« Patria » de Toni Fejzula d’après Fernando Aramburu (Ankama, 2021)

Repéré lors de sa parution en version originale, je m’étais alors dit que ce roman graphique serait une bonne occasion de me remettre à l’espagnol. Les mois sont passés et l’annonce de sa traduction française est tombée, j’ai finalement décidé d’attendre encore un peu afin de la découvrir dans ma langue. Et j’ai bien fait, car je n’aurais probablement rien compris en VO.

Quatrième de couverture : « 2011 : L’ETA dépose les armes. Un armistice inédit qui bouleversera le destin d’une Espagne divisée par la haine et le nationalisme. Au cœur de ce conflit, deux familles, deux femmes : Bittori et Miren, amies d’enfance séparées par le terrorisme ; l’une est la femme d’un assassiné, l’autre la mère d’un terroriste. 2011 résonne différemment chez elles. Deux points de vue, deux destinées…

Librement adapté du best-seller de Fernando Aramburu (Patria, Tusquets Editores, 2016) vendu à plus d’un million d’exemplaires, ce roman graphique bouleverse par la portée de ses textes et la force de son trait et de ses couleurs, taillés dans le vif de la violence terroriste. »

Avec ce roman graphique, nous sommes catapultés dans des années de tensions liées à l’activité du groupe terroriste basque, l’ETA, des années où un nationalisme et des revendications d’indépendance ont mené à une escalade de la violence et à de nombreuses intimidations et assassinats. Arguant d’oeuvrer pour le peuple basque (avec des idées bien arrêtées sur le sujet), l’ETA s’en est pris à lui.

Pour s’immerger dans cette période et ce contexte très spécifiques, Toni Fejzula a choisi d’adapter le roman de Fernando Aramburu (paru en France chez Actes Sud) et de nous faire découvrir deux familles prises dans la tourmente : par l’histoire de deux femmes qui étaient des amies inséparables avant qu’un acte irréparable soit commis, puis par celui de leurs enfants, des conjoints… De nombreuses ramifications qui montrent la complexité d’une réalité comprenant l’implication de proches dans les crimes et l’impact intime de la violence sur les vies. A partir de deux familles dont les destins sont terriblement liés, ce sont les histoires de milliers de familles qui sont évoquées.

Ce roman graphique est ausi complexe que passionnant, il se lit comme un thriller politique et est porté par une volonté d’un personnage de savoir, de lever le voile sur des années opaques qui hantent le présent, qui empêchent d’avancer et de partir en paix.

Adapter un roman choral de plus de 700 pages en un roman graphique est un sacré défi et je pense que Toni Fejzula l’a relevé. Cependant, je dois quand même préciser que la lecture n’a pas été particulièrement facile et qu’elle a même parfois été épuisante.

Nous suivons huit personnages principaux (plus, Txato, le mari de Bittori, dont l’assassinat est le noeud dramatique de l’histoire). Avec l’album est fourni un marque-page qui reprend ces personnages et leur associe une couleur. Ne l’égarez surtout pas et vérifiez bien sa présence dans le livre avant de l’acheter ! Vous ne pourrez pas suivre sans car chaque couleur est utilisée dans le roman graphique pour relier une narration à un personnage en particulier. L’ensemble de l’oeuvre est constuite sur ces narrations croisées qui recomposent des événements avec différents points de vues. J’ai trouvé l’idée intéressante mais j’ai aussi eu du mal à différencier certains personnages de façon récurrente tant les couleurs étaient proches (trois nuances de vert, deux nuances de rose), ce qui m’a fait sérieusement m’interroger sur l’accessibilité visuelle du livre (d’autant plus si vous avez une perception particulière des couleurs).

En dehors de cet aspect parfois pesant lors de la lecture, j’ai beaucoup aimé les illustrations, les choix de couleurs et les différentes ambiances qu’a su leur donner Toni Fejzula, j’ai également apprécié le rythme de l’histoire et la tension présente dans la recherche de la vérité et l’exploration des passés individuels. Un récit qui nous tient du début à la fin et dont les différentes temporalités sont bien pensées.

En conclusion, ce roman graphique est bien mené et prenant mais je le considère cependant exigeant et il fera peut-être baisser les bras à une partie des lecteurs•trices, considérant un suivi des personnages parfois épuisant.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chroniques trouvées pour le moment.

Et vous, connaissez-vous cette histoire par le roman original, l’adaptation graphique ou encore l’adaptation en série ?

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3 commentaires

  1. je note ce roman graphique cette période de l’Histoire de l’Espagne m’intéresse comme celle du Portugal…
    Je viens de terminer « Sur un air de fado » roman graphique sur la dictature et Salazar avant la Révolution des Oeillets que j’ai bien aimé….

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai aussi apprécié « Sur un air de fado ». Ce sont des périodes historiques que je connais mal et j’aime les découvrir dans un premier temps avec de belles oeuvres graphiques. 🙂 J’espère que Patria te plaira, mais vraiment il peut être épuisant dans le suivi des personnages.

      Aimé par 1 personne

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