❤ « Toutes les choses de notre vie » de Hwang Sok-yong (Picquier poche, 2018)

Si tous les autres romans que j’ai lus de Hwang Sok-yong concernent des vies d’adultes ou des adultes repensant à leur enfance et leur jeunesse, ici nous suivons des enfants qui décryptent le monde à hauteur de leurs yeux et de leurs expériences. Et que j’aime ça ! Un mélange de candeur et de clairvoyance (un peu inquiétante) sur le monde des adultes.

Quatrième de couverture : « Gros-Yeux a quatorze ans lorsqu’il arrive avec sa mère dans l’immense décharge à ciel ouvert de Séoul. Là vivent pas moins de deux mille foyers, en une société fortement hiérarchisée dont le moindre aspect – travail, vêtements, nourriture, logement – provient des rebuts du monde extérieur.

Gros-Yeux se lie d’amitié avec un garçon disgracié, un peu simple d’esprit, qui lui fait découvrir les anciens habitants du site, ou plutôt leurs esprits bienveillants, lorsque l’île de la décharge était encore une terre vouée aux cultures agricoles et aux cultes chamaniques. Car ce sont les êtres démunis, abandonnés des hommes, enfants, marginaux, infirmes, qui entretiennent l’étincelle du vivant et communiquent avec l’invisible.

Hwang Sok-yong ne donne pas de leçons, non, il donne à voir. A l’opposé d’une logique marchande où les choses sont destinées à une rapide destruction, les images qu’il suscite ne s’altèrent pas, continuent à briller dans notre imaginaire. »

Gros-yeux est un garçon de quatorze ans élevé seul par sa mère depuis que son père a été arrêté et envoyé dans un camp de rééducation. Un jour, un ami de son père leur rend visite et fait une proposition à la mère de Gros-yeux : un nouveau travail financièrement intéressant qui implique un déménagement sur l’Ile aux fleurs. Un joli nom pour une réalité inversement moins douce : une décharge à ciel ouvert dans laquelle des milliers de personnes trient au quotidien les déchets qui viennent de la ville.

C’est dans ce contexte que nous allons découvrir une communauté discriminée, cachée et pourtant bien réelle. A la fois une analyse du consumérisme induit par l’explosion de l’industrialisation des biens, une fable métaphysique liant le passé des lieux au présent tout en explorant les croyances chamaniques ancrées dans la culture coréenne, une critique sociale visant à rendre visibles les laissés pour compte, les foyers pauvres toujours repoussés plus loin à la périphérie des villes et les empois invisibles à risque tout en dénonçant certaines hypocrisies, une observation de ce que l’homme fait à la nature… Pour faire court, ce roman m’a brisé le coeur autant qu’il m’a passionnée.

Des aventures de deux jeunes garçons infiniment attachants c’est un monde très particulier qui se dessine dans notre esprit et nous amène à nous interroger sur beaucoup de choses : des pratiques politiques de la Corée du Sud jusqu’à ce que nous achetons puis jetons dans nos poubelles. Contextualisé et basé sur des faits réels, ce roman n’en perd pour autant pas sa portée universelle. Il nous interroge sur la notion de jetable et sur l’invisibilisation ou la marginalisation de certaines populations, sur notre rapport aux humains, aux animaux et aux objets et sur les choses de notre vie.

J’ai maintenant lu tous les livres de Hwang Sok-yong en ma possession, il va donc falloir que je refasse le plein au cours du mois de mai (parce que pour avril, j’ai bien explosé mon budget) ! Une chose est sûre : le Challenge coréen 2021-2022 verra fleurir de nouvelles chroniques consacrées à cet auteur et à son oeuvre, avec comme objectif ultime de découvrir son autobiographie Le Prisonnier parue au début de l’année.

Cette lecture entre dans le cadre du Challenge coréen organisé par le blog Depuis le cadre de ma fenêtre.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chroniques trouvées pour le moment.

Et vous, si vous deviez citer quelques objets auxquels vous êtes sincèrement attachés, lesquels seraient-ils ?

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9 commentaires

  1. J’avais vu ce roman dans ma médiathèque et j’avais hésité à l’emprunter car je ressentais déjà que ça allait être une lecture dure. Mais ton avis me donne quand même envie de le découvrir !

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    1. Je trouve que le choix de Hwang Sok-yong de mener le récit à travers les yeux d’un enfant rend les faits un peu moins difficiles dans le sens où l’enfant a une forte capacité de résilience. Mais ça ne le rend pas facile pour autant, on ressent les injustices et les douleurs du quotidien. J’espère vraiment qu’il te plaira ! 🙂

      Aimé par 1 personne

    1. Il fallait craquer ! (Raisonnable à 0% ^^) J’ai aussi beaucoup hésité devant « Le prisonnier » mais j’ai tenu bon car je ne pense pas avoir le temps de m’y plonger pour le moment. Sûrement durant mes congés d’été pour ne pas être limitée par les obligations d’horaires/professionnelles.

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  2. J’ai bien envie de continuer de découvrir cet auteur avec ce titre après avoir séjourné intensément en mer de Chine avec « Shim-Chong, fille vendue » que j’ai beaucoup apprécié. J’ai du mal à quitter cet auteur ! Bonne journée. Alain « Bibliofeel »

    Aimé par 1 personne

    1. J’espère que ce titre te plaira. 😀 Je suis à sec, il faut que je commande d’autres de ses romans pour cet été, il faut d’ailleurs que j’aille lire ta chronique de « Shim Chong, fille vendue ». Hop, j’y vais !

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