à lire les actes abjectes qu’ont subi ces enfants… mais je n’arrivais pas à arrêter de penser au combat pour la justice qui allait se dérouler et auquel je m’accrochais.

Contextualisé dans une ville appartenant à l’imaginaire littéraire coréen, l’histoire est basée sur des faits bien réels. Elle dénonce les abus sexuels sur des mineurs handicapés en même temps que le règne de l’impunité dès lors qu’il est question de relations de pouvoir et d’argent. C’est un livre choquant mais nécessaire, il tord les ventres et frappe les esprits en même temps qu’il engage. Car même si les choses peuvent sembler perdues d’avance face à certains cercles, ce n’est pas une raison de baisser les bras.

Gong Ji-young nous propose une variété de personnages intéressante : les coupables, les victimes infiniment émouvantes, un enseignant qui arrive un peu par hasard dans l’institution et va découvrir ce qui s’y passe, une femme engagée dans la défense des droits humains, les familles, un policier mouillé dans les magouilles, deux pasteurs qui n’ont pas fait les mêmes choix moraux, des responsables volontairement aveugles, des avocats aux approches différentes…

Avec beaucoup de réalisme, que ce soit dans la description de l’établissement pour enfants sourds, dans les démarches pour ouvrir l’enquête ou dans la partie plus judiciaire, Gong Ji-young interroge l’humanité et l’inhumanité, la moralité et l’immoralité, la société, la nature humaine, la force des intérêts personnels ou, au contraire, la capacité d’abnégation.

Je n’ose imaginer les difficultés qu’a pû rencontrer l’autrice lors de l’écriture de ce roman, car la réalité est là et elle dépasse parfois le pire que nous puissions inventer. Le résultat de cet éprouvant travail prend la forme de jeunes personnages aussi courageux qu’inoubliables, d’une réaction légale en Corée et d’une conscience collective.

Un film a été adapté de ce roman qui a fortement secoué la société coréenne : Silenced de Hwang Dong-hyeok (2011). J’ai prévu de le découvrir dans les semaines à venir, le temps de digérer un peu le texte et de trouver le courage d’affronter cette histoire en images.

Cette lecture entre dans le cadre du Challenge coréen organisé par le blog Depuis le cadre de ma fenêtre.

En savoir plus

Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Depuis le cadre de ma fenêtreLes chasseuses de livresMes échappées livresques

Et vous, quel•s roman•s de Gong Ji-young conseillez-vous ?

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14 commentaires

  1. Ayant beaucoup aimé Nos jours heureux de l’autrice (également difficile pour les thématiques abordées), celui-ci est dans ma wish list. Mais ton avis confirme qu’il vaut mieux choisir le bon moment pour le découvrir. Dans tous les cas, l’autrice a l’air d’arriver avec brio à s’emparer de thématiques fortes…

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    1. Oui, elle a réussi à traiter le sujet avec respect et sans glisser vers le « trop ». J’ai aimé sa façon de faire donc je vais poursuivre ma découverte de ses romans.

      Bon courage dans ta lecture de celui-ci, parce qu’il faut émotionnellement s’accrocher. Je note le titre que tu as lu, du coup. 🙂

      Aimé par 1 personne

        1. Je pense qu’il est carrément envisageable pour moi de lire tous ses romans traduits donc j’en reparlerai avec plaisir après lecture ! 😀 Ah c’est bien ces adaptations ! J’ai envie de me lancer dans des articles « Du livre au film » alors ça me fait une piste supplémentaire ! ^^

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  2. Je l’ai reposé quelques fois en cours de lecture aussi. C’est un livre difficile dont on ne se remet pas facilement mais le genre de livre indispensable pour combattre l’innommable et quand tu vois à quel point les nantis s’en tirent bien et l’influence qu’ils peuvent avoir, je tire mon chapeau à Gong Ji-young !

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