❤ « Un enfant » de Thomas Bernhard (Gallimard, 1984 ; réed. 2016)

A l’occasion des 90 ans de la naissance de Thomas Bernhard (le 9 février 1931) et des 32 ans de sa disparition (le 12 février 1989), j’ai souhaité découvrir cet auteur décrit souvent comme l’enfant terrible des lettres autrichiennes. Ce fut une forte rencontre littéraire.

Quatrième de couverture : « Né discrètement en Hollande où sa mère va cacher un accouchement hors mariage, Thomas Bernhard est bientôt recueilli par ses grands-parents qui vivent à Vienne. La crise économique des années trente les force à s’établir dans un village aux environs de Salzbourg où l’enfant découvre avec ravissement la vie campagnarde. Le grand-père, vieil anarchiste, doit aller s’installer à Traunstein, en Bavière. Le jeune Thomas se familiarise avec le monde de la petite ville, commence à s’émanciper, fait l’école buissonnière et ses premières escapades à vélo. Il découvre aussi le national-socialisme et la guerre aérienne.

Le monde enchanté de l’enfance n’est pas celui pourtant du petit Thomas. Persécuté par ses maîtres, souffrant du complexe de l’immigré et du pauvre, il a plusieurs fois la tentation du suicide, tentation qui plus tard hantera aussi l’adolescent et le jeune homme. »

Je cherche, je cherche encore et je ne trouve pas un sujet qui ne m’a pas émue à la lecture de cette autofiction. Thomas Bernhard nous parle de son enfance avec un mélange de naïveté et de clairvoyance qui rend son personnage central, lui-même, extrêmement attachant. On a envie de protéger ce petit garçon : de l’école, du mépris des maîtres, des moqueries des camarades, du fantôme du père, du mal-être qui lui inspire des envies suicidaires, des punitions qui témoignent de l’éducation d’alors et d’un rapport complexe avec sa mère, de son époque.

S’engager dans la lecture de Thomas Bernhard c’est accepter de ne rien contrôler et d’approcher parfois un grand désespoir. Du moins, c’est comme cela que je l’ai vécu. Mais c’est aussi ressentir des sensations décrites avec une justesse impressionnante : je pense notamment à l’extase suivie de l’infinie détresse lors d’une excursion à vélo qui ouvre ce roman. Nous sommes à la fois sur un réalisme cru et un retour à l’enfance qui fait appel à l’infinité des possibles, l’amour inconditionnel, absolu et entier dont seuls sont capables les enfants. Un amour douloureux quand il est mal donné et/ou mal rendu.

Impossible de parler d’amour dans ce texte sans évoquer l’admiration et l’affection qu’a le petit Thomas pour son grand-père. Ce lien qui les unit est magnifiquement fort, les rendant complices au-delà des bêtises (dits crimes) même si le vieil homme ne parvient pas toujours à venir en aide à l’enfant. Le grand-père est celui qui ose dire à l’enfant, celui qui lève le rideau sur les choses quand les autres adultes veulent le laisser baisser, celui qui attire l’attention sur les petites choses de la vie, celui qui fait naître les questions sans forcément donner de réponses, celui qui éveille au monde un garçon qui n’y trouve pas sa place. Pour Thomas, son grand-père est sa seule sécurité.

L’auteur nous parle des amitiés fondatrices perdues, des différentes ruptures dans le temps de l’enfance, de ses traumatismes intimes, familiaux, sociaux, de sa solitude, de l’arrivée puis de l’ancrage du nazisme, de son mélange de peur et d’aversion pour le collectif, pour la masse qui peut être source du meilleur mais aussi du pire.

J’ai été très impressionnée à la fois par le style de Thomas Bernhard et par les souvenirs qu’il choisit de ressusciter, de faire revivre dans ces pages et qui ont fait vibrer quelque chose en moi. Ce petit Thomas, j’ai tant de fois voulu le prendre dans mes bras et lui dire que tout ira bien, qu’on ne lui fera plus de mal. Et pourtant ce n’est jamais larmoyant, loin de là. Vous entendrez à nouveau parler de cet auteur sur le blog, L’origine est déjà en attente de lecture sur ma table de nuit et j’ai hâte de pouvoir découvrir Les Mange-pas-cher ainsi que Place des Héros.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.

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7 commentaires

    1. Ton commentaire confirme mon envie de le lire encore et encore ! Du peu découvert pour le moment, je comprends déjà aisément qu’il soit de tes écrivains préférés. Je trouve sa sensibilité, son regard et sa précision exceptionnels.

      Aimé par 1 personne

    1. Si j’ai bien compris, une bonne part de son oeuvre est autobiographique. Donc le découvrir avec celui-ci ou avec « L’origine » (que je vais commencer sous peu) me paraît être une bonne façon d’entrer dans sa littérature. 🙂 J’espère que ça te plaira !

      Aimé par 1 personne

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