❤ « Tyler Johnson était là » de Jay Coles (Le livre de poche jeunesse, 2021)

Je crois Jay Coles quand, dans ses remerciements, il évoque les larmes versées au cours de l’écriture de ce roman. Je le crois profondément et je vous invite à partager ce roman aux adolescents qui vous entourent, à partir de 15 ans. Réaliste et percutant, il interroge la violence et le racisme quotidiens ainsi que les différentes réactions qui découlent de ces actes, des proches des victimes à la population dans sa globalité.

Quatrième de couverture : « Au début, on était quatre. Mes meilleurs potes, mon jumeau et moi. Né dans un quartier où tout est moche, sale et criblé de balles, on s’en est plutôt bien tirés. Tyler est un gars cool et populaire. Je bosse dur pour sortir du ghetto. On peut être noir et réussir dans ce monde de blancs. En tout cas, c’est ce que je croyais. Jusqu’au jour où Tyler a disparu. »

Roman à la première personne, nous suivons Marvin dans sa vie d’adolescent : la famille, les ami•e•s, le lycée et le quartier délabré. Et parmi tout cela, ses rêves d’avenir. A la maison ce n’est pas simple : il y a Mama et Tyler, son jumeau. Son père est en prison pour de longues années pour un crime qu’il n’a pas commis.

Dès le début du roman le ton est donné : quand tu es noir•e (ici aux États-Unis) tu as la couleur du suspect (si ce n’est du coupable). Quand tu réussis brillamment tes études, on te trouve vraiment intelligent, sous-entendu pour un•e Noir•e. Tu fais figure d’exception pour ceux qui participent à la discrimination mais qui s’enorgueillissent de t’ajouter à leurs statistiques.

Depuis quelques temps, Marvin et Tyler ne sont plus aussi proches qu’avant. Chacun grandit et s’affirme, chacun arpente son chemin. Marvin remarque des choses au lycée et va essayer de savoir ce que Tyler fait et qui l’inquiète. Lors d’une soirée organisée par un dealer du quartier, lui aussi élève au lycée, les choses vont très mal tourner. Tyler, lui, est introuvable.

Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant dans ce roman c’est son réalisme. Que ce soit autour des questions de violence et de racisme ainsi que pour les tempéraments et la complicité des adolescents qui l’habitent. Les lecteur•trice•s pourront sans aucun doute se retrouver dans certaines réactions et cela rend la construction narrative très efficace. C’est terriblement crédible. De même, il n’y a pas de manichéisme. Ce n’est pas les bons d’un côté et les méchants de l’autre : Jay Coles nous propose une grande diversité de personnalités et de réactions en même temps qu’il retranscrit certains mouvements de pensées que nous connaissons pour les voir et les entendre régulièrement. Son personnage principal, Marvin, choisira de vivre sa tristesse, sa colère et son indignation comme moteurs de réflexions sur la violence, sa volonté de rendre hommage à son frère comme démarche de résilience.

Ce roman interroge les stéréotypes racistes ancrés dans une société, la ghettoïsation d’une partie de la population, l’accès à l’éducation différencié en fonction du lieu de vie et donc l’inégalité des chances, les mauvais choix alors qu’il n’y a que peu de choix, les violences et assassinats arbitraires de personnes (mineures et majeures) sur des bases racistes, les réactions de soutien qui peuvent être difficiles à accepter et les réactions de détracteurs insoutenables, la déformation des faits qui entretien les stéréotypes et enferme dans des déterminismes biaisés, la vie brisée d’un garçon donnée en pature sur les réseaux sociaux et les chaînes de télévision. Concernant les réseaux sociaux, j’ai vraiment apprécié un passage qui met l’accent sur le #alllivesmatter en réponse à #blacklivesmatter, qui montre enfin son aspect fallacieux dont le sens (conscient ou inconscient) élude la problématique raciste dénoncée, invisibilise les victimes et exprime parfois un racisme camouflé sous de pseudo bons sentiments. Enfin, le deuil est aussi au coeur de ce roman, avec ce qu’il porte de regrets et de remords.

Vous l’aurez compris, ce roman jeunesse permet d’aborder beaucoup de sujets et se révèle extrêmement complet pour mieux comprendre des problématiques qui secouent malheureusement régulièrement l’actualité. De petits pas de côté sont faits pour parler de sexualité, ce qui est aussi une réalité quant aux questionnements des jeunes. Cela a fini de me convaincre.

A commander d’urgence dans les CDI et à recommander à tou•te•s les adolescent•e•s (ainsi qu’aux plus grand•e•s).

En savoir plus

Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Analire, ma bibliothèque littéraire

Et vous, quel•s roman•s sur le racisme institutionnel conseillez-vous pour des adolescent•e•s ?

Retrouvez-moi aussi sur :

1 commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s