« Kim Jiyoung, née en 1982 » de Cho Nam-joo (NiL, 2020 ; 10/18, 2021)

Depuis sa traduction en français, impossible de ne pas croiser ce roman qui décrit le patriarcat en Corée du Sud, le sexisme quotidien qui enferme les femmes et les assigne à des rôles bien définis, les conditionnent au sacrifice de leurs envies et de leurs besoins. Ces sujets m’intéressent et lire qu’il a fait polémique en Corée du Sud lors de sa parution m’a rendue encore plus curieuse. Qu’est-ce qui a tant dérangé ? Le fait de rendre visibles des injustices récurrentes et de remettre en cause la place d’une masculinité dominante ? Il fallait bien que ce soit dit.

Quatrième de couverture : « Kim Jiyoung est une femme ordinaire, affublée d’un prénom commun – le plus donné en Corée du Sud en 1982, l’année de sa naissance. Elle vit à Séoul avec son mari, de trois ans son aîné, et leur petite fille. Elle a un travail qu’elle aime mais qu’il lui faut quitter pour élever son enfant. Et puis, un jour, elle commence à parler avec la voix d’autres femmes. Que peut-il bien lui être arrivé ?

En six parties, qui correspondent à autant de périodes de la vie de son personnage, d’une écriture précise et cinglante, Cho Nam-joo livre une photographie de la femme coréenne piégée dans une société traditionaliste contre laquelle elle ne parvient pas à lutter. Mais qu’on ne s’y trompe pas : Kim Jiyoung est bien plus que le miroir de la condition féminine en Corée – elle est le miroir de la condition féminine tout court. »

Kim Jiyoung est une femme, une épouse, une mère. Un jour elle se met à être habitée par d’autres personnes qui s’expriment à travers elle. Quel est ce phénomène ? Il résulte d’une vie d’expériences qui l’ont heurtée, elle ainsi que les autres femmes de son entourage, elle et les autres femmes tout court. Chacune d’entre nous habite les voix d’autres femmes, d’hier et d’aujourd’hui.

Revenant sur l’histoire de Kim Jiyoung depuis son enfance jusqu’à une trentaine d’années, Cho Nam-joo montre les discriminations dont les filles, les adolescentes et les femmes sont victimes.

J’ai beaucoup aimé cette lecture qui dépasse les frontières et nous fait réfléchir sur le sexisme quotidien : au sein de la famille, au cours des études, dans la recherche d’emploi puis au cours de la vie professionnelle, lors de l’installation en couple et du projet de maternité, etc. A chaque étape de la vie d’une femme des assignations sont tapies dans l’ombre. Cho Nam-joo les fait passer dans la lumière pour que chacun•e puisse en prendre conscience. Pourtant, ce texte ne se termine pas de façon optimiste, loin de là. Un point final qui fait s’éveiller en nous une volonté de révolte et de rébellion. Et pour ça, le choix est très efficace.

Agrémenté de statistiques sur la société coréenne, ce texte est aussi engageant que rageant. J’avais peur que l’effet médiatique surnote la qualité du texte mais je dois reconnaître que j’ai apprécié ma lecture, l’écriture n’est pas exceptionnelle mais l’efficacité est là et la dénonciation est bien menée, explorant bien la psychologie des personnages féminins et les violences sociales malheureusement d’actualité.

Si vous hésitez à découvrir ce roman, je ne peux que vous inviter à vous lancer. Chaque livre compte étant donné la lenteur de l’évolution des mentalités, notamment sur le vaste sujet de la maternité, que ce soit sur l’expérience même que cela représente ou que ce soit en lien avec la vie professionnelle ou au sein de l’intimité des foyers.

Cette lecture entre dans le cadre du Challenge coréen organisé par le blog Depuis le cadre de ma fenêtre.

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Et vous, quel roman féministe conseillez-vous ?

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10 commentaires

    1. Clairement, il est difficile de retenir sa colère lors de cette lecture. Une colère qui motive pour faire front et ne pas se taire, pour soi et les autres.

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  1. Merci pour cet article, ça donne très envie de lire le livre.
    Je suis en train de finir un challenge, mais après je veux m’atteler à la lecture d’un vieux manuel d’éducation pour jeunes femmes déniché chez mon grand-père. Les quelques pages que j’ai déjà parcourues montrent que même s’il reste beaucoup à faire, les progrès depuis le début du XXè siècle sont quand même énormes !

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  2. Je suis contente de voir ta chronique, j’ai ressenti les même choses que toi! Ce livre a été un coup de coeur pour moi car c’était une lecture vraiment importante. Cela me donne envie de lire plus de romans d’autrices coréennes engagées.

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    1. Oui, c’est aussi important de lire les textes féministes internationaux pour compiler des points de vue, alimenter les réflexions en sortant de visions parfois très franco-françaises. 🙂 Je vais essayer de trouver d’autres textes engagés coréens dans les semaines à venir, j’espère trouver mon bonheur. 🙂 Je te souhaite aussi de le trouver ! ^^

      Aimé par 1 personne

      1. Oui c’est vraiment intéressant! Et j’ai beaucoup aimé les chiffres, les anecdotes historiques rajoutés pour compléter le discours. J’espère aussi trouver d’autres romans dans ce genre pour apprendre plus sur le sujet. j’ai trouvé ce livre très instructif.

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