« Hommes sous verre » de Sarah Rose Etter (Editions do, 2016)

Je poursuis le Mois des nouvelles avec ce recueil dont les personnages principaux sont des femmes confrontées à des situations en tension, nous faisant passer par un panel d’émotions impressionnant en peu de pages, en peu de mots. Sarah Rose Etter possède un réel talent pour transmettre l’état d’esprit de ses personnages et pour créer des ambiances.

Quatrième de couverture : « La plupart des femmes qui racontent les histoires à la fois belles, terrifiantes et totalement bizarres de ce livre, vivent dans des mondes régis par la logique vertigineuse des cauchemars, luttant contre des situations incontrôlables. Elles ont des relations tendues avec les hommes de leur vie ― père, amant, mari. La plupart de ces hommes souffrent d’une forme de névrose. Et dans leur tentative de prendre soin d’eux, la plupart de ces femmes donnent tout. »

Initialement parues séparées dans des revues, les huit nouvelles de ce recueil se concentrent sur des jeunes filles et des femmes dans des situations réalistes ou surréalistes. Mais toujours des hommes ont un impact sur elles, tendre parfois – rarement -, négatif souvent.

La langue de Sarah Rose Etter est libre, directe et poétique. Elle se rapproche parfois de l’incantation comme dans le texte un peu obscur mais étonnamment troublant qu’est Remèdes.

Parmi ces textes, trois concernent un personnage nommé Cassie. Est-ce le même personnage qui grandit et fait l’expérience de moments qui le changent ? Les trois Cassie sont-elles des filles-femmes différentes dans un même corps ou sont-elles trois corps et trois vies distinctes ? Le fait est qu’elles explorent une évolution : de la candeur déchue, de la violence physique des hommes qui s’approprient sont corps à sa propre appropriation des hommes. [Marée de koalas ; Soirée langues ; Hommes sous verre]

Cinq textes m’ont particulièrement marquée :

Marée de koalas qui nous fait découvrir l’attente et les rêves d’une petite fille qui a entendu parler d’une marée de koalas et qui l’attend avec une immense impatience mais qui sera confrontée à un choc nié par les adultes, nié par ce père qu’elle admire tant. Pas protégée, pas réconfortée.

Gâteau qui a presque réussi à me dégoûter de tout acte de gourmandise (et pourtant, manger est l’une de mes passions). Cette nouvelle crée un profond malaise et un vrai sentiment de dégoût en même temps que nous soutenons la femme au cœur de cette histoire qui se sacrifie pour son mari malsain au possible. Lui, il est parfaitement bien dans son égoïsme et son plaisir personnel. Six pages. Six pages suffisent à Sarah Rose Etter pour nous glacer le sang et nous nouer l’estomac.

Soirée langues, ou quand un père livre sa fille, que les choses ne se déroulent pas comme prévu et que ton corps de jeune femme ne t’appartient plus face au désir collectif qui ne se contrôle pas. Tu n’existes plus en tant que personne mais en tant que corps, objet des désirs des autres.

Père poulet : un père ne va pas bien, sa fille ne va pas bien non plus. Lui s’est enfermé sous un masque de poulet suite à un drame, elle voudrait bien qu’il retrouve son visage pour ne plus se sentir seule. Enfermé dans sa souffrance, il n’a pas de force pour deux. Un acte de la jeune fille les feront se rapprocher dans l’épreuve commune qu’ils doivent surmonter et mieux se comprendre. A la lecture, nous croyons qu’un jour ils se feront à nouveau face à visage découvert.

Chair à mari nous propose une illustration extrême, métaphorique, d’un homme qui perd tout ce qu’il a construit avec sa femme. Un besoin incontrôlable et irrépressible l’habite et c’est le début d’un cycle aussi infernal qu’étourdissant qui se clôt sur un constat plus qu’amer.

Vous l’aurez sûrement compris, ce recueil ne peut absolument pas laisser indifférent•e et montre des femmes souvent prêtes à tout pour l’autre ou qui doivent digérer les actes et les réactions des hommes qui les entourent. Elles aiment, elles affrontent les névroses, elles se sacrifient souvent et nous font réagir. Sarah Rose Etter est une auteure dite de fiction expérimentale, la lecture de ce recueil est très clairement une expérience.

En savoir plus

Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : La Tanière de la renarde

Et vous, êtes-vous prêt•e•s à plonger dans des mondes névrotiques ?

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