« Un fils de notre temps » d’Ödön von Horváth (Gallimard, 2006)

Après avoir lu Jeunesse sans dieu, j’ai souhaité découvrir davantage Ödön von Horváth. Mon choix s’est porté vers son deuxième roman le plus connu dans lequel l’auteur se glisse dans la peau d’un soldat jeune soldat nazi.

Quatrième de couverture : « Un pauvre chien de chômeur s’engage dans l’armée, fasciné par l’espoir d’un monde plus simple, apparemment généreux. Troublé par la vision d’une jeune femme au guichet d’un château hanté, à la foire, il est entraîné dans un univers fantasmatique, peuplé d’horreurs et de monstres qui deviendront réalité envahissante, exterminatrice : le héros tuera à son tour, par un réflexe de défense, avant de se laisser glisser à jamais dans le froid qui a saisi le monde.

Achevé en 1938, peu avant la mort abrupte de Horváth, ce roman éclaire par son extraordinaire perspicacité la carrière d’un soldat nazi. Comment peut-on se laisser prendre par ce système, par cette idéologie qui s’étendent déjà sur l’Europe ?

Il faut que j’écrive ce livre. Ça urge, ça urge ! Je n’ai pas le temps de lire de gros livres, car je suis pauvre, et il me faut travailler pour gagner ma vie, manger, dormir. Moi aussi, je ne suis qu’un fils de notre temps…, écrivait Horváth à un ami en 1937. »

Écrit l’année de son décès prématuré, en 1938, Ödön von Horváth prouve sa clairvoyance en se glissant dans la psychologie d’un jeune homme auquel l’avenir ne semble rien promettre et pour qui la haine et la violence deviennent l’expression de sa frustration.

L’auteur nous parle de ce qu’il peut pressentir à un instant donné et cette mise en garde est d’autant plus terrible quand on sait ce qui suivra.

Le narrateur est au chômage et n’arrive pas à s’extirper de sa situation plus que précaire, il est en rupture familiale et son désespoir se transforme en besoin de revanche sur la vie et sur les autres. Cette revanche il va pouvoir l’accomplir dans l’enrôlement militaire pour un régime fasciste qui promet que les victoires lui bénéficieront, mais qui, d’ici là, lui permettent de sortir de la misère et lui offrent la reconnaissance qui lui manquait jusqu’à présent.

Dès ce premier postulat le roman s’avère très intéressant : l’enrôlement se présente comme une solution pour ceux qui n’ont rien et/ou peu d’espoir en l’avenir, le port de l’uniforme redonne un sentiment d’appartenance et de dignité, la défaite de la Première Guerre mondiale permet d’obtenir de la nouvelle génération une envie de conquête et de renouveau pour la patrie, d’effacer la grande honte de 1918 en donnant le sentiment qu’il s’agit d’une cause juste. La rancoeur est un sentiment puissant.

De l’entraînement du soldat vont suivre la rencontre avec le regard d’une femme puis le départ pour la conquête de nouveaux territoires. Cette dernière sera la mise en application de la violence froide, orchestrée et préparée à la caserne. Blessé dans des circonstances qui vont bouleverser ce qu’il croyait savoir, le jeune narrateur est de retour au pays.

Je ne vous en dirai pas plus (j’ai déjà l’impression d’en avoir trop dit), Ödön von Horváth nous présente un homme dont on sent qu’il espère un changement de regard sur la vie et le monde. Peut-être pour conserver lui-même espoir en un lendemain meilleur. Mais peut-être aussi sait-il qu’il est déjà trop tard.

Une critique de la société allemande de l’époque qui montre la force de l’endoctrinement et le potentiel que représente le manque de choix de la population pour les puissances totalitaires. Il demande bien entendu une remise en contexte, comme je le précisais en introduction, car si beaucoup de choses sont déjà en place en 1938, il offre de fait une vue qui ne peut être que partielle. Je regrette cependant le manque de références aux lois antisémites.

Dès la montée en puissance de l’idéologie nazie, Ödön von Horváth va s’engager contre celle-ci. Son nom fit partie des nombreux auteurs interdits par le régime, ses livres furent brûlés lors des autodafés de 1933. Très reconnu à l’époque pour ses pièces de théâtre, elles seront probablement au programme de mes lectures en 2021.

Cette lecture a été faite dans le cadre du mois Les feuilles allemandes organisé par le blog Et si on bouquinait un peu ?

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Ils/Elles l’ont aussi lu et chroniqué : Pas de chronique trouvée pour le moment.

Et vous, quel livre engagé de l’époque conseillez-vous ?

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4 commentaires

  1. Ce livre, que je ne connaissais absolument pas, fait vraiment froid dans le dos. Il a un côté annonciateur de la catastrophe qui s’annonce. Une belle incitation à découvrir cet auteur si ce n’est déjà fait, merci à toi 🙂

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