« Les indésirables » de Kiku Hughes (Rue de Sèvres, 2021)

Il y a quelques mois j’ai été bouleversée par le roman graphique Nous étions les ennemis de George Takei et Harmony Becker et, voyant cette parution annoncée pour la rentrée littéraire, j’ai souhaité voir comment le même sujet pouvait être abordé pour un public adolescent.

Quatrième de couverture : « Kiku a 16 ans. Americano-japonaise, elle se sent déconnectée de son héritage japonais et en sait peu sur l’histoire de sa famille qui cultive le secret. Alors qu’elle est en vacances avec sa mère à San Francisco, elle se retrouve brusquement dans les années 1940, propulsée dans un des camps qui a fleuri sur le territoire américain au lendemain de Pearl Harbor. Parquée, Kiku partage le quotidien de sa jeune grand-mère et de 120 000 citoyens nippo-américains déchus de tous leurs droits civiques par leur propre gouvernement, car accusés d’être des ennemis de la nation.. »

Le dessin n’est pas dans la lignée de ceux que je préfère mais je me suis laissée emporter sans mal dans ce voyage dans le passé et dans la mémoire familiale d’une jeune fille américano-japonaise, touchée par la haine sur le sol américain durant la Seconde Guerre mondiale.

Dès le début de la lecture un nom me vient en tête : Octavia E. Butler et son roman Liens de sang (dont j’ai lu l’adaptation graphique réalisée par Damian Duffy et John Jennings). Alors que Kiku se promèneà San Francisco, avec sa mère, à la recherche de la maison de leurs aïeux, elle est renvoyé vivre un épisode du passé : elle y découvre sa grand-mère. Plusieurs allers-retours entre présent et passé, plus ou moins longs, vont amener la jeune fille à prendre conscience du passé traumatique de sa famille et à ouvrir le dialogue avec sa propre mère. Kiku Hughes questionne la transmission des traumatismes et l’impact de ces derniers dans la construction de nos identités. Que transmettons-nous et pourquoi ? Et, à l’inverse, que choisissons-nous de ne pas transmettre et pourquoi ?

En rejoignant sa grand-mère dans le passé, Kiku montre aux lecteurs•trices un pan de l’histoire peu connu : le quotidien dans les camps et, de fait, la responsabilité des États-Unis dans la mise en place d’un système discriminatoire et de détention. Pour ne pas oublier, pour ne pas reproduire et pour transmettre à son tour la force de l’indignation et du refus de la haine, quelle qu’elle soit.

Ce roman graphique est parfaitement adapté à un lectorat adolescent mais il m’a semblé manquer de pas mal d’informations en comparaison du très complet Nous étions les ennemis. Cependant, l’essentiel est bien présent et permet de comprendre cette histoire longtemps éludée par les États-Unis. Concernant le récit en lui-même, je regrette qu’il n’y ait pas eu de réelle rencontre entre Kiku et sa grand-mère, ça m’a manqué.

Si les sujets centraux sont l’arrestation et la détention de plus de 120 000 citoyens nippo-américains et la mémoire, Kiku Hughes ouvre son récit à des sujets d’actualité amenés avec justesse et pertinence. Je vous laisse les découvrir.

Pour ma part, la piste de lecture complémentaire envisagée est No no boy de John Okada (Editions du Sonneur, 2020).

En savoir plus

Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué  : Lyvres

Et vous, est-ce un pan de l’histoire américaine que vous connaissiez ?

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