« Une saison au Congo » d’Aimé Césaire (1966 – Points, 2001)

Le 17 janvier 1961 était assassiné Patrice Lumumba, créateur du Mouvement national congolais, Premier ministre du premier gouvernement congolais suite à son indépendance, le 30 juin 1960. Il y a soixante ans, un homme était assassiné pour ses convictions politiques pour un Congo libre et indépendant, pour un Congo détenteur de ses richesses tant exploitées jusqu’alors par la Belgique, d’un Congo acteur pour l’Afrique toute entière, libre et fière. Il avait 35 ans.

Il y a 60 ans, Patrice Emery Lumumba, le premier Premier ministre congolais, mourait assassiné. Son exécution a contribué à faire du dirigeant un héros national, mais aussi un symbole de l’espoir déçu des indépendances africaines. Aujourd’hui encore, les circonstances exactes de sa mort demeurent mystérieuses. La responsabilité morale des autorités belges a été retenue, mais aucun coupable n’a été identifié, et aucune condamnation n’a jamais été prononcée. Sa famille et une poignée d’enquêteurs continuent de se battre pour faire éclater la vérité. 

France 24, « Assassinat de Patrice Lumumba en RDC : 60 ans après, un crime toujours impuni » 18 janvier 2021

Ce printemps, l’unique relique restante du corps de Patrice Lumumba détruit à l’acide, une dent, devrait être remise au Congo, à son peuple. Une restitution qui souligne le deuil sans sépulture de soixante années pour sa famille, qui se conjugue encore au présent.

Quatrième de couverture : « Le temps de l’indépendances du Congo est arrivé. Patrice Lumumba, homme politique et poète visionnaire, va tenter de rendre à son peuple une liberté depuis longtemps perdue. Mais la jalousie, la corruption et la quête du pouvoir sont des murailles difficiles à franchir. A travers le destin d’un homme, c’est toute l’histoire d’un continent qui se joue de manière exemplaire et symbolique dans cette pièce de théâtre. »

En cherchant des références sur Patrice Lumumba j’ai été étonnée de voir qu’il n’y en avait que peu et c’est sans aucune hésitation que je me suis tournée vers Aimé Césaire, dont ce fut aussi l’occasion pour moi de le découvrir. Immense poète, il est ici aussi dramaturge.

Le format théâtral rend extrêmement vivants les quelques mois que nous passons dans cette tragédie en marche. D’une écriture très imagée dans laquelle on ressent pleinement le poète mais aussi l’homme engagé, Aimé Césaire reconstitue des moments clés, de la préparation à l’indépendance et jusqu’à l’assassinat de Patrice Lumumba. Nous sommes dans une sorte de fiction documentaire, une littérature du réel à portée politique.

Si tout était rassemblé pour me plaire, je me suis un peu perdue dans la langue complexe d’Aimé Césaire, dans les tournures de certaines phrases et je me suis confrontée aussi (et, peut-être, surtout) à mes limites culturelles. Je pense que je n’ai pas réussi à apprécier pleinement l’œuvre, j’en ressors donc un peu frustrée par moi-même car je sais que je n’ai pas saisi toutes les subtilités du texte. Je pense le relire dans quelques temps, quand j’aurai musclé mes connaissances.

Pour autant, il y a des passages forts dans leur engagement, les passages de discours de Patrice Lumumba m’ont notamment vraiment engagée. Il a osé dire ce qu’il souhaitait dire, il a suivi ce qui l’animait pour le pays et les risques encourus ne l’ont pas fait taire. Le complot visant à l’éliminer m’a outrée : entre jalousies, conflits d’égos, petites vexations, trahisons et paranoïa anti-communiste. L’ancienne puissance coloniale belge ne digère pas d’avoir été mise devant ses crimes et ses fautes et qu’une étroite collaboration suggérée ne soit pas suivie par Patrice Lumumba, l’international s’immisce dans les affaires internes d’un État, le tout prenant une forme de paternalisme intéressé.

Sur la forme je n’ai pas toujours réussi à avoir une lecture fluide mais sur le fond j’ai complètement adhéré à cette pièce de théâtre et à l’idée politique qu’elle porte, surtout en sachant que sa première publication date de 1966.

