« Canción » d’Eduardo Halfon (La Table ronde-Quai Voltaire, 2021)

Depuis que j’ai découvert Eduardo Halfon, je veux tout lire et une nouvelle publication en français est pour moi impossible à laisser passer. C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai découvert ce nouveau texte dont l’écriture donne – comme à chaque fois – le sentiment de retrouver un ami qui a besoin de nous dire des choses.

Quatrième de couverture : « Par un matin glacial de janvier 1967, en pleine guerre civile du Guatemala, un commerçant juif et libanais est enlevé dans une ruelle de la capitale. Pourquoi ? Comment ? Par qui ? Un narrateur du nom d’Eduardo Halfon devra voyager au Japon, retourner à son enfance dans le Guatemala des années 1970 ainsi qu’au souvenir d’une mystérieuse rencontre dans un bar miteux – situé au coin d’un bâtiment circulaire – pour élucider les énigmes entourant la vie et l’enlèvement de cet homme, qui était aussi son grand-père.

Eduardo Halfon, dans ce nouveau livre, continue d’explorer les rouages de l’identité. En suivant à la trace son grand-père libanais, il entre avec lui dans l’histoire récente, brutale et complexe, de son pays natal, une histoire dans laquelle il s’avère toujours plus difficile de distinguer les victimes des bourreaux. »

Comme toujours, Eduardo Halfon imbrique les souvenirs et les périodes, donnant le sentiment de se perdre dans les ruelles escarpées de la mémoire, avançant, revenant sur ses pas, changeant soudainement de quartier avant de faire demi-tour, comme apprennant à se (nous) perdre pour mieux retrouver son histoire. Mais faites-lui confiance, il maîtrise parfaitement la carte et se fait, finalement, le guide d’une ville composée de souvenances.

En 1954, après des réformes importantes dans le pays, le Guatemala subit les stratégies géopolitiques (anti-communistes) des États-Unis et les intérêts personnels menacés du directeur de la CIA de l’époque. Résultat de l’opération : renversement du président élu, Jacobo Árbenz Guzmán, et instauration d’une junte militaire qui s’engagera – immédiatement et durant plusieurs mois – dans une purge extrêmement violente à l’encontre des soutiens de l’ancien président. Face à ce nouveaux gouvernement autoritaires et répressif à l’égard de l’opposition, suite à un nouveau coup d’État manqué pour reprendre le pouvoir, des groupes rebelles (majoritairement marxistes) vont se former, un conflit armé va éclater et durer nombreuses années (1960-1996).*

C’est dans ce contexte, en 1967, que le grand-père d’Eduardo Halfon va être enlevé en pleine rue par un groupe de guerilleros. L’épine dorsale du roman, le silence que l’auteur veut explorer. Comment ? Pourquoi ? Où ? Qui ?

L’auteur explore la frontière poreuse qui se situe entre le bien et le mal, les moyens utilisés pour porter et défendre une cause dont des hommes et des femmes vont – de différentes façons – payer le prix.

A partir de cet événement à la fois familial et politique à l’échelle du Guatemala, Eduardo Halfon emprunte des chemins de passage et interroge l’identité souvent accordée au singulier mais qui est composée d’expériences et d’origines plurielles. Il revient également sur les silences partagés dans de nombreuses familles frappées par l’histoire, par les blessures infligées qui se transmettent parfois sans mots mais avec force.

Ces silences familiaux à explorer comme composants de soi, comme compréhension postérieure de nos proches : faire revivre le passé et découvrir de nouveaux éléments donne le sentiment d’en apprendre encore sur les absents et, d’une certaine manière, les maintient près de nous. Une vie par delà la mort en quelque sorte, dans ce qu’ils continuent à nous apporter et à nous dévoiler de notre histoire personnelle.

Un hommage à un grand-père, au temps de l’enfance révolu mais ancré, et de façon plus générale, à tous les aïeux marqués dans leur chair et dans leur esprit par des temps et lieux troublés. Ces derniers ne manquent malheureusement pas, que se soit sur le planisphère comme sur la frise chronologique.

Un texte à nouveau passionnant qui confirme une fois de plus mon intérêt et mon admiration pour Eduardo Halfon, dont je ne résiste pas à la sensibilité et à l’humour.

*Ne connaissant à l’origine rien sur l’histoire du Guatemala, j’ai tenté une contextualisation qui, j’espère, sera fiable.

En savoir plus

Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Mille (et une) lectures de MaeveDomi C LireLa viduitéL’Atelier de Ramettes 2.1

Et vous, appréciez-vous les récits qui remontent le fil de l’histoire familiale ?

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6 commentaires

    1. C’est un auteur que j’aime beaucoup et que je ne peux que conseiller ! 🙂 Je l’ai découvert avec « Deuils », je pense que c’est une bonne porte d’entrée, ou alors avec « Le boxeur polonais ». 🙂

      Aimé par 1 personne

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