« À la fleur de l’âge » & « Tehila » de Samuel Joseph Agnon (Gallimard)

En fouinant dans les entrailles de Wikipédia et en sérendipitant comme un zombie à la recherche de matière littéraire, je suis tombée sur la biographie de Samuel Joseph Agnon, Prix Nobel de littérature en 1966. En lisant les quatrièmes de couverture de deux de ses romans il m’a été purement impossible de ne pas craquer.

Ces deux romans étant très courts, je fais le choix de les regrouper dans un seul article car, pour ne rien gâcher, il ne faut pas que j’en dise trop.

À la fleur de l’âge (1923)

Quatrième de couverture : « La jeune Tirtza a vu sa mère Léa brûler une liasse de lettres, peu de temps avant sa mort, à la fleur de l’âge. Inconsolable, Tirtza cherche à comprendre le destin de sa mère, sa mélancolie, sa mort prématurée, et le mystère des lettres. Elle se tourne alors vers Mintchy, la meilleure amie de sa mère, et petit à petit, une autre histoire surgit : celle de l’amour de Léa pour Akavia Mazel, intellectuel viennois échoué dans cette bourgade aux confins de l’Empire austro-hongrois, à qui le père de Léa a refusé la main de sa fille.

Derrière l’apparente simplicité des mots d’une jeune fille endeuillée, À la fleur de l’âge s’impose comme un livre inoubliable sur l’amour et la souffrance humaine, alliant une réflexion sur le destin et le conflit entre tradition et modernité à une langue d’une grande beauté, puisée aux sources bibliques. »

Première découverte de Samuel Joseph Agnon, j’attendais beaucoup de cette lecture annoncée comme inoubliable. Malheureusement, j’ai aimé ce roman mais j’en attendais tellement que j’en suis sortie avec de la frustration. Cependant, il confirme ce que j’avais lu sur la précision et le talent de l’auteur pour décrire et explorer les émotions humaines, et ça j’ai adoré.

Dans ce texte il est question à la fois de deuil et d’amour. Tirtza perd sa mère alors qu’elle est encore jeune, son père supporte difficilement la disparition de son épouse et elle va veiller à sa façon sur lui, être présente. Tirtza va également découvrir petit à petit le secret de jeunesse de sa mère : un amour qu’elle ne fut pas autorisée à vivre. Une part du mystère maternel va s’enraciner dans le présent car l’homme éconduit n’est pas un inconnu.

Entre l’exploration du passé d’un être aimé et la découverte du sentiment amoureux, Samuel Joseph Agnon nous parle aussi du manque vis-à-vis des absents et de la situation des femmes au début du 20ème siècle. J’ai eu un réel attachement au père de la jeune fille, qui ne souhaite que son bonheur et respectera ses choix.

J’ai aimé les personnages, le rythme de la narration et la délicatesse de l’auteur. J’ai aussi aimé découvrir l’histoire d’une famille en Europe centrale entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle, avec ses joies et ses peines, entre la force de la tradition et la modernité portée par les nouvelles générations qui souhaitent pouvoir faire leurs propres choix. Une lecture qui m’a donc donnée envie de découvrir davantage l’auteur avec l’espoir que la magie opère.

Tehila (1950)

Quatrième de couverture : « Tehila est âgée de 104 ans lorsque le narrateur, lui-même écrivain, fait sa connaissance au cœur de la vieille ville de Jérusalem. Immédiatement ébloui, il nous raconte la bienveillance de cette femme, son extrême générosité ainsi que son passé tragique. Un jour, alors que Tehila lui demande de rédiger une lettre à l’attention d’un certain Shraga, elle lui conte son enfance en Europe et ses fiançailles rompues par son père. Elle décrit les années de malédiction qui s’ensuivirent et qui menèrent ses deux fils à la mort avant de faire sombrer sa fille dans la folie. Depuis, Tehila consacre sa vie à l’étude des psaumes et aux autres, mais elle ne peut se résigner à s’éteindre avant d’avoir adressé quelques mots d’excuse à celui qui aurait dû être son mari, Shraga.

Ce court roman est l’un des textes les plus émouvants de S. J. Agnon, un texte fondateur aux innombrables perspectives. Tehila est un livre sur les différents courants du judaïsme autant qu’un poème dédié à Jérusalem, c’est un texte sur le malheur et un récit sur la sagesse à la fois. Tehila est enfin un merveilleux hymne à la beauté des femmes qui, par-delà-même la mort, rayonne dans l’œuvre du grand écrivain israélien. »

Des deux livres, Tehila a été mon préféré, il m’a émue avec son personnage principal dont la spiritualité m’a beaucoup touchée malgré mon profond athéisme. Il faut dire que mon absence de croyance ne m’empêche pas de m’intéresser aux religions, à la façon dont elles sont vécues et j’apprécie la philosophie du judaïsme.

Cette lecture a été source de nombreuses découvertes : sur l’histoire de Jérusalem (qui n’est pas simple et qui va me demander encore des heures et des heures de recherches), ici sous protectorat britannique, et sur le judaïsme. Quel plaisir j’ai pris à rencontrer et à découvrir Tehila ! Elle porte en elle une force immense, confrontée à plusieurs drames au cours de sa vie, elle continue de marcher et d’offrir sa bonté à qui en a besoin, comme si tous les habitants de la ville étaient ses enfants. Sa force, elle la puise aussi dans sa foi et dans sa confiance en la justice divine et le destin. Mais, en fond, on ressent aussi l’ombre des séparations entre les populations, source de tensions et de malheurs.

Ecrit à la première personne, nous suivons le narrateur et, avec lui, nous avons envie de connaître la vie de Tehila, vieille femme que tout le monde connaît dans la partie ancienne de Jérusalem. Quelle est son histoire ? Qui est Shraga à qui elle souhaite écrire une lettre alors qu’elle s’affaiblit ?

L’auteur démontre à nouveau sa capacité à transcrire les sentiments et les émotions tout en transmettant un peu de l’histoire et de la culture du judaïsme, en offrant une photographie du Jérusalem de l’époque. J’ai été très intéressée par le développement du hassidisme et j’ai appris beaucoup sur son accueil, une part de l’histoire de Tehila étant liée tant au rejet de ce courant qu’à son adoption.

C’est un très beau personnage que compose Samuel Joseph Agnon, un de ceux que je vais garder dans mon petit coeur. Ce roman bénéficie d’une seconde lecture à la lumière de la postface de Dan Laor très utile tant le texte contient une complexité liée à des événements ayant marqués la population à l’époque de sa publication. Mais même sans avoir connaissance de la postface la lecture est très agréable.


Prochaine étape ? Découvrir le roman Au coeur des mers (1935) et poursuivre ma découverte des textes traduits de l’auteur, dont malheureusement peu sont disponibles.

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