En réfléchissant à cet article, j’ai décidé d’aller me promener dans les vastes contrées du septième art. Raoul Peck, réalisateur du magistral I Am Not Your Negro sur James Baldwin, s’est également intéressé à Patrice Lumumba et lui a consacré un documentaire, Lumumba, la mort d’un prophète (1990 – Pas trouvé en VOD), et un film, Lumumba (2000 – Disponible en VOD). C’est ce dernier que j’ai regardé.

Le début du film est impressionnant de similitude avec les premières scènes d’Une saison au Congo. Je m’attendais presque à voir une adaptation cinématographique de la pièce mais peu à peu nous nous en éloignons et découvrons avec l’impressionnant Eriq Ebouaney quelques mois de la vie de l’homme et l’injustice, la cupidité et les ambitions mal placées qui le condamneront. Magnifique et prenant, je suis vraiment ravie d’avoir eu l’occasion de le découvrir et il m’a permis de mieux positionner les différents protagonistes, les enjeux et les répercussions de ces quelques mois qui ont profondément marqué le Congo.

Tout cela pour dire qu’aujourd’hui encore l’assassinat de Patrice Lumumba n’est pas oublié et qu’il reste encore des questions en suspens qui, j’espère, recevront des réponses. Patrice Lumumba est un symbole de la décolonisation et des difficultés rencontrées mais aussi des exécutions politiques. Soixante ans après, sa voix transcende toujours sa mort.

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.

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7 commentaires

  1. Bravo pour ta chronique encore une fois passionnante et utile. C’est vraiment une belle chose pour l’avenir de ne pas oublier Patrice Lumumba, assassiné pour avoir voulu défendre ses convocations et la liberté. Il n’est pas le seul, beaucoup en Afrique ayant payé le prix fort pour leur engagement. Je ne connais pas ce livre d’Aimé Césaire mais il me semble important de le découvrir !

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    1. Un grand merci à toi (ton commentaire me rassure beaucoup) ! J’ai beaucoup de lacunes concernant l’histoire de l’Afrique et des luttes pour la décolonisation et j’ai bien l’intention d’apprendre ! 🙂 J’espère que cette pièce d’Aimé Césaire te plaira !

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  2. belle chronique en effet… C’est vrai qu’on n’a jamais vraiment su qui avait assassiné et commandé l’assassinat de Lumumba j’avais onze ans à sa mort, et pourtant il reste présent dans ma mémoire…
    comme je n’ai jamais rien lu le concernant je note ce livre

    Aimé par 2 personnes

    1. Merci beaucoup pour ton témoignage, la mémoire collective est quelque chose qui me touche beaucoup (mes parents et mes grands-parents en font les frais avec mes questions sans fins). Et ça dit quelque chose de l’impact de ce moment, que la petite fille que tu étais s’en souvienne et ait été marquée, je trouve que c’est très fort.

      Aimé par 2 personnes

      1. C’est un homme qui m’a marqué, à l’époque on n’avait pas encore la TV seulement la radio et le journal et la photo du journal est restée gravée…
        2 ans après c’était l’assassinat de Kennedy, là on avait la TV et cela a été une première prise de conscience pour moi du monde de la politique, on en parlait avec les copines…

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        1. Cela fait partie de ces évènements dont on se souvient toujours où on était et ce qu’on faisait quand on a appris la nouvelle. Ça montre aussi que le monde a beau être plein de frontières, on se sent concerné, on en fait partie.

          Le premier pour moi c’est le 11 Septembre 2001. Je crois que je me reverrais toujours dans cette cours d’école, avec les camarades, à ne pas y comprendre grand chose (qu’est-ce qu’un enfant comprend au mot « attentat » ou « World Trade Center » ?) mais on a compris que c’était grave en voyant les visages des adultes. Et après, on a compris avec les images et je crois que depuis, je n’en ai pas vu plus de quelques minutes. Ecouter des émissions, oui, mais regarder, c’est trop pour moi.

          Aimé par 1 personne

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