« Les bâtardes » d’Arelis Uribe (Quidam, 2021)

Ce recueil de nouvelles a été victime de ma surinterprétation de sa quatrième de couverture et cela a malheureusement joué sur mon ressenti final. Je n’avais pas compris que j’étais face à des nouvelles donc je me suis tordu les neurones pour faire rentrer différents personnages dans une seule et même enveloppe, perdant un peu le fil – évidemment – parfois. Foutu faux départ qui a, malgré mon enthousiasme pour cette publication, impacté ma lecture.

Quatrième de couverture : « Des cousines que sépare une dispute familiale, deux jeunes femmes que tout oppose éprises l’une de l’autre, le désastre d’un amour virtuel, une visite sordide dans une école défavorisée… Ce pourrait être les vies de femmes banales, mais elles sont quiltras. Avant tout des sans race, sans classe, des chiennes bâtardes.

Arelis Uribe écrit ce que la littérature chilienne a eu l’habitude de taire. Style incisif, écriture dépouillée, je intime, son recueil se fait aussi le porte-parole de celles que le Chili méprise et discrimine. »

Je pense ne pas avoir saisi toute la portée de ce livre du fait de mon manque de connaissances sur la société et la littérature chiliennes. Je suis entrée dans les mots et les situations que dépeint Arelis Uribe sans maîtriser les discriminations ayant cours dans le pays, sans comprendre les tensions à l’oeuvre et sans savoir que les textes chiliens ne se concentrent généralement peu (ou pas) sur ces familles modestes, sur ces quartiers populaires. Cela a indéniablement desservi ma lecture et m’a empêchée de sentir l’exception littéraire qui se jouait sous mes yeux. Impossible de faire porter la responsabilité de ce sentiment tiède sur l’auteure qui a une langue vive et précise, que j’ai par ailleurs beaucoup appréciée.

Chaque nouvelle nous fait découvrir une tranche de vie de jeune fille ou de jeune femme dans le Chili contemporain. Chacune d’entre elles est très réaliste et montre des difficultés quotidiennes, qu’elles soient familiales, amicales, amoureuses ou encore sociales (la question de la couleur de la peau apparaît à plusieurs reprises, ainsi que les différents moyens financiers des foyers qui peuvent isoler). Avec ces difficultés, les questions de la honte, de l’amour de soi à travers le regard de l’autre et de l’émancipation ne sont jamais loin. J’ai été particulièrement touchée par la proximité entre les réflexions et émotions de certaines des jeunes filles avec mon propre vécu et ma propre sensibilité. Nous n’avons pas du tout la même situation, nous sommes séparées par des milliers de kilomètres et pourtant, nous avons eu des expériences similaires.

Mené par une écriture à la fois chaude (cette chaleur qui fait passer de la langueur à la tension) et percutante, ce recueil saura séduire sans aucun doute nombre de lecteur•trice•s. Il se révélera davantage puissant en ayant des connaissances préalables sur le Chili, sa situation et son histoire littéraire. En général, j’aime que les protagonistes les plus modestes façonnent la littérature et c’est le cas ici, en ayant en plus l’épaisseur et la complexité de personnages féminins qui se construisent et cherchent leur chemin dans un mélange de détermination et de doute.

En conclusion c’est une lecture qui m’a intéressée mais qui ne m’a pas entièrement séduite, du fait de mes propres connaissances lacunaires et d’attentes, de projections biaisées, dont j’ai eu du mal à me défaire. Malgré tout, j’ai dévoré ce recueil du début à la fin sans le poser, d’où mon envie de souligner une dernière fois le style d’Arelis Uribe et sa justesse dans l’analyse et la description des émotions qui est vraiment remarquable.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.

Et vous, connaissez-vous bien la littérature chilienne ?

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2 commentaires

  1. Bonjour Usva, j’ai lu les romans d’Isabel ALLENDE et il me semble important de noter aussi l’importance de l’imaginaire Sud Américain en général et Chilien en l’occurrence où l’on côtoie la réalité ´cartésienne ´ mariée aux esprits et autres histoires mythologiques pré Colombiennes. La spiritualité ancestrale est très riche et encore assez prégnante dans la psyché. Pour le reste, la fin somme toute récente de la dictature et la pression toujours très importante de l’église catholique suite à l’occupation espagnole, peut expliquer ces difficultés de vivre sa vie, sa différence… Ceci étant posé, dans une société mondialisée, ce sont plutôt des réactions communes partout dans le monde, ce qui explique peut-être votre sentiment de proximité dans votre vécu…

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