« DoggyBags – Tomes 1 & 15 » (Ankama, 2011-2020)

J’ai remarqué cette série de la collection Label 619 à deux occasions : la première en voyant le sujet des histoires rassemblées dans le tome 15, Mad in America (le racisme et la violence aux États-Unis), la seconde en cherchant d’autres travaux de Run et Guillaume Singelin après avoir beaucoup apprécié Mutafukaz et ses spin-off. Run est ici rédacteur en chef tout en participant à une partie des récits graphiques présents dans chaque tome.

Quatrième de couverture : « Plus brutal qu’un coup de fusil à pompe en pleine tête et plus vicieux qu’un arrachage de dent à la pince-monseigneur, DoggyBags est un hommage aux pulps et aux comics d’horreur des années 50 qui ne fait pas dans la dentelle : les chromes rugissent, les calibres crachent et l’hémoglobine coule à flot dans la joie et la mauvaise humeur. Sortez vos p’tits sacs pour toutous, parce qu’il va y avoir de la viande en rab. »

Mad in America correspondait à mes sujets d’intérêt mais j’ai également souhaité découvrir un tome non thématique pour mieux saisir l’esprit de cette série. J’ai opté pour le premier numéro réédité cette année à l’occasion des 15 ans des éditions Ankama. Je cherchais aussi des récits graphiques à offrir à mon frère en sachant qu’il est amateur de l’univers de Quentin Tarantino. Je vous le dis tout de suite : si vous appréciez aussi ce réalisateur, ses choix de scénarios, ses ambiances et sa passion pour la décoration intérieure à base d’hémoglobine, vous pourriez trouver là votre bonheur !

Je suis une ignare absolue en ce qui concerne les pulp magazines. Voilà, c’est dit. Mais est-ce que ça empêche de s’immerger dans la lecture et d’en profiter ? Non. Et ce que j’ai encore plus apprécié c’est la présence de pages documentaires qui apportent des contenus complémentaires aux histoires. Bon, quand ça concerne des armes ça me passe un peu au-dessus, mais quand il est question de sujets de société je suis complètement absorbée. C’est ce que j’avais aussi adoré dans Mutafukaz Puta Madre. C’était aussi pertinent que glaçant.

Je vous donne quelques indications ci-dessous sur chaque histoire, très rapidement, pour vous donner une rapide idée car sagissant d’histoires courtes, je ne veux surtout pas vous gâcher la moindre surprise (mais quand même vous donner envie de les découvrir).

Concernant le tome 1, nous sommes ici sur trois histoires qui n’ont pas de thématique commune :

  • Fresh Flesh & Hot Chrome par Guillaume Singelin : une histoire de loups-garous et de bikers qui souligne de poids de l’appartenance au groupe dans ces organisations. Je n’ai pas spécialement accroché à l’histoire même si j’ai adoré, une nouvelle fois, le style graphique de Guillaume Singelin.
  • Masiko par Florent Maudoux : ambiance Kill Bill mais en différent (et là, vous me dites merci mais pas merci pour la précision de l’information). J’ai beaucoup aimé cette dose d’adrénaline qui mêle organisations louches, têtes mises à prix, vengeance, amour, maternité, fantastique, humour potache et sacrées échanges de coups. Un personnage principal auquel je me suis tout de suite attachée et un rythme narratif irréprochable.
  • Mort ou vif par Run : alors là, grosse ambiance épaisse qui renifle le cadavre abandonné en plein soleil. Une course poursuite endiablée dans la chaleur du désert : un flic, un malfrat et une flopée de vautours. Non loin de là, la frontière du Mexique.

Concernant le tome 15, Mad in America, les trois histoires tournent autour du racisme et de la violence aux États-Unis :

  • Manhunt par Peter Klobcar : deux hommes blancs ont pour projet de lyncher un jeune homme noir, Sydney. Leurs plans ne tournent pas comme ils l’ont prévu et une bête rôde dans le bayou. Une bête qui a faim de chair fraîche. Sentiment mitigé pour ce récit dont je n’ai pas vraiment saisi la tournure, mais glaçant dès le départ, sans le moindre doute.
  • Conspi Racism par Run et Ludo Chesnot : j’ai trouvé cette histoire exceptionnellement menée ! Elle décortique la force des idées complotistes, leurs rouages et leur fond de commerce : la frustration individuelle en lui donnant un poids collectif. Il est question des ravages de ces idées cumulées au racisme déjà effroyablement mortifère et à la circulation non contrôlée des armes, aux tueries de masse. Dans ce contexte complotiste que l’on peut lier sans problème au réel se déploie une fiction passionnante qui tient en haleine du début à la fin et qui donne un sentiment d’inextricabilité. Puissant.
  • Heritage par Run et Gasparutto : ici nous abordons la question du racisme par l’haleine puante de haine des membres du Ku Klux Klan. Une façon de souligner qu’aujourd’hui encore l’organisation n’est pas morte. Il est question de vengance et de questionnement sur la vengeance : si chacun venge quelqu’un, jusqu’où cela ira ? Entre justice personnelle (mais collective d’une certaine façon aussi) et escalade de la violence, chacun hérite de son histoire personnelle mais aussi de l’histoire du pays. Une histoire qui se conclue sur une citation de Martin Luther King toujours d’actualité, toujours d’une grande justesse.

Vous l’aurez probablement compris, j’ai davantage été séduite et marquée par le tome 15 de DoggyBags pour les sujets des nouvelles graphiques. C’est une sensibilité qui m’est propre et je pense que chaque volume de cette série saura trouver son public. Pour ma part, je vais rester très attentive à leurs parutions car j’ai pris plaisir à découvrir les deux volumes.

Dernière précision concernant les contenus et leur niveau de violence : les volumes précisent qu’il s’agit de contenus pour lecteurs avertis. J’avais un peu peur mais finalement ça reste très raisonnable. Je ne peux pas me positionner sur les autres volumes mais j’ai déjà été extrêmement choquée par des contenus (ici je parle de séries) qui ne prenaient pas autant de précautions et qui se sont révélées insoutenables. Ici, ce n’est pas le cas. Je pense donc qu’un lectorat adulte de manière générale (ou même de grands ados à partir de 16 ans) devrait faire face sans souci.

En savoir plus

Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué  : L’étagère imaginaireSambaBD

Et vous, avez-vous une petite envie de pulp magazine ?

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3 commentaires

    1. Je connais encore mal cette maison mais j’avoue n’avoir eu que de belles découvertes pour le moment ! J’ai remarqué cette sérié je pense la découvrir en 2021, je n’en lis que d’excellents retours en tout cas ! Merci à toi de confirmer cette envie ! 😊

      Aimé par 1 personne

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