❤ « Toutes les fois où je me suis dit… Je suis gay ! » d’Eleanor Crews (Steinkis, 2021)

Décidément, les éditions Steinkis nous offrent de bien belles publications. C’est le cas avec ce récit graphique autobiographique qui a su me toucher en plein coeur.

Quatrième de couverture : « Les aventures quotidiennes d’une jeune femme qui se découvre !

Ellie est une petite fille singulière. Elle porte du noir, est obsédée par le personnage de Willow dans Buffy contre les vampires et ne semble pas beaucoup s’intéresser aux garçons. Oui, parce qu’Ellie est lesbienne. Mais cela va lui prendre de nombreuses années et des coming-out à répétition avant d’accepter pleinement qui elle est.

Dans Toutes les fois où je me suis dit… je suis gay ! Eleanor Crewes nous relate avec humour et tendresse sa difficulté à identifier sa sexualité, sa recherche d’identité mais aussi le difficile passage de l’adolescence à l’âge adulte. »

Mon intérêt est né dès le début de la lecture de ce témoignage graphique, justement dans ce qu’il a de personnel et d’authentique pour l’auteure. En effet, Eleanor a réalisé, il y a plusieurs années et en amatrice, de petits fanzines retraçant sont processus de coming-out et d’acceptation de soi. Ces fanzines ont reçu un tel accueil enthousiaste que l’histoire a cheminée jusqu’à nous, aujourd’hui, dans ce beau volume de plus de 300 pages.

Ne se voulant absolument pas conçu comme un guide pour aider à faire son (ou ses) coming-out, Eleanor Crews a pensé ce roman graphique (et les fanzines à son origine) comme un témoignage pouvant peut-être aider des lecteurs et lectrices dans leur propre vie. Elle aurait aimé rencontrer ce genre de livres quand elle cherchait à se comprendre, je pense qu’elle a réussi à réaliser ce qui lui manquait et que ce livre touchera un large public.

Ellie a le sentiment d’être différente depuis l’enfance mais a aussi celui qu’il ne faut pas que ça se sache. Lors de l’enfance et de l’adolescence naissent différentes peurs : de ne pas plaire, de ne pas rentrer dans une certaine norme et, aussi, de faire les frais de la méchanceté (pour ne pas dire cruauté) des autres, d’être montré du doigt du fait de certaines différences. Alors Ellie va tout faire pour s’enfermer dans ce à quoi elle pense devoir ressembler, elle va mouler son apparence et ses comportements, maltraiter son corps.

Cette maltraitance du corps est aussi une maltraitance de l’esprit. C’est l’aliénation de soi-même et, malgré tous les efforts d’Ellie pour atteindre ses objectifs relationnels, rien ne se passe comme prévu. La frustration et la mal-être, en revanche, explosent les scores.

Comme un château de carte qui s’effondrerait au moindre coup de vent, essayer de s’affirmer comme autre que soi sans résultat, dédoubler son comportement en fonction des contextes relationnels épuise et empêche de se construire vraiment et solidement, laisse une confiance en soi de plus en plus fragile.

Il faudra à Ellie tout un processus pour déconstruire le leurre qu’elle se sera fabriqué durant de nombreuses années, plusieurs étapes à franchir, plusieurs coming-out jusqu’à celui qui sera le bon et lui ouvrira des perspectives nouvelles et fera souffler en elle un vent de liberté. Bien sûr, toutes les anxiétés et les questions ne disparaissent pas d’un coup, mais elles s’interrogent autrement : en changeant l’angle, en reformulant, en les affrontant avec une nouvelle certitude et donc plus de confiance.

L’auteure propose un point de vue personnel sur la difficulté, aujourd’hui encore, de réussir à s’affirmer lorsque l’on sort du schéma hétéronormé, celui-là même qui amène parfois certaines personnes à se mentir consciemment ou inconsciemment et, logiquement, à se nier.

J’ai apprécié le fait que la représentation de couples gays/lesbiens dans la culture populaire – ici avec Buffy contre les vampires – soit abordée. Il est évident qu’une représentation des diversités dans des oeuvres culturelles populaires est aussi un moyen de faire évoluer les mentalités. La situation n’est déjà plus la même aujourd’hui que dans les années 1990. C’est aussi un moyen de dire à des jeunes (et moins jeunes) qui pourraient se reconnaître : tout va bien, nous sommes comme toi, tu n’as pas à te cacher, tu n’as pas à avoir honte et tu as le droit de prétendre au bonheur comme n’importe qui.

J’ai également trouvé ce témoignage très intéressant car Eleanor montre la difficulté de dépasser beaucoup de carcans sociétaux même lorsqu’on est entouré de personnes non jugeantes et dignes de confiance, émotionnellement sécurisantes.

De la forme du récit, des propos et des illustrations, j’ai adhéré à tout. Le noir et blanc ne m’a absolument pas posé de souci, je ne me suis même pas rendu compte de l’absence de couleurs. Seul petit bémol sur la forme du livre, je pense qu’il aurait mérité une couverture rigide pour des questions de durabilité de l’objet. Je crains que la tranche soit atteinte après peu de lectures.

Un roman graphique très intéressant, touchant dans son authenticité mais aussi dans son humour, qui fait du bien et qui mérite largement d’être découvert. J’en suis ressortie émue et sincèrement heureuse pour l’auteure, face au chemin parcouru et à son sentiment d’enfin vivre.

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4 commentaires

    1. Je l’ai trouvé très juste (c’est pour ça que j’aime les témoignages) et je me suis beaucoup attachée à l’alter-ego de l’auteure. 🙂 J’espère qu’il te plaira si l’occasion de le découvrir se présente à toi ! 🙂

      Aimé par 1 personne

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