« Compte les étoiles » de Lois Lowry (L’École des loisirs, réed. 2020)

Initialement publié en France en 1990, ce roman jeunesse a été réédité en début d’année. L’histoire du sauvetage de la majorité des Danois juifs durant la Seconde Guerre mondiale, du point de vue d’une enfant, qui pourra transmettre aux jeunes lecteurs•trices les valeurs du courage et de l’engagement pour autrui.

Quatrième de couverture : « 1943. Pour Annemarie Johansen, la vie à Copenhague est un mélange compliqué de vie familiale, d’école, de rationnement alimentaire et d’occupation allemande. Le courage semble une vertu lointaine. Au moment où les Nazis commencent à organiser les déportations des Juifs du Danemark, les Johansen recueillent la meilleure amie d’Annemarie, Ellen Rosen, désormais présentée comme faisant partie de la famille. Ellen et Annemarie doivent réfléchir très vite lorsque les soldats perquisitionnent et demandent en pleine nuit pourquoi Ellen n’est pas blonde comme ses soeurs. A travers les yeux d’Annemarie nous voyons comment la résistance danoise réussit à faire traverser le bras de mer les séparant de la Suède à la quasi-totalité de la communauté juive, qui compte alors près de sept mille personnes. »

En suivant le quotidien d’une jeune fille dans la guerre, le point de vue principal s’adapte à l’âge des lecteurs•trices, à mon sens à partir de 12 ans. Nous découvrons les familles Johansen et Rosen, amies par voisinnage mais aussi car Annemarie Johansen et Ellen Rosen sont inséparables. La veille du nouvel an juif, le 29 septembre 1943, la communauté juive de Copenhague est prévenue : des rafles auront lieu à leurs domiciles le lendemain en vue de déportations. Dès lors, il faut trouver où se cacher, se séparer en espérant pouvoir, plus tard, se retrouver.

En suivant Annemarie et Ellen, nous sommes au départ à distance des événements, ayant conscience de l’occupation allemande et du danger ambiant mais en même temps protégés des discussions des adultes et donc des faits très concrets. C’est peu à peu que la réalité se révèlera et que le courage d’Annemarie s’exprimera, pour son amie, sa famille mais aussi les personnes qu’elle ne connaît pas mais qu’elle sait en danger. Mais, au-delà de la jeune fille, c’est tout un réseau de proches qui s’engage, montrant au lecteur l’organisation d’un groupe de résistance.

Je ne connaissais pas spécialement l’histoire de la résistance danoise et j’ai été contente de la découvrir, d’en apprendre plus sur ce pays en particulier durant la Seconde Guerre mondiale, sur le passage en Suède et l’implication des pêcheurs pour cela. Je ne doute pas une seconde que ce roman tiendra eveillés jusque tard dans la nuit nombre de jeunes lecteurs•trices, aux côtés d’Annemarie, d’Ellen et de leurs familles.

Je regrette cependant qu’il n’ait pas été fait mention des dénonciations, des danois engagés volontaires aux côtés des nazis ou encore des civils ayant souscrit aux idées antisémites. Car si le sauvetage a été exceptionnel au Danemark, cela aurait renforcé l’importance de la résistance et de l’engagement, car tout le monde n’a pas résisté et je pense que c’est un élément à souligner. La notion d’argent dans le fait de faire passer les personnes en Suède aurait été intéressante aussi à aborder, car bien que des pêcheurs aient transporté gratuitement des personnes, il est clairement admis que la fuite avait un prix, l’argent étant souvent investi ensuite dans les actions de résistance. Egalement, j’imagine que, comme partout, des personnes juives ont participé à la résistance et cela m’a manqué ici.

Enfin, j’ai noté une maladresse dans la postface concernant une distinction entre Juifs et Danois. J’ai été dérangée par cette séparation (tous ou presque n’avaint-ils pas la nationalité danoise ?) ainsi que par une sorte d’infantilisation, insinuant presque d’un côté un activisme total et de l’autre une passivité : C’est ainsi que les Juifs, tous à part ceux qui n’avaient pas cru à cet avertissement, purent échapper aux premières rafles. Ils allèrent se réfugier dans les bras des Danois, qui les accueillirent, les nourrirent, les habillèrent, les cachèrent et les aidèrent à gagner la Suède. (p. 180) Je ne veux pas enlever de mérite aux résistants, aux personnes ordinaires qui ont agi de façon extraordinaire, mettant leur propre vie en danger pour les autres, mais je pense que le propos très généraliste cité ci-avant est à pondérer bien que la majorité des Danois furent hostiles à l’occupation allemande.

Je cherche la petite bête mais globalement le roman est prenant et nous donne envie, nous aussi, de pouvoir être courageux si jamais il fallait l’être. Et je crois que c’est peut-être l’essentiel. Un récit de fiction intéressant qui permet de connaître ce fait historique qu’est le sauvetage exceptionnel de presque tous les Danois juifs, permis grâce à une partie de la population et à la Suède.

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Et vous, quel livre sur la Seconde Guerre mondiale au Danemark avez-vous lu ?

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6 commentaires

  1. Le Danemark est le seul pays à avoir sauvé la majorité des juifs (Danois ou pas) à commencer par le Roi qui, en faisant sa promenade matinale porta une étoile jaune, donnant l’exemple et permettant aux Danois à faire de même afin d’avoir le temps d’organiser le sauvetage… Et juste avant de s’embarquer pour Londres… Bel exemple d’autant plus qu’il fut pratiquement le seul Etat à le faire… Es-tu d’accord ? Bonnes fêtes et à bientôt

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