« La lumière dans les combles » de Sharon Cameron (Gallimard jeunesse, 2021)

Toujours attentive aux publications relatives à l’histoire de la Shoah, il m’a été impossible de ne pas découvrir ce roman qui retrace l’histoire de Stefania Podgórska, jeune fille polonaise durant la guerre et devenue en 1979 Juste parmi les nations (avec sa sœur Helena).

Quatrième de couverture : « J’espère bien que vous allez m’emmener à la Gestapo. Alors je pourrai leur dire ce que je vais vous dire à vous. Que vous êtes des lâches. Et des idiots. Bien sûr que je veux cacher des juifs ! Je le reconnais. C’est la vérité. Je veux les cacher et les aider jusqu’à ce que quelqu’un décide d’en finir avec cette guerre.

Stéfania a fait le choix de résister. Quitte à payer le prix fort. »

Je suis régulièrement agacée par des romans dont l’approximation ou le ton me laissent dubitative, des romans pour lesquels j’ai parfois le sentiment qu’il s’agit de démarches sensationnelles déplacées ou d’un prétexte contextuel qui s’annonce potentiellement vendeur (attention aux limites du marketing sur ce sujet, qui devient parfois franchement dérangeant, comme l’ont récemment montré – compris ? – J’ai lu). Car oui, il y a énormément de littérature sur la Seconde Guerre mondiale et la Shoah qui paraît chaque mois et, si je m’en réjouis pour son aspect sensibilisateur et mémoriel, certains titres me font sérieusement m’interroger dès leur quatrième de couverture.

Avec La lumière dans les combles j’ai eu une très bonne surprise (je n’en attendais pas moins des éditions Gallimard jeunesse qui ont généralement un juste positionnement).

Sharon Cameron s’est beaucoup documentée pour l’écriture de ce roman qui était devenu pour elle un devoir : cette histoire, elle se devait de la raconter. Marquée par l’histoire et la personnalité de Stefania Podgórska il y a plusieurs années, elle nous livre aujourd’hui ce travail littéraire de mémoire pour des lecteur•trice•s à partir de 15 ans. Je salue la présence du dossier documentaire en fin d’ouvrage (c’est toujours un plus notable pour moi) qui permet de resituer certains éléments, de positionner la part de fiction et la part d’authenticité de l’histoire, de retrouver certaines personnes dans leurs parcours personnels après la guerre.

Arrivée toute jeune en ville pour échapper à une vie à la campagne qui ne lui plaît pas, Stefania va rapidement trouver du travail dans la boutique des Diamant. Peu à peu, elle va faire partie de la famille et des liens forts, avec différents degrés de complicité, vont se nouer avec les parents et les enfants. Les échos d’une guerre atteignent la petite ville Polonaise de Przemyśl et bientôt les bombardements font trembler les murs et les esprits. L’Allemagne envahit une partie de la Pologne, l’URSS une autre : la ville est coupée en deux. Automne 1941 : avec l’opération Barbarossa, l’Allemagne trahit le pacte germano-soviétique et prend le contrôle de tout le territoire polonais.

Nous suivons cette sombre époque aux côtés de Stefania qui, après une période de déni, va réaliser la gravité des actions en cours et va s’engager pour venir en aide à la famille Diamant – qui est juive – à laquelle elle est infiniment attachée. Elle va faire des choix et, avec sa sœur Helena, va grandir au rythme de la guerre : vite. C’est un voyage au coeur de la conscience que nous propose Sharon Cameron. En plus d’un roman historique, elle nous transmet avec plusieurs personnages marquants (que je vous laisse découvrir pour ne rien dévoiler) une réflexion sur la discrimination, la douleur de ne pas avoir pu faire plus, la culpabilité face à la mort, les regrets, les remords, la poursuite désespérée d’un jour de plus à vivre, la peur, le courage, la détermination, l’espoir, l’abnégation totale afin que ce qui est juste triomphe de la barbarie. Et, bien entendu, une réflexion sur l’antisémitisme et ses pires expressions.

Globalement ce roman a été une très bonne lecture, j’ai été absorbée et émue. Il montre bien le processus génocidaire à l’encontre de la population juive polonaise ainsi que les risques encourus par Stefania et sa sœur. J’ai apprécié le temps pris pour explorer les cas de conscience, qui montre la difficulté de l’engagement et de la résistance, la force de la peur et de la répression sur les populations. Si nous suivons un personnage engagé, Sharon Cameron montre aussi la haine et l’antisémitisme au sein de la société civile polonaise ainsi que l’indifférence, le compromis qui devient compromission.

J’ai apprécié la façon dont le sujet est traité mais je crois que j’aurais été encore plus intéressée si le texte avait été composé d’une alternance de points de vues.

Je suis pénible et vais donc souligner quelques petits points discutables. Pour commencer : l’erreur de couverture concernant l’étoile jaune, qui n’était pas utilisée en Pologne (il s’agissait d’un brassard sur lequel figurait une étoile de David bleue). J’ai également tiqué devant quelques formulations que j’ai trouvées un peu maladroites et j’ai trouvé assez peu crédible la situation de fin avec des membres de l’armée soviétique (que je vous laisse découvrir) étant donné l’antisémitisme également vivace en URSS, mais peut-être s’est-il bien s’agit d’une situation réelle.

En conclusion, malgré quelques petites retenues, c’est un roman à la fois émouvant et didactique que je recommande pour un lectorat adolescent qui souhaite en savoir plus sur la Shoah en Pologne. Une belle réalisation.

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Et vous, avez-vous parfois des réserves similaires concernant des romans traitant de cette période historique ?

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