« Chasser les ombres » de Lamia Berrada-Berca (Éditions do, 2021)

Il n’y a pas de lumière sans ombres, il n’y a pas d’ombres sans lumière. Une dualité qui peut se retrouver aussi entre les mots et le silence : les mots sont accompagnés de silences, les silences sont accompagnés de mots ; ou encore entre la vie et la mort.

Quatrième de couverture : « Parvenu au crépuscule de sa vie, Louis se prépare à mourir, seul, à Paris. Au même moment, à Tokyo, son petit-fils Akito décide sans raisons apparentes de se cloîtrer dans sa chambre. Ce séisme intime amène ses proches à se confronter à leur propre histoire : liens rompus, secrets enfouis, aspirations profondes, blessures refoulées… Face au caractère irrationnel de la situation, enfermés à leur tour dans l’incompréhension et la culpabilité, tous prennent conscience des liens ténus reliant l’existence à l’invisible. Fable à la tonalité impressionniste à la fois profonde et légère, Chasser les ombres raconte, à travers le phénomène très particulier de ces reclus volontaires, les hikikomoris, une histoire universelle : la manière dont chacun se sent relié aux autres, dont chacun se crée un refuge intérieur, se trouve un point de fuite, se métamorphose ou se renferme, en explorant librement le sens de sa vie ou en rêvant l’image de sa mort. Comme l’ombre accompagne la lumière. »

Deux pays : la France et le Japon. Une famille (dé)composée de multiples silences, de mots pesés et dont la préciosité relève parfois de leur rareté, se rapportant à des ombres couvrant les histoires personnelles.

Louis est un homme en fin de vie, vivant seul en France. Hospitalisé, il admire un cerisier du Japon par la fenêtre de sa chambre et médite. Il pense à sa vie, il pense à son fils qu’il n’a plus revu depuis de nombreuses années. Il pense à son petit-fils qu’il n’a jamais rencontré, seulement avec un unique dessin reçu par courrier.

Lucas, le fils, vit au Japon. Il y a rencontré Mikki avec qui il s’est marié et a eu un fils, Akito. Ce dernier va du jour au lendemain s’enfermer dans sa chambre et se couper du monde. Ses parents réalisent qu’il a choisi d’être un hikikomori. De son côté, Lucas n’a jamais vraiment parlé de sa famille à son épouse. Entre séisme intérieur, familial et le souvenir de la catastrophe de Fukushima, ce sont les failles de différentes vies qui s’ouvrent.

Un roman sur les silences et les non-dits, sur les zones d’ombre qui obscurcissent plus qu’on ne le pense les constructions individuelles, qui brouillent et perdent les identités complexes dont chacun de nous est fait. Un roman de réconciliation avant de ne plus en avoir la chance, de respiration et de libération des esprits. Enfin, un roman sur l’importance des mots, leurs sens en fonction des lieux, leur signification intime et collective, le moment ou non de les dire, leur puissance quand ils sont dits.

Comme dans de nombreux romans publiés par les éditions do, la mort est également présente comme sujet de réflexion et cela m’a une nouvelle fois intéressée. Ici la recherche se porte sur le retour à la vie après la mort, la poursuite d’une existence au coeur de la nature, le retour à l’origine et au tout. Des considérations à la fois apaisantes et inspirantes qui nous emmènent à la découverte de différents rites funéraires.

J’ai également apprécié l’immersion dans la culture japonaise que décrit l’auteure. Ne m’y connaissant pas, j’ai aimé découvrir certaines de ses subtilités en même temps que j’ai été sidérée de constater le poids du jugement et l’intransigeance de cette société.

C’est un texte d’une grande délicatesse que nous propose Lamia Berrada-Berca et qui, malgré quelques regrettables coquilles, explore les blessures intimes et la difficulté de s’y confronter ainsi que la transmission de certaines ombres que des mots ont le pouvoir d’éclairer, voyant mieux d’où nous venons pour pouvoir avancer.

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Et vous, quel•s texte•s sur les hikikomori conseilleriez-vous ?

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